LE BARBIER DE SÉVI L LE; LE MARIAGE DE FIGARO
sures et des interdictions que subit la pièce jusqu'au triomphe final. Le 13 février 1773, le permis de représenter le Barbier était signé par M. de Sarline. Mais c'était le surlendemain de l'affaire de Chaulnes, sur laquelle se greffa le procès Goezman, et la représentation fut ajournée. Le manuscrit est approuvé Marin.
La pièce allait être jouée pendant le carnaval de 1771, quand le bruit court que l'auteur y a mis son procès en comédie. Nouvelle censure : nous la retrouvons sur un manuscrit inédit ; elle est signée d'Artaud, qui est le censeur extraordinaire * dont parle la Correspondance littéraire. « La pièce, dit-il, a été censurée avec la plus grande rigueur, et Ton n'y a pas trouvé un seul mot applicable à la situation présente ». Il est vrai et chaque page porte le parafe du censeur, dont voici la conclusion : « Lu et approuvé, ce 5 février 1774, Artaud ». Puis l'approbation paraissant trop laconique, le censeur se ravise, biffe et écrit : « J'ai lu par ordre de H. le lieutenant général de police le Barbier de Séville, comédie en quatre actes, et je crois qu'on en peut permettre la représentation à Paris. Ce 5 février 1774. Artaud. »
La pièce est affichée pour le samedi 12 février, et, malgré celte approbation, cartonnée le 11. Beaumarchais la porte le 8 mars* à Conli, avec celle note mélancolique : « Manuscript de l'auteur sur lequel seul la pièce sera jouée, si elle doit jamais l'être ».
Elle le fut, et d'après un autre manuscrit, celui-là même qu'Artaud avait approuvé. Mais l'auteur l'avait grossi d'un acte que nous avons retrouvé et qui attirera bientôt toute notre attention. Remarquons seulement ici que le permis d'imprimer le Barbier de Séville en quatre actes, signé Crébillon, contresigné Le Noir, étant du 31 janvier 1775, l'acte supplémentaire fut fait entre celte dernière date et le 23 février, jour de la première. On sait assez quelle carrière fournit la pièce à Paris après un premier faux pas. Elle fit même triomphalement son tour d'Europe, et une lettre inédile, que nous
xlvi, edit. d'Ilevlli et Marescol), l;i pièce <le Dancourt est intitulée : les Vendanges de Suresnes, niais le litre est tout es qu'elle a de commun avec le chefd'œuvre de du Rycr.
1. Voy. Tteâlre de Beaumarchais, édit. d'IIcylli cLMarcscot, 111, H, » censurée quatre fuis, cartonnée trois fois •>.
t. Dans le manuscrit dont parle M. Marcscot, II, p. XX, l'approbation porte la date du 1(5 mars 1771, mais il est postérieur à celui que nous visons. D'ailleurs, le billet à Conli, impr. ibitl., p. xxi, est daté du 8 mars (très lisiblement) et non du 10.
publions plus loin *, nous apprend qu'à Saint-Pétersbourg, en 1781, elle avait eu plus de cinquante représentations. Complétons seulement les renseignements que donne M. de Loménie sur le « Compliment de clôture ».
Nous avons retrouvé deux manuscrits de ce compliment, imité de V Impromptu de Versailles et de La critique du Légataire, plus les copies des rôles pour chaque acteur. Le rôle de Bartholo existe seul pour 1775. Ceux de 1776 sont complets. Mais H. de Loménie n'a pas vu que le manuscrit de 1776 a été retouché pour les comédiens du Marais 3 .
La Révolution y a ainsi introduit des variantes 3 qui offrent un contraste parfois assez piquant avec la rédaction primitive. Au lieu du « général couvert de gloire qui demande un gouvernement », on lit : « qui veut de plus une pension ». « L'héritier d'un nom illustre qui recherche une financière », est devenu « un noble accablé de dettes qui recherche une héritière ». « Le pieux et modeste abbé qui courait un bénéfice », y « galope un bon évêché». Ce n'est plus dans le monde qu'on fait « passer des sottises avec des tournures », mais de la « tribune jusqu'au café », etc., etc., mutato nomine de te fabula narratur.
Cependant, au lieu de la considération qu'il cherchait, Beaumarchais n'avait trouvé dans le métier d'auteur que la célébrité et un surcroît d'envieux. « Pou-ou!» il avait vu s'élever contre lui « mille pauvres diables à la feuille * ». Il les prit à partie, et, sous forme de préface, donna à sa comédie un supplément satirique où il défendait « cette pièce, une des plus gaies qui soient au théâtre 5 », avec la verve même qui l'avait inspirée. Il en rehaussait adroitement les mérites, prouvant bien qu'en récrivant il avait parfaitement pensé y mettre tant d'esprit, et, tout en racontant sur un ton moins confidentiel qu'ironique ses tribulations d'auteur avant et pendant la représentation, il expliquait pourquoi il avait renoncé à faire de son barbier un héros d'opéra-comique; il laissait enfin deviner que
t. Voy. Appendice, n° 25.
2. U y aurait lieu d'ailleurs de rééditer entièrement ce spirituel à-propos, dont les fragments donnés par M. de Loménie ont été p:ir erreur empruntés simultanément à deux manuscrits ilillcreuts. Nous eu publions quelques nuuveaux extraits à l'Appendice, u° 23.