dil. Gudin, 111, 145. ÉdiU Fournier
au beau ramage, un duc très irascible et un roturier très agréable, et à la suite de laquelle nous retrouvons le battu écroué au Forl'Évéque, de par le caprice hautain de M. de la Vrillière * ! Cependant il perdait son procès, sur le rapport de maître Goezman, et l'entérinement des lettres de rescision, obtenu par le comte de la Blache, impliquait que le soi-disant créancier de Duverney était un faussaire coupable d'un abus de blanc-seing; Basile triomphait! On sait, en effet, par l'aveu de l'un des juges, quelle influence eurent sur le verdict c les bruits publics, même calomnieux 2 ». € On avait jugé l'homme et non la chose 1 », comme disait d'un cœur léger le rapporteur de l'affaire.
Beaumarchais, sa victime, resta un mois encore sous les verrous. Quelles idées s'agitaient en lui, quand « les dents serrées *, les yeux fixés sur le plancher de son horrible prison, il eu parcourait rapidement le court espace »? Il nous l'a dit, il faisait appel à cette c mâle fierté qui luttait entre lui contre l'indignation 5 ». Qu'en attendait-il donc, lui, chétif? c Ses amis se taisaient, ses soeurs pleuraient, son père priait 6 »; mais le prisonnier se répétait avec le poète latin : « Plus le sage est accablé et plus il a de force pour se relever 7 », et il méditait les Mémoires contre Goezman.
Nous en avons retrouvé les brouillons 8 . Ils racontent toutes les phases de leur composition. On sait déjà comment les rôles de ses auxiliaires doivent être distribués, mais il faut bien se garder d'exa-
1. Voy. à l'Appendice, n° 13, une lettre où il fait de sa prison un tableau moins sombre que celui des Mémoires. 11 est vrai qu'elle date du premier jour de son incarcéralion. Sur le For-1'Évêque et ses hôtes et leur régime, voy. M. Maugras, les Comédiens hors la loi, 1887.