‹ Beaumarchais et son temps (volume 5)Chapitre 14 sur 22 · DIRECTOIRE. — SA MORT · texte numérisé non relu

DIRECTOIRE. — SA MORT

Revenu à Paris le 5 juillet 1796, Beaumarchais se trouvait en présence d'une grande fortune abîmée nonseulement par la crise générale qui en avait détruit tant d'autres, mais encore par l'effet de six scellés successifs, de la confiscation de tous ses revenus, de l'enlèvement en masse de tous ses papiers, de la disparition de toutes ses créances. Sa belle maison était dégradée^ son jardin était bouleversé. En même temps que ses débiteurs s'étaient débarrassés de leurs dettes en les payant au fisc en assignats, de nombreux créanciers l'attendaient pour le prendre à la gorge. Il avait des comptes à rendre et à demander à l'État, qui, après avoir séquestré sa fortune, tenait encore dans ses mains 745)000 fr. déposés par lui. II s'occupa d'abord de

marier sa fllle unique « avec un bon jeune homme^ dit-il dans une lettre déjà publiée par Gudin^ qui s'obstinait à la vouloir quand on croyait que je n'avais plus rien;elle9 sa mère et moi, ajoute-t-il, avons cru devoir récompenser ce généreux attachement. Cinq jours après mon arrivée, je lui ai fait ce beau présent ^ » Une fois le bonheur de sa fille assuré^ Tauteur du Mariage de Figaro eut à régler ses comptes avec le gouvernement et à remédier de son mieux aux ravages que quatre ans de procès ou de proscription avaient faits dans sa fortune.

On n'a pas oublié sa situation vis-à-vis de TÉtat quant

^ Le bon jeune homme à qui Beaumarchais donnait, en 1796, sa charmante fille, était M. André-Toussaint Delarue, qui fut, en 1789, aide-de-camp du général Lafayette, administrateur des droits réunis sous l'empire , colonel de la 8* légion de la garde nationale sous la restauration et sous le gouvernement de juiUet. En 1840, M. Delarue demanda, à cause de son âge, à se démettre de ses fonctions de colonel; le gouvernement, ne voulant pas se séparer d'un homme qui avait rendu d'honorables services dans des circonstances difficiles, lui fit accepter le grade de maréchal de camp dans la garde nationale, grade qu'il occupa jusqu'en février 1848, où à quatre-vingts ans il commandait une brigade. Le gendre de Beaumarchais, au moment où nous écrivons, vit encore, entouré, dans sa florissante vieillesse, de l'afi'ection respectueuse de tous ceux qui ont pu apprécier les nobles qualités de son cœur et de son caractère. De son mariage avec la fille unique de Beaumarchais, M. Delarue a eu deux fils, dont l'aîné, après avoir été successivement page de l'empereur, officier d'ordonnance du roi Louis-Philippe, colonel du $i* régiment de lanciers, est actuellement général de brigade. Le second petit-fils de l'auteur du Mariage de Figaro occupe les fonctions de receveur particulier des finances , et enfin une arriôre-petite-fille de Beaumarchais, qui, par son esprit et sa grâce, ne dément point son origine, a épousé M. Roulloaux-Dugage, ancien préfet soua le gouvernement de juillet, aujourd'hui membre du corps législatif.

à cette désastreuse affaire des fusils. Il a^ait reçu des avances en assignats ; il avait déposé des valeurs en nantissement de ces avances ; tous ses revenus avaient été confisqués pendant près de quatre ans ; il avait été obligé de dépenser des sommes considérables pour empêcher les Anglais de s'emparer des fusils déposés à Tervère^ et, après avoir préservé ces armes pendant quatre ans^ il s'était vu contraint de les laisser enlever de force et d'accepter le prix arbitraire auquel le gouvernement anglais avait jugé à propos de les estimer. —Il s^agissait donc d'établir une compensation entre les avances en assignats reçues par lui et le prix de vente des fusils également touché par lui d'une part, et d'autre part les valeurs qu'il avait déposées en nantissement^ ses revenus et ses créances indûment confisqués, les sommes diverses dépensées pour la préservation de ces armes par ordre du comité de salut public ; il s'agissait enfin de le constituer soit créancier, soit débiteur de la république, suivant le résultat de cette compensation. En général les gouvernements n'aiment guère à restituer de l'argent, et cette répugnance, en quelque sorte normale, devait être encore augmentée ici par le résultat de toute l'opération, puisqu'en fin de compte la république avait fait des avances contre nantissement à la vérité, mais n'avait pas reçu de fusils. D'un autre côté, ce n'était pas la faute de Beaumarchais si, au milieu du désordre des temps, après ne lui avoir prêté aucun concours dans la mission qu'on lui imposait de force, on avait très-injustement confisqué tous ses

revenus et poursuivi, au profil de rÉlat, le recouvrement de toutes ses créances. Un premier examen de ce difficile règlement de comptes entre Beaumarchais et rÉtat dura près de deux ans. Enfin, le 4 pluviôse an vi (janvier 1798), une commission nommée par le Directoire et composée des citoyens Golbéry, Deladreux et Sénovert, à la suite d'un rapport très-bien motivé, mais très-long, et que par conséquent nous ne reproduirons pas, après avoir balancé avec soin les créances de Beaumarchais sur la république et celles de la république sur Beaumarchais, déclara que l'Étal restait débiteur envers ce dernier d'une somme de 997,875 fr., y compris bien entendu les 745,000 fr. de contrats déposés en nantissement par lui au début de l'opération.

