Voy. Gudin, Histoire de Beaumarchais, p
de Pompadour. Mesdames aiment la musique encore plus que l'horlogerie, et justement le jeune inventeur, de ia même main qui lime de si ingénieux ressorts de montre, tire des sons merveilleux de cette harpe à pédales que Petrini vient d'imaginer. Bien mieux, lui-même Ta perfectionnée '. Vite un fauteuil ! Le roi, en personne, offre le sien 1 . Qu'on se figure notre virtuose y trônant avec l'aisance de maître Gardel dans son fauteuil bleu 3 ! On le proclame, séance tenante, premier sujet de la musique de chambre de Mesdames *, digne de mêler ses accords aux duos de Jéliotte et de la Garde. Il en profitera pour placer ses bons offices à gros intérêts, et son esprit guettera l'échéance.
Toute la famille Caron l'attend, elle est tombée dans un état voisin de la gêne, et Pierre-Augustin est bien excusable s'il se dit avec Petit-Jean que
L'honneur sans l'argent n'est qu'une maladie.
Un financier était donc seul capable de payer tant de services. Il s'offrit sous les traits connus de Pàris-Duverney. Et les financiers aussi ont leurs destinées! Celle du premier auteur de la fortune de Voltaire & fut d'assurer encore, argent comptant, l'indépendance du successeur en titre du « roi des moqueurs ». Mais il n'était alors que le plus aimable et le plus besogneux des favoris, et Duverney se plut à lui rendre les services que lui-même avait reçus jadis de Samuel Bernard. Son or et ses conseils étaient bien placés. Trois ans plus tard, le factotum peu rétribué de Mesdames, qui confiait un
1. Voy. Guetta, Histoire de Beaumarchais, p. 14. S. Voy. Gudin, Ibid., p. 20.
3. Voy. lo portrait de Gardel l'aîné, maître des ballets de la cour et de l'opéra sous Louis XV, Louvre, n° 1910, pastel de Rcgnault, 1765. U est peint jouant de la harpe. Veut-on se représenter Beaumarchais guitariste et chantant la séguedille à Mesdames de France, qu'on aille voir dans la salle Lcnoir le portrait de Mundtni, par Duinont. Et à côté, on pourra rêver une de ces' augustes élèves, Madame Adélaïde par exemple, dans la belle personne qui joue si nonchalamment de la guitare sur la bonbonnière d'écaillé blonde peinte par Vestier, n* 139.
4. • Boa u marchais, qui composait presque toute la musique qu'elles jouaient. » Gudin, Histoire de Beaumarchais, p. 19. Gudin nous apprend aussi que son instrument favori, après la harpe, était la flûte.
5. Voy. pour les détail» : Voltaire et la Société française au dix-huitième siècle, par M. Desnoircsterres, t. I, p. 166 et passim, et sur les relations de Beaumarchais et de Duverney le n* 12 de l'Appendice.;