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ARTICLE DEUXIÈME: L'HOSPICE

La paroisse se complète par les établissements dits de charité; depuis 1861, Saint-

1 — M. E. Lemay; 2—

Clément de Beauharnois a un établissement de ce genre, l'Hospice Saint-Joseph.

L'hospice est une fondation du curé Charland. En 1861, le 1er avril, il achetait de John Swanston, une jolie maison à deux étages, ancienne résidence, paraît-il, d'un bourgeois du Nord-Ouest; attenant à la maison était un terrain de deux arpents et demi en superficie ; le tout est décrit comme suit dans le contrat de vente: "Un morceau de terre de forme irrégulière, sis et

situé dans Annstown, borné du côté ouest en front, partie par la propriété du seigneur, et partie par la rivière Saint- Louis; du côté nord - est, par le terrain de la fabrique; du côté sud-est en arrière, et du côté-su douest, par le terrain du seigneur, et contenant un arpent, neuf perches et treize pieds aussi de longueur dans la ligne sud-ouest, formant deux arpents et demi plus ou moins en superficie, le plus ou le moins, quel qu'il soit, devant tourner au profit ou à la perte de l'acquéreur; avec une maison en pierre à deux étages, et autres bâtisses dessus construites. Un chemin de vingt pieds de largeur pour communiquer du chemin public au dit morceau de terre, icelui le chemin devant être pris entre la

M. G.-H. Daigneault.

Histoire religieuse de Beauharnois

rivière Saint-Louis et la propriété de la Fabrique, si telle largeur existe entre la chaussée et l'angle où finit la clôture qui .divise le terrain de la dite Fabrique de celui-ci."

Tel était le terrain et telle la maison que le curé Charland achetait au prix de 1,000 louis en 1861, avec l'intention d'y établir un hospice pour les pauvres et les malades. Cette propriété avait appartenu, aupara-

Le 26 août, la fondation était définitivement acceptée; le 30 du même mois la Supérieure générale des Sœurs Grises, Mère Deschamps se rendait à Beauharnois avec le premier groupe de religieuses; ces fondatrices étaient Sœurs Dosithée Sauvé, supérieure, Sœur Marie Louis Crooks et Sœur Herminie Malépart. Saint Joseph était, dès les débuts, proclamé le patron du nouvel

L'HOSPICE SAINT-JOSEPH (1) Maison Swanston. — (2) Edifice Charland. — (3) Aile Lussier.

vant, à James Keith, l'agent des seigneurs, qui en 1853 l'avait achetée des seigneurs Ellice; à leur tour les seigneurs l'avaient eue de l'honorable S.-C. Monk.

Le 21 août de la même année 1861, le curé Charland faisait don du nouvel établissement aux Sœurs Grises de Montréal, à la condition que celles-ci y entretiendraient, à perpétuité, un hôpital ou hospice.

établissement de secours; sa protection n'a jamais manqué à l'œuvre charitable de nos Sœurs Grises. A Beauharnois, comme en maints autres endroits, dure depuis soixante ans ce merveilleux spectacle d'une maison qui ne vit que de charité et à laquelle Celui qui aime les pauvres n'a pas encore fait défaut; sans doute, la générosité des paroissiens est grande, mais plus grande encore

Compléments de la Paroisse: l'Hospice

est la vertu des religieuses qui, à force de privations, d'abnégation, d'amour des pauvres et de confiance en la Providence, sont restées au poste que l'obéissance leur a confié.

Un vieil aveugle et une pauvre épileptique furent les premiers clients de l'hospice; l'affluence d'indigents fut telle que dès 1864, il n'y avait plus aucune place vacante. Un jour, une misérable infirme dut être refusée; le curé Charland n'y tint plus; il alla demander à la maison-mère d'agrandir son hospice. Toutefois, ce ne fut qu'en 1867 que ses désirs se réalisèrent; cette année-là, sous la direction de Monsieur Contant, entrepreneur, fut construite la maison en pierre, — 72 x 52 pieds — à trois étages, qui est la partie principale du groupe de constructions dont est composé l'hospice; une trentaine d'orphelins y furent recueillis, ainsi que des adultes invalides.

En 1900, de nouveau l'on dut agrandir; on le fit en construisant l'aile dédiée Au Christ Rédempteur; Monsieur le curé Lussier rendit possible cette addition par ses largesses personnelles et par son zèle à procurer des secours à l'hospice. Messieurs Baudreault, Leduc et Fortin exécutèrent le plan tracé par M. Venne, architecte de Montréal.