L'auteur du Mariage de Figaro réclamait une somme plus forte, mais c'était déjà une belle victoire que d'obtenir d'un gouvernement peu scrupuleux une restitution si considérable. Cette somme allait le mettre à même de satisfaire ses créanciers les plus impérieux et de trouver un peu de tranquillité à la fin de sa vie, lorsque, par une fatalité qui fit le désespoir de ses derniei*s jours, le directoire crut devoir nommer une nouvelle commission, qui détruisit le travail de la première. Refusant de tenir compte à Beaumarchais de tout ce que le gouvernement lui avait pris à l'époque où, sans aucun motif raisonnable, on l'avait inscrit sur la hste des émigrés, et des dépenses occasionnées pour la préservation des fusils à Tervère, cette nouvelle commission le fit brusquement repasser de l'état de créancier de

ET SON TEMPS. r,03

997,875 francs à l'état de débiteur de 500,000 fr. Cest à lutter auprès de toutes les autorités contre la décision de cette dernière commission que se consuma la vieillesse de Beaumarchais ^ Tandis que^ par suite de cette décision inique, le gouvernement s'unissait à ses véritables créanciers pour le tourmenter, ceux-ci ne lui laissaient pas un instant de repos : il se voyait en proie aux assignations, aux saisies mobilières et immobilières, aux procureurs, aux huissiers, aux recors, en un mot à toutes les horreurs d'une fortune en déconfiture. Il occupait un palais superbe qu'il ne pouvait ni vendre ni louer ; au milieu des besoins les plus urgents, il avait de la peine à trouver de quoi payer l'impôt des deux cents fenêtres et des quatre portes en grilles qui décoraient ce palais. Une lettre inédite au ministre des finances Ramel, écrite avant même que la nouvelle commission eût porté son désespoir au comble, donnera une idée de cette situation.

< Parif, ce 80 germinal an vi.

a Citoyen ministre, a Je vous jure que mon état devient intolérable. J'aurais

1 Je D'ai pu savoir bien exactement ce que devint l'affaire après sa mort. Les documents que j'ai sous les yeux et le témoignage de sa famille me portent à penser qu'on prit un terme moyen entre la décision des deux commissions : on ne demanda rien aux héritiers de l'auteur du Mariage de Figaro, mais on ne leur restitua rien, et ils restèrent spoliés de la somme de 997,875 fr. que les trois premiers commissaires avaient alloués à Beaumarchais. Quant à lui, même au milieu des chagrins dévorants que lui cause cette nouvelle commission, je le vois, toujours fidèle à son caractère original, rédiger le titre du dossier contenant ses rapports avec elle sous cette forme plaisante : Mes rapports avec laf.,, .taie commission intermédiaire.

réglé le monde entier avec tout ce que j'ai écrit pour cette détestable affaire^ qui use ma raison et flétrit ma vieilletse. Voir des oppositions sur moi quand je suis patient créancier! Toujours languir^ toujours attendre^ sans jamais rien voir arriver ! Courir, frapper partout, et ne pouvoir rien terminer, c'est le supplice d'un esclave, d'un sujet de l'ancien régime, et non la vie d'un citoyen français.

a Souffrez que j'envoie un grabat dans un grenier de votre hôtel. On vous dira tous les jours: // est là. Vous concevrez alors qu'un homme désolé, jeté depuis six ans hors de sa place et ruiné, est excusable de désirer qu'on daigne s'occu* per de lui. a Caron Bbaumarchais.»

Le sentiment de ses chagrins particuliers s'assode toujours, chez Beaumarchais, à des réflexions gêné» raies. C'est ainsi qu'il écrira^ vers cette même époque, le 10 prairial an yi, à un haut fonctionnaire :

a J'ai reçu avant-hier, citoyen obligeant, un peu de consolation en votre nom par le citoyen Meunier-Dubreuil, quoique le mot qu'il m'annonçait du secrétariat du ministre, re» lativement aux contributions, oppositions, contradictions, et autres mots en ons dont mon mal présent se compose, ne soit pas encore arrivé. J'ai lu, non sans quelque plaisir, le motif qui vous fait préférer son dîner amical au mien ; il m'offre un couvert près de vous à sa table, et moi j'ai répondu : Om-dà! si mon grand débiteur et tous mes tristes créanciers m'ont laissé le pavé des rues libre, ce qui devient fort incertain.

a La plus belle fortune d'un travailleur français en tout genre s'est fondue dans la masse des brigandages, sans qu'il en soit resté un écu de profit pour la république française, et je me dis souvent : Toute l'Europe est souffrante et trèspauvre; où diable est donc allée la fortune de l'Europe? La réponse que je me fais est qu'elle n'est allée nulle part. Elle consistait en circulations de tous genres. Les tiavaux partout

ont cessé; notre jeunesse, qui se détruit en détruisant celle de nos ennemis, dévore sans profit la subsistance du peu de travailleurs qui restent. Ahyssus abyssum, etc.

