Préface du Mariage, IV, Idit. d'Hrylli ci Marescot
vite a une autorité particulière, parce que ses arrêts iront loin puisqu'il n'a voulu écrire que « l'histoire de ce qui dure », et parce que son suffrage semble être pour les écrivains du second ordre un brevet d'immortalité, a dit de notre auteur : c Si ses enfants sont moins bien nés que ceux de Molière, ils n'en vivent pas moins de la même vie 1 ». Cette vie éternelle, c'est Figaro, « le machiniste », qui l'a soufflée à tous ses compagnons de théâtre, que Beaumarchais, comme nous l'avons vu, et quoi qu'en dise Suard, c a pris dans la nature et dans la société française 2 ».
Figaro a fait souche, mais non pas d'honnêtes gens. Dans la foule des « Effrontés » qui lui ont succédé, il n'avouerait guère que Giboyer ; il renverrait à Turcaret et à Crispin la clientèle des Mercadet, des Yernouillet, des Rabagas, et jusqu'à M. Scapin. Il confesserait sans doute secrètement que ce sont là des bâtards dont les saillies, sinon les mœurs, lui font honneur, mais que sa véritable postérité n'est pas sur les planches et joue sur d'autres théâtres : ce qui nous interdit de la rechercher ici.
Mais, si Figaro est l'interprète de l'esprit et de l'expérience de Beaumarchais, il n'exprime pas toute la moralité de son théâtre. Nous avons vu, en effet, que, dans la Mère coupable, Beaumarchais, après mûre réflexion, a voulu conclure sa morale dramatique par une leçon d'indulgence et de pitié; il ne mentait ainsi ni à la vérité ni à son caractère. N'est-ce pas la leçon dernière que nous offre aussi, avec plus ou moins d'éloquence ou de poésie, tout théâtre qui ne flatte pas l'humanité? Elle s'échappe avec le dernier soupir des lèvres de Prospero et de celles de Phèdre ; elle retentit dans le palais d'Auguste et dans le salon de Célimène, comme au foyer d'Almaviva. N'est-elle pas enfln comme une supplique discrète que l'auteur adressait pour les peccadilles de l'homme à la postérité?
1. M, D. Nisan), Histoire de ta littérature française, IV, 230.