‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 261 sur 338 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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lirebis et les Agneaux, entre plusieurs qui ont des traits agréables:

Et la révolte est un grand crime,

A moins de pouvoir tout changer.

De deux maux évitons au moins le plus funeste ; Livrons-nous aux ciseaux crainte du coutelas. Si l'on nous tue, enfants, on nous tondra de reste, Si Ton nous tond, peut-être on ne nous tuera pas '.

Enfui c'est de la poésie de Beaumarchais qu'il faut répéter après lui et avec sa sœur Julie *: « Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit on le chante. » Ainsi fit-il, et, comme son Figaro, il a dû composer simultanément les rimes et les fredons de ses chansons. Celle de Robin fut fameuse en son temps ; c'est son chef-d'œuvre de coupletier 3 . On la cita cent fois pour et contre l'auteur 4 . Nous en donnons ci-dessous la musique, on verra, en la fredonnant, qu'elle est sœur jumelle des couplets 5 et qu'elle les rythme et les souligne

1 . Apologue, 1. 1 des manuscrits de la Comédie-Française et édit. Fournicr,p. 775. S. Correspondance inédite.

3. Cette chanson daterait, selon Gudin, de septembre 1774. Voy. Histoire de Beaumarchais, p. 145 ; édit. Fournier, p. 6'J8, et Correspondance de Metra t I, p. 181, édit. de 1787. Cette pièce a pourtant trois ou quatre rivales dans ses cartons; mais leur ton et sans doute le vœu de leur auteur les condamnent a l'inédit.

4. « En arrivant à Bordeaux nous nous rendîmes au spectacle, j'entends chanter aussitôt autour de nous : Toujours, toujours, il est toujours le même. t Vous êtes

reconnu, » lui dis-jc en riant, etc » Histoire de Heaumarchais, par Gudin,

p. 1D0. A Aix, le même refrain blasonne l'adversaire de La Blaclic : « Chacun voulut le voir et juger si cet homme célèbre par ses mémoires, ses comédies, ses chansons, sa gaieté, son imperturbabilité était le même eu société et méritait ce fameux refrmin :

f Toujours, toujours, il est toujours le môme. » Ibid., p. 223.

5. Nous la copions dans un mss. de la Comédie-Française, dont nous préféron la notation à celle de Métra.

Tou . jours , — tou . jours il est toujours le même. h .

5 r f in f l' r' r f J' i i tiHp ^^

-mais— Ro » bin ne con.nut le ena . grin..

Le temps ooirov «s

- rein, les jours gras le ca . ré - me, Le ma-Cin ou le soir IH

-tes blanc di.te* noir, Ibu-jours, tou-jours il est toujours le même.

à merveille. Aucun membre du Caveau ancien ou nouveau n'a fait mieux.

Au courant de nos fouilles dans l'amas des papiers laissés par Beaumarchais, nous n'avons pas été médiocrement surpris d'y trouver trois comédies inédites. L'une d'elles est intitulée : « V Impromptu de Bagne ux, comédie en un acte, en prose , mêlée de chant et de danse, précédée d'un prologue aussi en prose. » C'est un chassé-croisé d'amoureux, assez confus, avec une ou deux situations un peu piquantes. Le style en est médiocre, les sentiments mièvres. Julie pourrait bien en être l'auteur '. C'est, coqime elle disait en jugeant le cercle de Poinsinet, « un joli petit rien », une comédie de paravent, bonne à distraire une heure ou deux les hôtes oisifs et indulgents de quelque château de campagne *. Passons.

Les deux autres comédies valent mieux : non qu'elles soient des chefs-d'œuvre pourtant. Beaumarchais n'était pas homme à en laisser dormir dans ses carions. L'une des deux est toutefois agréable à lire, et elle peut être, avec vraisemblance, attribuée à l'auteur d'Eugénie. Elle est copiée de la même main que le premier manucrit de cette pièce, avec laquelle elle offre d'ailleurs des ressemblances certaines. D'autre part, elle diffère profondément de toutes les comédies 3 tirées comme elle du conte de Marmontel qui porte le même titre.

