‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 109 sur 338 · Êdit. Gudin, VII, 1U · texte numérisé non relu

Êdit. Gudin, VII, 1U

3. Toujours l'affaire des fusils. Nous lisons ce titre sur la liasse, écrit de sa main : c Mes travaux et correspondances avec la f... atale commission extraordinaire, b Quelle verdeur!

A. Édit. Gudin, VII, 111 ; édit. Fournicr, G87.

5. Nous avons sous les yeux le certificat du chirurgien la Salle, visé par M. de Loménic, II, p. 537. Sur l'enveloppe on lit cette note, d'une vieille encre : « Certificat du chirurgien la Salle, qui spécifie de quelle maladie M. de Beaumarchais est mort 29 floréal an VII :

« Moy officier de santé, division de Montrcuil, patenté, je certifie que j'ai été appelé chez le citoyen Beaumarché (sic) pour lui porter des secours de Fart. J'atteste que le citoyen Bc;uj marché est mort d'une apoplexie sanguine avec éruction de sang et non autre maladi. Je certifie véritable ce 29 floréal an VU. La Salle, officier de santé. »

« M"* de Beaumarchais dit M. de Loménic, II, 528 écrit de son côté : « Il est sorti de la vie à son insu, comme il y était entré. » Nous n'avons pas retrouvé la lettre où était ce mot imité de Figaro : « Forcé de parcourir la route où je suis entré, sans le savoir, comme j'en sortirais sans le vouloir s {Mariage, V, ni). Nous croyons que c'est une légère inadvertance de M. de Lomcnie, car on verra ci-dessus le même passage dans un fragment de Gudin, dont nous avons deux copies. Il est intitulé : Notice sur Beaumarchais. C'est le plan de son histoire; nous en donnons une partie.

6. « Le libraire Martin Bossange, mort centenaire en octobre 1865, prétendait avoir passé celte dernière soirée avec Beaumarchais, qui aurait fait avec lui une partie de dames et ne serait allé se coucher que sur les instances réitérées d'un vieux valet de chambre. » Histoire de Beaumardtais , p. 474, note de M. Tourneux. Les Bossangcs, acquéreurs du résidu de l'édition de Kchl, le rendirent à la succession moyennant un très léger bénéfice.

ordinairement; on crut qu'il sommeillait; on voulut le réveiller, mais il n'existait plus, il avait été frappé d'un coup de sang. On en trouva sur son corps tous les caractères; le sang, dans le cerveau, avait augmenté son sommeil , au lieu do le troubler, et il était sorti de la vie , précisément comme il y était entré, sans s'en apercevoir, sans avoir la moindre notion de ce qui lui arrivait.

Ainsi, la mort la plus tranquille termina une vio presque toujours agitée, et singulièrement mêlée de succès et de revers. Son existence n'a pas été seulement utile à sa famille et à quelques amis : le public jouit de ses travaux et de l'extrême diversité de ses talents. Si l'on touche une montre, on peut se rappeler qu'il en a perfectionné le travail; si c'est une harpe, qu'il l'a rendue plus harmonieuse; si l'on va au théâtre, ony voit, non seulement des pièces qu'il a faites, et qui contrastent entre elles, par leur gaité et leur gravité , mais encore un personnage nouveau qu'il a créé; un caractère dont aucun ouvrage ne lui avait fourni le modèle. Au barreau, il a donné de grands exemples de style et de courage; il a construit des vaisseaux et des maisons; si l'on jouit d'une édition complète de Voltaire, c'est à lui qu'on le doit ; si l'on passe enfin dans les treize États, on y trouve encore de nombreux vestiges des services qu'il a rendus.

Nous lisons en outre dans une lettre de Gudin à la veuve de Beau* marchais :

Je compte donc d'ici à peu de temps aller rejoindre mes aïeux. Je souhaite que ce soit aussi subitement que mon ami et qu'un de mes oncles m'en ont donné l'exemple. Je vois ce moment sans le désirer ni le craindre. Voici quelques vers moraux que j'ai faits qui vous diront, aussi bien que la prose, mes projets si je vieillis :

J'ignore ce que Dieu réserve à ma vieillesse. Si je me porte bien, je veux dans ma sagesse

Prendre pour guide Anacréon.

Si je mo porte mal, je choisirai Scarron '.

Beaumarchais d'ailleurs avait déjà reçu, selon sa propre expression, c des avis de la nature ». A la date du 5 mai 1797, il adressait à sa fille ce billet inédit et émouvant :

Depuis la nuit du 6 au 7 avril , où j'eus un long anéantissement qui était le second avis que la nature me donnait depuis cinq semaines, mon état est plus lolérable. J'attends les poudres végétales. El soit que la saison ascendante où nous sommes ranime un peu mes forces, soit que tel éréthisme vienne de fièvre, j'ai pu faire, ma chère enfant, des

1. Voy. à l'Appendice, n° 35, un dernier hommage de Gudin à son ami, adressé à sa veuve,

immenses travaux dont tu recueilleras le fruit par les précautions que j* ai prises. Aie confiance dans ton bon père!

Et ces précautions étaient bonnes, comme on a vu. Non, Beaumarchais ne mourut pas ruiné; non, son agonie ne fut pas désespérée, car, aussi confiant en la Providence qu'en la postérité, il se savait doublement immortel. Ne venait-il pas en effet de protester en ces termes contre le matérialisme d'un de ses amis : c Ce corpslà n'est pas nous '. »

Cet homme était trop gai pour mourir en athée.

Il avait désigné lui-même pour son dernier asile un bosquet de son jardin, planté de sa main. Il l'avait aimé ce jardin, comme Voltaire son parc de Ferney, en Parisien épris de verdure. De son grenier de Hambourg, il lui apparaissait comme une oasis lointaine et, avec une délicatesse touchante, sa fille l'y promenait en imagination :

La verdure de nos arbres, lui écrit-elle le SI ventôse an lï, commence â paraître, les feuilles se développent de jour en jour, et les fleurs parent déjà ton jardin; il serait bien joli, si nous nous y promenions avec toi; ta présence ajoutait un charme à tout ce qui nous entoure, il n'est pour moi de félicité que celle que tu partages; nous ne sommes heureux que par toi, oh! mon tendre père! etc..

Il était « destiné, nous dit Gudin, au repos de sa vieillesse, et il n'ombragea guère que ses peines >. Il n'ombragea même pas longtemps sa dépouille; la rue bruyante y passe aujourd'hui; mais Beaumarchais, plus heureux que Moliùre, a du moins trouvé l'éternel repos parmi ces ombres fameuses « longtemps ballottées au scrutin de l'opinion publique 2 »,qui font au Père-Lachaise leur purgatoire, en attendant que l'indulgence des siècles leur ouvre le Panthéon. Elles n'y demanderont qu'un petit coin, quand la France, à l'exemple de l'Académie, « oubliant ce qu'il faut qu'on oublie 3 *, sera jalouse d y donner asile à toutes ses célébrités.

Gudin avait rédigé, en guise d'adieu, avec une émotion aussi sincère que discrète, un portrait en raccourci de son ami. Il chargea un tiers de le lire, et le bon Collin d'Harleville vint porter ce der-

1. Êdit. Gudin, VII, 111; Beaumarchais et son temps, II, 519; édit. Fourmer, 687.

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