Voltaire, LIVUI, 447, édit. Beuchot
termes que le même critique avait jadis résumé les mérites des Petites Lettres : <r Toutes les sortes d'éloquence y sont renfermées*. > Le c typographe de Voltaire *, qui savait son auteur, dut faire au passage un rapprochement si flatteur pour lui.
Sa plus haute ambition, après celle de vaincre, avait été de le mériter. Elle se trahit dans ce passage délicat du troisième Mémoire où, revendiquant le droit de rire, il en appelle à Pascal, qui, c après avoir plané légèrement sur les personnes, élevait son vol sur les choses, et tonnait enfin à coups redoublés, quand sa pieuse indignation avait surmonté la gaité de son caractère 9 ». Il n'est donc pas douteux que Beaumarchais, tout en déclarant Fauteur des Provinciales inimitable, lui a demandé conseil sur cet art difficile c d'égayer un sujet aride 3 » sans l'avilir, qui consiste dans le mélange habile des tons.
Mais l'auteur des Mémoires n'a eu garde de faire ce mélange dans les mêmes proportions que son glorieux devancier. Son sujet comme son génie propre le mettaient en garde contre une imitation étroite, dont il sentait plus vivement encore l'imprudence que la difficulté. c Disputer sur des points de controverse » est, au demeurant, une garantie de modération. Si la dispute de théologie tente de dégénérer, selon le mot de Pascal, en une dispute de théologiens, la question de foi religieuse reparaît toujours entre les deux camps et force les personnes à s'effacer derrière elle *. Mais un procès, surtout au criminel, met d'abord aux prises les personnes, et il eût été bien imprudent de c planer légèrement » sur elles avant de les avoir terrassées dans une rude étreinte. De là pour Beaumarchais le droit d'être plus agressif : on a vu s'il en usa.
Aussi bien ce n'est plus Pascal qu'il nous rappelle dans les nombreux passages où l'argument ad hominem est le fond de son éloquence ; c'est l'adversaire d'Eschine avec ses âpres invectives, et aussi x avouons-le, avec ses impitoyables et indécents sarcasmes, et ses «c sauts de joie 5 » quand il piétine son ennemi vaincu. Que Ton
i 1. Voltaire, XX, 307, édit. Beuchot.