‹ Beaumarchais et son temps (volume 5)Chapitre 18 sur 22 · TOUS IT · texte numérisé non relu

TOUS IT

Beaumarchais avec une société qui^ en le tenant à distance , l'oblige à des détours , et si on le juge dans cette autre partie de l'existence qui a bien aussi sa valeur, comme criiériuin du caractèrejeireux dire dans la vie privée, il est impossible de ne pas être frappé des eiLcellentes qualités qui le distinguent. Qu'un homme soit bon pour sa famille, ce n'est pas là précisément une vertu rare, quoique beaucoup d'hommes en apparence infiniment plus austères que Beaumarchais se dispensent de cette vertu. Mais il y a ici comme en toutes choses des nuances qui donnent du prix aux qualités les plus ordinaires. Voit-on beaucoup de gens, même parmi ceux qui sont disposés à apprécier Tauteur du Mariage de Figaro avec le plus de sévérité, qui se fassent comme lui un devoir, et cela dans une situation personnelle souvent assez difficile, non-seulement de subvenir à tous les besoins de leurs parents les plus proches, mais de pensionner des neveux et de doter des nièces ? Nous avons connu, quant à nous, un assez bon nombre de millionnaires verlueux qui laissaient , en toute sûreté de conscience, mourir de faim leurs parents collatéraux.

La bonté de l'auteur AwMariage de Figaro ne s'étendait pas seulement sur ceux qui l'entouraient; on a pu apprécier par plus d'un exemple avec quelle facihté et en même temps quelle délicatesse il aimait à secourir quiconque lui paraissait digne d'intérêt. Gudin affirme que l'inventaire fait après sa mort offrait, indépendamment des sommes données sans qu'il en restàt aucune trace,

plus de 900^000 francs de titres pour sommes prêtées à des malheureux de toutes les classes, artisans^ artistes^ gens de lettres, gens de qualité^ avec absence complète de garanties quant au remboursement.

Beaumarchais eut des ennemis acharnés ; mais un point important à noter^ c'est que tous ceux qui Tont attaqué avec fureur le connaissaient très-peu ou ne le connaissaient pas du tout^ tandis que tous ceux qui ont vécu dans son intimité l'ont aimé avec passion. Tous les écrivains qui, l'ayant approché pendant sa vie, ont parlé de lui après sa mort, en ont parlé avec affection et estime. Deux esprits aussi différents que la Harpe et Arnault se rencontrent à son égard dans l'expression des mêmes sympathies, et je n'ai pas ti*ouvé dans sa longue carrière un seul exemple d'un homme qui, après avoir été son ami intime, soit devenu son ennemi. J'ai trouvé au contraire dans ses papiers le témoignage (Tattachements qui ne sont pas communs; j'ai trouvé des amitiés commencées avec sa jeunesse, quand il était simple horloger ou contrôleur de la maison du roi, qui le suivent pendant trente ou quarante ans, sans se démentir ou s'affaiblir jamais, qui vont toujours au contraire en redoublant d'intensité et se manifestent avec le caractère de la tendresse la plçs vive et la plus désintéressée. Ce ne sont pas des amis qui ont besoin de lui, ce sont des amis indépendants qui Taiment pour luimême, qui connaissent ses défauts et ne se gênent pas pour les dire, mais qui connaissent aussi ses attrayantes qualités, et qui subissent avec un plaisir toujours nou»

veau rirrésistible séduclion qu'il exerce autour de lui. Sans reparler ici de Gudin, honnête homme sans contredit, dont toutes les lettres respirent raffection la plus passionnée pour Beaumarchais^ nous citerons seulement deux exemples de ces amitiés si vives et si persistantes que l'auteur du Mariage de.Fi gara savait inspirer. Il était intimement lié avec un officier distingué nommé d'Atilly, dont j'ai déjà dit un mot et qui est mort, si je ne me trompe, lieutenant -colonel, au 10 août^ en défendant la monarchie : leur amitié datait de leur première jeunesse à tous deux ; leur caractère et leurs opinions différaient, et cette intimité n'offre pas un moment de tiédeur pendant trente ans, quoique l'affection de d'Atilly fût aussi indépendante que sincère. Après le procès Goëzman, il écrit à Beaumarchais^

a J'aime à parler de toi, j'aime à redire à quel point j'ai vu Fenvie s'acharner à te décrier. Le tableau de ton intérieur^ celui du bonheur de tes femmes, dont j'ai ëlé le témoin, tant d'autres détails sont précieux à mon amitié. Hien n'est plus commun que de rencontrer dos gens prévenus par le charme de tes Mémoires, Il m'est si doux d'y faire ajouter la bonne opinion que te doivent ceux qui te connaissent complètement, et que je te refuserais peut-être le premier, si je ne te connaissais qu'à demi; car avec le cœur d'un honnête homme tu as toujours eu le ton d'un bohème ! »