a Bonjour, Monsieur, si ce mot ne vous ofTense point. Nous sommes devenus un peu bégueules sur les titres; mais tous ceux qui se rendent et circulent au pair n'altèrent point la sainte égalité. Le Monseigneur, qui ne se rendait pas, si ce n'est entre les évêques, sur le principe reconnu : Inter sese fricant asini, a mérité sa proscription, mais si vous êtes tous mes sieurs et moi votre sieur à vous tous, qui peut donc en être blessé ? Citoyen, qui vient de cité, se rapportait à une ville. De Rome provenait le citoyen romain, d'Athènes, d'Argos ou de Gorinthe venaient les citoyens appartenant à ces cités; mais nous, qui nous piquons d'être grands créateurs, nous nous intitulons citoyens de la France. N'est-elle pas une cité? C'est comme nous avons nommé patriotes mille gens sans propriétés, quoique le mot patrie dérive des patrimoines qu'on y possède. Les gens qui ne possèdent rien roulent indifféremment partout ce titre sacré, qu'ils traînent et avilissent. Voilà ce qui me fait approuver qu'on récompense en terres nos guerriers, qui sans cela seront des hordes, et moi, je m'aperçois que je suis un bavard ; c'est là le défaut de mon âge. Salut et gratitude. a Caron Beaumarchais. »

Dans cette correspondance de sa vieillesse, Beaumarchais ne semble pas toujours animé d'un enthousiasme très-vif pour les institutions républicaines. Cependant quelques lettres intimes annonceraient chez lui un certain goût pour le régime nouveau ^ si ce penchant

< Dans un mémoire inédit adressé au Directoire Beaumarchaifl entreprend même de prouver que la constitution d'un pouvoir exécutif composé de cinq personnes, dont l'une est remplacée chaque année, est une excellente idée et pour démontrer cela il emploie une comparaison des plus bizarres et qui très-probablement n'avait jamais été employée avant lui. c Nous avons ,

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n'était trop souvent contrarié par les fourberies et les Yiolences des partis les uns à l'égard des autres. Il a assisté^ par exemple^ à un dtner de patriotes dont Tassemblage est un peu bizarre, et il rend compte de ses impressions à un de ses amis par la lettre suivante^ en date du 24 germinal an y :

a Je fis hier, mon Charles, un dinar dont le souvenir mar^ quera longtemps dans ma mémoire par le choix précieux des convives que notre ami Dumas (le général Matthieu Dumas) avait rassemblés chez son frère. Jadis, quand je dinais chei les grands de l'État, j'étais toujours choqué du ramassis de gens de tous les caractères que la seule naissance faisait admettre. Des sots de qualité, des imbéciles en place, des hommes vains de leurs richesses, de jeunes impudents, des coquetteSy etc. Si ce n'était pas l'arche du bon Noé, c'était au moins la cour du roi Pétaut; mais hier, sur vingt-quatre personnes attablées, il n'y en avait pas une qu'un grand mérite personnel n'eût mise au poste qu'elle occupe. C'était, si je puis dire ainsi» un excellent extrait de la république française, et moi, silencieux, je les regardais tous en appliquant à chacun d'eux le grand mérite qui les distingue. Voici leurs noms.

a Le général Moreau, vainqueur à Biberach, etc., et qui a fait la superbe retraite qu'on sait.

« Le ministre de Tintéricur Bénezech, que la voix publique appelle au Directoire.

a Boissy d'Angias, dont quarante-deux départements se

écrit-il, grâce à la balance des pouvoirs, un corps constant de cinq personnes où l'esprit du gouvernement doit se propager à toujours, car ce corps est indestructible, se renouvelant par cinquième et lentement comme Vanimal (c'est reptile qu'il faudrait, car on va voir qu'il s'agit du serpent) comme Vanimal symbole de la prudence lequel sans s'altérer lui-même se dépouille annuellement do sa peau, le cinquième à jteuprès de son existence vivante. >

sont disputé Tbonneur de la réélection^ et qui vient d'être encore réélu.

a Pelict; ministre de la gueiTe^ que tous les militaires honorent.

a Lebrun^ l'un des hommes les plus forts du conseil des anciens.

a Siméon^ très-grand jurisconsulte du conseil des cinqcents.

a Tronçon du Coudray, du conseil des anciens^ l'un des plus éloquents appuis qu'aient les infortunés.

a Dumas de Saint-Fulcran^ chez lequel nous dînions, l'un des chefs les plus estimés des subsistances militaires.

a Lemérer^ du conseil des anciens, l'un des soutiens de la constitution contre les anarchistes.

a Le général Sauviac, grand homme de guerre, et qui a fait réloge de Yauban.

« Pastoret, défenseur éloquent^ courageux des principes au conseil des cinq- cents.

a 1^ ministre de la police générale. Cochon, l'un des hommes puissants qui savent le mieux faire tourner à l'avantage de la nation un ministère difficile.

a Vaublanc, du conseil des cinq-cents, le défenseur des colonies contre tous les usurpateurs.

« Le jeune Kellermann, qui, blessé, nous apporte vingtcinq drapeaux de la part de Bonaparte.

a L-e général Menou, qui s'est acquis une gloire immortelle en refusant de faire tirer sur les citoyens en vendémiaire.

a Le général Dumas, du conseil des anciens; ce nom n'a plus besoin d'éloges.

a liehoc, qui a été chargé de nos affaires en Suède.

<x Zac-Mathieu, soutien de la constitution, comme tous ses amis du conseil des anciens.

a Portalis, du conseil des anciens, dont la mâle éloquence a renversé cent fois les noires entreprises des ennemis de l'intérieur, et dont on attend après-demain un rapport contre la calomnie et les abus inséparables de la presse en sa liberté.

« Mathieu^ commissaire général de l^arroée du général Moreau.

<K Baudeau^ général de brigade^ aide de camp du général Moreau.

a Loyel^ son second aide de camp.

