‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 142 sur 338 · Êdit. Fournier · texte numérisé non relu

Êdit. Fournier

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1. « Le procès qui est à juger est le vingt-septième qu'on lui ait suscité », écrivait-il en 1781 dans un Mémoire contre les héritiers Aubertin, imprimé chez Cli.-D. Pierre», p. 37.

2. Cinq Mémoires dans l'affaire Goezman, quatre dans l'affaire La Blache, quatre dans l'affaire Kornman-Bergasse, un contre la Commune et les Six Epoque*, *ans compter les Mémoires extrajudiciaircs en partie inédits (Àrch. de la famille et de la Comédie- Française, etc.) ni ceux contre les Aubertins, etc., etc.

3. H pérora trois heures devant le Parlement Maupeou; cinq heures trois quarts devant celui d'Aix (édit. Fournier, 427); une heure et quart devant la Commune de Paris; quatre heures devant la Commission des fusils (édit. Gudin, V, 132, 187), et encore (édit. Fournier, 623) contre M B Gerbier (cf. Correspondant* littéraire, IV, 3- partie, 307, et Mémoires secrets, 23 janvier 1785)..., aussi mon que contre Conti (Histoire de Beaumarchais, p. 39), que Louis XV appelait mon cousin l'avocat, etc.... * F

« orateur selon le danger *, il s'inspira, comme il le dit, « de l'éloquence du moment l » , c'est-à-dire que chez lui l'émotion qui naissait du péril était l'aiguillon de l'éloquence, que la parole suivait abondante et tour à tour pathétique ou spirituelle, soutenue d'une action expressive et savante *, tandis qu'une logique rigoureuse et Hante, inventive et ardente, mais circonspecte et toujours plus forte que la passion, disciplinait le jeu de ses qualités oratoires, en suppléant à ce qui pouvait lui manquer du côté de la correction et de l'étude. Si l'on doute que Beaumarchais orateur eût été conforme à ce portrait, qu'on se fasse déclamer ses « Philippiques » par un lecteur habile, et l'on reconnaîtra que tout le talent d'un avocat doublé de celui d'un pamphlétaire n'eût pas suffi à les inspirer ; on sentira qu'il y a là, suivant l'expression des anciens, œuvre oratoire, et que ce n'est pas de Beaumarchais que Cicéron eût dit : Non vobis deest ingenium, sed oratorium deest ingenium. Il valait mieux que Target ajouté à Lin guet 3 ; eût-il pu se mesurer à Mirabeau, si Bergasse ne lui eût pas pris sa place à la Constituante *? Qui sait? En tous cas on aime à se peindre, avec ses critiques, l'orateur qu'eût pu être Beaumarchais dans une cause politique où l'on plaide tou-

1. t Me livrant à ce qu'on pourrait appeler l'éloquence du moment. < Êdit. Fournier, 330. — • Jamais il n'avait besoin de préparation sur aucun point », affirme Gudin [Histoire de Beaumarchais, p. 90).

2. Voy. dans l'édition d'Heylli et Marescot, III, xvi, note 3, la lettre du comte Bibikoffa Beaumarchais : • Cependant M. BibikofF(voy. Appendice, n° 25) prévient, le 14 mars 1782, M. de Beaumarchais, que Sa Majesté, sa Très Auguste Souveraine, désire les Noces de Figaro, comme l'ouvrage le plus étonnant qui soit sorti de sa plume ingénieuse ; le prie de les lui envoyer avec toutes les instructions, pour qu'elles ne perdent rien de l'absence de l'auteur, qui a la réputation de faire plus de plaisir en lisant une pièce qu'on n'en peut goûter à la représentation même, m — a II fit devant nous une lecture raisonnée de sa pièce, il lisait avec entraînement, on pense s'il enleva tous les suffrages ': depuis longtemps, nous n'avions pas été si puissamment remués, etc. ■ Mémoires de Fleury, II, 393. — Citons encore un autre témoin oculaire, très bon juge en la matière : • Il avait une physionomie et une élocution également vives, animées par des yeux pleins de feu, autant d'expression dans l'accent et le regard que de finesse dans le sourire, et surtout l'espèce d'assurance que lui inspirait la conscience de ses moyens, et qu'il savait communiquer aux autres. » La. Harpe, XI, 659, op, cit.

3. « On ne parlera plus des mémoires de Linguet après ceux de Beaumarchais •. Lettres autographes de Voltaire à M. Bacon. 25 février 1774, publiées par M. Desnoires terre s. Voltaire, etc.. VU, 455.

4. Saint-Marc Girard in a fait une comparaison ingénieuse entre Sheridan et Beaumarchais (Essais de littérature et de morale). Villemain Ta reprise en quelques traits rapides (Cours de littérature, III, 424). M. Berger, forçant un peu les droits de la critique conjecturale, ajoute que « dans la plénitude de sa force, il eût balancé Mirabeau et dominé la Constituante •. Berger, Essai sur la vie et les ouvrages de Beaumarchais, Angers, 1847.

jours un peu pro domo sua, si, comme Sheridan, iî fût ne dans un pays libre et eût rencontré un Fox sur sa route, au lieu d'un Maurepas; si, moins suspect aux hommes nouveaux, il eût été adopté avec plus de confiance par la Révolution ; si enfin, moins sceptique ou moins clairvoyant, il eût pu se dévouer au triomphe d'une faction politique. Hais si toutes ces conditions lui ont fait défaut pour prendre, dans les assemblées du nouveau régime, la place qu'il ambitionna un moment, consolons-nous, comme il se consolait sans doute, en songeant que Voltaire lui avait marqué, en tête de nos écrivains polémiques, à côté de Pascal, une place d'honneur dont la postérité ne le fera pas déchoir.

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