‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 107 sur 338 · Voy. Beaumarchais et son temps, II, U · texte numérisé non relu

Voy. Beaumarchais et son temps, II, U

2. Il s'agit de dix louis; cela mesure la délicatesse de leurs procédés et met à néant les accusations que l'on sait sur Beaumarchais frère-chapeau des productions de Gudin payé pour écrire des chefs-d'œuvre.

feËAUMAftCHAlS ET LE NOUVEAU RÉGIME. 131

passé, avec des papiers qu'on me força de prendre et que j'ai beau offrir à tout le monde; personne n'en veut. Grâces à vous, je n'en ferai pas moins bon voyage. Je mets tout mon bagage dans un chausson, et je pars aussitôt que j'aurai reçu vos dix louis. J'irai descendre directement chez vous, mou bon ami, et je me retrouverai encore une fois sous votre toit avec votre heureuse famille que je trouverai augmentée y et dans la joie de vous posséder et d'avoir de nouvelles raisons de vous chérir. Tout mon cœur s'épanouit à cette idée, et je bâle de tous mes vœux le moment de pouvoir m'unir avec elle et de dire : Et moi aussi je le revois.

C'est bien aujourd'hui que je regrette qu'on n'ait pas perfectionné les machines aérostaliques l , j'aurais bien besoin de leur diligence. Mais toute voiture sera bonne pourvu qu'elle me conduise près de vous.

Adieu, mon bon ami, portez-vous bien, je vous manderai le moment de mon départ.

Avec l'amitié rentrent au logis les fêtes de famille et les petits vers qui avaient toujours été de la partie ; sans oublier l'esprit, car, comme dit un refrain de famille,

Jamais, jamais, On n'en a sans Beaumarchais.

Citons entre cent quelques couplets où la gaieté de tous ces revenants fait nargue aux malheurs des temps.

Chanson pour l'anniversaire d'Eugénie, née le 6 janvier. Air du Confiteor.

Le six de janvier, premier mois De l'an de notre ère chrétienne, La France célébrait les Rois Avant d'être* républicaine {bis); Un bon gâteau (bis) chacun avait, En famille on se rassemblait, Eh bien ! dans ce temps on riait.

Faisons comme nos bous aïeux

Rebuvons tous à tasses pleines,

Fêtons le jour jadis joyeux :

Mais point de rois et point de reines (bis)l

La liberté (bis), l'égalité

Ont défendu cette gaité (bis).

1. Beaumarchais passionné pour les agents de locomotion rapides, non content de patronner les machines aérostatiques de M. Scott, avait aussi célébré en vers un moteur appelé « vclocifère ».

Couplets du vieux Rocquentin :

Vieux chansonnier, joyeux garçon, J'allais permettre à ma raison Quelque écart de folie ; Mais, par son ton noble et décent, La vertu d'un air caressant Me dit : c Sois sage > ! en me montrant La modeste Eugénie.

Ce fut un de ces jours heureux Où la France était en ri bote, Qu'il devait naîlre sous les cieux Un petit être sans culolte (bis).

Chaque Français (bis) buvait, chantait, Mais la maman souffrait, pleurait, Et ne criait pas : c Le roi boit ! > etc.

A Mademoiselle Eugénie de Beaumarchais.

Toujours, toujours, l'affreuse envie Suit le génie et la beauté.

Attends-toi donc, belle Eugénie, Aux traits de sa malignité.

Mais en tout ressemble à ton père, L'envie ardente à Vépier, En éclairant sa vie entière N'a pu que le calomnier.

Mais on préférera peut-être à ces chansons la prose suivante de Gudin, où le vieux célibataire conseille son ami, avec une bonhomie touchante, sur l'art d'être grand-père :

Mon ami, je veux vous féliciter pour la grossesse de votre chère fille; c'est un bienfait de la nature, et c'est le plaisir qui épanouit le plus le cœur d'un père. Vous me direz peut-être que c'est la situation qui dispose le plus l'esprit aux inquiétudes de l'avenir. Mon ami, il faut jouir du bien présent et laisser l'avenir se cacher sous les nuages qui le dérobent à nos yeux, et croire avec Figaro que le hasard fera mieux que la prudence. La science du sage et de l'habile n'est pas de maîtriser les événements, mais de profiter des circonstances *. Les calamités publiques me rendent moraliste. Mon ami, goûtez bien le bonheur de votre situation présente. Je me rappelle des chansons que vous faisiez pour Eugénie, quand vous la berciez sur vos genoux, et je crois déjà vous en entendre

1. Gudin, dont nous connaissons l'épicurisme mitigé, traduit ici son maître: Non mihi res, t>ed me rébus subjungere conor.

chanter d'autres pour son fils. Embrassez-la bien pour moi, mon cher ami, faites-lui mon compliment et soyez tous heureux du bonheur domestique; c'est le plus doux de tous, le plus réel peut-être; tous les autres tiennent trop de la vanité, et la vanité est toujours sur un trône d'épines ; toutes les fleurs qui la parent la piquent. Faites donc des chansons pour l'enfant qui va naître ', elles vous seront plus douces que celles que vous avez faites pour le parterre qui les a tant applaudies.

Tel nous apparaît alors Beaumarchais, heureux dans son intérieur, comme il le déclarait encore, en ajoutant au bas de cet examen de conscience pythagoricien 3 qui est peut-être la dernière page qu'il ait écrite : « N'ayant fait de cour à personne, et partant repoussé de tous, n'étant membre d'aucun parti et surtout ne voulant rien être, par qui pourrais-je être porté? Je ne veux l'être par personne. »

Mais ses amis eux-mêmes le forçaient à ne pas pratiquer ce détachement, craignant sans doute qu'il n'en mourût, et Gudin lui écrivait :

S'il vous passe quelques bonnes scènes propres à venger la nation des exécrables qui lui ont fait tant de mal, ne vous refusez pas au plaisir de récrire. Je viens de lire dans un journal un extrait des lettres de Platon aux Syracusains qui venaient de détruire la tyrannie, et Ton voit que le sage Platon blâmait les exécrables de ce temps-là qui, tout en criant liberté, ne cherchaient qu'à tout perdre, afin de tout envahir.

Aussi c l'intervalle qu'il voulait mettre entre le travail et la mort 3 » ne fut-il jamais qu'une chimère. Avec l'ambitieux et le négociant reparaissent coup sur coup l'auteur et le patriote, l'inventeur et le plaideur ; et ils nous donnent ce curieux spectacle d'un vieillard presque septuagénaire qui tourne des vers dans le goût très léger de sa jeunesse * et propose dans un ardent Mémoire de venger c par la véritable levée en masse l'exécrable injure de Radstadt 5 * ;

1. Palmyre, qui épousa M. Poncet, la grand'mèrc de M. Roulleaux-Dugagc, député de l'Orne, qui vient d'être enlevé cruellement à l'affection tics siens et à l'estime de tous les partis (19 septembre 1887).

2. Cette page a déjà été publiée, sauf cette dernière phrase, par M. de Loménic(II, 538, sqq). Elle est de sa plus lourde écriture et très raturée. — Parmi tes « bluettes littéraires », nous trouvons une traduction en vers de quelquesuns des ■ vers dorés de Pythagorc », accompagnée de celle d'une lettre d'Épicure à Leontium. Qui l'eût dit?

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