Cf. le Légataire, acte I, ic. i et u
o\ Préface du Mariage, l\,\l.
et la plus morale des branches du roman de Renart ; elle symbolise la crise suprême de la lutte séculaire entre les. privilégiés et les autres ; et par là il est le héraut théâtral de la Révolution française. Tel est celui que Beaumarchais appelle expressément dans sa préface et en soulignant les termes, à bon entendeur, salut! « le véritable Figaro*».
Mais est-ce par là seulement qu'il est immortel? Gudin, qui avait reçu les confidences de son père, hasarde ceci : c Peut-être si l'auteur eût écrit dans un pays plus libre, en eût-il fait le prototype de ce peuple. Il y aurait peu à faire pour passer du caractère individuel si bien suivi au caractère national * a : si peu que rien, et Beaumarchais lui-même nous y convie, en l'appelant c l'homme le plus dégourdi de sa nation 3 ». Figaro est, en effet, la plus vivante incarnation littéraire du type français ; aussi est-il natif de Paris. 11 a du Parisien les traits essentiels dans le caractère et dans l'esprit, la gaieté aiguë et fanfaronne à l'ordinaire, mais, dans l'instant de la crise, tout le sérieux nécessaire ; très moqueur, et pourtant très sensible ; très attaché à ses droits et parfois à ses maîtres ; tenant d'ailleurs moins à son salaire qu'à son franc parler; le plus souvent mutin, rarement dupe, jamais sot; ayant l'esprit attique, mais mâtiné de gauloiserie ; provisoirement vengé par des mots pour rire qui préparent des barricades très sérieuses : tel est Figaro, le plus brillant et le plus terrible des gamins de Paris;
' Au demeurant, le meilleur fils du monde.
Tel quel, il a sa place marquée dans ce musée théâtral des nations, où chacune envoie son portrait-charge, parmi les grotesques Sanniones, les alertes Zannis, les lourds John Bull, les excentriques € frères Jonathan », parmi tous les Polichinelles nationaux; et, comme il incarne l'esprit français, cette place est celle d'honneur, à côté du Démos aristophanesque.
Par cette création du type de Figaro, Beaumarchais est le promier des comiques français après Molière, l'incomparable peintre des caractères.
Un critique que nous nous plaisons à citer ici, parce que sa gra-