‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 143 sur 338 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Caractères principaux de la satire au théâtre après Molière : les précurseurs de Beaumarchais. — Énoncé de ses titres au premier rang parmi les successeurs de Molière.

c Le meilleur cadre pour la satire, disait La Harpe, est la forme dramatique 1 . » Ainsi pensait Molière quand il écrivait à Louis XIV : « J'ai cm que, dans l'emploi où je me trouve, je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle '. » On sait comment il remplit cet emploi : c Législateur des bienséances du monde 3 » , il prouva qu'il est également ridicule de se croire savant parce qu'on est drapé dans une robe de pédant, dévot parce qu'on étale sa haire et sa discipline, noble parce qu'on est insolent, et bel esprit parce qu'on est relié en veau. Censeur des vices éternels, précepteur de l'honnête homme dans toutes les conditions, il « exposa à la risée de tout le monde... les faux monnayeurs en dévotion * », en amour, en amitié, en générosité, en science et en esprit, et leurs dupes furent vengées, sinon corrigées.

Après sa mort, la moitié de son emploi resta vacant. Ses héritiers continuèrent bien à donner la chasse au vieux gibier de comédie, procureurs, notaires, avocats, médecins, coquets et coquettes, fausses prudes et amoureux surannés, bourgeois ridicules et sots de qualité ; ayant appris de lui à peindre d'après nature, ils saisirent bien au passage de nouvelles figures, tout en découvrant au

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