« Rame], colonel des grenadiers qui gardent le corps législatif.

a Et pour dernier et plus minime convive, votre ami, moi, l'observateur qui jouissais dans la plénitude de Tâme.

« Le dincr a été instructif, point bruyant, très-aimable et enfin tel que je ne me souviens pas d'en avoir fait encore. Si vous aimez que votre ami voie bonne compagnie, celle-ci était excellente. Bonjour. a Caron Beaumarchais. »

C'est en avril i797 que Beaumarchais figurait à ce dîner, dont il nomme les convives assez singulièrement amalgamés un extrait de la république ; quatre mois après, le 18 fructidor, un coup d'État proscrivait la moitié à peu près de ces vingt-quatre convives. « Les députés du peuple, dit Gudin, étaient enlevés de leurs sièges sacrés , enfermés dans des cages ambulantes comme des bêles féroces, entassés dans des vaisseaux et transportés à la Guyane. » Ce coup d'État rcpul)licain refroidit naturellement beaucoup le zèle républicain de Bcaumardiais. «11 ne reconnaissait plus, ajoute Gudin, ni les hommes ni les affaires; il ne comprenait plus rien aux formes et aux moyens employés dans ces temi)s dénués de règles et de principes. Il invoquait la raison, qui Favait fait triompher tant de fois; la raison était étrangère, elle était, si on ose le dire, une espèce d'émigrée dont le nom rendait suspect celui qui Tinvoquait. »

Au milieu de œ tourbillon d'illégalités et de fraudes, il fallait que Fauteur du Mariage de Figaro, deyeno sourd, dit-il quelque part, comme une urne sépulcrale, harcelé de créanciers, poursuivant des débiteurs insolyables et surtout son grand débiteur l'État, qui ne youlait pas le payer, recommençât sur nouveaux frais, à soixante-cinq ans, les labeurs de toute sa' vie. 11 semblerait qu'une situation aussi désastreuse eût dû sufflre pour l'absorber tout entier; il n'en est rien cependant. Sous le poids des chagrins qui l'assiègent, on le voit secouant ses préoccupations personnelles appliquer son esprit avec une ardeur infatigable à toutes les questions d'intérêt public, à mille affaires littéraires ou autres, à mille incidents qui lui sont étrangers. Tantôt il signalera avec indignation , dans les journaux du temps, l'incroyable négligence qui permet que le corps de Turenne, soustrait au vandalisme de la terreur, reste oublié et exposé parmi des squelettes d'animaux au Jardin des Plantes, et il provoquera l'arrête du direo* toire qui , cinq mois après sa lettre , mit fin à ce scandale ; tentôt il écrira soit au gouvernement , soit aux députés qui , comme Baudin des Ardennes, représentent ses idées de modération et de légalite, des mémoires ou des lettres sur tous les sujets qui sont à l'ordre du jour. U causera de littérature et de théâtre avec l'aimable CoUin dllarleville S ou bien il

^ Gudin a déjà publié la lettre intérefeiante de Beaumarchais à Collin d'Harleville ; nous la reproduiBons aux pièces justificatives no 97, afin de pouvoir y joindre la réponse inédite de ce

plaidera auprès du ministre de Pintérieur pour les droits des auteurs dramatiques contre les acteurs, et tout à côté il écrira à ce même ministre une lettre de recommandation très-yive en faveur d'une actrice malheureuse, M"® Vestris. Il s'occupera en même temps de la reprise de son drame de la Mère coupable, il jouira ayec délices de ses derniers succès de théâtre, et pour activer le zèle des comédiens français, il leur adressera cette épltre inédite assez plaisante et qui est tout à fait dans son genre d'esprit :

• Ce 14 germinal an v.

a Mes chers concitoyens, vous qui représentez lant de belles choses et si bien, vous en avez une médiocre sur le chantier de vos études, du faible estoc de votre serviteur.

« Sur celte médiocrité, vous l'avez vu, je n'ai montré nul indiscret empressement pour que ma mère obtint la préférence ; mais de ce que vous avez paru en aimer quelque temps la jouissance exclusive, depuis six mois je la refuse à des galants qui la demandent : d'où il résulte que ma mère ne se sent épouser par personne, ce qui déplaît profondément aux femmes.

a Mes bons amis, si Tépousaille traîne autant que les fiançailles, vous m'exposez à la drsobUfjeajice de continuer à refuser, sans motif apparent, ma mère ù ceux qui voudraient en tàter; car, ne pouvant leur opposer qu'un hymen équivoque et sans publicité pour eux, comme sans elTet pour ma mère, personne n'est content de moi.

(( Si, dans vos amours clandestins, quelque défaut vous avait lassés d'elle, au moins prononcez le divorce. Et veuve,

dernier qui nous semble offrir aussi de l'intérot. On y verra que le joyeux auteur des Châteaux en Espagne avait quelques prétentions à la mélancolie; sa lettre est cachetée de noir, avec cette devise sentimentale : aUcays (toujours).

hélas ! sans avoir eu d'époux, dédaignée des plus beaux amants, je la laisserai consoler par quelques amants secondaires^ car ma mère me dit ingénument que, devenant presque aussi vieille que son fils, elle n'a pas de temps à perdre si je veux qu'on la claque encore. Et moi^ noble enfant que je suis^ je veux^ mes chers amis^ tout ce qui peut plaire à ma mère. Salut. (c Beaumarchais. »

