‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 102 sur 338 · Édit. Fournier · texte numérisé non relu

Édit. Fournier

5. Elle ne date pas pour nous un passé bien lointain, cette phrase de Gudin : « Sortir de Paris, de cette ville jadis si séduisante, et que nous avions tant aimée, était alors un si grand bonheur que nous goûtions quelque joie à nous en éloigner. » Histoire de Beaumarchais, p. 435.

au péril de sa vie que Lebrun veuille bien le recevoir 1 ! Quel drame que ces va-et-vient hasardeux « des terres labourées » de la banlieue de Paris où il se cache, aux « routes fangeuses » de l'Allemagne où il est exilé; de la prison du Banc-du-Roi où il est enfermé pour dettes, à la barre de la Convention où il ose venir réclamer le payement de sa créance 3 . Et en relisant ces Six Époques, il nous semble qu'il y a plus de crânerie encore que de naïveté dans cette éloquence contemporaine du tribunal révolutionnaire. N'oublions pas surtout qu'au mépris de la proscription qui pesait sur lui, Beaumarchais renoua un jour l'affaire des 60 000 fusils, parce que c les Prussiens pénétraient en Champagne 3 > et qu'on était perdu si l'on ne pouvait armer tous les bras vaillants dont se hérissait la brèche faite à la frontière 4 . 11 faut donc reconnaître que Figaro fit assez bonne contenance en face de la Terreur, et qu'il unit le patriotisme au courage : ce sont les deux termes que l'élégant critique des Débats et l'illustre auteur des Lundis eussent substitué à celui de « bonhomie 5 », s'ils eussent lu plus attentivement les Six Époques. Armé de son courage et de ses Mémoires, tour à tour attaquant et parant, il réussit à disputer pied à pied à la tourbe de ses ennemis la vie et l'honneur. L'homme grandit dans cette lutte; quant à l'écrivain, sa plume para le poignard et la guillotine : l'exploit n'est pas mince.

Il put ainsi ne pas mentir à sa fière déclaration : « Moi, dont la religion est que, dans les grands troubles, un citoyen zélé doit rester à sa place 6 . » Il ne passa la frontière que par ordre ; convenons

1. « 11 rencontre des pierres de taille et se cache; couché entre elles, il y attend l'heure désignée et retourne à la porto du ministre, incertain si ses meurtriers ne l'y attendent pas. i> Histoire de Beaumarchais, p. 433. Cf édit. Fournîer, 550.

2. 11 y vint avec un sauf-conduit de deux mois que nous avons sous les yeux. C'est un décret de la Convention du 30 février 1793, signé Mongc, contresigné Garât, portant : « Qu'il sera sursis pendant deux mois à l'exécution du décret d'accusation lancé contre le citoyen Caron Beaumarchais, et que, pendant ce temps, il fournira ses défenses, afin que la Convention nationale prononce définitivement »; et que « les scellés apposés chez lui sur les effets et papiers seront* levés purement et simplement ».

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