Édit. Gudin, III, 347 et édit. Fournicr
36i BEAUMARCHAIS.
et ce n'étaient pas là des paroles de jactance; mais sa posture de combat, comme celle du Gladiateur, trahissait, sous l'audace alerte et gaie de l'attaque, une mâle angoisse.
Tels sont, en effet, les deux sentiments qui dominent dans son théâtre, ainsi que dans ses Mémoires. Ils sont encore partagés par ceux qui l'approchent, et c'est sous leur dictée impérieuse qu'on a écrit pour ou contre lui depuis un siècle. Nous avons essayé de nous y soustraire, sans espérer y avoir réussi pleinement. Nous répéterons donc pour notre excuse ce que Villemain disait de Voltaire : € Son éloge le plus ingénieux et le plus calme aura toujours quelque chose de militant et de contesté, comme toute sa carrière *. »
Nous avons tenté de démontrer que, malgré la violence des dernières attaques, l'homme a droit à toute notre indulgence, et qu'il faut lui pardonner avec Voltaire « ses imprudences et ses pétulances * », et môme ses crispinades. Nous avons pansé de notre mieux les plaies que lui ont faites les censures des rigoristes et a les traits envenimés de la calomnie *.
« Qu'opposerez-vous aux faux jugements, nous disait-on, à l'injure, aux clameurs 3 ? » Ses œuvres 4 . Elles devraient répondre à tout, aux yeux de la postérité, couvrir tout d'un manteau de gloire; etsi l'on en juge autrement, nous nous consolerons en répétant avec notre auteur : « Je sais bien que vivre, c'est combattre, et je m'en désolerais peut-être, si je ne sentais en revanche que combattre, c'est vivre 5 . » Cette mâle devise a été, durant sa vie, le secret de son courage et de sa gaieté, résignons-nous donc à l'appliquer à sa mémoire. Son immortalité, image de sa vie, est un combat.