Une imagination aussi ardente que celle de Beaumarchais ne pouvait rester étrangère à l'enthousiasme universel qu'inspirait alors le jeune conquérant de ritalie. Après avoir poursuivi le général Bonaparte de sa prose et de ses yers jusqu'au delà des Alpes, lorsque ce dernier vint à Paris en décembre 1797, l'auteur du Mariage de Figaro adressa à ce sujet au ministre Tal- Icyrand^ son ami, une lettre qui contient de bien mauvais vers, mais qui est assez curieuse en ce qu'elle prouve que, même à cette époque, il y avait encore des gens en France qui estropiaient ce grand nom de Bonaparte, comme l'avait estropié le Moniteur en l'imprimant, après vendémiaire, pour la première fois ' :

c Ce S4 frimaire an ti.

a Citoyen ministre,

a Lorsque Bonaparte signa les préliminaires de la paix, je fis glisser dans les journaux français qui franchissaient les Alpes ces quatre méchants petits vers, dont tout le mérite était dans l'intention, qu'il a très-noblement saisie et même devancée :

Jeune Bonaparte ^ de vicloire en victoire

1 Peut-être aussi Beaumarchais défigure t-il ici Tolontairement le nom de Bonaparte pour les besoins de l'hémistiche et de la rime, car nous venons de voir dans une autre lettre qu'il l'écrit correctement.

Tu nous donnes la paix, et nos cœurs sont émus ; Mais ¥euz-tu conquérir tous les genres de gloire? Pense à nos prisonniers d*Olmuts ^

« Aujourd'hui qu'il se moque de nous en se cachant le plus quMl peut, je vous prie de lui en montrer ce mécontentement de ma part :

BOUTADE d'un VIEILLARD QUI A DE l'eDMBUB DE NE L* AVOIR PAS TU.

Comme Français, je cherche une façon nouvelle De rendre un juste hommage au grand Bonaparte, Si j*étais né dans Londre, ah ! je voudrais comnae elle Que le diable Teût emporté !

« Vous savez que je suis le premier poète de Paris en entrant par la porte Antoine ; mais je signe pour vous^

« Beaumarchais, d

Trois mois plus tard^ le général Mathieu Dumas^ beau-frère du gendre de Beaumarchais^ ayant fait faire à ce dernier la connaissance du général Desaix^ Tauteur du Mariage de Figaro en profita pour écrire par lui directement au général Bonaparte une lettre dont je n'ai pas retrouvé le brouillon dans ses papiers, mais qui lui valut ce billet inédit, où Ton peut déjà reconnaître, sous la familiarité républicaine, la concision impériale, ce que les anciens nommaient imperatoria brevitas.

« Paris, le 11 germinal an ti (mars 1798).

« Le général Dcsaix m'a remis. Citoyen, votre aimable lellre du 25 ventôse. Je vous en remercie. Je saisirai avec plaisir toutes les circonstances qui se présenteront de faire la connaissance de l'auteur de la Mère coupable,

a Je vous salue. Bonaparte. »

< Allusion à Leifayette, qui fait honneur à la sensibilité de Beaumarchais.

Ainsi, pour le général Bonaparte, Beaumarchais est avant tout l'auteur de la Mère coupable. Serait-ce là l'indice d'une préférence littéraire pour ce drame ou d'une certaine répugnance politique pour le Mariage de Figaro, ou tout simplement le résultat de ce fait que le drame de la Mère coupable avait été remis récemment au théâtre ? C'est une question qu'il nous paraît difficile de résoudre *.

Toutes les lettres de la vieillesse de Beaumarchais ne sont pas également intéressantes sous le rapport du sentiment qui les a dictées. Il en est deux surtout qui firent scandale lors({u'elIes furent publiées par lui dans le Journal de Paris, et que le philosophe Gudin n'a pas manqué de reproduire pieusement : ce sont celles où critiqué au sujet de la publication des OEuvres de Voltaire, l'auteur du Mariage de Figaro, qui jusque-là

* Je trouve daus les papiers qui m'ont été confiés par la famille de Beaumarchais un autre billet de Bonaparte, premier consul, adressé à Mxoe de Beaumarchais après la mort de son mari, et en réponse à une pétition. Il est ainsi conçu : « Paris, vendémiaire an IX. Madame, j'ai reçu votre lettre ; je porterai dans votre affaire toutrintérét que mérite la mémoire d'un homme justement célèbre et que vous-même inspirez. — Bonaparte. » Ceci nom amène à rectifier une des erreurs de détail assez nombreuses qui se rencontrentdans le Mémorial de Sainte-Hélène, L'auteur de cet ouvrage fait dire au glorieux captif « qu'il avait constamment repoussé Beaumarchais en dépit de tout son esprit, lort de ton consulat, à cause de sa mauvaise réputation et de sa grande immoralité. » Outre que les deux billets que nous venons de citer sont loin d'indiquer une antipathie aussi marquée, l'empereur n'a pas pu dire qu'il avait repoussé Beaumarchais lors de son cor^ sulat, attendu que ce dernier était mort avant le consulat, le 18 mai 1799, au moment où le général Bonaparte était encore en Egypte.

