Édit. Gudin, III, 149. Édit. Fournicr
2. Il était plus vraiment « noble chez lui » que Tartufe. Voy. dans Ros, les Avocats au conseil du roi, 292, son cursus honorum; voy. aussi M. Huot, son biographe, et son avocat partout. Voy. Goetzmann et sa famille, 1649-1794, fterue d'Alsace, cl Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869.
3. Édit. Fournier, 306 : c Qui renfermait la clé du sien au fond de la bourse de sa femme. » Voy. Beaumarchais et son temps, I, 298.
4. Il parait que c'était à peu près le tarif: « Je crois que j'en serai quitte pour cinquante pistoles que j'ai mises dans la main du secrétaire de votre rapporteur. » L'Obstacle imprévu, de Destouches.
Si BEAUMARCHAIS : PARTIE HISTORIQUE.
demandés pour le secrétaire et qu'il n'a eu garde de refuser, se sont c égarés * >. La brèche restait ouverte, le plaideur malheureux s'y élance désespérément 4 , il réclame bruyamment ses quinze louis comptés t en argent blanc dans le chapeau du fils » de la maison. C'est alors que maître Goezman intervient et que, couvrant les siens de sa robe de juge, il réplique par une accusation de corruption. Beaumarchais se trouvait en face du parlement Haupeou.
Il y avait deux ans que Louis XV, conseillé par son ministre, avait fait sa révolution € à la turque 3 > contre les parlements, ces « assemblées de républicains », comme il les appelait dans un jour de colère. Bravant le vieil axiome des légistes : « Pas de souverain sans cour souveraine 4 », il avait exilé, dans la personne des parlementaires, le dernier simulacre de franchise officielle, le droit de remontrance \
Quel imprudent défi porté i l'opinion publique, à une opposition tous les jours plus formidable! On gronda; mais, tandis que le pouvoir se crovait en face d'une fronde de basochiens, derrière les magistrats traités en Dandins par les mousquetaires de Richelieu, Beaumarchais entendit frémir une foule confuse, qui lui parut receler une force incalculable. Il sut et osa s'en faire une alliée. L'événement était à la fois si considérable et si imprévu, qu'il parut à quelques impatients ouvrir l'ère des révolutions qu'ils appelaient de leurs vœux.
Ils se trompaient. Mais si le procès Goezman ne marque pas, autant que l'espérait Hardy, c une des époques les plus frappantes dans l'histoire de notre monarchie », gardons-nous de borner la portée morale de l'agitation qu'il fomenta dans les esprits à l'honneur d'avoir provoqué un méchant mot de Louis XV 6 .
2. c Ce n'est pas, nous disait-il en se moquant de notre couardise, ce n'est pas la somme qui m'importe, c'est la preuve de Tiniquilc que je poursuis. • Gudin, Histoire de Beaumarchais, p. fit.
3. Maupeou appelle le coup d tut de 1771 * une révolution *. Voy. M. Flammermont, le Chancelier Maupeou et Us Parlements, p. Oii, et sur le « gouvernement à la turque » de Louis XV, voy. d'Ar^enson, IV, 141.
4. f U Cour appelée abusivement souveraine. » Voy. Bos, ti % op. cit.
5. M. F. Rocquain l'appelle hardiment «. le bouclier de la France contre le despotisme de rEglisc et celui de la rovauté *. L'Esprit révolutionnaire avant /« Révolution, p. m.
6. Voy. l'opinion de M. Flammcrmont, d'ailleurs si bien informé et si mesuré d'ordinaire, op. cit.. p. 548. Elle nous semble pécher par un excès de posili-
Il suffirait d'ailleurs à la gloire de l'auteur des Mémoires contre Goezman et C ! * d'avoir rendu t moquable * * une c jurisprudence obscure et barbare * > contre laquelle criait tint de sang innocent 3 . Remarquons surtout que de la Grand'Chambre où Beaumarchais comparaissait seul, devant soixante magistrats, sa parole volait jusqu'à la frontière et passait les mers *.
On l'écoute diversement; tandis qu'elle soulève l'indignation de Walpole et l'admiration de ses compatriotes, et qu'elle c fait la plus vive sensation à Philadelphie, chez ce peuple amoureux de la liberté 5 *, elle éveille à la cour de Marie-Thérèse une gaieté qui « dure tout un hiver 6 » ; à Ferney on se partage entre ces deux sentiments, bien que le premier domine : c J'ai peur que ce brillant écervelé n'ait au fond raison contre tout le monde *, s'écrie le patriarche.
Mais en France, quel émoi ! ' Qu'importent désormais et les remontrances du parlement de Rouen et celles de la Cour des Aides, et la fameuse correspondance dont Goezman instruit le procès, et les Chancelières, et les centaines de pamphlets qui volent et se croisent du cabinet de Marin-la-Gazette à la bibliothèque de d'Argenson où Malesherbes et les avocats du Parlement 7 s'enferment pour soulever imprudemment avec la poussière des Olims et des Ordonnances c le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut dire, tout ce que Ton peut croire du droit des peuples et de celui des rois, qui ne s'accordent jamais si bien que dans le silence! » Tous ceux qui venaient de rompre ce silence déjà
visme historique, p. 630 et passim « In historia non solum casu eventusque rerum, sed etiam ratio causmque perpenduntur », a dit Cicéron et a répété Tacite.
1. Le mot est de Villemain, III. p. 480 du Cours dé littérature du dix-huitième siècle.
2. Édit. Gudin, Ilf, 502. Êdit. Fournier, 335. — Voy. un passage probant du Mémoire de Maupeou à Louis XVI, p. 613, cité par M. Flainmcrmont, op. cit.
3. Voy. dans Bos, les Avocats au conseil du rot, p. 190, sqq., la liste effrayante des erreurs judiciaires du dix-huitième siècle.