Le sens de cette criHifue de d'Atilly s'explique par une autre phrase de sa lettre : <( J'ai rassemblé, ajoutc-t-il, depuis que je suis ici, une vingtaine de (es bucoliqties qui constatent ce que je dis là; j'en donne quelques /ècAesàgensde ta trempe, car je doute

que, livrée au public, la morale fût approuvée Marin K » C'est donc à la forme un peu licencieuse que Beaumarchais donne à sa pensée, surtout dans ses chansons, que d'Atilly fait allusion ici; mais sa phrase ne laisse pas d'avoir une certaine vérité plus générale, si on l'applique à l'ensemble de la tenue et du ton de Beaumarchais ; elle prouve au moins que chez ses amis la franchise marchait de pair avec le dévouement.

Un dernier document entre mille, qui a sa place à côté de la lettre de d'Atilly, est un billet adressé à Beaumarchais par un ancien ami, le fermier-général Laborde • :

a Je t'ai dît, mon bon ami, que je te donnerais le plan d'un bosquet à faire dans ton charmant jardin et qui doit être consacré à la plus tendre amitié ; je te l'envoie, ne doutant pas que tu ne consentes à rendre ces derniers devoirs à un ami qui envisage comme le plus grand bonheur pour lui d'babiter encore avec toi lorsqu'il ne sera plus. Ce n'est pas un cénotaphe que je te demande, mais un véritable tombeau. Refuseraîs-tu aux restes de ton ami ce que tu as fait pour le simple souvenir de Dupaty? J'aime à croire que non, que j'habiterai ton élysëe, lorsque j'aurai cessé d'être ; que le langage muet de ce monument te rappellera quelquefois le souvenir d'un homme qui t'a toujours aimé depuis qu'il l'a connu, et qui, pénétré de reconnaissance pour les bontés dont il est comblé par tout ce qui t'est cher, forme pour dernier vœu celui de reposer pour toujours dans le lieu qu'ils habitent* »

1 On 86 souvient que Marin, l'adversaire de Beaumarchais, était censeur.

s L'auteur de l'opéra de Pandore et l'ancien premier valet de chambre de Louis XV, dont nous avoua déjà parlé.

Ne fallait-il pas que Tauteur du Mariage de Figaro eût en lui quelque chose de singulièrement attrayant pour insfHrer à un fermier-général une telle effusion de aensibilité?

On a souvent raconté^ mais avec un peu d'inexactitude, un trait charmant de son caractère au sujet de rinscription gravée sur le collier de sa petite chienne. Ce trait ayant été signalé de son vivant au public dans un article fort élogieux d'un journal rédigé par Rœderer, le vieux Beaumarchais écrit naïvement au rédacteur pour le remercier de ses éloges , et le prier de vouloir bien rectifier l'inscription de ce collier , qui a été un peu défigurée^ « car^ dit-il^ il faut toujours citer juste : »

c Je suis M"* Follette ; Beaumarchais m'appartient. « Nous demeurons sur le boulevard. >

On peut donc redire après la Harpe^ après Amault, après tons ceux qui ont bien connu l'auteur du Mariage (te Figaro^ que ce Beaumarchais, poursuivi par des calomnies si noires, ne ressemblait en rien au portrait que ses ennemis nous ont laissé de lui. Il est vrai que ses bonnes qualités tont souvent un peu voilées par des légèretés d'esprit et des défauts de tenue. Son ami d'Atilly vient de nous le peindre au naturel, lia le cceur d'un honnête homme, mais il a souvent le ton d*un bohème. La frivolité licencieuse de son siècle a trop déteint sur ses idées. Le côté sérieux de la vie, la pensée de ce qui nous attend après ce court passage ici-bas^

le préoccupent faiblement, et dans un certain ordre de sentiments où lliomme ne se distingue de Tanimal que par ce don de la pudeur, si bien nommée par Chateaubriand la plus belle des craintes après celle de Dieu, on^ dirait parfois que Beaumarchais ne va pas au delà des impulsions de l'instinct. Mais pour apprécier équitaUement ce caractère dans son ensemble, il faut tenir compte à l'auteur du Mariage de Figaro de sa situation et de son temps.

