Voy. Mémoires secrets, 6 juin
3. « Guill. Korn. » Édil. Fournier, 436. Beaumarchais aggrava ce calembour trop facile par une fable entière, parodiée du Renard et le Bouc, de La Fontaine, et dont Guill. Korn était le héros et la dupe (tome I des mss de Londres). En voici le début :
Capitaine Rergas volait de compagnie
Avec son ami Guill des plus haut encornés, etc....
Le môme apologue avait déjà été retourné en prose contre Goezman et compagnie. (Voy. édit. Fournier. 271.)
4. Par exemple : « Je verse ici mon cœur sur le papier. » Édit. Fournier.
entièrement nouveau pour quiconque a lu attentivement les Mémoires contre Goezman, mais ils y sont atténués, à demi effacés par le travail de la lime, noyés dans la clarté continue de l'ordonnance, éclipsés par le pétillement nourri de l'esprit et ne heurtent pas la marche uniformément accélérée de la dialectique. Il en est d'autres qu'il doit aux circonstances. En face de l'opinion égarée et ameutée, la situation était critique, mais son plus grand désavantage était qu'elle commandât une gravité soutenue : c Tous mes amis se réunissent pour me prescrire le ton grave 1 *, écrit-il avec humeur, et il s'essaye à le prendre dès son second Mémoire. Mais il ne pouvait être grave que par boutade, comme il l'avait été par exemple en face du président Nicolaï, c'est-à-dire entre deux plaisanteries. Il force donc son naturel, et ne réussit qu'à faire assaut de mauvais goût avec Bergasse. e Je m'agitais sur un lit de serpents >, s'était écrié cet avocat, poussant à l'excès sa plate hyperbole, « et il me semblait que je ne pouvais faire un mouvement sans ressentir une morsure • »; et Beaumarchais de renchérir sur son adversaire et de nous figurer Kornman en Laocoon, enlacé par le reptile Bergasse! «... malheureux Laocoon! toi, ni tes deux enfants n'espérez plus fuir le reptile qui vous a si bien enlacés. Tant qu'il vous restera quelque peu de fortune, n'espérez pas qu'il se détache. Je le suivrai partout, dit-il, dans les exils, dans les prisons ! Digne Oreste d'un tel Pylade, on n'est point étonné qu'il se dévoue à toi. Quel affreux Pylade, en effet, est plus digne d'un tel Oreste 3 ! :>
Ainsi le malaise qui nait d'une situation fausse et d'une gravité empruntée, l'impatience d'en finir et le sentiment inquiet d'une impopularité croissante, assombrissent et rendent de plus en plus pesant et déclamatoire le ton de ses répliques. L'accumulation des preuves fatigue, la continuité de l'apologie importune, et le moi devenant haïssable chez Beaumarchais pour la première fois, le lecteur se sent aussi chagrin que le plaideur. Il le devine, et, comme il n'est pas libre d'y remédier, il s'en désole et s'en excuse à chaque page; mais ses précautions trop multipliées tournent