Mercier, Essai sur Varl dramatique, éd. de 1773, p
2. Cf. les Réflexions sur Térence de Diderot; et Mercier, p. 107, op. cit.: ■ Lisez Térence. VAndrienne et VHecyre sont de véritables drames, et si Térence n'eût pas été froid, nous ne serions pas réduits à discuter un genre qui aurait nécessairement anéanti les deux autres. » Cf. p. 106, même langage sur U Chaussée.
3. Cf. lucelle, tragi-comédie en prose française, imprimée pour la première fois en 1576» avec dédicace à M. Annibal de Sainte-Mesme. c S'il est ainsi, Monsieur, qu'en la tragédie ou la comédie on s'efforce de représenter les actions humaines au plus près du naturel : il me semble sous votre meilleur advis, estre plus séant les faire réciter en prose qu'en vers. Parce que négociant les uns avec les autres, Ton n'a pas accoustumé de parler en rit nie, encore moins les valets, chambrières et autres leurs semblables qui y sont souvent introduits, et d'ailleurs la difficulté du vers contraint quelquefois de telle façon ceux qui n'ont pai la poésie de nature, et leur oste si bien la liberté du langage, et propriétés d'aucunes phrases, qu'ils sont contrains se retrancher en plusieurs bons discours, propres à expliquer l'effet et les sens de ce qu'ils ont envie d'exprimer. A quoy plusieurs des anciens Latins et modernes Italiens ayant égard, ont mieux aimé se servir de la prose, haussant et baissant leur stil, et amplifiant leurs discours selon la qualité, passion ou affection des personnages qu'ils représeutoyent en leurs comédies et tragédies. » Êdit. de 1600, à Rouen. Et il amplille si Lien les discours sur la qualité, que le baron, acte I, scène ir, dit ; « Déjà soixantequinze fois le flambeau porte-jour a du grand Zodiaque recommencé sa course depuis... » pour dire : j'ai soixante-quinze ans. Lucelle s'avoue « égarée en U plus profonde forêt des pensées t (p. 28), ce qui fait d'étranges disparates avec le langage de Philippin : « Est-ce encore pour lui crocheter de ta fausse clef,elc...i qu'on ne peut citer, « et fait la lessive » (p. 67). La réforme fut prônée en soa temps, mais en vers latins et français. On y applaudit l'auteur,
t Laissant le vieil chemin de la française scène. »
On lui décerne ce distique :
Cum Sophocle junctum sic exprimis arte Menandrum Provocet ut scœnam Gallica Cecopriam,
et c'est en vers que Lucelle est rééditée, par Duhamel, en 1604.
\. Voy. sur l'auteur du Jeu de la feuillie et sur les Origines françaises du drame, la démonstration si péremptoirc de M. Lenient: la Satire en France *» moyen âge, Hachette, 1859, eu. iv et xx.
chercher », Diderot ne se donnait pas tous les honneurs de l'invention. Il a cité souvent ses modèles, et il se proposait même d'encadrer leurs œuvres dans une préface élogieuse, retrouvée récemment dans ses papiers. Il aurait en tout cas le mérite d'avoir réuni en corps de doctrine des vues sur l'art dramatique qui étaient jusque-là éparses. Il y ajouta sans doute plus de métaphores et de paradoxes qu'il n'eût fallu et moins d'idées nouvelles qu'il ne croyait, mais prônées par lui <r en style d'oracle* », selon le mot de Fréron; elles firent d'illustres prosélytes. Beaumarchais fut l'un d'eux, et, ayant repris la thèse du genre sérieux, il la soutint avec une précision de langage et une rigueur dialectique très nouvelles, à défaut de l'érudition qu'allait déployer de l'autre côté du Rhin, dans la même campagne littéraire, l'illustre élève d'Ernesti, l'auteur de JUinna de Bamhelm. Comme lui et guidé simplement par son sens dramatique, il sut se garder des principaux vices du système préconisé par Diderot. Toutes les préfaces qu'il écrivit avec son ignorance spirituelle et ses allures « d'Alexandre tranchant le nœud gordien », comme disait Fréron, prouvent qu'il raisonnait très droit sur le fond de son art, et que le mérite d'aucune de ses pièces ne fut simplement « l'effet du hasard ni celui d'une boutade heureuse * ».
Il y a en effet entre ses doctrines dramatiques et ses diverses pièces une concordance qu'on semble avoir piéconnue ou négligée.
On a beaucoup triomphé contre Beaumarchais de la contradiction apparente entre ses théories du genre sérieux et la gaieté de ses comédies, comme si le succès du Barbier de Séville et celui du Mariage donnaient un démenti aux théories de la préface d'Eugénie.
Remarquons d'abord que Beaumarchais n'y médit pas du rire, mais qu'il en parle en termes exquis : c La gaieté légère, dit-il, nous distrait; elle tire en quelque façon notre âme hors d'elle-même et la répand autour de nous ; on ne rit bien qu'en compagnie 3 . » Il
1. L'expression est de Fréron, et Lcssing lui-même écrira : c On ne peut nier non plus que les Entretiens, ajoutés par Diderot à la pièce, ne soient enfermés dans un cadre, écrits sur un ton trop ambitieux et trop pompeux; il y présente comme de véritables découvertes des observations qui n'étaient ni neuves ni propres à l'auteur; d'autres n'étaient pas aussi solides qu'elles le paraissaient avec cette mise en scène éblouissante. » Dramaturgie, op. cit. w p. 396 tiad. do M. Crouslé.