Placez-le dans un milieu social où les droits du talent soient pleinement reconnus, et au lieu d'avoir cette phy^ sionomie un peu forcée où la hardiesse, poussée jusqu'à l'effronterie, n'est que le contre-coup des injustes dédains qu'on lui oppose, il aiu:a la véritable physionomie de son caractère, entreprenant, actif, coiu:ageux, mais foncièrement bon, généreux et loyal. Est-ce à dire qu'il aurait suffi à Beaumarchais de respirer l'air du xix« siècle pour devenir un modèle de toutes les vertus? Nous sommes loin de professer pour notre époque un enthousiasme aussi aveugle. Tout ce que nous voulons dire, c'est ce que si Beaumarchais eût vécu de nos jours, pouvant sans peine, avec les ressources si variées de sa rare intelligence, se faire une grande place dans la société, il se présenterait à nous sous un aspect plus imposant.

Peut-être aussi, pourtant, y a-t-il lieu à se demander s'il n'aurait pas perdu d'un côté ce qu'il aurait gagné de l'autre, si notre temps n'aurait exercé sur lui qu'une heureuse influence, si en le rendant plus grave en ap*

parence> il Taurait rendu meilleur au fond^ s'il ne Taurait pas induit à remplacer ses défauts par des vices et surtout par un genre d'hypocrisie particulier à notre époque, et qu'on pourrait appeler le charlatanisme de la dignité.

Quand on juge le xix« siècle par les génies qui Tont illustré ou par Tensemble du travail intellectuel et moral qui s'accomplit dans sou sein, on est tout d'abord porté à penser qu'il vaut beaucoup mieux que le siècle précédent. Sa physionomie plus grave est rindice d'une réaction salutaire contre cet esprit de dérision qui, au xviii' siècle, se retrouvait partout, et qui sous prétexte de franchise se jouait, nous l'avons vu, des sentiments les plus sacrés^ les plus indispensables à la vie morale de l'humanité. Hais si on étudie TetTet des goûts plus sérieux de notre temps sur cette partie de la société qui est, à la vérité, la moins nombreuse, mais qui est la plus remuante et parfois la plus influente; sur cette partie de la société qui exploite l'autre, qui intrigue, s'enrichit, se ruine, s'élève et s'abaisse tour à tour par les spéculations et les révolutions, comment ne pas s'apercevoir que les bonnes tendances de notre époque subissent, dans certaines régions sociales, une perversion funeste et qu'elles y prennent la forme d'uue hypocrisie de la pire espèce, car cette hypocrisie n'a pas même le mérite de l'hypocrisie ordinaire,qui s'impose au moinsquelque gêne pourjouerconvenablementson rôle! L'hypocrisie du jour est pleine d'austérité et de pudeur dans ses paroles publiques, ce qui ne F empêche pas d'être

ET SON TEMPS. 5f>3

en même temps ouvertementet franchement impudente dans tous ses actes. Elle a la soif de For; pour assouvir cette soif, rien ne lui coûte en fait de déloyauté et de bassesse, elle se livre avec fureur, à la face du soleil^ à toutes les jouissances matérielles que Tor procure et à tous les désordres qu'il favorise; mais c'est aussi à la face du soleil qu'elle proclame son profond respect pour la religion^ le désintéressement, la délicatesse^ la pauvreté honnête et fière. Tandis qu'elle embrasse le vice d'une main, de l'autre elle donne de grands coups de chapeau à la vertu, et se considère comme parfaitement en règle. Pour elle la morale consiste uniquement dans des formules de cérémonie analogues à celle du IrêS'humble et très-obéissant serviteur; quiconque néglige ces formules est très-coupable, mais en revanche quiconque les observe est irréprochable, et nul n'a le droit de lui en demander davantage. N'est-ce pas là le genre de comédie qui se remarque trop souvent dans ce monde qu'on nomme plus spécialement le monde des affaires? Ce mélange de gravité en paroles et d*effronterie en actions, ce désaccord complet et affiché entre ce qui se dit et ce qui se fait sont peut-être plus dangereux que le persifiage licencieux du xviu* siècle, car si le procédé gagnait du terrain, il finirait par changer dans l'esprit des masses les notions du bien et du mal en de pures conventions de langage qui n'obligent à rien et ne trompent personne.