n'avait jamais attaqué directement le christianisme % se laisse aller, sous Tinfluence d'un mouvement d'humeur, à une polémique indécente et vulgaire sur Jésus- Christ. Beaumarchais, disciple de Voltaire, tombait ici comme lui dans cette grossière erreur, si commune d'ailleurs au xviu'' siècle, qui consiste à confondre la franchise a\ec Teffronterie, et à se croire autorisé et même obhgé, parce qu'on n'a pas de religion, à blesser ceux qui en ont dans leurs sentiments les plus chers. Propager l'incrédulité avec l'ardeur que l'on mettrait à propager une croyance est un procédé qui, même en se plaçant au point de vue du scepticisme, ressemble, qu'on me passe cette comparaison, au procédé d'un homme qui, pour ne pas croire en général à la vertu des femmes, s'imaginerait qu'il a le droit de démontrer à chaque fils que sa mère est indigne de son respect. Il y a là une obUgation de réserve que tous les peuples non corrompus comprennent d'eux-mêmes. C'est ainsi qu'on voit les Arabes s'incliner devant la manifestation d'une croyance religieuse qu'ils ne partagent pas. Les sceptiques de nos jours ont au moins cet avantage sur ceux du xvui® siècle, qu'ils entendent au fond de leur conscience une voix qui leur dit que, toutes qualités égales d'ailleurs, celui qui croit sincèrement, qui pratique sa religion sans amertume et sans haine contre son prochain, vaut mieux que celui qui ne croit pas, et doit être, sinon envié, au moins respecté dans sa foi.

* C'est La Harpe lui-môme qui fait cette remarque, dans son chapitre du Cours de littérature relatif à lieaumarchais.

Nous avons déjà vu Beaumarchais lui-même, en demandant très-sérieusement et très-convenablement des messes pour sa femme, sa fille, sa sœur et les fidèles de son quartier, donner l'exemple de ce genre de respect que rincrédulité doit à la foi. On ne peut donc s'expliquer cet écart de sa vieillesse qu'en Tattribuant à un accès d'irritation. Désapprouvé par M°»« de Beaumarchais, l'auteur du Mariage de Figaro n'eût sans doute jamais écrit ces deux lettres malencontreuses, si sa sœur Julie, qui était très-pieuse, et qui avait une certaine influence sur lui, ne fût morte un an auparavant ^

i Nous aurions bien désiré laisser dans l'oubli quelques lettres de Beaumarchais d'un autre genre et non moins blâmables. Malheureusement ces lettres existent, et elles ont déjà été mentionnées par d'autres écrivains de manière à nous obliger d'en dire un mot pour atténuer un peu les conséquences qu'on en pourrait tirer. Il parait qu'un établissement public de Londres possède quelques billets très-cyniques écrits par l'auteur du Mariage de Figaro dans sa vieillesse à une femme, et dont on nous a communiqué un résumé. Ces billets faisaient partie d'un paquet de lettres que la famille de Beaumarchais avait rachetées et croyait avoir entièrement détruites ; mais, comme il arrive souvent en pareille circonstance, le vendeur de ces lettres en avait gardé quelques-unes, qui, en passant de main en main, ont fini par se trouver déposées comme des documents précieux dans l'établissement dont nous venons de parler. Si les conservateurs de cette collection aiment les autographes de Beaumarchaûiy on pourrait, en échange des billets orduriers et d'ailleurs très-^ea spirituels qu'ils possèdent, leur en fournir de beaucoup plus intéressants, de beaucoup plus dignes d'être conservés. Cependant, puisque les premiers ont été lus par un certain nombre de curieux, il faut dire ici qu'on se tromperait si l'on croyait j trouver la preuve que Beaumarchais, môme dans sa vieillesse et au milieu des chagrins qui l'accablent, formait des liaisons indignes de lui. La personne à qui ont été adressés ces billets était une personne assez peu estimable par elle-même, mais occupant une certaine position sociale et dont la liaison avec Beaumarchais remontait à plusieurs années avant la date où ces

Le résultat de ces deux lettres sur Voltaire et Jésus- Christ, publiées en avril 1799, constate d'ailleurs un progrès déjà notable dans Tesprit de Tépoque. On sent que le xvui* siècle s'en va, et qu'on est à la veille du grand succès du Génie du Christianisme. Parmi lesvoltairiens qui applaudissaient ces lettres, quelques-uns refusèrent de les insérer dans leurs journaux. Un homme très-grave, un économiste célèbre, un ancien membre de la première constituante, Dupont de Nemours^ depuis conseiller d'État sous la restauration et membre de Tlnstitut, qui rédigeait en 1799 le journal l'Historien, écrit à ce sujet à Beaumarchais cette lettre inédite où Ton voil le préjugé anti-religieux, aussi ardent chez lui que chez Tauteur du Mariage de Figaro,

billets ODt été écrits. Cette liaison avait été très-peu suivie, trèsinferrompue par Beaumarchais et par sa famille, qui la connais* sait. Après la révolution, la dame en question était devenue fort pauvre; elle avait recours à la bourse de l'auteur du Mariage de Figaro, toujours généreux, quoique très-embarrassé lui-même: de là le renouvellement d'un commerce cpistolaire et ces déplorables écarts de langage d'un vieillard dont la jeunesse a manqué de pudeur, et qui se voit encouragé à ce genre d'excès par une femme licencieuse. Du reste, pour apprécier équitablemcnt tout cela, il faut tenir compte de l'esprit d'un siècle où des romans obscènes comme celui de Diderot se lisaient jusque dans les boudoirs des plus grandes dames. De nos jours, si l'on pouvait assister aux conversations intimes de plus d'un personnage considérable et vertueux en apparence, on entendrait peut-être de singulières choses; mais il est juste d'ajouter que ce qu'on dit, on n'irait pas en général jusqu'à l'écrire, et c'est en cela que, même dans le mal, consiste la différence des deux siècles. L'insouciance de Beaumarchais laissant exposées à la circulation des saletés écrites de sa main et signées d'un nom qu'il a rendu célèbre, est certainement un des traits caractéristiques de son temps.

contraint pourtant de subir Tacendant de la réaction religieuse.

c 15 germinal an vu (avril 1799).

a J'ai lu avec beaucoup de plaisir, mon cher philosophe^ votre petit article sur Voltaire et sur Jésus-Christ. Il est, comme tout ce que vous faites, fortement pensé et énergiquement écrit ; mais mes lecteurs ne sont pas encore à cette hauteur-là, il faut les y amener par degrés, et se tenir pour content s'ils y arrivent Tannée prochaine.

a Les persécutions jacobiniques ont reculé la lumière. Leur intolérance a refait des chrétiens de gens qui n'étaient pas mêmes déistes. Telle est la révolte de la liberté contre toute tyrannie.