L'édifice a 56 x 34 pieds; il a été bénit par Mgr Émard le 19 mars 1900. Ces agrandissements ont permis aux religieuses de développer leur œuvre en fondant un jardin de l'enfance fréquenté par 90 enfants.

En 1904, le curé Lussier se retira à l'hospice, dans les appartements que sa générosité avait aidé à construire. Il y mourut le 24 décembre 1911. Son successeur, Monsieur le Chanoine Théodule Nepveu, n'a cessé de témoigner à l'hospice la plus active bienveillance.

Depuis la fondation de l'hospice, en 1861, les relations les plus cordiales ont toujours existé entre la population de Beauharnois et les autorités de l'hospice; entre les deux ce fut un continuel échange de services. Les paroissiens de Beauharnois, par des contributions généreuses aux bazars en faveur de l'hospice, par le soutien de l'œuvre du Pain de Saint- Antoine, par leurs aumônes particulières et privées, ont permis aux religieuses de prendre soin de 2,126 enfants et pauvres que la Providence leur a envoyés; en retour, les religieuses se sont fait un devoir de visiter les pauvres et les malades à domicile; jusqu'en 1919, 9,368 visites ont été faites; et c'est toujours, pour nos familles, une grande consolation de voir les religieuses de l'hospice partager leurs deuils et leurs autres épreuves.

De 1861 à 1919, l'hospice de Beauharnois a eu les supérieures dont les noms suivent : de 1861 à 1877, Sœur Sauvé, décédée en 1882, le même jour que le curé Charland; de 1877 à 1880, Sœur Mailhot; de 1880 à 1894, Sœur Sylvestre ; en deux termes, cette digne religieuse a donné 25 années de dévouement à l'œuvre de l'hospice de Beauharnois; de 1894 à 1904, Mère Dionne, actuellement deuxième assistante générale des Sœurs Grises de Montréal; de 1904 à 1907, Mère Letellier, actuellement supérieure de la province You ville; de 1907 à 1911, Sœur Desmarais, nièce du regretté curé Desmarais, jadis desservant de Saint-Clément en 1854; de 1911 à 1915, Sœur de Grandpré, décédée; del915àl919, Sœur Saint Donat; en 1919, Sœur Dubord.

Telle est l'histoire religieuse de Saint- Clément de Beauharnois. Elle se compose

Histoire religieuse de Beauharnois

des éléments ordinaires d'une paroisse canadienne. De 1819 à 1919, l'œuvre paroissiale a été accomplie par le personnel paroissial, clercs et laïques, curés, desservants, vicaires, syndics, marguilliers et autres qui ne lui ont pas ménagé leur dévouement; la générosité et l'esprit catholique des fidèles ont permis la fondation d'établissements paroissiaux remarquables : deux églises, deux presbytères, deux salles paroissiales, trois cimetières, un collège, un couvent, huit écoles, un hospice, une paroisse bien instruite des vérités de la foi par un clergé

éclairé et zélé, bien ferme dans son attachement à la vérité catholique et généreuse pour les œuvres et le soutien de son clergé! Voilà le bilan de nos cent années d'histoire comme paroisse! Puisse le nouveau siècle d'histoire religieuse être une continuation plus parfaite encore, si possible, du passé! Que la vie catholique devienne plus intense, l'amour de l'Église plus grand, le respect de l'autorité plus profond, et Saint- Clément continuera de recevoir du Ciel les bénédictions qui lui ont déjà assuré une existence séculaire!

VIE PAROISSIALE Quelques faits — Quelques dates

Nous voudrions enregistrer, en quelques pages, des incidents mémorables de notre vie paroissiale qui n'entraient pas exactement dans le cadre des chapitres précédents.

Conversions. — La paroisse Saint-Clément a eu le bonheur de compter plusieurs conversions au catholicisme. En voici quelques-unes: le 2 mars 1845, Charles Manuel, arpenteur de la Seigneurie de Beauharnois; le 28 janvier 1906, James Hope Ross; le 7 mars 1906, John A. Smith; le 7 mai 1907, G. Prégent; le 25 mai 1909, Hervé Prégent; le 15 avril 1917, Herbert Cantwell; le 23 décembre 1917, Jane Handerson; James Knight, en 1826.

