CRISPIN DANS LES AFFAIRES
c M. de Beaumarchais, lieutenant général de la capitainerie du Loutre, arrive chez moi, Monsieur le comte, pour me faire part d'une aventure affreuse qui lui arrive, et pour laquelle il implore vos bontés et votre protection. Je vous prie instamment de vouloir bien l'entendre et les lui accorder ; il aura l'honneur de vous dire qu'ayant acheté du roi la forêt de Chinon et fait mettre l'adjudication au nom de Le Sueur, son domestique, ainsi quil est assez d'usage en pareil cas: ce domestique, an mépris des cessions et déclarations faites à M. de Beaumarchais, seul propriétaire, et après l'avoir volé chez lui , à Paris, et avoir été chassé, s'est retiré à Chinon où, abusant de sa qualité de prêle-nom, il arrête, vend , touche l'argent et fait déjà à son maître un tort de plus de 90000 francs. Comme le délai nécessaire pour obtenir condamnation contre lui emporterait un temps considérable et lui laisserait la faculté de continuer toutes ses déprédations, que, d'ailleurs, cet homme, qui est sans ressource et ne lient à rien, ne laisserait aucun recours contre lui, il est de la plus grande importance pour M. de Beaumarchais d'obtenir de vos bontés, monsieur le comte, un ordre de faire arrêter sur-le-champ ce malheureux. C'est le seul moyen de suspendre d'abord toute cette manœuvre, et c'est un acte de justice d'où dépend absolument la fortune de M. de Beaumarchais, puisqu'il a déjà mis plus de 50000 écus dans cette affaire *. Je vous prie de vouloir bien lui être favorable, et d'être bien persuadé, Monsieur le comte, de la véritable obligation que je vous en aurai et des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, très parfaitement, votre très humble et très obéissant serviteur. Le duc de la Vallière. Paris, 9 novembre 1767. »
N° 12 (voy. p. 46).