I. Variante inédite, comme les précédentes
Et puis il déroge : repoussé par la maîtresse, il descend à la livrée. Tartuffe l'eût désavoué. C'est ainsi que Beaumarchais fut puni pour avoir désobéi à Gudin et oublié sa devise des Mémoires et sa préface du Mariage : c Je hais... partout la satire personnelle *. Begearss est le principal défaut de la pièce; c'est lui qui la gâte comme son homonyme venait de gâter la vie de l'auteur.
Et quel style! Abandonnons-le aux critiques de Geoffroy, revues et augmentées par La Harpe; c'est ici qu'il ne faut pas compter avec Beaumarchais, suivant le mot de Sainte-Beuve. La Mère coufable est la pièce que notre auteur a écrite le plus rapidement; c'est un fait qu'atteste l'aspect du manuscrit primitif 1 . Sur la première page, Beaumarchais a écrit de sa main : Première esquisse informe de la Mère coupable. C'est donc là le manuscrit original; or les corrections que l'auteur y a faites postérieurement rendent ce manuscrit à peu près conforme à l'imprimé. Qu'on se souvienne maintenant de la patience et du nombre des retouches qu'avaient dû subir les manuscrits de ses œuvres précédentes, et l'on verra que les bigarrures, disons le mot, le galimatias de certains passages, ont dans cette hàle, bien plus que dans le déclin de son esprit, leur véritable explication.
L'action, qui est toujours la partie forte des pièces les plus faibles de Beaumarchais, se ressent ici de cette négligence. Bien nouée au premier acte, elle se complique trop dans le deuxième, languit au troisième et jusqu'au milieu du quatrième ; ensuite elle s'échauffe, marche et se dénoue vivement, mais en rappelant trop celle du Tartuffe.
Cependant, s'il y a place pour l'ennui dans ce drame lugubre, certaines scènes le sauvent du ridicule, et celle de l'épouse coupable qui prie, tandis que le mari menace, vaut tous les draines de l'auteur de la Brouette du vinaigrier, et même l'acte fameux d'Arnaud , qui tirait tant de larmes à Fréron , et provoquait cette apostrophe hyperbolique de Gilbert :
Muse, entemis-tu Comminge et son amante en pleurs? La critique de nos jours en convient volontiers, mais elle ne par-
1 . Nous avons retrouve dans les papiers de Beaumarchais trois manuscrits de /«i .1/cre coupable* Sur la feuille <|iii enveloppe le premier, Beaumarchais a ccril : « Premi/re csipiisse informe île la Mère coH/mhlf », et en haut de l.i /troiu 1ère pajri» : * l>i\ui*Mt infamie \\v\ \\a\\ vV t»\ Mfrr ompaA/r ».
donne pas à Figaro d'avoir vieilli. « Il n'est plus Figaro, disait-on récemment, il est lui aussi devenu sensible *. » Il l'avait toujours été, comme son père.
Oublions donc, pour juger sans prévention l'effet scénique de la Mère coupable, qu'elle est une suite imprudente du Barbier et du Mariage. Rompons, malgré l'auteur, le lien trilogique qu'il a voulu nouer entre les deux comédies sœurs * et ce drame bâtard. Disons-nous plutôt que la Mère coupable est l'épilogue d'Eugénie, que Figaro est un Drinck repenti, qui continue pour le bon motif ses petites machinations postales 3 , qu'il a épousé Betsy, et en fait son auxiliaire à tout prix; que la comtesse est une Eugénie qui aurait pris sa revanche, et demandons-nous si le comte doit pardonner. Dès lors plus de gais souvenirs venant à la traverse de la thèse de morale que Beaumarchais a posée, et elle nous paraîtra aussi bien tranchée que hardie.
Un critique délié et impartial * estime que le pardon d'Almaviva est trop prévu, et il préfère à son élan de sensibilité, que le public a déjà escompté, l'intervention imprévue des enfants dans Misanthropie et Repentir \
Le reproche eût touché faiblement Beaumarchais ; jusque-là il n'avait guère compté l'imprévu parmi les éléments d'intérêt de ses pièces, bjen au contraire. Toute cette critique de l'amour adultère dans la Mère coupable, qui est d'ailleurs si ingénieuse, néglige un point capital, à savoir que Rosine est beaucoup moins coupable qu'Eulalie. Il y a eu c surprise nocturne et violence G », et le vrai coupable s'est puni par une mort volontaire et héroïque \ Ce sont