‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 219 sur 338 · Diderot, VII, 151, édit. Assczat · texte numérisé non relu

Diderot, VII, 151, édit. Assczat

i. Palissol, dans ses Petite* Lettres sur de grands philosophes, avait indiqué « U* Tartuffe de société, comme on a fait celui de religion >, parmi les caractères qui restaient à mettre en scène. C'était une réplique à Diderot soutenant (et nous avons vu Beaumarchais accepter ce jugement, Théâtre, édit. d'Hcylli et Bfarescot, I, 37) qu'il n'y a dans la nature humaine qu'une douzaine tout au plus de caractères vraiment comiques, et marqués de grands traits (Enlrttizm sur le Fils naturel}.

tragédie bourgeoise, ni une comédie, mais un drame bien intrigué, pour montrer ce que vaut ce genre, si de plus habiles s'en emparent. lîesle à savoir si je l'ai fait !

Et il risquait l'alliance de ces contrastes dans le temps même qu'il écrivait : c Quand je veux rire, c'est aux éclats; s'il faut pleurer, c'est aux sanglots, je n'y connais de milieu que l'ennui. » Qu'il eut de peine à éviter ce milieu! On prend d'abord de l'humeur en le voyant aggraver la peccadille de la comtesse et de Chérubin, après avoir paru promettre 1 , dans la préface du Mariage, qu'il s'en garderait bien. Si la tristesse de l'adultère, que le drame nous force à découvrir, est l'expiation de certaines gaietés indécentes de la comédie où il germait, elle est cruelle pour les personnages comme pour l'auteur. La violence d'Almaviva s'est accrue aux dépens de son esprit, et il est par trop dupe du nouveau Basile; c'est un Orgon sentimental qui ne fait ni trembler ni rire. Nous boudons doublement Suzanne d'avoir si mal choisi pour mal faire, et nous répéterions presque avec elle, à Figaro engourdi : c Sais-tu, mon pauvre Figaro, que tu commences à radoter?» Il n'est plus de verte allure; il arrive toujours trop tard, et ne sert guère, dans la pièce, qu'à sauver la caisse. Ce Figaro qui drogue sérieusement 3 la maison Almaviva, qui refuse c un vil salaire 3 », n'est plus Figaro. Il serait en droit de protester et de dire à son frère, comme certain personnage de comédie maltraité : « Eh! tu me déguises trop ! » De l'alerte quadrille du Mariage, la comtesse seule est reconnaissable; tous les autres jouent faux, et la faute en est à Begearss. I

Le nouveau Tartuffe a fait trop de dupes dans la maison, il y connaît trop de secrets, il est trop fort et trop noir*; il ne saurait

t. « Quand mon page aura dix-huit ans, avec le caractère vif que je lui ai ilonné, je serai coupable à mon tour si je le montre sur la scène. » On voit que, pour être resté à la cantonade, Chérubin n'en a pas moins fait des siennes entre V Époux suborneur et la Mère coupable.

2. « Figaro. — Suzanne I des goutles à ta maîtresse ; tu sais comment je les prépare. » (Acte IV, se. xvin.) On lit dans le manuscrit, à la scène xvi de l'acte IV ;

Figaro. — C'est vous qui la ferez mourir. (// lui tâle le pouls.) »

0. « Non, s'il vous plaît; gâter par un vil salaire le boii service que j'ai fait! » Acte V, se. vin, édit. d'Hcylli et Marcscot, IV, 356.

4. C'était Tavis de Baudin des Ardcnnes, dans une lettre intime adressée à l'auteur. Sa critique, tout émousséc qu'elle soit par la politesse de l'éloge, n'en est pas moins formelle. Nous reproduisons cette lettre, parce qu'elle offre un mélange assez curieux de philosophie politique et littéraire qui devait être alors le ton dominant des entretiens de Beaumarchais avec ses amis ; car il en eut toujours, quoi qu'on en ait dit. Voy. Appendice, n° :W.

LA MfcRK COUPABLE. SU

prêter au moindre mot pour rire, et Donne elle-même eût perdu sa verve à le chercher. Suzanne devenue honteuse et Figaro morose ne purent donc le rencontrer. D'ailleurs Suzanne a ses raisons pour baisser le caquet. Elle s'en expliquait assez crûment d'abord à la scène iv de l'acte I. A la caresse de Begearss : c Je n'ai jamais vraiment aimé que toi », elle répondait : « Monsieur, il vous prend là d'obligeants souvenirs.

c Begearss. — L'ai-je donc jamais oublié ?(// lui prend la main.) *

Notons aussi que Figaro, qui dans le Mariage se grattait le front, se le frappe dans la Mère coupable :

c Le comte. — Vous lui devez de la reconnaissance; au fait, nous lui en devons tous. (Figaro, sans parler, se frappe le front; Begearss Vexamine et sourit.) »

Et vraiment ses allusions au passé sont pénibles pour nous.

« Begearss. — Est-on brutal à cet excès?

c Figaro. — Monsieur, si je prends un arbitre de mes procédés avec elle, ce sera moins vous que tout autre, et vous savez fort bien pourquoi. » Et nous aussi, hélas!

Mais que l'autre Tartuffe a mal profité des leçons de son homo-* nyme! Figaro a raison, c Mon politique babille et se confie. Il a perdu le coup. Y a faute. » (Acte II, scène vu.) — Dans la scène iv de l'acte IV, son babillage sur la morale et la politique n'est nullement motivé, tandis que si Tartuffe est amené à expliquer à Elmire les dessous de sa morale, c'est pour le bon motif.

Begearss était même goguenard d'abord. Nous lisons, en effet, dans le manuscrit :

« Suzanne. — Malgré son amour pour Léon?

« Begearss (soufflant sur la prise de tabac). — J'ai soufflé dessus.... Il n'est plus. » Et plus bas : c Ta comparaison d'un génie.... Cette image brillante a fait passer un peu de poésie badine dans la mienne.... » On voit que son ironie n'était pas légère.

Sa fatuité, déplaisante encore dans la pièce imprimée, confinait d'abord à la naïveté. Il se mirait dans sa propre coquinerie, et s'écriait, à la fin du premier acte : t Quel coup de maître l science profonde de Vintrigue : l'un apporte l'écrin croyant qu'il ne s'agit que d'en faire un pareil; l'autre poursuit l'idée bizarre d'y insérer un bracelet, et moi qui ne veux que la lettre '*... «

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