Qu'on suppose maintenant Beaumarchais vivant parmi nous, et lancé dans l'arène tumultueuse où se

choquent et se renversent tant d'ambitions et de convoitises rivales. Qu'on lui laisse toutes les qualités qu'on a pu reconnaître en lui^ habileté dans le maniement des hommes^ aptitude aux affaires les plus considérables et les plus compliquées^ activité, sagacité^ persévérance. Quel obstacle pourrait Tempécher de parvenir comme tant d'autres^ non-seulement à la fortune, mais aux honneurs? Ses allures évaporées? c'était le ton de son siècle; il prendra facilement le ton du jour. 11 aura plus de dignité extérieure. 11 n'écrira peut-être aucune pièce de théâtre, cela le diminuerait; il sera un peu moins spirituel, cela le compromettrait. Vaudra-t-il mieux moralement? C'est là une question discutable; mais ce qui nous parait certain^ c'est que pour donner toute la mesure de ses brillantes facultés, pour arriver à tout, pour figurer dans l'histoire de son pays avec autant de puissance et d'éclat qu'il y a figuré avec agitation et avec bruit, il n'a manqué à Beaumarchais que de venir au monde cinquante ou soixante ans plus tard.

No iO (page 13).

Mèmùire inédit adreên^par Sedaine à Beautnarchaii, sur les rap^ ports des auteurs avec les acteurs de la Comédie^Française.

Je TOUS assure. Monsieur, qu*il me psratt très-difficile d'arranger et de statuer quelque chose qui pourvoie, je ne dis pas à toui, mais ii la plus grande partie des inconvénients ; auteurs et acteurs marchent sur des hallons gonflés de vent.

Ma première réflexion est qu*il est peu décent qu*un auteur qui vient faire une lecture soit jeté au milieu d*une assemblée où il n*a ni protecteur ni personne oui puisse ni doive assurer ses regards et imposer à Tair de dénigrement, à Tironie et au ricanement presque inévitables de jeunes personnes qui ne sont pas sérieuses par état et par éducation.

Je désirerais que Fauteur pût se faire accompagner de deux de ses amis ; oue rassemblée, lors d^une lecture, fût présidée par un homme de lettres qui représentilit immédiatement le premier gentilhomme de service. Je voudrais que cet homme de lettres eût de la considération par lui-même, qu'il fût émérite dans la littérature , tel que Grébillon, Bret, Saurin ou autre fj*en connais pj^nj. Le président tiendrait la sonnette, il ferait faire silence et ne dirait pas son avis sur Touvrage, ii moins que, dans le cas particulier d*un même nombre de voix, rassemblée ne le lui demandât. La lecture serait faite par Fauteur ou par un de ceux dont il serait accompagné, devant une table dressée en présence du président et en face de loi, ainsi que des deux personnes amenées par Fauteur ; car je ne veux pas qu*ils servent de compères i Fauteur et électrisent la compagnie pp^ d«8 plepr^ ou 4^ n' ^^9^^^' P f^\ plus hpppéte

qae œ soi( un homme de lettres président qui dise à Faotear : • Liseï plus haut, «ou : « Recommenoei cette phrase , cette tirade ; on ne Ta pas entendue ; quel est le titre de la pièce ? quels sont les personnages ? • enfin qui Tinterro^e toujours dans Tintention de le rassurer et de lui montrer un yisage fayorable. Peutêtre serait-il bien que deux hommes de lettres fussent présidents à tour de rôle ; tel auteur peut craindre la présidence de l*un d^eux, alors il demanderait Tautre, ce qui lui serait permis. Autre considéraiion : si ces présidents composent encore des pièces de théâtre, ils ne pourraient pas lire ni présider ; ils deyraîeni même, en ce cas, avoir la délicatesse de ne se pas nommer et faire faire la lecture de leur ouvrage par un ami qui se présenterait comme auteur.

La lecture faite, Fauteur et ses amis se retireraient; on irait aux voix suivant la forme ordinaire, on lirait les scrutins, et de leurs résultais il serait dressé un avis général, vu, examiné et balancé par le président, qui alors pourrait représenter qu*on fait peut-être tron valoir telle ou telle raison qui n est quelquefois que dans un seul scrutin. Ce ne serait jamais que comme conseiller et conciliateur qu*il parlerait; s*il voyait de Tanimosilé, de IVigreur, de Tacharnement , il prierait les comédiens de faire attention qu*ils ne doivent voir que Tintérêt du public et du théâtre, sans acception d*auteurs.

L*avis général ayant été dressé et mis au net, on prierait Tauteur de rentrer avec ou sans ses amis ; le semainier lui dirait : « Monsieur, votre pièce est reçue, et vous êtes prié d'entrer, « ou simplement : « Vous êtes prié d*enirer, » si elle ne Tétait pas. Alors on lui lirait le résultat du scrutin, et si Touvrage était reçu à cor* rections, on donnerait à Tauleur copie du résultat; il devrait être court ou précis et ne devrait pas engager le fer : « Le style est négligé, il y a peu d'intérêt, il y a double intrigue, etc. *

Si un auteur avait des sujets de se plaindre de la Comédie, il irait conter ses griefs, et le président devrait pouvoir appeler chez lui le semainier, le mettre en présence de l'auteur, éclaircir l'affaire, l'accommoder, et, si cela n'était pas possible, en faire immédiatement rapport au premier gentilhomme en exercice, qui statuerait d'après sa prudence.

