Voy. édit. Kouriiier
du présent, il veillait pour l'avenir dans la critique du passé 4 »? Cela valait bien la peine, comme on Ta fait remarquer ', que la comédie élevât la parole, à défaut de la presse quotidienne qui n'existait pas. Depuis elle a pris sa revanche, et même sous son nom ; il ne s'en fût pas plaint. Mais, pour qu'on le prit au sérieux, faudrait-il qu'il eût trouvé place entre Goezman, Chénier et Roucher sur la fatale cbarrelte? II a du moins prouvé qu'il n'était pas un brouillon: quand le principe d'autorité 3 a été menacé, il s'est montré son défenseur, surtout quand il y avait quelque danger à l'être, contre € les anarchistes * » de son temps, par exemple.
Si on lui a dérobé plus tard, dans la bagarre, des armes qu'il avait forgées pour une lutte courtoise, il n'est pas complice de l'emploi meurtrier qu'on en a fait. « Il y a, disait Chamfort, entre l'homme d'esprit méchant par caractère et l'homme d'esprit bon et honnête la différence qui se trouve entre un spadassin et un homme du monde qui fait des armes * ; la distinction est à son honneur. N'a-t-il pas désavoué Figaro arborant la cocarde que l'on sait, quand * % Sparte, la farouche, eut remplacé Athènes l'aimable 5 » ? Il a même poussé la contrition jusqu'à disputer à Bergasse 6 l'honneur de braver les bourreaux et d'élever dans le silence de la Terreur des protestations indignées. En revanche, il n'a jamais renié l'ordre de choses qu'il avait contribué à fonder. Sa correspondance inédite vient de nous le montrer, au contraire, prêchant au nouveau régime la stabilité ministérielle, la tolérance religieuse et la bonne foi, et lui recrutant les partisans nécessaires à sa durée, qui sont en un mot les honnêtes gens. Non, l'auteur du Mariage de Figaro, même après les injustices et les amertumes de la proscription, n'a donné aucun démenti aux idées dont il avait été un des plus hardis champions. Cependant sur ce dernier point on conteste encore.
1. Édit. Gudin, II, 39. — Cf. aussi toute la page 161 du tome IV.
2. M. Cuvillier-Fleury, la Politique dans le roman, etc., p. 392, sqq. — Cf. Beaumarchais lui-môme, édit. Gudin, V, 79 : « N'est-ce pas moi qu'ils ont puni d'avoir fuit servir l'arme du ridicule (la seule que Von pût employer au théâtre) à fronder les abus, etc.? »
3. Voy. « L'ordre public est trop intéresse... » (Aff. Bergasse.— Gudin, IV, G08); et les Six Epoques, passim, et sa correspondance ci-dessus avccRaudin, etc..
4. Voy. Beaumarchais et son temps, II, 507 où le mot vient sous sa plume; il y avait plus de dix ans qu'il connaissait la chose et en avait horreur comme son ami Baudin. Cf. Anecdotes et réflexions sur la Constitution, op. cit., p. 24.