Préface du Barbier
et que le zèle de ses admirateurs ne négligerait pas de ramasser on j*>»ir < les copeaux ipars svr le chantier * > oà avait été charpentée cette fiae et *>!i«ie constnictîoBu
Un cTiti ]ae. en rendant hommage aux mérites de l'intrigue da 2fc/r£i>r, croit louer «on auteur en rappelant un c fripon habile 2 ». Le premier mot est de trop, il faut le renvoyer au journal de Bouillon 3 on l'appliquer aussi à Molière; et qui l'osera? Da moins on ne conteste pas son habileté.
Voltaire loue en ces termes VÊcole des femsnes : * C'est le caractère du irai génie de répandre sa fécondité sur ud sujet stérile et de varier ce qui semble uniforme. On peut dire en passant, que c'est là le grand art des tragédies de l'admirable Racine *. * Le Barbier mérite le même éloge ; jamais on n'a mieux fait quelque chose de rien. Cne sérénade, deux travestis et une escalade, voilà toute Tintrigue; mais quelle trame avec ces quatre fils, dont pas un, suivant une expression de l'auteur, c n'est tendu à faux 5 *. Si l'exposition du Tartufe est la plus savante qu'il y ait au théâtre , le Barbier est de tontes les comédies celle dont le dénouement est le mieux amené, partant le plus intéressant. I) est prévu, dès qu'on connaît les personnages, et on les connaît tout de suite; aussi tout ce qui le retarde pique la curiosité, tout ce qui le prépare éveille l'intérêt. C'est un jeu d'échecs : les pièces en sont vieilles, mais la partie est toute neuve, car, bien que l'un des joueurs avance sans cesse, son succès est à chaque coup compromis par l'habile défense du plus faible, et nous ne respirons que lorsque ce dernier est fait échec et mat. Au plus fort de l'intrigue, l'auteur semble se jouer et vouloir nous montrer qu'il est aussi supérieur aux événements de ce monde fictif qu'à ceux de l'autre :
1. Préface du Barbier, p. 18, t. H, du Théâtre, édit. d'Hcylli et Mareseol.— L'image est prise de Diderot : c Beaucoup de peine et de temps perdus et une multitude de copeaux qui demeurent sur le chantier. » Diderot, Du plan et du dialogue, VII, 322, édit. Assczat.
2. c Comme ces habiles fripons qui fout leurs coups en plein jour, «te... i liipp. Lucas, Histoire philosophique et littéraire du Théâtre-Français de Paris, Yung Treuttel, 1862, 11. 80.
3. Cf. Revue philosophique el littéraire de la Société typographique de Bouillon, par Caslilhon et Robinet, t. III, p. 120, sqq., avril 1775: Bibliothèque nationale. — C'est la critique qui eut l'insigne honneur de servir de texte à la préface du Barbier. On nous dispensera d'y revenir, après Beaumarchais.
4. Sommaires des pièces de Molière, édit. Beuchot, XXX VIII, 413.
5. Lettre inédite sur la Mère coupable. Voy. Appendice, n* 40.
LE BARBIER DE SÊV1LLË. 255
c Le comte. — Mais prenez garde que toutes ces histoires de maîtres supposés sont de vieilles finesses, des moyens de comédie 1 .» Et Bartholo n'était pas moins plaisant quand il s'écriait au dénouement : « Bartholo. — Eh! vous vous moquez de moi, Monsieur le comte, avec vos dénouements de comédie. Ne s'agit-il donc que de venir dans les maisons enlever les pupilles et laisser le bien aux tuteurs? Il semble que nous soyons sur les planches*. » Aussi quelle aisance et comme c la pièce file 3 » !
Le style donne des ailes à l'action. Il a au plus haut degré les qualités qu'exige la scène et que ne sauraient suppléer l'art le plus raffiné et les dons les plus rares de l'esprit. C'est ce que démontrait récemment et fort à propos un critique aussi sagace que sincère *. c Beaumarchais, disait-il après quelques sévères réserves qui ne portent pas sur le Barbier, a la phrase ramassée et lumineuse, il a le mot qui flamboie, il a le trait. Il a surtout le mouvement, un mouvement endiablé. La scène file rapidement de réplique en réplique. » Ces qualités ne vont pas sans défauts, mais on ne les sent qu'à la lecture. Quand la magie de l'action a cessé, on s'aperçoit que la recherche du trait n'est pas toujours heureuse ni l'expression correcte, que le style est tendu, que cette prose vise à passer en proverbe, que tout n'est pas or, qu'il y a du clinquant et du «claquant», comme disait Figaro; mais qu'on a de peine à se l'avouer et qu'il est facile de l'oublier ! Il suffit de se lire à haute voix le passage suspect, et alors on convient avec le même critique que t les grammairiens eux-mêmes et les professeurs de rhétorique n'ont pas le temps d'en éplucher les syllabes. Ils sont étourdis, éblouis ». Mais le Barbier de Séville a d'autres prestiges qui ajoutent à la séduction de ses moyens scéniques.
Le jeu des sentiments qui l'animent n'est certes pas nouveau au théâtre, mais il est toujours difficile, même après les leçons de Molière, c de peindre d'après nature ». Or l'amour de Rosine a des délicatesses, des nuances et des élans de passion qui enlevèrent les suffrages les plus délicats 5 . Jamais Yalère ou Dorante escortés de