Les couplet* sont de la première manière de Beaumarchais et, pour supplément de preuves, on peut citer ces quatre vers de notre auteur dans la Galerie des femmes du siècle passé (édit. Fournier, p. 617) :

c Tout n'est qu'un plat martyrologe

De Tircis et de Céladons,

Quittons de l'ariette imbécile

Le jargon trop accrédité :

Ramenons l'ancien vaudeville,

Qui dit gaiment la vérité.

Oser tout dire, oser tout faire, etc.... *

1. Outre son manuscrit de V Existence réfléchies dtotis trouvons plusieurs jolis petits riens dramatiques écrits et même illustrés de sa main. C'est aimable, rien de plus, et ne vaut pas ses petits vers, dont la gaieté est plus franche.

2. Nous avons sous les yeux une lettre où Julie décrit à Boisgarnier l'hospitalité qu'elle a reçue chez des amis de Tourainc. C'est un croquis charmant de la vie de château vers le milieu du dix-huitième siècle (1766, 7 juillet). On pense bien que son humeur parisienne s'exerce aux dépens du cercle des trente provinciaux qui hantent la noble demeure, t Je leur fais des contes..., » dit-elle, etc..

3. Nous en avons retrouvé cinq, dont deux inédites. Yoy. leur analyse à l'Appendice, n° 42. Marmontel écrit dans sa préface des Contes moraux : « Le

£fe KAlMAftCUIS : PARTIE CR1TIQUC.

(Test une de ces pièces à ariettes qui défrayèrent longtemps les théâtres de société, d'où l'opéra-comique les évinça, an grand désespoir de Collé, comme nous avons tu. Elle est en nn acte et très facilement intriguée. An rebonrs de ses émules, Fauteur a simplifié le conte de Marmontel et réduit le nombre des personnages à trois: Laurette, Lui et Basile. Les valets et leurs lazzi, Soligni et ses maximes de roué, en sont absents. Elle évite ainsi les longueurs et le caractère romanesque qui glacent la pièce de Dudoyer, comme celle de Doisemont.

La paysanne Laurette a été distinguée, à une fête de village, par le seigneur Luzi, qui la séduit et va l'enlever, grâce à une promesse de mariage, quand le père survient, heureusement ! eût pu dire Marmontel, là comme plus loin. Le comte demande son pardon et la main de Laurette ; il les obtient tous les deux.

Cette simplicité de l'intrigue est soutenue par des traits d'un dramatique vif et ingénu. Luzi, ayant fait accepter un secours à Basile ruiné, s'éloigne. Le vieillard, pénétré d'une reconnaissance qu'il veut faire partager à sa fille, déjà à moitié complice des projets du faux bienfaiteur et obligée de s'en taire, lui dit :

Viens, ma fille, regarde celui qui s'éloigne, ce n'est pas un homme; trop d'humanité, trop de noblesse règne dans son âme ; vois cet or que sa main généreuse nous donne. Tu soupires, Laurette! il a mis tant d'empressement que je n'ai pu la refuser.

laurette. — Mon père, en redoublant nos peines, n'aurions-nous pu nous en passer?

Puis, par un enchaînement de scènes fort adroit, c'est le père qui, envoyant sa fille rendre le présent qu'il trouve trop considérable, la remet aux prises avec le séducteur.

Mais la véritable originalité de l'auteur est d'avoir fait porter l'intérêt sur le jeu des sentiments de Laurette. Son honnêteté combat l'amour jusqu'à la dernière scène, où sa chute nous est épargnée.

succès qu'a eu au théàlre le sujet de Soliman, traité par un homme qui écrit avec beaucoup de facilité et de grâce, me permet d'espérer que Ton fera le même usage de quelques-uns de ces petits tableaux, et à l'avenir je m'occuperai, comme j'ai fait dans ces trois nouveaux contes, à choisir des actions faciles à mettre sur la scène, pour épargner du travail aux auteurs » (P. xrv). 11 s'agit de Soliman II ou les Trois Sultanes, opéra de Fa v art, son. chef-d'œuvre, musique de Gilbert, joué aux Italiens en 1761. — On sait si l'appel fut entendu, et quel succès eurent Heureusement et Annette et Lubin, On verra qup le sujet de Laurette réussit moins à ceux qu'il tenta,

La lutte est déficate, graduée et semée de traits dont la naïveté nous parait pleine de naturel.

