‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 7 sur 338 · L'ENFANT; L'HORLOGER; LE COURTISAN · texte numérisé non relu

L'ENFANT; L'HORLOGER; LE COURTISAN

'oreille basse. L'horlogerie va reprendre ses droits, et quels Iroits! c L'amour d'une si belle profession, a dit le père, doit vous pénétrer le cœur et occuper uniquement votre esprit *. » L'apprenti se courbe sur l'établi et se relève inventeur : t Dans ses assemblées ies 20 et 23 février 1754 », l'Académie des sciences appréciait en ces termes le chef-d'œuvre par lequel il conquérait la maîtrise et presque la célébrité : « Dans les montres cet échappement nous paraltêtrele plus parfait qu'on y ait encore adapté jusqu'à présent 8 ».

Inventeur ! Voilà donc le premier titre de notre auteur à l'attention publique, en attendant qu'il lui vaille la fortune, la gloire, et aussi une bonne part de ses ennemis. Mais il en savait l'utilité, et nous le verrons les fouler lestement comme autant de degrés de sa haute fortune. Tel fut, par exemple, le sort du premier d'entre eux, de Lepaute, qui avait voulu dérober à l'apprenti l'honneur de son invention. Cet horloger sournois fournit à son jeune rival l'occasion l'un triomphe académique, dont le bruit, habilement répercuté ians le Mercure, parvient en haut lieu. Voilà notre inventeur « horoger du roi *.

C'est sans doute à cette époque qu'il extrait et médite le passage luivant d'Helvétius : « Pour connaître son talent, il faut examiner et le quelle espèce d'objets le hasard et l'éducation ont principalement chargé notre mémoire, et quel degré de passion l'on a pour la gloire. C'est sur cette double combinaison qu'on peut déterminer le ^enre d'étude auquel on doit s'attacher 3 . »

Il se dit donc qu'il avait mieux à faire en ce monde que de loger les montres minuscules * dans le chaton des bagues de la marquise

1. Voy. Beaumarchais et son temps, I, 74, et Appendice, n° 6.

2. Ce passage est souligné dans le texte, p. 49, de l'extrait des registres de 'Académie, imprimé par le sieur Caron fils, horloger à Paris, le 4 mars 1754* le rapport conclut sévèrement contre Lepaute et formellement contre Biesta, liez lequel Caron fils « travaillait » vers la fin de Tannée 1752. — « On le alomniait auprès des ministres et des académiciens ; il eût été perdu s'il n'eût riomphé, son destin s'annonçait déjà » (Gudin, Histoire de Beaumarchais, p. 8). /alarme fut chaude chez les Carons. Les pièces du procès sont sous nos yeux. ,a requête de Caron fils, en date du 13 novembre 1753, à Messieurs de l'Acaémie royale des sciences est un manuscrit de quatorze grandes pages ; c'est on premier Mémoire; nous l'apprécierons plus loin. Voy. Appendice, n° 6.

3. Discours IV, ch. xvi. Cet extrait est de la main de Beaumarchais sur une 3uillc volante, de sa plus ancienne écriture, caractérisée par la rouille de l'en* re. Nous l'y voyons aussi extraire et commenter la pensée de La Bruyère sur horrible peine de se faire jour dont Figaro se souviendra.

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