Édit. Fournier
sonne si bruyamment avec la joie de vivre et d'agir, dans ses lettres d'Espagne et de Touraine 1 .
Encore un an, et c'en est fait de tous ces gages de bonheur : cette fortune, si ardemment conquise, croule; l'épouse aimée 9 meurt et entraine dans sa tombe à peine fermée ce fils 3 pour qui Ton travaille si gaiement, et Beaumarchais aura à défendre contre une nuée d'ennemis sa réputation, son honneur et sa liberté !
Et la cause de ce désastre? La mort de ce même Duverney, qui l'avait enrichi et lui léguera la haine injuste d'un héritier, c prudence humaine! » s'écrie-t-il alors; un règlement de comptes injustement attaqué, un procès, des factums, du scandale, des juges prévenus, une double plaie d'honneur et d'argent, enûn le plus c horrible genuit *..., un enchaînement diabolique 5 », qui le feront tomber de La Blache en Goezman.
Laissons-le nous débrouiller lui-même l'affaire par le menu ' dans ses Mémoires, et demandons-nous seulement en le voyant c entouré de pièges, recevant jusqu'à cent lettres par jour 7 », d'où lui venait celte tourbe d'ennemis.
Il s'écriait dès lors, en se posant la même question devant le public : c C'est le problème de ma vie ; je voudrais enûn le ré-
1. Là encore pourtant, comme plus tard en Amérique (par le fait d'un sieur C, qui n'est pas l'honnête Francy), Beaumarchais eut gros à perdre, pourexcèi de confiance en ses agents. Voy. à Appendice, n° 11, une lettre du duc de la Vallière qui nous renseigne plaisamment sur un Grispin que le père de Figaro avait eu le tort de mettre dans les affaires. Celles de Touraine ne furent définitivement passées par profits et pertes qu'à sa mort.
2. Voy. Histoire de Beaumarchais, p. 65, sqq. Elle mourut, non le 20, mais le 21 novembre 1770, au témoignage de Beaumarchais.
3. e 11 avait encore un fils, jeune enfant dont il nous rapportait souvent des mots enfantins, qui me charmaient d'autant plu* qu'ils décelaient la tendresse paternelle, et me découvraient combien le sentiment était en lui plus puissant que Fesprit. » Histoire de Beaumarchais, p. 72. Il mourut le 17 octobre 1771 « On Assure qu'il aime sa fille à la passion. Un bon père no peut être nn mauvais cœur ». Baronne d'Obcrkirch, op. cit., I, 224.
i. £dit. Gudin, IV, 319. Êdit. Fournier, 410.