Ce qui a causé le trouble entre les auteurs et les comédiens jusqu'à présent a été presque toujours la difficulté d'obtenir justice; les supérieurs n'ont presque jamais entendu qu'une des parties ; le comédien qui va rapporter une affaire triomphe toujours, s'il est raisonneur, beau diseur; si, appuyé de son art, il se sert de toutes les expressions ^ue sait employer la soumission la plus étendue; car, quoique iessimagrt'esqui expriment le plus profond respect soient en affaires un filet grossier, tous les hommes s'y laissent prendre, et une actrice jolie est bien un autre filet.

Les auteurs sont singulièrement maltraités dans la partie d'in-

térêt, de ce vil intérêt, comme on Tappelle, afin qa*on n^ose pas en parler. Gomment ! il y aura chez mon notaire 4 ,200 francs en dépôt

aui m*appartiennent, et je serais un intéressé de vouloir qu*il me onne mes 4 ,900 francs tout juste, ou, pour que la comparaison soit plus exacte, nous sommes neuf entrepreneurs d*une même chose dont nous devons partager le profit; huit entrepreneurs s*entendent pour tromper le neuvième entrepreneur, et ou rappellera intéressé, parce qu*il veut ce qui est à lui. Écoutez les acteurs, ils vont verbiaffer jusqu'à demain, et vous n'avancerez pas d^un pas. Voici ce qu*ils m*ont fait à moi.

Après que le Philosophe sans le savoir eut eu vin^-huit repré» sentations de suite, je reçus ce qui me revenait ; voici comment ils ont compté :

De profit net, 60,000 francs, dont, pour le quart des pauvres, 45,000 francs ; ainsi reste à 45,000 francs. Comment ! pour vingthuit jours, 45,000 francs de quart des pauvres! Us en payent 60,000 francs par an, ce qui fait à peu près 470 francs par jour, et doit être réparti ainsi, comme frais journaliers, lumière, gardes, etc. Vingt-liuil jours à 470 francs font, je crois, 4,760 fr.; ainsi, sur ce seul article, ils ont enlevé à Tauteur sur son neuvième 4 ,000 francs. Passons. Les comédiens n'ayant point fait afficher la dernière représentation de ma pièce, je crus avec raison que les représentations suivantes m'appartenaient. Lorsqu'il y en eut un certain nombre, je les demandai au caissier ; il me dit : « J'ai été porter votre bordereau à signer ; mais MM. les comédiens m'ont appris que votre pièce était tombée dans les règles et leur appartenait. • Je fis alors, par l'autorité de M. le duc de Duras, compulser leur registi'e, et ils furent obligés de me rendre 5 à 600 francs qui m'étaient dus et qu'ils voulaient s'approprier.

J'oublie de vous dire qu'avant d'invoquer la protection du premier gentilhomme, j'avais eu l'attention d'écrire aux comédiens pour faire ma demande ; mais ma lettre, malheureusement, tinis^ sait par cette phrase, qui leur parut malsonnanle : Cependant, Messieurs, si vous avez besoin de ce faible secours, je vous aban^ donne de tout mon cœur ce qui me revient, et je vous prie de V accepter*

Ils crièrent à l'indécence contre cette phrase et demandèrent une sorte de réparation d'honneur. M. le duc de Duras eut la bonté de me le proposer. Je refusai de le faire, et sur son bureau j'écrivis aux comédiens que j'étais satisfait de la résolution qu'ils avaient prise de me remettre mon contingent, et que je les priais d'accepter le profit de la reprise de mon ouvrage que je leur abandonnais, et ils l'acceptèrent.

Je vous passe sous silence quelques antres griefs, car ce détail m'ennuie, et sans doute vous aussi. Monsieur, mais je n'ai pas m d'occasion d'approcher des comédiens pour nos affaires réciproques, que je n'aie senti la nécessité de mettre ordre à des choses qui m'anraient fait plus de peine, si je n'avais été arrêté par la

«àca jxistatùjmnai

rélle\iuD qu'il Ciul panlonoer il des bommes Ae sorlir de leur pUce lorsque leur prof^E^ion est de n'y jimaU âir«.

Dans les sfl'iiii'es d'inlérél enln' un auteur et la Comédie, mon président devrail é\ce l'exautinateur et le rapporteur : il » tous les moyens pour faire rougir un honiaie de lettres qui ferait une ffeinande louche et pour épargner an& regards du premier geutilhumme une discussion déshoooraoïe pour U liiléraiure.

