‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 199 sur 338 · Mariage de Figaro r acte I, se. ix · texte numérisé non relu

Mariage de Figaro r acte I, se. ix

quelque part », on doit remarquer que le mot est fait aux dépens de l'exactitude. La preuve que le critique se trompe ici du tout au tout est impossible à faire dans le détail, faute de pouvoir citer partout l'un des deux auteurs, qui n'est pas le nôtre, et cela même est une preuve.

Beaumarchais doit sans doute l'idée de sa plaidoirie à Racine ; cependant il s'y rapproche davantage d'Aristophane, en faisant non la comédie des plaideurs, mais celle des juges. Il s'est plu d'ailleurs à présenter réunis dans sa préface, avec un orgueil légitime, les noms de Dandin et de Brid'oison, comme ils le sont dans Rabelais '. Enfin, quand nous aurons noté que le Droit du seigneur de Voltaire a pu suggérer quelques traits et quelques audaces *, nous croirons avoir épuisé la liste des emprunts dont l'auteur du Mariage de Figaro a honoré ses devanciers. Voyons, en effet, en quelle monnaie il a payé ses dettes.

Le sujet de la pièce que l'auteur appelle c la plus folle rêverie de son bonnet de nuit 3 * est donc, suivant les règles du genre, un mariage. Mais c'est le valet qu'on marie cette fois, et les obstacles qui retardent ce beau dénouement vont naître, non de la jalousie d'un tuteur ou de la résistance d'un père, mais bien des convoitises d'un maître jeune et libertin. Ce vert-galant s'est mis en tête de restaurer à prix d'or certain droit féodal traduit jadis sur la scène par Voltaire. Prétendre intéresser au mariage d'un valet; faire prendre parti pour Hathurin contre le marquis, pour Pasquin et Crispin contre Dorante et Valère; hausser jusqu'au pathétique le ton d'Arlequin de la Double Inconstance*; offrir aux applaudissements du parterre la revanche de Robin 5 : quelle singularité !

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