(c Tu ne veux pas que je croie à ce qui est absurde, et tu me menaces pour cela du cachot ou de la guillotine : eh bien ! je veux dire que je le crois. » Et après l'avoir répété quelquefois par courage^ beaucoup de gens se remettent à le croire un peu par habitude.

(( Ces demi-chrétiens sont d'ailleurs utiles et respectables, en ce qu'ils sont ennemis de nos bourreaux et alliés naturels de la liberté, de la sûreté, de la propriété.

a II convient donc que nous les ménagions sur des préjugés qui ne peuvent être durables, et qui cesseront avec la persécution qui les réveille.

a Je vous embrasse bien tendrement, vous remercie de même de l'intérêt que vous avez la bonté de prendre à VHI^ torieriy et réclame pour lui votre secours en bornant votre ^Sff aux octaves moyennes. On nous croit hardis; nous n'alloiis pas à moitié du clavier, mais cela viendra.

a Vale et me ama, Dupont de Neuours. »

Il nous semble que cette lettre de Dupont de Nemours donne bien une idée du mouvement qui s'opérait dans les âmes après les secousses terribles de la révolution.

Voici un autre journaliste, — Corancez, — qui accepte, quant à lui, Tarticle sur Voltaire et Jésus-Christ, mais on reconnaît en même temps qu'il fait en cela un acte de liardiesse :

< 15 germinal an tix*

a J'insëreraî votre lettre sur le dernier mol de Voltaire, citoyen, parce que je la crois bonne, parce que c'est vous qui racontez, el enfin parce que je ne suis point hypocrite. Je n'accuse personne, mais le refus serait, selon moi, ou un acte de catholicisme ou une hypocrisie ^ Corancez. »

Pour compléter ce tableau de l'état des esprits en 1799 sur la question religieuse, il faut joindre à ce qui précède un passage sur le même sujet d'une lettre inédite de La Harpe récemment converti, lettre écrite en décembre 1799 à M"« de Beaumarchais, six mois après la mort de son mari, et dont nous avons déjà cité un fragment au début de ce travail :

« J'aurais voulu (écrit La Harpe) pouvoir lui rendre (à Beaumarchais) ce Idmoignage, — qui n'est pas le moins honorable,— qu'il avait été du nombre des hommes de talent qui n'ont jamais attaqué la religion; je le lui aurais rendu d'autant plus volontiers, que je regrette plus de ne pouvoir rae le rendre à moi-même; je suis privé de ce plaisir par la malheureuse lettre* qu'il écrivit environ quinze jours, ce me semble, avant cette mort si prompte et si imprévue qui vous Ta enlevé. Cette lettre et les circonstances oii elle fut écrite m'ont affligé, et je vous connais un assez bon esprit pour croire que vous ne l'avez pas approuvée. Je suis sûr au moins

1 C'est bien là cette confusion entre la franchise et l'effronterie dont nous parlions tout à l'heure.

« Il s'agit de la lettre sur Voltaire et Jésus-Christ dont il vient d'être question.

que VOUS ne trouverez pas mauvais que je ne l'approuve pas. Cet écarts chez un homme d'ailleurs si éclairé^ est une suite de la contagion révolutionnaire^ et je n'ai pas le droit d'être sévère sur ce genre d'erreurs. »

Ce ton de modestie et de charité^ qui parait ici trèssincère, est assez rare chez La Harpe pour qu'on se plaise à le signaler. Le célèbre critique nous dicte luimême avec une justesse parfaite la plus équitable appréciation qu'on puisse faire de cette erreur de Beaumarchais, dont l'esprit a dû être d'ailleurs aigri quelquefois ou troublé par les tracas et les inquiétudes qui tourmentaient les derniers jours de sa vie.

Pour ne pas laisser le lecteur sur une impression défavorable, il faut montrer le même homme qui rédigeait cette lettre inconvenante sur /é5tis-CAn5( adressant vers la même époque à un vieux pécheur, à Horande, les lignes suivantes, écrites dans l'abandon de l'intimité, dont la bonne foi par conséquent ne saurait être suspecte, et qui annoncent que, si chez lui le sentiment religieux n'est pas complet, il est peut^tre moins éteint que chez plusieurs autres personnages fameux du xyiii* siècle : - "

a Je n^aime pas, écrit Beaumarchais, que dans vos réflexions philosophiques vous regardiez la dissolution du corps comme l'avenir qui nous est exclusivement destiné : ce corps* là n'est pas nous, il doit périr sans doute, mais l'ouvrier d'un si bel assemblage aurait fait un ouvrage indigne de sa puissance s'il ne réservait rien à cette grande faculté à qui il a permis de s'élever jusqu'à sa connaissance. Mon frère, mon ami, mon Gudin s'entretient souvent avec moi de cet avenir