Je ne relèverai pas l'injuiilire crianle des coniMieus de s'siiri* buer le profit d'un outrage aprèi l'avoir fait tomber; far un bon ' outrage ne doit jamais lumber. Quel honneur pour le Tfaé&ire- Prançais et pour la littérature si la poMérilé du grand Corneille, RU lieu de recevoir des secours de la compassion des cuniédiei», recevait * ,01)0 i 1 .300 livres par an, que peut rapporter le ueitviëme de ses ouvrages!

Quoi I ce grand humme a créé la scène française, il a créé Raciatf et ses descendant», il a fait parler In langue française dans touK . l'Europe, il > rendu étemels des modËles île grandeur d'iine dont Dous avons bien besoin pour nnus remettre au Ion, et les comédiens sont les uniques tiériliers de ses trava>ii, sans en faire part k u postérité !

Les comédiens italiens sont plus honnêtes : ils ont sollicité let ■nleuTS d' accepter pendant leur vie le proBi de leurs ouvrages. Quand ou présente cet pxempte aui couiédiens français, ils diM-nl : • Je le crois bien, ils ont besoin des auteurs, mais nous, nous pouvons nous en passer. ■ G»t-il permis d'énoucer tout haut une pareille raison ?

Enfin, Monsieur, > moder u

' gemilshomoies, et qiii présente diÏT^renies faces de ridicule et d'iu-

II est, Monsieur, qnelqnea autres rédexioiis que j'ainûi ajouliet h cellm-ei, mais les amélior^itions dérivent DéceMwremeut d'un surveillant dtetaléressé qui De tienne i la Comédie que poor ion nvanlage et k la littérature que pour son honneur.

J'ai celui d'être, avec les sentiments les ploa distîOKués, Hooilmr, votre (rès-bumble el Irès-obéiuaot serviteur. J. Suauii. Ce IBJidn ms.

No H (page 3*).

Note de Mamumlel n M. de Beaumarchais aura la bonté de te toiiTmir : que.

depuis trente-sîx ans que M. Marmontel est à Paris, il n*a cessé de travailler ; qu*il a remporté trois fois le prix de poésie de TAcademie française ; que, dès Tâge de vingt-deux ans, îl a donné sa première tragédie, Denys le Tyran^ et, Tannée suivante, Aristo^ mènef qui eurent des succès ; qu*avec moins de bonheur il donna trois autres tragédies; que les Contes moraux^ en trois volumes, sont traduits dans toutes les langues et sont du nombre des livres dans lesquels toute la jeunesse de TRurope apprend notre langue ; que Bélisaire, censuré par la Sorbonne, n*en est pas moins regardé comme un ouvrage estimable, au moins du côté des mœurs, et qu*il est traduit dans toutes les langues, ainsi que les Contes moraux ; que les Incas sont de même un ouvrage irrépréhensible, où tout respire la vertu; que les entrepreneurs des nouvelles éditions de VÈnqfctopédie se sont adressés à M. Marmontel pour Ten- Sager à en refaire en entier toute la partie littéraire, et qu*il a onné dans le supplément de ce dictionnaire plus de cent articles, la plupart très-considérables, et formant ensemble un cours de belles-lettres; que sa traduction de Lucain est estimée; qu*après ces travaux assidus, qui n*ont valu de Targent qu*aux libraires, il se trouve, à Tâge de cinquante-sept ans, hors d*état de prendre sur son nécessaire de quoi donner après lui du pain à sa femme et à son enfant; que la censure de la Sorbonne a été tacitement désavouée par le parlement, où il n'y a pas eu un seul mot de dénonciation contre ce livre, et par le gouvernement, qui n*en a pas révoqué le privilépe , en sorte cjue Bélisaire se réimprime et se yend encore aujourd hui avec privilège du roi ; qu*à regard des ▼ers contre M. le duc d*Aumont, qui lui furent attribués, et pour lesquels il perdit le privilège du Mercure^ il est prouvé, par le témoignage de M. de La Ferté, intendant des menus, qu'ils étaient de Curi, ancien intendant des menus, à qui le secret a été cardé jusqu'à sa mort; qu'il n^^ a donc rien à reprocher à M. Marmontel ni du c6té de ses écrits ni du côté de sa conduite.

Marmontel vient de s'expliquer avec trop peu de modestie, mais c'est dans l'oreille de l'amitié. M. de Beaumarchais ne prendra de tout cela que la substance et n'en dira que quelques mots.

NM2 (page (160.

