A M. DE SARTINE
(Autographe.)
c !•' mars 1773 *.
c Je vous rends grâces, c'est par vos bontés que je respire Voir de la liberté jusqu'au milieu de V esclavage.
c Dans les choses même ou vous êtes forcé d'user de rigueur on sent toujours je ne sais quoi d'obligeant qui vous distingue des autres hommes. Et l'un des problèmes les plus difficiUes à résoudre en notre siècle, et qui m'a souvent fait réfléchir profondement est de trouver par quel art un homme en place forcé de répondre à un million d'âmes et chargé d'autant d'intérêts qui se heurtent de toute part, a pu rassembler le suffrage universel en sa faveur. J'ai l'honneur de vous adresser le Mémoire que j'ai fait parvenir à M. de la Vrillière aujourdui; vous y verres. Monsieur, si vous le lises, que je suis puni du grand tort d'avoir raison. Je ne sais si j'ai fait prudemment de le prouver aussi clair; mais la seule satisfaction des gens persécutés est de se rendre témoignage quils le sont injustement. On m'emprisonne pour avoir rompu mes arrêts, sur Tordre exprès des M aux (sic) de france ; on m'aurait emprisonné de leur part si j'avais résisté , tout cela fait fermenter bien des testes ; et si j'avais eu besoin d'une épigraphe pour ce mémoire, j'aurais dit avec Seneque : Tôt circa unum caput, tumultuantes Deos ' >.
c Recevés de nouveau mes actions de grâces et les assurances sincères du très respectueux attachement avec lequel je suis, Monsieur,
c Votre très humble et très obéissant serviteur,
c Beaumarchais.
t Ce l w mars 1773.
c A M. de Sartine. »
1. Beaumarchais est sous clef depuis le 24 février. — Le For-1'Evéque était le pénitencier des comédiens. Sur la facilité avec laquelle on les y jetait, voy. les Comédiens hors la loi, par M. Maugras, 1887.
2. L'épigraphe lui servira pour le quatrième mémoire, Requête ^atténuation, edit. Fournier, 281. — « Mais que de monde occupé à vous soutenir, Monsieur, Tôt circa unum, etc.. » Là du moins ce ne fut pas une gasconnade.
N* 14 (voy. p. 59).
QUE BEAUMARCHAIS NE SE CACHA PAS DANS LA GARDE-ROBE DE LOUIS XV. DOCUMENTS SUR SA CONDUITE PENDANT ET APRÈS LE PROCÈS GOEZMAN.
Cette assertion, que répète M . Bettelheim (p. 28) sans en mentionner la source, est de d'Éon : c Celui-là seul a véritablement besoin de li grâce du roi qui, après avoir été blâmé au Parlement, va comme Caron se cacher dans la garde-robe de Louis XV à son iusu. > Pièces relatives aux démêlés entre M 11 * d'Éon, etc., et le sieur Caron de Beaumarchais..., 1778, p. 21 ; brochure très rare, si nous en croyons la peine que nous a coûtée notre exemplaire. — Un bruit bien différent et aussi peu fondé l'accusait de faire trop gaiement la nique à ses juges. M B< Guichard de Manières, une de ses plus ferventes lectrices, lui écrit, à la date du 22 février 1774, une longue lettre pleine d'admiration pour son talent et de conseils sur sa conduite, c Quelqu'un me mande, Monsieur, que, pendant qu'on délibérait sur la plainte rendue contre vous, et que le Parlement a jointe au fond, vous avez fait retenir une chambre â la Conciergerie, vous y avez dîné avec M. le comte de Lauraguais, etc.. > Relevons-y encore cette phrase : c Le public de Versailles ne vous est pas aussi favorable que celui de Paris; > naturellement. — c ... Je venais d'être jugé au Parlement de Paris, dit Beaumarchais; toute la nation indignée me tendait les bras. Les gens riches m'offraient leur bourse. Les avocats m'outraient leurs cabinets. Les têtes chaudes employaient leur plume à faire de mauvais vers pour moi et des placards terribles contre le Parlement. Mais, pendant que je refusais les éloges des uns et les secours des autres; que, tout entier â ma douleur, je ne voyais personne, mes ennemis avaient persuadé au Roi que fêtais V auteur on V instigateur de tout ce bruit. M. de Sartine, qui connaissait mon innocence et mes malheurs, craignant enfin que cette fermentation ne me devint funeste par la colère où l'on avait mis le Roi contre moi, me conseillait de fuir à la campagne. Mais quel homme, Sire, peut vivre sous l'opprobre d'une flétrissure légale, quelque injuste qu'elle paraisse à tout le monde! Dans mon désespoir, je pris le seul parti qui tint un juste milieu entre la horde d'un silence étemel et le malheur de déplaire au Roi, en me justifiant dans ces premiers moments. Je sortis de France et du fond de la Flandre, je fis parvenir au Roi secrètement, par le plus généreux de mes amis, M. de la Borde *, une lettre dont la substance était que pour prouver