Croix di; chemin. — Comme les autres paroisses canadiennes, Saint-Clément a ses croix du chemin. En liaut du fleuve, on en voit deux, l'une sur la terre de M. T. Bertrand, l'autre chez M. Evariste Lebœuf;

sur le chemin de la Rivière Saint-Louis, il y a une croix sur la terre de M. Henri Hébert; Au rang double, il y en a une chez M. Pierre Montpetit; dans la Beauce, chez M. Josaphat Lebœuf; au rang Saint-Georges, chez M. Alexis Lemieux. L'érection de ces croix est toujours l'occasion de belles cérémonies religieuses; il y a sermon, chant, bénédiction. Que Saint-Clément ne laisse jamais tomber ces croix qui lui sont une protection !

Visites pastorales.— A cause de la disparition du premier registre de fabrique, nous ne pouvons connaître exactement les visites des évêques à Beauharnois avant 1846. Il est probable que les évêques de Québec ne firent aucune visite pastorale à Beauharnois. Quant à ceux de Montréal, la première visite enregistrée est du 10 juin 1824, par Mgr Lartigue (185 confirmés).

Depuis lors, les visites pastorales ont eu lieu comme suit: Mgr J.-C. Prince: le 11 octobre 1846; Mgr Ignace Bourget: le 3 août 1853, le 28 juin 1857, le 24 juin 1863, le 16 septembre 1867, le 26 septembre 1871.

Vie paroissiale

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Vie paroissiale

Mgr Edouard-Charles Fabre: le 9 juin 1874 — à titre de coadjuteur; — le 5 juillet 1877, le 22 juin 1881, le 4 octobre 1883, le 29 juin 1887, le 15 juillet 1890.

Mgr Joseph-Médard Émard: le 6 juillet 1893, le 13 juillet 1896, le 19 juin 1898,

Tisseur, du rang St-Georges — était ordonné par Mgr Emard; M. François Reid, curé de Rigaud, faisait le sermon de circonstance.

Le 6 janvier 1915, M. l'abbé Aimé Hébert, fils de H. Hébert, était ordonné par Mgr

le 26 mai 1901, le 12 juin 1904, le 24 mai Emard; le sermon était fait par un autre

Son Eminence le Cardinal Vincent Vannutelli, légat a Intere au Congrès Eucharistique, passant à Beaubarnois.

(1) Le Cardinal parlant à la foule. — (2) La foule attendant l'arrivée du train.

1908, le 5 juin 1910, le 26 mai 1912, le 13

juin 1915, le 5 mai 1918.

Ordinations sacerdotales dans l'église paroissiale. — Deux fois, la paroisse a eu le bonheur d'assister à l'ordination sacerdotale de ses enfants dans l'église paroissiale.

Le 3 septembre 1893, M. l'abbé F.-X.

Tisseur, fils d'un vieux paroissien — J.-B.

prêtre enfant de la paroisse, M. l'abbé Arthur Goyette.

Congrès Eucharistique de 1910. — Au Congrès eucharistique de 1910, Saint-Clément était représenté par une nombreuse délégation. La fanfare de Beauharnois eut, à l'occasion de la procession du dimanche après-midi, un succès remarquable. Monsieur A. Contant, directeur de la fanfare et

Histoire religieuse de Beauharnois

maître de chapelle, avait composé une marche de circonstance qui fut très appréciée.

Quelques jours(l) plus tard, notre ville avait la visite du légat a latere, S. E. le Cardinal Vincent Vannutelli. En route pour Valleyfield, Son Eminence avait bien voulu accepter d'arrêter quelques instants à Beauharnois. Lorsque le convoi du New York Central arriva à la station, une foule de plusieurs milliers de personnes accueillit le Cardinal avec d'enthousiastes acclamations, et la fanfare joua les airs nationaux et pontificaux. Les sociétés de bienfaisance, les congrégations paroissiales, les communautés enseignantes, les élèves des écoles étaient là portant bannières et insignes. La gare et ses dépendances avaient été décorées avec goût par le chef de gare, M. Raoul Miron. Son Eminence était accompagnée de S. G. Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, de Mgr J.-C. Allard, P. A., vicaire-général de Valleyfield, de Mgr Lepailleur, P.D., et d'un grand nombre de prêtres. Il y eut échange de souhaits. Les paroissiens, par leur curé, M. Nepveu, présentèrent au Cardinal-Légat leurs hommages, et celui-ci, en retour, voulut bien donner à la paroisse Saint-Clément une bénédiction spéciale. Après un arrêt de quinze minutes, le train cardinalice continua sa route vers Valleyfield. Cette visite d'un cardinal-légat à Beauharnois est l'un des événements mémorables de notre vie

paroissiale.

Beauharnois et le pouvoir temporel du pape. — Coïncidence curieuse, cette visite

du légat du Pape arrivait au cinquantième anniversaire d'une manifestation pro-papale qui se fit à Beauharnois en 1860. Pourquoi n'y verrait-on pas la récompense d'un dévouement filial à la cause du Saint-Siège ?

