‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 110 sur 338 · M, Camille Dnucct, Rapports académiques, 1S8G · texte numérisé non relu

M, Camille Dnucct, Rapports académiques, 1S8G

nier hommage 1 au «c tombeau du bonhomme * qui, après tout et malgré les apparences, avait plus d'un trait de ressemblance avec son Optimiste.

Là presse semblait désarmer ; l'article aigre-doux du Courrier des spectacles (16 prairial an VII) laissait même espérer que l'heure de l'indulgence ou du moins de l'impartialité approchait, quand la veuve de Beaumarchais apprit qu'un pamphlétaire était sur le point de battre monnaie avec les scandales assoupis. Elle s'adressa à Gudin, qui courut à la parade, et, fidèle à la promesse faite sur la tombe de son ami, rédigea cette vie dont le manuscrit fut si précieux pour M. de Loménie, et à la publication duquel nous sommes heureux d'avoir contribué.

Puis la veuve et l'ami de Beaumarchais sentirent avec la clairvoyance du cœur que la plus rapide et la meilleure des apologies était de publier ses œuvres. Nous allons suivre leur exemple en les commentant.

Citons auparavant quelques fragments de la correspondance qu'échangèrent entre eux les tuteurs de la mémoire de Beaumarchais. Ils valent doublement qu'on les publie, pour leur intérêt historique d'abord, puis par reconnaissance pour leurs auteurs :

Vous n'avez certainement pas douté, mon aimable amie, écrit Gudin à la date du 21 frimaire an X (12 novembre 1801), que je ne fusse tout prêta défendre la mémoire de mon ami et à écrire tout ce qui peut intéresser au sujet de son existence publique et privée. 11 ne s'agit que de rassembler les papiers qui peuvent me fournir les documents nécessaires, me fournir les époques, les dates et me rappeler une foule de faits, surtout ses lettres si originales que le lecteur lira toujours avec plaisir et gui serviront de preuves aux faits, dût-on ne les imprimer qu'à la fin de l'ouvrage, comme pièces justificatives'. Il y a longtemps que vous auriez rassemblé ces pièces, sans les scellés, les affaires et voire cruelle maladie. Nous en avons parlé bien des fois. En attendant, vous avez fait précisément ce qu'il y avait de meilleur pour repousser l'insolence avide de M. *" 3 et consorts. Je vous mandais dans ma dernière lettre que

1. Nous en avons le manuscrit sous les yeux. Il a été imprimé dans lu Gaiettt nationale du 2 prairial an VU, n* ÏM.

2. Elles méritent mieux, et parmi celles que nous avons retrouvées et classées, il y en a bien une cinquantaine qui seraient dignes d'occuper une pince d'honneur dans une édition complète de ses œuvres, qui reste a faire.

3. Pourquoi ne pas le nommer, puisqu'il a signé? C'est Michel, le libraire éditeur de la Vie privée, politique, etc., de Beaumarduiis, imprimée chez Brasseur et publiée en 1802.

Palissot était un corbeau qui s'acharnait à vivre sur le cadavre et Voltaire. Biais ils sont toute une foule de corbeaux qui ne songent qu'à subsister aux dépens des morts, en blessant toutefois les vivants autant qu'ils le peuvent. Je ne doute point que le Scribe de M. "* ' ne soit de cette clique, et qu'il ne puise ses principaux matériaux dans un recueil intitulé Mémoires secrets, concernant la littérature, ouvrage de ténèbres et de mensonges qu'on pourrait comparer à la Gazette ecclésiastique. Ces libelles ont toujours été défendus et soufferts , parce que ceux qui gouvernent voudraient occuper seuls toutes les bouches de la renommée, et ne sont pas fâchés de voir avilir ceux qui font parler d'eux. Vous êtes fort étonnée, mon aimable amie > que la police soit paralysée pour ce genre de délit, et ce sentiment est bien naturel ; mais convenez pourtant que la police et les tribunaux ne doivent connaître que des délits commis et non agir sur les alarmes des particuliers. Vous voyez d'abord que M.*" n'a acheté qu'un titre; le manuscrit n'est pas encore existant, et si le magistrat avait mandé l'auteur, et que l'auteur lui eût présenté sous ce litre une apologie de notre ami, qu'auriez -vous à dire? Ce n'est donc que quand un ouvrage est publié qu'on doit sévir et punir.

Pour en revenir à M. *", il s'y est pris trop tard, et je ne crois pas qu'il y ait quntre personnes dans Paris qui donnassent aujourd'hui une pièce de trente sols d'un libelle fait contre un homme mort qu'on ne craint plus de rencontrer dans son chemin 8 . Avez- vous un libraire pour imprimer ses œuvres? Nous aurons tout le temps d'écrire la vie de l'auteur pendant qu'on imprimera son théâtre. Il faut seulement se haler d'en rassembler les matériaux; je conçois bien que nous aurons plus d'un entrelien à avoir à ce sujet. Mais j'ai plus de temps à la campagne pour travailler qu'à Paris, et il faut que / achève mon grand ouvrage. Je travaille actuellement au dernier chapitre de la neuvième partie, et dans peu de temps j'en commencerai la dixième et dernière.

Le grand ouvrage, V Histoire de France^ dort encore dans les cartons de la Bibliothèque nationale : Beaumarchais allait le faire imprimer quand il mourut. Mais Gudin est allé plus sûrement à l'immortalité en prenant la première place dans le cortège de son illustre ami.

Puis « le frère Paul » réitère ses offres dans une lettre du- 21 nivôse an X (H décembre 1801) :

Je vous ai écrit, mon aimable amie, le 21 frimaire', courrier pour

1. Cousin d'Avalon. Gudin exagère; l'auteur adoucit même ses critiques dans la réédition de 181S et corrige quelques-unes de ses erreurs.

2. Quelles illusions ! mais vellem in amicilia sic erraremtu.

courrier, en réponse à la lettre où vous me mandiez l'écrit qu'on se proposait de publier sous le nom do la Vie de Beaumarchais; je vous ai dit que j'élais aussi disposé qu'on le pouvait être à remplir vos désirs cl à faire tout ce que vous me proposiez, etc..

Enfin, dans une lettre sans date, Framery ' écrit sagement en c suppliant M"* de Beaumarchaiss de pardonner ce conseil à un ancien ami » :

Si, dans le temps où l'on exécutera l'édition projetée, on y joint des Mémoires, il conviendra qu'ils soient faits avec beaucoup de circonspection et de modération, pour ne pas ameuter contre cette entreprise les journalistes, dont la plupart paraissent disposés à oublier leur ancienne animosilê.

Amen ! Citons enfin, pour clore la liste de ces hommages posthumes, quelques vers de Gudin où l'amitié ne fut pas une trop mauvaise muse. Ils nous semblent avoir ici leur place marquée :

Avec lui moius lié, je le louerais bien plus ;

Les discours d'un ami ne sont pas toujours crus,

Ou sentait que les miens étaient pourtant sincères :

Ils ont fait abjurer à des esprits sévères

L'erreur qui trop longtemps les éloigna de toi.

Tes ennemis confus se taisaient devant moi ;

Ils sentaient s'ébranler le barbare éditice

Qu'ils avaient élevé par un long arlilicc.

II est tombé sur eux, condamné par les lois :

Oseront -ils encor faric entendre leurs voix?

A cette question nous répondrons avec Figaro : Le temps est galant homme.

t. Frainery était, dans la succession, le curateur des droits d'auteur. Yoy. Appendice, n° 33.

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