‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 277 sur 338 · C. Cf. les répliques de Bergasse à Verdicr · texte numérisé non relu

C. Cf. les répliques de Bergasse à Verdicr

Sans doute ('E*pni 4*$ M*. rE*<yrl#f*êdi* T U DictÎ0*maire pkilovjfshvjus et le Contrat tocval ont plus contribué que Figaro à la conquête de> Droits de l'homme: mais réduire à des calculs égoïste, à je ne sais quel rôle de démolisseur ÎBConscient, ainsi que semble le faire H. Bettelbeiin f . le rôle que Beaumarchais a joué, après les ouvriers de la première heure, comme promoteur des réformes désirables opérées par la Révolution française, c'est contester toutes ses œuvres, depuis les Mémoires jusqu'à Tarare, ses préfaces, ses lettres au retour de l'exil, les témoignages contemporains, Févidence même.

Ces réserves faites, nous répéterons, comme son ami d'Auïly, qu'avec le cœur d'un honnête homme il a eu souvent le ton d'un bohème 2 ; nous avouerons qu'il aurait dû tenir plus fermées au public les coulisses de sa vie, ces posttcenia rif«r où la postérité aime trop à pénétrer; qu'il a manqué enfin de ce que Sosie appelle le décorum 3 ; mais son siècle était fort éloigné de cette gravité qu'affichent tant de nos contemporains, qui font le calcul d'Arsinoé: Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.

Et sa gaieté enfin, la meilleure part de son génie, malgré ses pétalances, la renierons-nous? « Si rire est le propre de l'homme », comme disait Rabelais, son maître après Molière, rire est surtout la santé de l'esprit français : * Qu'on donne un esprit de pédanterie a une nation naturellement gaie, l'État n'y gagnera rien, ni pour le dedans ni pour le dehors. Laissez-lui faire les choses frivoles sérieusement, et gaiement les choses sérieuses. » C'est l'auteur de l'Esprit des Lois qui l'a dit, et le conseil est encore de saison.

Il est vrai néanmoins que parfois son esprit et sa gaieté sont semblables au diamant qui chatoyait à son doigt, à l'heure solennelle de sa réhabilitation *, et qu'il lui est arrivé de s'en parer alors qu'ils if étaient pas de mise. Mais enfin, s'il a triomphé avec trop de faste,

1. I*. 583, sqq. — Nous sommes heureux de trouver M. de Lcscure à près de notre avis, p. 14, Discours sur Beaumarchais. |

± (luîtlic, dans Poésie et Vérité, oj^lcin d'indulgence pour les « tours (Têtu- • diant » de Henumarcliais et de Figaro, un trait de plus de parenté avec Panurgc; J escroquerie exceptée, bien entendu. *

il. tîf. par exempta dans la Correspondance littéraire dite de Grimm, XIV, '89» \ l'incroyable publicité qu'il donne lui-môme à la lettre du 24 août 1780, écrite a sa routine, eu allant à Kelil. Quel signe du temps! Xa6è piwaatç. C'est de tou* j les préceptes épicuriens celui qu'il a le moins pratiqué, et par là encore il est bien Français.

4. Mémoire» secrets, 7 septembre 1770; c'était celui de Marie-Thérèse ; il n* ' le quittait pas. i

s'il s'est trop moqué de ses sots ou méchants ennemis, n'a-t-il pas été le plus fidèle des amis, le plus tendre des époux, le plus affectueux des pères, « un bonhomme », comme il voulait être appelé vers la fin de sa vie? II n'y a qu'un cri là-dessus dans son entourage, et nous pourrions en multiplier les preuves; mais on en a vu assez.

Cependant, s'il a été beaucoup aimé, il est vrai qu'il n'a pas été moins haï, et nous en avons dit les causes par le menu; tous les témoins impartiaux de ce long duel entre la calomnie et lui, qui, après avoir rempli sa vie, dure encore sur sa tombe, proclameront qu'il est le vainqueur.

Il n'eût sans doute pas répété avec ce c< forfantier l » de Rousseau : c à charge ou à décharge, je ne crains pas d'être vu tel que je suis >; il savait ses faiblesses, et il aurait dû, nous le répétons, les mieux cacher ; mais il les croyait excusées, car il ne fut jamais, pour emprunter le mot de Regnard, qu'un « cynique mitigé ».

Sa conscience était plus difficile à apaiser que celle de l'auteur des Confessions, et voici son cri, tel qu'il lui est échappé à la fin des Réflexions sur V amour-propre*, un sujet sur lequel il parlait d'abondance : « Pour être bien avec les autres, il faut être bien avec soi-même et, pour conclure, il faut se croire estimable, pour être heureux réellement. » Or il a été heureux, malgré tout, et sa gaieté le prouve; la conclusion s'impose, il s'est cru estimable. L'est-il? Voici notre dernier mot : nous restons convaincus qu'après avoir tout fait, sauf acte de malhonnête homme ; tout vu, surtout le présent; tout usé, sauf sa gaieté, il aurait encore le droit d'écrire ce que nous lisons dans un coin de son manuscrit du Mariage 3 : € J'étais né pour jouer les grands rôles » , qu'il l'a prouvé , à tout prendre; qu'il a conquis notre estime et que nous sommes prêts à répéter avec Carlyle : a Beaumarchais était après tout une belle et vaillante espèce d'homme *. » Et, si la postérité lui refuse encore la considération , « cette fleur d'estime 5 » qui

Page 1