Donc, au printemps de 1860, un dimanche après la messe, eut lieu dans l'église, sous la présidence de M. le curé Charland, une assemblée de protestation contre l'invasion des États pontificaux. Parlèrent Messieurs les avocats Michael Cayley, André Montpetit, Louis Paré et M. le notaire A.-L. de Martigny. Des résolutions de protestation furent votées et envoyées au pape Pie IX.

Quelques années plus tard, une autre cérémonie avait lieu dans l'église paroissiale. L'avocat Joseph Taillefer, de Sainte- Martine, partait pour Rome; il vint à Beauharnois chercher la bénédiction de M. le curé Charland.

Congrégations et confréries. — Dans la paroisse sont établies les Congrégations ou Confréries suivantes: La Société de Tempérance (1846 et 1884),(2) la Congrégation des Enfants de Marie (1846 et 1887), les Dames de Sainte- Anne (1882), le Rosaire (1886 et 1899), l'Apostolat de la Prière (1887), L'Union de Prières (1886)(3) l'Archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie (1887), La Ligue du Sacré-Cœur (1889), la Confrérie de la Sainte-Famille (1890), Y Adoration perpétuelle — chaque vendredi — (1890), le Tiers-Ordre de Saint-François (1890), l'Œuvre de Saint-François-de-Sales (1902), la Propagation de la Foi (1902), Y Œuvre de la

(1) Jeudi, le 15 septembre 1910. (3) En m5 VUnion de pHhe deyint diocéaame> et

(2) A la société de Tempérance se rattache le souvenir du Mon8eigneur Y6viqm de Valleyfield abandonna à la Fabrique passage à Beauharnois, en 1849, du P. Chiniquy; au hvTe de T™, Tt », an* •» c a \a j i-tt • la Fabrique nous usons qu'il lui fut payé £2-10 d. des deniers de Saint-Clément les $1,834.74, fonds accumulé de 1 Union de la Fabrique. paroissiale.

Appendice: les Protestants à Beauharnois

Sainte-Enfance (1902), Y Œuvre du Pain de Saint-Antoine (1894). (,)

à la sacristie; elle contient à peu près 600 volumes, dont plusieurs sur l'histoire du Canada.

Visite du R. P. Frédéric— En 1906, du 29 juillet au 19 août, le R. P. Frédéric, franciscain, visita la paroisse et recueillit des aumônes pour le ministère des Pauvres Clarisses de Valley field. Sa quête consistait à vendre la Vie de N.S.J.C. au profit de cette œuvre. La paroisse, de cette manière, fournit $478.00.

Jubilé épiscopal de Mgr Emard. — En 1917, Mgr J.-M. Emard, premier évêque de Valleyfield, célébrait le 25ème anniversaire de sa consécration épiscopale. Tout son diocèse lui fit fête. La paroisse Saint- Clément s'associa à ce jubilé; elle vota un don de $125.00 au Comité diocésain, et elle délégua M. Narcisse Deslauriers pour la représenter officiellement aux grandes fêtes

de juin.

Bibliothèque paroissiale. — Vers 1860, une bibliothèque paroissiale a été établie par les Frères des Ecoles Chrétiennes; cette bibliothèque a pour local une pièce attenant

Population de la paroisse Saint- Clément. — A sa fondation en 1819, la paroisse Saint-Clément a une population de 1,076 âmes. En 1831, 1,800 catholiques; en 1842, 1,768; en 1851, 2,872; en 1861, 4,934; en 1871, 3,346; en 1881, 3,240; en 1891, 3,274; en 1901, 3,323; en 1911, 3,296; en 1919, la population catholique se répartit comme suit: 624 familles, dont 386 en ville et 238 à la campagne; 2,283 communiants, dont 1,450 en ville et 833 à la campagne; 907 non-communiants, dont 554 en ville et 353 à la campagne ; soit une population totale de 3,190, dont 2,004 pour la ville et 1,186 pour la campagne. Enfin, en octobre 1920, après la visite paroissiale, la paroisse Saint-Clément a une population totale de 3,536 catholiques, dont 2,300 en ville et 1,236 à la campagne; 643 familles, dont 406 en ville et 237 à la campagne; 2,615 communiants, dont 1,741 en ville et 874 à la campagne; 921 non-communiants, dont 559 en ville et 362 à la campagne. La population de 1920 est la plus élevée qu'ait eue Saint-Clément depuis 1861, qui fut l'apogée de sa prospérité.

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