‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 67 sur 338 · LE BABB1ER DE SÉVILLK; LE MARIAGE DE FIGARO · texte numérisé non relu

LE BABB1ER DE SÉVILLK; LE MARIAGE DE FIGARO

verve enfin, et quelque diable aussi le poussant ', il lance le deuxième plaidoyer de son avocat d'office.

Telles sont les causes principales qui changèrent la gaieté caustique et défensive de Figaro en une verve agressive et rancunière et le firent glisser de l'apologie personnelle et détournée dans la satire générale et crue des -hommes et des choses de son temps.

Mais, après avoir écrit le Mariage de Figaro, il reste à le faire jouer. « Des ennemis et des obstacles, disait l'auteur à Lauraguais *, et je roussirai. » Il prophétisait vrai: on va voir que les conditions requises pour le succès et le succès lui-même passèrent ses espérances.

Le Mariage de Figaro accomplit à la lettre le précepte d'Horace, nonumque premattir in annum, si Ton ajoute avec Fauteur aux cinq ans de portefeuille « les quatre ans de combat 3 ».

Les incidents de la première période sont en partie le secret de Fauteur, ceux de la seconde ont défrayé tous les papiers publics. Enumérons-Ies.

Terminée certainement en 1778, la pièce court le monde dès 1780*. Au courant de 1781, les comédiens français la reçoivent c par acclamation », et M"* Fanier, l'ancienne voisine de Beaumarchais, rue de Condé, la Betsy d'Eugénie, dispute par lettre le rôle à M 11 ' Contât'. Alors la Folle Journée commence à passer c par la coupelle austère 6 » des censeurs.

Remarquons d'abord qu'il ne tient qu'à Beaumarchais d'oter au public français l'honneur d'être le premier à applaudir le Mariage de Figaro. Une lettre inédite 7 , en date du 5 novembre 1781,

1. t Supposez-les le fruit des souvenirs », dit-il des audaces delà pièce (préface du Mariage). C'est nous inviter à en chercher les clefs. En voici une : Nous avons retrouve le récit original de la mésaventure de la Vallièrc, que Gudin a inséré dans son Histoire de Beaumarchais, p. 53. 11 est de la main de Beaumarchais et porte en titre : t Anecdote légère dont la suite a empoisonné plus do dix années de ma vie », et en post-scriplum : « C'est de la chaleur de ces haines envenimées que quinte années après fai pris au théâtre la légère vengeance de faire dire à Figaro, définissant les courtisans : • Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots ». On juge que ma plaisanterie ne m % a pas remis en crédit auprès des courtisans du dernier roi ».

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