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CHAPITRE CINQUIÈME

Beauharnois agricole

EAUHARNOIS a été d'abord un établissement agricole : les premiers pionniers traversèrent de Pile Perrot ou vinrent de Chateauguay pour déboiser et faire la terre, et pendant longtemps la population se composa en grande majorité de cultivateurs. Actuellement, la ville de Beauharnois l'emporte en population sur la campagne; tout de même, la classe agricole occupe une place importante qu'il n'est que juste de mentionner.

En 1815, l' arpenteur-général Joseph Bouchette, dans une Description topographique de la Province du Bas-Canada,w parlait ainsi de Beauharnois: "Sur le front — de la Seigneurie— il y a quelques places marécageuses, couvertes de cèdre et de pruche blanche, mais elles ne sont pas de grande étendue, et généralement, entre les bords du Chateauguay et du Saint-Laurent, ce qui forme une longueur d'environ trois lieues, le pays offre la localité la plus avantageuse, est favorable à tous les travaux de l'agriculture, et abonde en terrains propres à faire croître du chanvre et du lin. On a de solides raisons de conjecturer que cette partie du district de Montréal attirera V attention des commerçants et des cultivateurs et qu'en peu d'années, elle le disputera à la plupart des autres de la province, en population aussi bien que par V état florissant de l'agriculture."

Les conjectures de l' arpenteur-général n'étaient point téméraires. Beauharnois a une histoire agricole intéressante.

Bouchette nous apprend qu'en 1815, il y avait à Annstown (ou Beauharnois) 95 lots concédés sur le Saint-Laurent et la rive nord du Chateauguay. En 1822, Beauharnois, comprenant — pour le recensement — Saint-Timothée et la Grande-Ile, a une population de 2,205; dans ce chiffre, il y a "435 chefs de famille possédant des terres ou tirant principalement leur subsistance du produit d'icelles."

Au recensement de 1825, la population agricole est de 1,045 contre 182 au village; il y a 160 maisons à la campagne et 29 au village.

Au recensement de 1831, Saint-Clément compte 251 familles d'agriculteurs.

Au recensement de 1842, l'on ne trouve que 178 familles d'agriculteurs; sur une superficie de 15,067 acres, 8,061% sont en culture; la dernière récolte a produit 6,233 minots de blé, l,9261/2 d'orge, 18,800 d'avoine, 9,239i/2 de pois, 360y2 de blé d'Inde, 1,169 de sarrazin, l5,27l1/2 livres de pommes de terre, 3,800 livres de sucre d'érable; dans la paroisse il y a 5 essaims d'abeilles, 1,072 bêtes à cornes, 542 chevaux, 1,428 moutons, 677 cochons.

En 1851, Saint-Clément (comprenant Saint-Etienne actuel) a 376 occupants de

Histoire civile de Beauharnois

terres; 18,500 acres sont en culture, 12,482 sont ensemencées, 5,954 en pâturages, 134 en jardins et 7,875 en bois ou incultes. Les Commissaires du Recensement remarquent que la récolte a manqué presque complètement et qu'au dire des propriétaires, le sol n'a pas donné plus que la semence depuis six ans.

En 1861, il y a 377 occupants de terres; la superficie agraire est de 30,353 acres; 25,243 acres sont en culture, 5,842 en pâturages, 302 en jardins et vergers, 5,110 en bois. Les terres sont évaluées, au total, à $1,357,089.00; le roulant (farming implements) est évalué à $130,981.00. 2,057 acres produisent 20,077 minots de blé; 1,524 acres, 28,912 minots d'orge; 65 acres, 457 minots de seigle; 3,973 acres, 78,853 minots d'avoine; 606 acres, 4,635 minots de sarrazin; 56 acres, 1,183 minots de blé d'Inde; 13 acres, 1,407 minots de navets; 11 acres, 2,481 minots de betteraves; 234 acres, 24,- 530 minots de pommes de terre. L'on récolte 2,024 tonnes de foin, 129 livres de houblon, 7,861 livres de sucre d'érable; l'on fabrique annuellement 120 gallons de vin, 56,2,>5 livres de beurre et 1,365 livres de fromage. L'on compte 3,155 vaches, 1,686 chevaux, 2,126 moutons, 1,462 cochons; le tout évalué à $108,125.00.

En 1871, Saint-Clément (avec ses limites actuelles, c'est-à-dire sans Saint-Etienne qui entrait dans les recensements antérieurs) a 274 occupants de terres, dont 243 propriétaires et 30 fermiers; 40 occupent des terres ne dépassant pas 10 acres, 59 ont des terres qui ne dépassent pas 50 acres; 99 terres sont de moins de 100 acres, 70 sont de 100 à 200 acres, 6 ont plus de 200 acres. En tout, 17,718 acres sont occupées, dont 10,791 sous culture, 4,346 en pâturages, 196 en vergers et jardins. L'on y récolte 7,101 boisseaux de blé, 18,030 d'orge, 40,849

d'avoine, 49 de seigle, 21,980 de pois, 240 de fèves, 4,310 de sarrazin, 698 de maïs, 17,090 de pommes de terre, 53 de navets, 1,098 de mil et de trèfle, et 3,291 tonnes de foin.

