‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 185 sur 338 · On dirait les caresses d'Argan à Béline · texte numérisé non relu

On dirait les caresses d'Argan à Béline

240 Rt Al MARCHAIS : PARTIE CRITIQUE.

Kosine. — Le nom de Monsieur est indifférent, pourra que ina leçon n'en souffre pas.

Bartholo. — Sa réflexion est juste. Allons, bachelier....

Rosine (montrant son papier de musique). — Ceci est on morceau très agréable de la Précaution inutile.

Bartholo. — Toujours la Précaution inutile!

Le comte. — C'est ce qu'il y a de plus nouveau aujourd'hui. (Il prend le papier.) Ah! ah! c'est la séguedille de la fin du troisième acte *. C'est une image du printemps d'un genre assez vif. Si Madame veut l'essayer?

Rosine (regardant le comte). — Avec grand plaisir, une image du printemps me ravit î ; c'est la jeunesse de la nature. Au sortir de l'hiver, il semble que le cœur acquerre (sic) un plus haut degré de sensibilité, comme un esclave enfermé depuis longtemps goûte avec plus de plaisir le charme de la liberté qui vient de lui être offerte.

Bartholo (bas au comte). — Toujours des idées romanesques en télé.

Le comte (bas). — Et sentez-vous l'application?

Bartholo. — Parbleu ! (Il va s'asseoir dans un grand fauteuil vis-à-vis d'eux.)

(Ici Variette qui tient trois pages.)

Le comte. — En vérité, c'est un morceau charmant et Madame l'exécute avec une intelligence.

Rosine. — Vous me flattez, seigneur. La gloire est tout entière au maître.

Bartholo (bâillant). — Moi, je crois que j'ai un peu dormi pendant le morceau charmant. J'ai mes malades, je vas, je viens, je toupille et sitôt que je m'assieds mes pauvres jambes.... (Il se lève et pousse le fauteuil.) ' Rosine (bas au comte). — Figuaro ne vient point.

Le comte (bas). — Filons le temps adroitement. (Haut.) Et le beau récitatif obligé qui le suit, le dites- vous aussi, Madame?

Rosine. — Oui, mais c'est au clavecin qu'il faut l'exécuter &* cause des fréquentes ritournelles qui le coupent.

Bartholo. — Ah ! passons au clavecin ; car il n'y a rien dans le monde d'aussi in) portant que des ritournelles 3 .

Rosine (se lève et va à lui d'un air caressant). — Restez dans votre fauteuil, vous êtes fatigué.

Bartholo. — Oh ! que non.

Rosine. — Vous entendez d'ici, la porte ouverte....

Bartholo. — Quelle différence!

Rosine. — Ce cabinet est si petit.

Bartholo. — Qu'est-ce que cela fait?

1. Voilà qui établit que l'ariette est un débris du Barbier de Séville, opéracomique.

2. On reconnaît le pastiche des galanteries à double entente de Clêantc.

3. Beaumarchais professe l'opinion contraire dans la préface du Barbier.

LE BARBIER DE SÉV1LLE. ttl

Rosine. — - On ne peut y placer aucun siège.

Bàrtholo. — Eh ! tant mieux, je resterai debout, ça fera que je né dormirai point, et que je ne perdrai rien ni du morceau charmant ni des ritournelles.

(Rosine porte son siège légèrement auprès de la table et revient en courant. Le comte lui présente la main.)

Bàrtholo. — La main à une jeune fille aussi alerte ! c'est se moquer: ce. ridicule usage nous vient encore de France ; on donne la main aux jeunes, et la vieillesse reste là. Mais puisque vous êtes si obligeant.... (Il s'appuie sur le bras du comte et marche.)

Le comte, en le quittant brusquement. — Eh ! Monsieur! nous oublions le pied de Madame qui lui a tourné ! (Il donne la main à Rosine qui commence à marcher en boitant.)

Bàrtholo les regarde en riant.— Bah! ah! ah! elle ne s'en souvenait plus; elle courait. Vous lui rappelez son mal, à l'instant elle boite. Ce que c'est que V imagination! les trois quarts de nos maux sont là, ah ! ah ! ah ! ah!... fai manqué de tomber, moi, avec son attention....

(Fin du troisième acte.)

On peut trouver que la toile tombe sur un maigre incident; mais

la sortie du trio est fort plaisante, et la perspective ouverte par la porte du cabinet du tuteur sur la scène qui va s'y jouer à huis clos n'est pas médiocrement gaie.

Ici commençait ce « malheureux acte supplémentaire 1 », pour les plaisanteries duquel M. de Loménie témoigne un dédain fort excusable, mais que nous n'aurons garde de partager. Ne devons* nous pas montrer de quel gras terroir monte la sève gauloise qui circule dans le Barbier de Sëville et dans le Mariage de Figaro?-

L'acte débutait ainsi :

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