Laurette. — Vous cesseriez donc de m'aimer si quelqu'un le savait? Est-ce une honte de l'avouer ? Quel est donc ce bonheur que Ton ne goûte qu'à Paris et dont vous dites que je serais enchantée ?

Luzi. — Tout ce qui peut flatter, séduire, sera offert à vos yeux ; lès vêlements les plus riches, le palais le plus superbement orné et cette certitude de remporter l'avantage sur toutes les femmes, de mériter la préférence en les faisant rougir d'être effacées par vous. À Paris, chaque instant est une fête nouvelle, bien plus brillante que celle que vous avez vue hier.

Elle se débat contre celle galanterie dorée et capiteuse pour une reine de village :

Laurette. — Nos campagnes devraient être désertes? Pourquoi tout le monde n'habite-t-il pas les villes?

Luzi. — 11 faut aimer et l'être l pour connaître et jouir de la facilité. Les plaisirs sont un hommage que l'amour offre à la beauté.

Mais, après une résistance touchante par sa naïveté, elle cédera à ces paroles passionnées, plus fortes que les belles promesses :

Luzi. — Je suis donc haï de celle que j'adore?

Laurette. — Monsieur, je n'ai jamais haï personne, et... puis-je vous offrir ce petit présent? Je vous assure que j'ai eu grand soin de choisir les plus beaux dans le dessein de vous les présenter.

Luzi. — Je l'accepte, et je vous dis adieu.

Laurette, attendrie. — Vous partez, vous partez, Monsieur?

Et quand le père a tout appris et l'engage à fuir le trompeur Luzi, elle explique son trouble, en vers qui valent bien ceux de Doisemont, sans valoir beaucoup.

Laurette.

Ah ! désarmez votre colère.

• Je suis prêle à vous obéir.

Souvenez-vous que vous êtes mon père ; (A part.) Je l'aime encor... Eh! comment le haïr?

1. Cette concision outrée jusqu'au jargon est un des défauts de Beaumarchais. Voy. notre Étude du style des Mémoires, 11* partie, ch. n, p, 158, sqq.

(Haut.) Prendre la fuite en son absence, Pour Je voir sans le prévenir :

Quand il viendrait flatté par l'espérance, Il penserait que j'ai pu le trahir!

Le dialogue est aisé, le style coupé et vif, quoique parfois incorrect et trop cadencé, semé de vers blancs, comme d'un apprenti qui s'applique.

C'est qu'en effet cette c bluette littéraire > pourrait bien être un premier crayon d'Eugénie. Le secret de l'union projetée est aussi pesant pour Laurette que celui du faux mariage pour la victime de Clarendon :

Souffrez du moins, dit Laurette, que mon père * en soit instruit ; je lai donnerai (sic) sous le plus grand secret; il le gardera, et cette perspective le consolera de sa misère actuelle. mon cher protecteur, quelle joie je vais répandre dans son âme !

Luzi (à part). — Quelle ingénuité! Faut-il!... (Haut.) Non, belle laurette, je ne puis consentir; le mystère est nécessaire.

Le comte n'a pas tenu à M me Murer et à sa nièce * d'autre raisonnement que celui de Luzi à Laurette :

Il y a parmi nous pour s'aimer, pour s'unir, des formalités que mon nom, mon état me défendent de suivre; votre père voudrait m'y assujettir; il exigerait l'impossible et, sur mon refus, il m'accuserait d'avoir voulu vous abuser; il ne sait pas combien je vous aime; mais vous, Laurette, me croyez-vous capable de vous tromper?

Lauhette. — Non, non, je vous crois la bonté même; vous seriez Jmcji trompeur si vous étiez méchant.

Sa conscience lui crie dès le début: « Hélas ! l'amour peut-il m 'excuser de trahir la vertu? » Or n'y a-t-il pas un écho de ces remords dans cet aveu de Clarendon : « L'ascendant de sa vertu m'écrase >? Au dénouement les deux séducteurs tombent aux pieds de leur victime; mais Basile hésite autant qu'Eugénie à pardonner. C'est un homme d'honneur et de caractère, qui a été blessé comme le baron, dans les guerres d'Allemagne 3 , et qui' saurait au besoin se faire justice lui-même : « Ah! qu'il vienne! s'écrie-t-il, je suis seul, sans armes, mais je le braverai. » Les analogies dans quelques situations et

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