Mémoire particttlier pour les ministres du roi et manifeste pour l'Étatf remis à M. le comte de Vergennes, le 26 octobre 4777.

Dans l'état de crise où sont montés les événements , dans Ut certitude où nous sommes que le peuple anglais demaude à grands cris et sans pudeur la guerre contre nous ; qu'il fait h son roi des

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offres de UmU nature à cet efei: rnnwifi de leier ^ JlMIptle IJdfSee BitioBale et d*eo &ire les fonds; eonoM de fbniiriralop*

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•liliéneei otr obtqw Mn, on oonté, «âe oertaine qMsdié somts ei oe matelou powta qu'ils soleol etfploiés oouié fb» pagne et la Fraoee; i|ae noBs leste-il à bîre t

Trois partis sool eneore I noire cboa. Le prewer m mit rie*, leseeona serait le plos sAr , le iroisièftte est le pins noble. Mab «ne josie conbinaison do troîsièine et dn seeond parti peut rendra à Finsunt le rot de France la preaiière poissanee dn monde coono.

Le premier parti, qai ne tant rien, abaolteent tien, eat de continner I îiîre ce qoe noos bisons, on plntftt ee qœ nous ne fusons pas ; de rester plus longtemps paâifii auprès de la torbolente activité de nos ? oisins, de nous obstiner à ne prendra ancnn parti et d*attendra encora réfénement sans agir : parée qne dlct an S réfrier procbain, on le minisl^^ anglais sera chanpé, et les loids Cbatam et Sbelbora à oni Ton a proposé, an premier la plaoe dn lord Germaine, au second celle dn lord Suflbik, à condition dTabandonner le parti des mghM et qui font rafnsé, penrant cbanger d'ans et feindra un moment de devenir forte pour s*emparer des affaires. Ot, si ce mal nous arrive, j a-t*il un seul bomme instruit qui doute qu'au pramier moment ils ne signent d*une main, àtoot pm, la paix de FAmérique, et de Pautra Tordra exprès d*attaqner noa vaissesux et de tomber sur nos possessions; ce qui noos mettrait à la fois sur les bras les Anglais et les Américains. Ou bien, malaé les cris de la nation et le trouble des affriras, malgré rindignatwa qui va bientôt résulter contra Tadministration des aveux des généraux Burgope et Howe qu*iZs n'ofU àèqm kê ssruilss InilnH met^ d'un minUire inexperî H detpoiê, le ministèra aeind ae soutiendn. Mais comme tous sentent également la nécessité de faire cesser une guerre aussi funeste à TAnglelerra et que le roinislère aciuel ne peut plus espérer de donner le change anr ses fautes passées, mais seulement oe les couvrir en flattant la nation de Pespoir prochain de réparer ses pertes à nos dépens, il ne faut pas douter que, de ragitalion actuelle des esprits et de tous les grands et petits conseils qui se tiennent âi Londres, il ne résulte au moins une suspension alarmes avec TAmérique pour prandra en considération les griefs du continent et laisser respirer un moment TAngleterre. Mais ce premier pas vers la paix une fois fait, soyons bien certains qu'il sera trop tard pour la France de se déclarer en faveur de TAmérique. Peut-être même alors le chef de la dépuiation américaine sem-t-il déjài pasàé à Londres, et la guerre avec nous commencée sans nul avis, ainsi que la dernière. Peut- être avant que nous ayons pu sauver nos vaisseaux marchands des premiers eflbrts de la rage anglaise, en aura-l-elle dévoré les cinq^ sixièmes ! Au moins est-il positif que depuis deux mois il est sorti plusieurs vaisseaux de guerre anglais, sous |)ré-

texte de croiser dans la Manche , mais avec des ordres et des destinations tellement inconnues que personne en Europe ne Bail encore oh ils ont établi leur croisière. Qui sait même si les derniers paquets envoyés par le gouvernement en Amérique ne sont pas déjà les porteurs de quelque suspension d*armes et de quelque plan de pacifacation, dont bien des gens croient qu'on ne verra la déclaration qu'à T instant où Ton pourra suppater à Londres que les paquets seront arrivés ? Eh ! si malheureusement on y laissait entrevoir la possibilité de Tindépendance pour première condition; est-il seulement douteux que la seconde ne fût rengagement formel de se réunir contre nous avec TAngleterre ? Alors, devenus la risée de l'Europe entière, la guerre la plus funeste et la banqueroute de TAmérique à tons nos négociants seraient le digne prix de la lenteur que nous aurions mise à nous déclarer.

Le plus mauvais de tous les partis est donc de rester aujourd'hui sans en prendre aucun , de ne rien entamer avec TAmérique et d'attendre que les Anglais nous en ferment toutes les voies; ce qui ne peut manquer d'arriver avant très-peu de temps.

