‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 77 sur 338 · LE BARBIER DE SÉVILLE; LE MARIAGE DE FIGARO · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SÉVILLE; LE MARIAGE DE FIGARO

sans déclarés. Et demain, dans un autre salon, chez le chevalier de Conti ou chez la princesse de Lamballe, nouvelle lecture, nouvelles adhésions : voilà comment Beaumarchais enrôla d'abord tout Paris dans une conspiration de curiosité qui devait amener, avec approbation et privilège, le Mariage de Figaro sur la scène française.

Pendant trois ans, il promènera ainsi « sa grave personne et son fol ouvrage ' >, ajoutant quelquefois, mais souvent effaçant 3 ; offrant ou refusant sa lecture avec tous les manèges d'une coquetterie raffinée, réussissant enfin à créer à l'anglaise un courant d'opinion en faveur de ces « noces éternelles 3 >, comme les appelle tout Paris, en proie à la fièvre de l'attente.

Il le laisse grossir; en vain a-t-on voulu en gêner le cours, il a tout entraîné. « Tout se dispute, tout se permet et se défend successivement dans notre faible gouvernement 4 », écrivait déjà d'Argenson trente ans auparavant : c'est le résumé, en trois mots, des démêlés de notre auteur avec la censure. Ils ne sont donc rien moins, jusqu'au succès final, qu'une image en raccourci de l'histoire de l'opposition sous l'ancien régime. L'anarchie officielle rendait la représentation du Mariage de Figaro aussi inévitable que la déconfiture finale du pouvoir, témoin le mot de Monsieur 5 sur la pièce et ses fauteurs : * Ils la feront réussir, et ils croiront avoir gagné une bataille contre le gouvernement ».

Le mardi 27 avril 1784, Figaro rentrait en conquérant sur la scène de Molière 6 . Tandis que la foule s'étouffe aux portes de la Comédie 7 , que les privilégiés festoient 8 dans les loges, en attendant

t. Lettre à Griuim, du 27 mai 1782, citée p.ir M. de Loméiitc, II, 302. 1 Voy. les mss. du Mariage à la Bibliothèque nationale et à la Comédie- Française.

Page 1