Voy. édit. d'Beylii et Marescot, IV, et Mémoires secrets
5. Il eut trente-trois représentations avant la reprise de 1790.
l'air de la page quarantième : Ah ! d'une antique absurdité ; pour an autre morceau de la page quarantième : politique consommée.... Quant à un certain vers de la page 54 : Où tout est bien pourvu qu'on danse, il n'y a pas moyen de le laisser. Je l'ai changé comme j'ai pu, mais changezle comme yous voudrez, pourvu que vous ne vous permettiez pas un pareil sarcasme que je ne puis avouer. Je connais bien vos ennemis, ils empoisonneront bien tout cela, et il serait trop malheureux pour moi que, pour satisfaire leur besoin de nuire, ils troublassent la tranquillité des derniers jours de votre serviteur et de votre ami. Bret.
Le premier des morceaux visés par Bret est dans l'acte U scène u. Voici sa rédaction primitive :
Ah ! d'une antique absurdité Laissons au peuple les chimères, Pontife et roi doivent en frères Soutenir leur autorité.
Tant qu'ils s'accordent bien ensemble, Que l'esclave ainsi garrotté Croit, obéit et paye et tremble, Le pouvoir est en sûreté.
Il y avait bien de quoi faire trembler la main du censeur; celle de l'auteur hésite : il écrit, efface, récrit plaisamment :
Aht de V absurde antiquité, Aht (Tune antique absurdité,
qui prévaut enfin. Puis ses hésitations recommencent et d'écrire, puis d'effacer : « Pontife et roi. — Brame et prêtre. — Soudan... Souffre, obéit , croit et paye et tremble.... » Enfin c brame et Soudan » subsistent et couvrent le censeur.
Le second passage incriminé est dans l'acte II, scène m. Là encore, après des hésitations, oscillant d'un manuscrit à l'autre, sur les deux vers
Quand les rois craignent, Les prêtres régnent,
les brames remplacent les prêtres et rassurent Bret.
Quant au sarcasme de la page 54, il était si direct qu'il renchéris» sait sur toutes les audaces du Mariage de Figaro. On lit à l'acte III, scène i :
Je dis... qu'on croira voir ces spectacles de France Où tout est bien pourvu qu'on danse.
'* ~t * ->r*mi*r n* -s* fr^rr -*r* ru * ^*r reniant la >t j? , (^v.'.n^> v«r l" - ^ virv *» mcif-rr»*^ n.u> i r i --ir tile me V-iiiie ■*»»»i**5 v*r iezwnzr^îiziï- n* nu Val J?t*a a y*^sr -î*% ^*inî a -eïiiîlt* '.vlëf» a<*as .wio* ;
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Pu* «f U feu» île tt>?W. %tîi» mi* 3c*t iesi:rie. [a. ieuie ta non ustxx *vi'A a ait 3*ï j. no a»»»» :
fjUWpi* — Xuronrerr Ut Usais tu. II me semble être ai Fraun». etc.
cl enfin ta variante imprima* :
le 4j* fu'/m eraira voir «s spouadea it* France.,
#|ri* /eaefie a***z lourdement la pointe: mai* il s'agit Ja repo-* Je ce pauvre fcrel, d'ailleim *i tolérant.
Le* événements se chargèrent vite de rendre toutes ces restriction* inutile*, Ce*t à la veille de la représentation de Tarare que *Oft anterir fut a**ailli par Bergasse; la correspondance suivante aVrigagea alors. Elle prouve que Beaumarchais devenait sage et •/•niait l'orage gronder.
A moriftieur le baron de Brelcuil. Monsieur le baron, je sois désolé qif? nia misérable étoile me contrarie aujourd'hui dans une chose qui semblait ton* Aire agréable : la mise au théâlre de mon opéra, et mon plan d'amélioration de ce spectacle; mais il me tombe une tuile sur la télé; j« suis blessé, jo dois, je crois, me faire panser avant de m'amusera faire danner les nymphes.
J'ai l'honneur do roui adresser ma lettre préliminaire écrite au public, lin Mrimoiru plus clair que le jour va pulvériser mes lâches adversaires. Mal* puls-jo, tuonsimir lo baron, m amuser d'amuser les autres, pendant qu'on dit du nuil do moi?
Nn tlols-jo pas luniimisticcr par me remettre sévèrement à ma place iVhtmntte homme % que fins brigands veulent me ravir, avant de m 'occuper oVa rherlts de mon bonnet » ?
Jti h^iih Id mal quo ceci fuit à l'opéra. Je voudrais bien tout arranger, mnii ïobjvt d'une plaint* en diffamation et des répétitions d'opéra sont
t, CiHIe *K|tWMhtn oit IVtiqucUo ot lo masque do ses hardiesses; il t'a répé- \H « propos du tfrtrèier ot du itmisge ; voy. ct-dessus, p. 79.
des choses trop opposées pour espérer de les allier ensemble, je vous sopplie de ne point me savoir mauvais gré, si je relire mon ouvrage en ce moment. Conserves vos précieuses bontés à celui qui est avec le plus profond respect, monsieur le baron, voire, etc. Signé : Beaumarchais. Paris, ce 19 mai 1787.