ÎDcerlain, et notre conclusion est toujours: Méritons au moins qu'il soit bon ; s'il nous est dévolu^ nous aurons bit on excellent calcul ; si nous devons être trompés dans une vue si consolante^ le retour sur nous-mêmes, en nous y préparant par une vie irréprochable^ a infiniment de douceur. »

A côté de cela, on aime à voir Pauteur du Mariage de Figaro accusé en 1798 par son ami Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, d*étre dupe de tout le monde et acceptant très-bien ce reproche:

a Je souriais, écrit-il, avant-hier au soir du magnifique éloge que vous faisiez de moi en attestant que je suis dupe de tout le monde. Être dupé par tous ceux qu'on a obligés, — du sceptre jusqu'à la houlette, — c'est être victime et non dupe. Au pnx d'avoir conservé tout ce que l'ingrate bassesse m'a ravi, je ne voudrais pas une seule fois m'être comporté autrement. Voilà ma profession de foi. Ce que je perds me touche faiblement : ce qui touche la gloire ou le bonheur de ma patrie épuise tontes mes sensibilités. Quand nous commettons une faute, j'en ai une colère d'enfant, et sans que je sois bon ni employé à rien y je répare en projet chaque nuit nos sottises de la journée. Voilà ce en quoi mes amis prétendent que je suis une dupe, chacun, dit-on, ici ne pensant qu'à lui seul. Quelle fichue patrie, si cela était vrai pour tous ! mais je suis sûr et très-sûr du contraire. Quand voulez-vous voir mon petit commerce de dupe'? Vous n'en serez pas mé-

1 C'est un mémoire en faveur de la paix avec les Etats-Unis ; nos rapports diplomatiques avec cette jeune république venaient d'être troublés. Beaumarchais demandait à être envoyé en mission en Amérique et prévoyant qu'on lui opposerait sa surdité, il réfute d'avance l'objection par cet argument, sinon très-solide au moins fort ingénieux. <c Mon audition très-afTaiblie .. écrit-il, ne serait pas même un obstacle ; le délégué d'une puissante r 'publique n'a nul besoin qu'on parle bas en traitant de ses intérêts, le mystère usité des négociateurs royaux est au-dessous de sa haute diplomatie. »

ET SON TEMPS. 5il

content; tous y trouverez à puiser pour le passée le présent^ Ta venir, — ravenir, seule chose qui existe pour nous ! Pendant qu'on parle des deux autres, elles sont déjà bien loin, bien loin. Salut^ impérissable attachement.

a Beaumarchais. »

Cette ardeur de sensibilité et de désintéressement patriotique devait être bien sincère^ puisque Beaumarchais ne craignait pas de s'en prévaloir auprès d'un homme aussi retors que Talleyrand; à coup sûr, il ne pouvait pas avoir la prétention de le duper : c'était donc une nuance de son caractère qu'il entendait maintenir contre les railleries du rusé ministre. Et en effet rien n'est plus vrai que cette perpétuelle sollicitude de Beaumarchais pour ce qui ne le regarde pas. On ne saurait se faire une idée de la quantité de papier que, dans une vieillesse si tourmentée de soucis personnels, il barbouille tantôt pour les solliciteurs ou inventeurs * qui implorent son appui en lui supposant une influence qu'il n'a point, tantôt sur toutes les questions politi- (|ues, diplomatiques ou commerciales qui intéressent la France.

Au milieu de ces préoccupations si diverses, et malgré les heures de découragement où Beaumarchais se croit

1 C'est ainsi qu'un des derniers travaux de sa vieillesse est un mémoire au ministre de l'intérieur, François de Neufchâteau, en faveur d'un homme qui croyait avoir découvert l'art de diriger les aérostats ; voir cette correspondance avec le ministre aux pièces justificatives n« 28. Un autre jour, si M^eScherer, femme du ministre de la guerre, vient visiter son jardin, Beaumarchais en profite pour lui présenter une supplique très-galamment tournée en faveur d'un vieux militaire.

rainé sans ressources, la gaieté natire * et la prestme dans la riposte ne Tabandonnent jamais^ pas même dans ses derniers jours. Nous Tavons yu, i Tépcxiue de son opulence, aux prises ayec des emprunteurs ou des mendiants qui manquaient souyent de politesse ;

1 Nom ftToni déjà oité le sin^lier couplet en réponte ma coaplet de Julie mourante ; pourquoi ne citerioni-noai pas encore en note, pour achever le portrait de cette physionomie ai mobile, la chanson inédite que yoici T Quoique légère, elle est platdt grotesque et plaisante qu'indécente. Beaumarchais a écrit ces couplets de son écriture de vieillard la plus lourde: ils doivent donc dater des derniers jours de sa vie. On pourrait dire d'eux ce qu'il dit de la chanson de sa sœur Julie: c'est aussi son ehani eu cygne.

BOMAMCB QUI DOIT AtHI CSANTBB LKHTSMIMV R AVSC UN eRAND SBIfTIHKICT.

Devant les damesi on la chante en i; Devant les flUes, on la chante en M.

Sur l'air: O gué Im la landerirttU, O gui Itm la landtrira.

l«r OOUPLR.

IAa ftmd d*im verger CUmène Attendait 16 beaa Licas :

Sa bouche exprimait à peine, Mais fou cœor disait tout bas .

Vite et fort. [ *^'*'>" "' f'.l l»°d«|«W*. t Qui bigre est ça? landenra.

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