En 1881 Saint-Clément a 231 occupants de terres, dont 203 propriétaires; 17 terres ont moins de 10 acres, 49 moins de 50 acres, 102 moins de 100 acres, 56 moins de 200 acres, 7 ont plus de 200 acres. Le total des terres occupées est de 16,648 acres; 12,003 sont en culture, 3,444 en pâturages, 144 en jardins et vergers. L'on récolte 6,954 boisseaux de blé, 15,680 d'orge, 54,887 d'avoine, 85,621 de pois et de fèves, 2,903 de sarrazin, 1,024 de maïs, 43,916 de pommes de terre, 45 de navets, 1,751 tonnes de foin, 175 boisseaux de mil et de trèfle.

En 1891, Beauharnois a 571 occupants de terres, dont 373 propriétaires et 197 fermiers; il y a 374 terres ne dépassant pas

10 acres; 25 ne dépassent pas 50 acres; 91 ne dépassent pas 100 acres; 68 ne dépassent pas 200 acres; 16 ont plus de 200 acres. 21,869 acres sont occupées: 14,702 en culture 4,180 en pâturages, 2,666 en forêts, 321 en jardins et vergers. La récolte de blé est de 1,658 boisseaux, d'orge 5,955, d'avoine 42,245, de pois 24,881, de sarrazin 9,243, de fèves 204, de maïs 697, de pommes de terre 19,876, de foin 3,350 tonnes, de mil et de trèfle 368. Il y a 1,142 chevaux, 1,783 bêtes à cornes,(1) 610 moutons, 726 cochons, 274 dindes, 90 canards, 7,444 poules.

En 1911, Beauharnois a 107 propriétaires et 21 locataires de terres; 4 terres ont de 5 à 10 acres; 20 ont de 11 à 20 acres; 70 ont de 50 à 100 acres; 79 ont de 100 à 200 acres;

11 ont plus de 200 acres. Les terres occupées ont 17,489 acres, dont 16,174 en culture. La dernière récolte a produit 2,485 boisseaux de blé, 9,102 d'orge, 110,142

(1) Dont 17 bœufs de labour.

Beauharnois agricole

d'avoine, 1,582 de blé d'Inde, 15,645 de sarrazin, et 4,172 livres de tabac.

En général, les cultivateurs de Saint- Clément ont fait la grande culture plutôt que la culture intensive; les terres n'ont pas été transformées, comme à Saint-Laurent ou Longueuil, en jardins maraîchers.

Il y a une trentaine d'années, des fromageries ont été établies; depuis une dizaine d'années, les séparateurs les ont pratiquement remplacées; la guerre de 1914-1918 a ressuscité la fabrication du fromage et les cultivateurs ont trouvé profit à encourager cette industrie.

Parmi les initiatives tentées pour encourager l'agriculture, quelques-unes surtout méritent d'attirer l'attention.

Lorsque fut établi le comté de Beauharnois, en 1829, presque simultanément fut fondée la Société d'Agriculture du Comté de Beauharnois; cette société, par des expositions annuelles, n'a cessé de mettre de l'émulation dans la classe agricole; elle tint quelques expositions au village de Beauharnois, notamment en 1832 et 1835; depuis plusieurs années, l'exposition annuelle a lieu à Saint-Louis-de-Gonzague.

Beauharnois a aussi un Cercle agricole qui compte actuellement 200 membres; depuis quelques années, ce Cercle a beaucoup contribué au progrès de l'agriculture locale; par ses soins, la race bovine s'est améliorée; des graines de semences de choix ont été distribuées aux cultivateurs; en 1918, le Cercle a formé un Comité de surproduction

agricole0' qui a organisé une propagande efficace pour la culture du blé et des haricots.

En 1918, M. l'Agronome E.-N. Blondin et M. J.-E. Leduc, secrétaire du Cercle agricole et de la Commission scolaire, organisaient les Jardins scolaires dans le but d'inspirer aux enfants l'attachement à la terre; le printemps, des graines de semence sont distribuées aux élèves des écoles de la campagne: l'été, l'agronome visite ces jardins scolaires; l'automne, a lieu l'exposition scolaire. Cette initiative a déjà produit des résultats admirables; les expositions scolaires d'automne à Beauharnois permettent d'espérer beaucoup pour l'avenir de l'agriculture locale. Chaque enfant expose les produits de son travail agraire, des prix sont distribués, des conférences appropriées indiquent aux enfants les moyens d'améliorer leur travail et les encouragent à rester sur la terre. Nous connaissons peu d'initiatives plus pratiques, plus bienfaisantes, plus patriotiques même que celle-là. S'il est vrai que c'est l'agriculture qui a été notre grande force sociale, et que l'on ne saurait trop s'élever contre la désertion des campagnes, quoi de plus propre à fixer au sol notre classe agricole que l'éducation agricole des enfants? A travailler comme leurs pères, les enfants apprendront de bonne heure l'indispensable qualité qui les attachera à leur profession, l'amour de la terre. De bonne heure aussi ils s'initieront aux progrès de la science, et de ce double avantage d'une culture progressive dans une âme amie du sol, surgira une race d'agriculteurs qui continueront, comme leurs ancêtres, à faire leur paroisse et leur pays économiquement et moralement prospères!

(1) Faisaient partie de ce comité M. le curé T. Nepveu, M. le maire E. Théoret et M. le maire Louis Maheu, avec M. J.-E. Leduc comme secrétaire.

Beauharnois commercial et industriel

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