Gudin, Vil, 23t
U. Voy. édit. Gudin, I, 303, al édit. Foumier, 07.
Cependant les hommes, dont la plupart se dressent sur la pointe du pied, tant leur cercle est épais, ponctuent de leurs rires à fleur de dents les silences que ménage savamment le lecteur, ou font le brouhaha aux pointes qu'il darde d'une voix mordante. Hais lui guette « du coin de l'œil l * les chefs de coterie, les critiques influents qui soulignent de leurs mines, pour l'entourage 8 , les morceaux dont ils escomptent tout haut le succès ou qu'ils condamnent à la dérobée pour leur hardiesse.
Il a fini dans un éclat de rire général. On l'entoure, on se froisse pour l'atteindre. Il affecte alors un air contrit, coupe court aux félicitations, et parle avec bonhomie de l'embarras cruel où le jettent les défiances de la police, qui s'obstine à interdire la représentation de son Opuscule. Le croirait- on? c'est elle qui fomente c la proscription de la cour 3 » contre un ouvrage «fait uniquement pour amuser le roi * et la reine de France j», comme il l'a déclaré lui-même à M. Le Noir. D'ailleurs, il nous fait juges : « Toute la pièce n'est qu'un badinage innocent et léger mêlé de saillies, de critique et de moralité, et il n'y a de coupable que le galant comte Alinaviva, qui se voit obligé trois fois dans la journée de demander grâce à sa femme, et finit par rire lui-même de tous les tours qu'on lui a joués 5 ». Rira bien qui rira le dernier!
Cependant voici un coin où quelqu'un exprime le souhait de voir tomber la pièce, et tel autre de riposter par le mot de Sophie Arnould, entendu la veille au foyer de l'Opéra. « Oui, elle tombera cinquante fois de suite », et de rire de proche en proche. Puis on s'échauffe là-dessus, on promet de remuer des machines, et l'on discute les voies et moyens. Il approuve, blâme ou conseille, puis s'esquive; mais nous l'avons reconnu, c'est l'auteur du Mariage de Figaro qui vient de recruter pour sa pièce une centaine de parti-
1. Beaumarchais décrit deux fois ce manège, édit. Fournier,G7, Gudin, 1,363. d'Hcylli et Marescot, 11, 5; et dans Loménic, 11, 302 (lettre à G ri mm, après h lecture chez le comte et la comtesse du Nord).
2. Voy. la Correspondance littéraire dite de Grimm.XUI, 521, édit. Toumeux : « On a vu le parterre saisir avec une justesse et une prestesse de tact vraiment admirable les passages condamnés d'avance par les gens de goût aux lectures multipliées que l'auteur avait faites de sa pièce. »