Yoy. Appendice, n° 6, le premier mémoire de Beaumarchais
i. Beaumarchais, prisonnier de Marie-Thérèse, écrit à son geôlier Somicu-
)s : « fin m'ôtant les plumes et l'encre, ou m'a empêché de me livrer à mon
lût observateur et critique sur toutes me» lectures » : (Beaumarchais en Alle-
agne, par M. Huot, p. 166). On sait d'ailleurs qu'il tenait registre de bons
ois, comme Béroaldc de Vervilie, un de ses modèles (voy. Bulletin du Biblio-
kUe, année 1841, p. 713). Voy. Pensées et maximes inédiles de Beaumarcluiis,
• pari., c. XII, ci-après, p. 321) sqq.
Candide et à Nancy. Il s'avisa pourtant un jour de puiser à une source plus haute.
Un instinct littéraire déjà sur le mena droit aux écrivains gaulois dont il devait continuer la race, et « maître François » compta un disciple de plus. Nous le voyons étudier Montaigne, extraire des notes et essayer des pastiches de Harot, traduire en vers et en musique une des cent vingt-huit romances c du Gid partant contre les Maures de Valence au onzième siècle i ». N'oublions pas Béroalde de Verville, dont le Moyen de parvenir dut attirer de très bonne heure le jeune intrigant par son titre gros de promesses, avant de le retenir par la verve du tefcte, et qui soufflera à Figaro, c ce refaiseur de proverbes 3 », une de ses meilleures saillies 3 . Mais son goût pour ces ancêtres de l'esprit français n'est pas exclusif, et il se plait à les retrouver chez leurs héritiers directs : Régnier, qu'il citera d'abondance, La Fontaine dont il se dira le « disciple * », Molière et Pascal, qui lui fourniront les modèles de ses chefs-d'œuvre, Le Sage, qui éveillera son génie et qu'il suivra de si près, Voltaire enûn qu'il continuera. Puis il remonta jusqu'à leurs maîtres antiques ; et les rudiments de ce latin, dont il avait médit quand il répelait à l'école, lui servirent à lire, sinon à relire, Lucrèce 5 , Catulle, Tibulle 6 , Horace, Ovide, Sénèque et à leur dérober le sel des citations dont il rehaussera si volontiers les saillies de sa verve gauloise. Ses cartons offrent encore une preuve matérielle et piquante du soin qu'il mit à faire cette cueillette dans l'Anthologie latine. On trouve en effet dans les manuscrits de la Comédie-Française, plusieurs pages couvertes de citations latines, élégamment traduites, que Beaumarchais a en partie utilisées, et qui s'adapteraient toutes, avec une précision qui ne saurait être l'effet du hasard,