Dès le lendemain, M. de la Ferté transmet à Beaumarchais la réponse suivante :
Ce 20 mai 1787 : copie de la lettre de M. le baron de Breteuil à M. de la Ferté.
J'ai reçu, Nousieur, votre lettre du 19 de ce mois, et celle de M. de Beaumarchais, je ne puis me persuader que les circonstances si imprévues dans lesquelles il se trouve doivent être un obstacle à ce qu'on donne l'opéra de Tarare. Le public l'attend avec impatience et son succès, que nous sommes fondés à regarder comme certain, ne peut qu'ajouter à Y éclat de sa réputation littéraire ; ce sera un premier triomphe sur ses adversaires. D'ailleurs le roi, voulant bien suppléer aux dépenses do l'opéra, lorsque les recettes sont insuffisantes, on ne pourrait, sans compromettre les intérêts de Sa Majesté, différer de jouer un ouvrage dont on s'occupe depuis longtemps, et pour lequel on a fait des frais très-considérables qui seraient en pure perte.
Ce qui ajouterait encore au préjudice que l'opéra en souffrirait, c'est qu'il serait impossible de servir le public. Tai fait ce matin ces observotions à M. de Beaumarchais. Je vous prie de le voir, de les lui faire de nouveau et môme de lui communiquer ma lettre. Je ne doute point qu'après toutes ces réflexions et ce que vous pourrez y ajouter, il ne se détermine à penser lui-même qu'il est indispensable de laisser aller son ouvrage, et dans cette opinion vous voudrez bien continuer toutes les me* sures pour qu'il soit donné le 5 juin, ainsi que le public s'y attend.
Je suis très parfaitement, Monsieur, etc Signé : le baron de Breteuil.
El Beaumarchais de répliquer avec raideur :
Ce 21 mai 1787. A M. de la Ferté.
J'ai eu l'honneur, Monsieur, d'entretenir hier malin M. le baron de Breteuil; mes réflexions de cette nuit m'ont rendu encore plus austère que je ne l'étais hier. Je n'ai pu tomber d'accord du principe avec ce ministre, quelque désir que j'eusse d'être de son avis. B prétend que ma répugnance est puérile, et moi je dis que le public blâmera la violence qu'on veut me faire Le ministre pense que non. Je prends, lui ai -je dit, le cri public pour juge.
Dans cet état de choses, je vous supplie, Monsieur, de décommander la répétition de demain ; quand vous aurez des ordres et qu'ils me seront communiqués, je prendrai le parti que l'honneur peut avouer» sans blés-
ser l'obéissance due aux ordres du roi. Vous connaissez les sentiments inviolables de votre dévoué serviteur. Signé : Garon de Beaumarchais.
Pour mettre le comble à la singularité de ses démêlés d'auteur avec la censure et la police, il ne manquait plus à Beaumarchais que d'être joué par ordre ; il le fut le 8 juin 1787.
L'idée première de Tarare, comme nous l'avons démontré, remontait à douze ans de date quand il fut joué ; la Mère coupable aurait une origine aussi lointaine, au dire de l'auteur, puisque « ses deux comédies espagnoles ne furent faites que pour le préparer * » .
Et pourquoi ne veut-on pas l'en croire s ? 11 le répétera 3 , comme nous allons voir, jusqu'à son dernier jour. Quoi qu'il en soit, Beaumarchais déclare dans une lettre inédite sur son dernier drame qu'il s'est proposé c de faire étouffer de sanglots avec les mêmes personnages qui nous firent rire aux éclats ».
On pourrait, il est vrai, souhaiter une autre conclusion pour le c roman de la famille Almaviva » ; on peut même s'en passer, en dépit de l'artiste, et se figurer ses héros dans l'éternelle jeunesse qu'ils tiennent de l'art; mais il faut bien convenir que, dès la préface du Barbier, le plan du Mariage de Figaro était arrêté, et qu'avant d'être annoncée dans la préface du Mariage, la Mire coupable Tétait dans les papiers publics 4 .
La composition de Tarare, en collaboration avec Salieri, l'affaire Kornman et ses suites, entravèrent l'achèvement de ce drame, qui est le moins travaillé de ceux de Beaumarchais, quoi qu'il en dise 5 , car son premier manuscrit G , celui sur lequel il a écrit de sa propre main « Ébauche informe de la Mère Coupable », et dont le texte est presque identique à celui de la Comédie-Française, a été rendu, par des relouches successives, à peu près conforme à l'imprimé. Il est vrai que ces retouches furent faites à de longs intervalles, et nous en relevons une au verso d'une lettre datée du iG octobre 1791.