‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 58 sur 338 · Êdit. Gudin, V, 80, etédit. Fournicr, 4'J · texte numérisé non relu

Êdit. Gudin, V, 80, etédit. Fournicr, 4'J

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éloquence réelle. Oti en p«»am ju^er par quelques extraits* d'un Mémoire inédit, en date «la 7 décembre. Beaumarchais ¥ adresse à Louis XVI une consultation sur la différence « entre la politique des Etats et la monle des citoyens ». Pitt et Rousseaa, Solon et Richelieu sont invoqués avec un sérieux fort piquant dans la bouche du père de Fûraro. qui veut prouver la nécessité de la politique qu'il faudrait c mépriser et même détester, si les hommes étaient des a a ires ». Qui savait mieux que lui qu'ils ne sont ni anges ni bêtes ? El avec quelle intrépidité et quelle Terve oratoire il pousse sa thèse !

Mais si votre délicatesse est telle que vous ne vouliez pas favoriser même ce qui peut nuire à vos ennemis, comment souffrez- vous, Sire, que vos sujets disputent à d'autres Européens la coaquête de pays appartenant en propre à de pauvres Indiens, Africains, sauvages ou caraïbes qui ne vous ont jamais offensé? Comment permettez- vous que vos vaisseaux enlèvent de force et fassent gémir à la chaîne des hommes noirs que la nature avait faits libres et qui ne sont malheureux que parce que vous êtes puissant? Comment soutirez-vous que trois puissances rivales se partagent iniquement les dépouilles de la Pologne à vos yeux, vous, Sire» dont la médiation devrait avoir nn si grand poids en Europe? Comment avez-vous on pacte avec l'Espagne par lequel vous vous obligez, au nom de la Sainte Trinité, de fournir des hommes, des vaisseaux et de l'argent h cet allié pour l'aider à faire une guerre même offensive à sa première réquisition, sans vous être seulement réservé le droit d'examiner si la guerre où l'on vous engage est juste ou si vous n'aidez pas un usurpateur?

Si les hommes étaient des anges, sans doute, il faudrait

mépriser, détester même la politique. Mais si les hommes étaient des anges, ils n'auraient pas besoin non plus de religion pour les éclairer, de lois pour les régir, de magistrats pour les contenir, de soldats pour les soumettre, et la Terre, au lieu d'être une image vivante de l'enfer, serait elle-même un séjour céleste. Biais, enfin, il faut les prendre tels qu'ils sont, et le roi le plus juste ne peut pas aller plus loin avec eux que le législateur Solon, qui disait : *Je n 9 ai pas donné aux Athéniens les meilleures lois possibles, mais seulement les plus convenables aux lieux, aux temps et aux hommes pour qui je travaille >. D'où il suit que quoique la politique soit fondée sur des principes très imparfaits, elle est fondée, et que le roi qui voudrait seul être exactement juste au

1. La longueur de cette pièce nous empoche de la citer ici in extenso; mais non double mérite, historique et littéraire, sera évident pour tous ceux de nos lerleur» qui voudront bien lire les extraits que nous en publions à l'Appendice, ii" io.

milieu des méchants et rester bon au milieu des loups, s'en verrait bientôt dévoré lui et son troupeau....

Sire, une loi sublime du Gode criminel anglais est celle par laquelle un coupable arrêté qui décèle, accuse et fait prendre ses complices, a la vie sauve quel que soit son crime. Armer ainsi l'iniquité contre elle-même est le plus sûr moyen de la détruire infailliblement. Ornous ne devons jamais oubliei % que l'Angleterre est à la France ce que les voleurs anglais sont aux citoyens de leur pays. Voyez, Sire, comment ils nous ont presque entièrement chassés des trois autres parties du monde, et tous serez convaincu que ce n'est pas le vouloir, mais la force qui leur a manqué, si vous jouissez tranquillement en Europe du superbe héritage

que vos pères vous ont transmis

Je vous supplie donc, Sire, au nom de vos sujets, à qui

vous devez vos premiers soins; au nom de la paix intérieure que Votre Majesté chérit si justement; au nom de la gloire et de la prospérité d'un règne entamé sous d'aussi heureux auspices, je vous supplie, Sire, de ne pas vous laisser surprendre au sophisme brillant d'une fausse délicatesse, summum jus summa injuria.

