préface du Barbier
les petits moyens, parmi lesquels on comptera, si Ton veut, cette concession faite m extremis à la règle.
Dominé par le sentiment du respect dû à la scène française, il avait surveillé de très près les allures de sa verve dans cette première rédaction que les comédiens avaient reçue avec tant d'enthousiasme. Il perdit ce respect après le succès de ses Mémoires et se crut tout permis. Il inséra d'abord les allusions à son procès, elles passèrent. C'est alors, c'est-à-dire au courant des répétitions de sa pièce, qu'il fut pris de remords et y replaça toutes les variantes que nous avons relevées. Leur ton et la netteté extraordinaire de leur rédaction * permettent de conjecturer qu'il les tira de son Barbier de Séville, opéra-comique, qui devait différer lui-même de la parade primitive à peu près autant que les opéras-comiques de Le sage ou même de Vadé diffèrent des parades de la porte 1 . Mais ce n'était pas encore le ton de la maison, on le lui fit bien voir. Il se le tint pour dit, malgré l'humeur de sa préface, et nous le verrons plus tard protester contre le jeu d'un acteur qui chargeait l'interprétation du rôle de Figaro 3 . Quantum mutatus ab Mol La meilleure preuve d'ailleurs qu'il passa condamnation sur ces premiers-nés de son génie comique, c'est qu'il les laissa au portefeuille, imprimant sa pièce telle qu'on l'avait applaudie. Il pensait bien qu'il serait encore question d'elle c dans cinq ou six siècles 4 >,
1. Contrairement à tous ses brouillons de premier jet, elles ne portent que quelques ratures et surcharges insignifiantes.
2. On méconnaît quelquefois, sous le nom commun de pièces de la foire, une distinction à établir entre les parades du préau dont la licence était sans bornes et les pièces de l'intérieur d'où le gros mot était à peu près exclu. Sans être décentes, ces dernières étaient cependant d'un ton assez soutenu pour avoir pu passer tout droit des tréteaux forains sur la scène même de l'Académie de musique, comme il arriva par exemple pour Alain et Rosette de Boutclier. Que de bluettes charmantes, publiées par Lesage et < son cher Piaule » comme il appelle Fuselier (lettre publiée par J. Janin, Introduction à Gil Bios), sans oublier Dorneval! Achmet et Almamine eût diverti Fauteur de Bajatet; l'auteur de Turcaret dut avoir envie de signer Arlequin traitant. 11 reconnut sa verve satirique dans les Comédiens corsaires. L'auteur du Paysan parvenu put prendre son bien dans les Amours de Nanterre. Piron dans Arlequin Deucation et surtout de LisJe dans Arlequin sauvage, tirèrent pour les forains des copies du Misanthrope que Molière eût applaudies.
3. c Je le prie de réfléchir, en homme d'esprit qu'il est, qu'un degré, môme léger, de charge peut faire une farce de cette pièce, car Figaro est mauvais sujet, mais fin, rusé, éduqué et non pas farceur. » Aux acteurs de l'Opéra assemblés. — Cf. Beaumarchais et son temps. II, 586.