1. L'échange de bons offices continua réciproquement, témoin le billet suivant, où un gros service est demandé d'un ton très dégagé : c Mon cher ami, je t'apprends avec le plus grand plaisir que la reine a eu la bonté d'accorder à ma foin me, avec toutes les grâces imaginables, l'adjonction à la place de lectrice dont M me la comtesse de Ncuilly est titulaire. Je ne puis t'exprimer ma joyc àt toutes le» b'jalés dont elle nous comble. Tu vois qu'avec de la patience oo vient À bout de tout. Patience. Si sur ton chemin tu rencontres jusqu'à U conar-
à Sa Majesté combien j'étais éloigné de vouloir lui déplaire, je me retirais à Londres, dans un lieu et sous un nom connu de Sa Majesté seule, où je vivrais cinq mois et demi silencieux et ignoré, comme à la Bastille. J'observais respectueusement au Roi que je ne paraissais me soustraire à son autorité qu'a fin que mon silence en pays libre lui fût une preuve non suspecte de ma soumission volontaire et de mon profond respect pour ses répugnances. Je finissais en disant que j'espérais que le Roi, touché de tant de sacrifices, ne s'opposerait pas que je sollicitasse enfin sa justice par une requête à son conseil, en cassation d'arrêt, avant l'expiration des six mois, passés lesquels un infortuné condamné injustement n'a plus le droit de se pourvoir s'il n'a pris date avant ce teflïïe fatal. M. de la Borde eut le généreux courage de montrer ma lettre au Roi, qui sourit en la lisant, la mit dans sa poche en disaut à M. de la Borde : A la bonne heure; pourvu qu'il me tienne parole, etc.... » (Mémoire autographe au Roi, extrait de la partie inédite.)
N° 15 (voy. p. 62).
MOftANDE C ENCHAÎNÉ > PAR BEAUMARCHAIS
(Autographe.)
c Enfin, après avoir couru nuit et jour, après avoir fait près de 700 lieues en six semaines, après avoir travaillé sans relâche et dépensé plus de 500 louis de mon argent, je suis parvenu, aidé d'un homme de qualité français aussi zélé que moi pour le service du roi (M. de Lauraguais), je suis parvenu à faire consumer par les flammes trois mille volumes qui existaient d'un de ces libelles, à détruire les estampes et les manuscrits de plusieurs autres, et j'ai tellement enchaîné l'auteur par la terreur des supplices et l'espoir des bienfaits qu'il s'est soumis, dans l'acte légal le plus authentique, à toute la rigueur des lois d'Angleterre, au premier mot qu'il écrirait désormais contre la France, et le repentir succédant au crime, à l'aide d'une modique pension et de quelque autre subsistance qui lui est promise, d'un exécrable sujet qu'il était, j'en ai fait un espion vigilant pour la France. » (Mémoire au roi, inédit.)
N° 16 (voy. p. 64).
une c intrigue de valets 1 (Autographe.)
c Londres, ce dimanche juillet 1774.
c Je supprime toute espèce de protocole, monsieur, pour entrer bien vite en matière, l'importance du sujet est mon excuse.
rence de 360 000 francs qui me manquent pour complctter mes fonds, songe a ton ami Laborde. » Suscription : • A M. de Beaumarchais, d Vhôlel d'Hollande, Vieille rue du Temple, à Paris. »
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c Tai vu \* manascnf. j* Pas la, j~ai pa mime extraire qaeJaaes articles, mon marché, fait à a*) ,pnaêes, â oa pisist le éeraaer es me le csafcr qnet*;nei heures seu!eav*at T m'a pn>o*-i ce aae j'aaraii i ûhbmiI tente par toute a-itre voie- J'ai cm dev<Kr caocooescer par fcL Lomtr*j* portait nétre q***e pUU mech**cet* qui a"*** p*f r*ia Ir* soins fat ;V me donne. Alors tort eût été dit, je » es «twnaa.
c On me Ta remis secrêtemeat hier am snir.caas te jardm âaTamhal, à condition de le readre a tant cinq keares la matin, àrtrifm* de zalets qu ne m'a pas mal réussi. Je sois revenu chez mai, jai la, j'ai extrait, et, sar les quatre heures du matin, onvraat la fenêtre 4e am parloir sar b rue de Mary-Bonne *, f ai jeté le paquet mule à Fnaaane «ai me ravaû remis, et qui s'est fait eoonaitre par aa signal conveam. Le diable cmrt encore. Je sais donc maiotenaat de quoi il s'agit, etc.. > Sait l'analyse da pamphlet que Ton sait (voy. Histoire de Beaumarchais, p. 119 et la note de M. Toorneux), et dont il explique la naissance d v une manière assez plausible dans un mémoire ao roi do 15 décembre 1775 : c Aussitôt que Votre Majesté fut montée snr le trône, quelques changements de gens en place, qoelqoes disgrâces de courtisans ayant (ait germer de forts ressentiments, parut tout à coup un nouveau libelle sanglant contre tons, Sire, et contre la reine, en Angleterre et en Hollande. J'y courus en bile, et l'ordre exprès de Votre Majesté augmentant mon courage, je poursuivis le livre et l'éditeur, jusqu'à extinction, etc... >
NM7(voy.p.66).