Cette casuistique politique leva tous les scrupules du monarque sur l'expédient proposé, et nous ne croyons pas qu'aucun homme d'État hésitât à signer dans le secret du cabinet c celte sublime imposture».

c De l'intrigue et de l'argent, te voilà dans ta sphère >, dit Suzon à son fiancé. Eli! sans doute Figaro, chef de la maison Roderigue- Hortalez et C ie , jetant sur la côte d'Amérique, à travers la croisière anglaise, munitions, armes, équipements, officiers même, faisant parler son patriotisme plus haut que son intérêt ', soutenant de ses écus l'héroïsme besogneux de La Fayette 2 , et regardant la gloire de son « héros * et de « ses amis les hommes libres 3 , comme l'intérêt de son argent », Figaro l'âme et le promoteur de cette expédition pacifique 4 , qui fut la première revanche de notre patriotisme,

1. c Les clameurs indiscrètes m'indignent, et je deviens doublement Français quand je trouve dos gens qui affectent de ne pas l'ôtre. » Lettre à Vcrgcnnes, 1779, 8 juin, édit. Gudin, VI, 351 et édit. Fournier, 653. Voy. aussi VI* époque : « Il faut ôlrc en pays étranger, etc.... », édit Fournier, 562. — La preuve d'ailleurs est faite et en chiffres. Voy. Beaumarchais et son temps, II, 543. Il est inutile de la renforcer ici, ce qui nous serait facile. Les documents abondent au dossier. Voy. Appendice, n° 22, sur toute l'affaire et sur l'opinion américaine à l'endroit de c Beaumarchais le marchand ».

3. Voy. Beaumarchais et son temps, II, 155, et sur « Beaumarchais l'Américain » les Tant-pis et les Tant-mieux dans la Correspondance littéraire, XIV, 113, édit. Tourneux, mars 1785.

4. a Tel était l'objet de nos discussions et nos débats étaient très vifs. » Gudin,

guettant l'occasion d'effacer la honte du traité de Paris, prêle-t-il i rire à quelque Français?

Et quand le Fier Rodrigue, battant le pavillon de l'auteur di Barbier de Séville, a l'honneur d'entrer en ligne à la bataille de 1; Grenade et de se faire cribler de boulets anglais pour le service di la France, les braves officiers que leur armateur fait décorer aprè l'affaire * n'ont pas emporté tout l'honneur de la journée. On peu en croire la lettre de d'Estaing 2 à Beaumarchais et le remercicmcn que lui adressa le président du Congres. « Vous gagnez l'estime d< cette République naissante et vous recevez les applaudissement; unanimes du nouveau monde 3 ».

On les lui marchande aujourd'hui; maint critique pense comm< d'Eon, que dans les séjours de Beaumarchais en Angleterre *, « Oi verra partout de l'esprit et nulle pari un jugement solide sur le affaires politiques dont il n'a pris connaissance qu'en galopant 5 ». Il résulte au contraire de la correspondance de Beaumarchais et de ses Mémoires au roi qu'il suivait attentivement, du moins avec un interprète, puisqu'il ne savait guère que goddam, ces orageux débats de la Chambre des communes, dont lord Chatham était le héros, et dont M. Yillemain a tracé un tableau si émouvant. Ce n'est pas dans les lieux de plaisir où le traîne d'Éon avec « les ministraillons 6 > qu'il aurait combiné et fait aboutir l'affaire Roderigue- Horlalez etC'°, qui fut, en son temps, un acte de patriotisme incontestable autant qu'un tour tîe force commercial. M. Bettelheim lui-même 7 , si sévère pour les « fantaisies financières 8 » de Beau-

Uisloire de Beaumarchais, 180. Ailleurs, G u cl in a même versifie ses souvenirs :

g Lorsque assis tous les deux au bord de la Tamise, Nous voyions l'Amérique à l'Anglais mal soumise, Mendier nos faveurs par des agents secrets :

Quel moment, disions-nous, pour l'honneur des Français! »

1. Voy. Beaumarchais et son temps, II. 539, 108. — Beaumarchais ne fut pas aussi pleinement indemnise que le croit M. Beitelhcim, p. 419. U reçut un million et demi; or le bilan de ses pertes était chiffré par lui (d'après son Mémoire, que nous avons sous les yeux), 4122 384 francs. Il y a do la marge.

3. Voy. Histoire de Beaumarchais, p. 23;) et la note ; et Beaumarchais the Merchant by Bigelow, New-York, 1870.

4. Beaumarchais habitait à Londres, Ploone Slrecl. Voy. Appendice, n° 10.

5. Pièces relatives aux démêlés entre d'Eon, etc., op. cil., p. 05 ot ci-dessous p. 392,

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