Le second parti, que je regarde comme le plus sûr, serait d'accepter publiquemenX le traité d'alliance proposé depuis plus d'un an par l'Amérique , avec la franchise de la pèche au grand Banc, la garantie mutuelle des possessions des puissances contractantes, la pro* messe positive de secours réciproques ou de diversion en cas d'aU toque d'un côté ou de continuation ^hostilités de l'autre; le tout accompagné d'un plan secret pour s'emparer des îles anglaises, avnv engagement sacré entre les trois puissances américaine, espagnole et française de fixer ensuite impérieusement un méridien aux Anglais sur l'Océan, entre l'Europe et l'Amérique, passé lequel tous leurs vaisseaux seraient déclarés de bonne prise en paix comme en guerre, ces turbulents voisins n'ayant plus rien à prétendre au nouvemi continent.

Il faut avouer qu'aussitôt que les Anglais apprendront qu'ils n'ont plus d'espoir de traiter avec un pays qui aura traité avec nous, ils nous feront à l'instant la guerre à outrance, en nous déclarant agresseurs contre eux par ce traité même. Mais guerre pour guerre, comme elle est inévitable aujourd'hui, les Américains, les Espagnols et les Français réunis sont plus que suffisants pour abaisser les fumées de cette altière nation, si elle est assez effrénée pour oser nous attaquer alors.

Une autre objection s'élève, elle est du plus grand poids, et je dois d'autant moins éluder d'y répondre que M. le comte de Maurepas lui-même est l'objecteur. 11 est à craindre, dit ce ministre, que les députés de l'Amérique n'aient pas des pouvoirs assez étendus, ou assez solides pour qu'on puisse en sAralé traiter avec eux une aussi grande affaire ; ou que leurs divers intérêts cachés n'en divulguent le secret avant sa conclusion ; ou que le congrès (dont les membres peuvent varier à chaque instant), ébranlé par la

562 P1£CES JfSTIFICATlVES.

corruption ou Pintrigue auglaise, oe refose d« rtlifier le Imité; oa. 8*ii le ratifie, que la nation elle-même, entraînée irers FAnglelerre par la conformité de religion, de langage, de consiitotion et de mœurs, et surtout par le secret plaisir de se Toir Tégale et de marcher de pair avec Torgueillcuse maritre qui affedm si longtemps de la dominer ; que cette nation, dis-je, ne troaTe bientôt le moyen d*élader les conditions de ce pacte. Alors il ne reslenît au roi que des alliés équifoques, un traité douteux, balaocé par une guerre sanglante et certaine.

A cela je réponds : qu*une sagesse aussi consommée en pesant les risques et les avantages, u*a certainement pas mam|né d* apercevoir que, dans un parti forcé par les événements, il est raisonnable de laisser quelqiie chose à la fortune, en te captivant de son mieux par Umies les précautions que ta prudence homaine peut employer dans une attaire aussi majeure, et ces précautions, je me réserve de les indiquer, quand j*aurai exposé le troisième parti qui me paraît convenir au roi de France en cette conjoncture délicate.

Ce troisième parti, le plus noble de tou«, et dont les suites peuvent remplir 1 objet du second parti , mais sans commettre en rien la dignité du roi, ni la foi qu*it croit devoir aux traités subsistants, serait qu*on déclarât aux Anglais dans un bon manifeste , qu*on notifierait aussi à tous les potentats de TEurope :

0 Que le roi de France après avoir longtemps, par délicatesse et par égard pour FAugleterre, demeuré spectateur passif et tranquille de la guerre existante entre les Anglais et les Américains, au grand dommage et détriment du commerce de France ; instruit autant par les débats du parlement d'Angleterre que par le succès des armes américaines que, malgré les puissants efforts des Anglais pendant trois rampagnes succcssive5, la force des événements arrache enfin rAuicrique au juug de TAngleterre; qn*instniit aussi que les meilleurs esprits de la nation anglaise s^accordent à penser el à dire toui haut dans les deux chambres, qu^ii faut à Tinstai t reconnaître les Ammcains indépendants, et traiter avec eux comme avec des amis, sur le pied de régalité ; que quelquesuns même ont été jusqu'à rechercher si, dans celle querelle entre deux partie-^ du même empire, l'ancienne Angleterre n*êiait pas pIuUH rebelle à la conslitulion commune que la nouvelle; qu'au milieu de ces débals el par les lumières qu'on acquiert h chaque instant, on esl forcé de douter si les préparatifs delà nouvelle campagne soûl diri<^és de bonne foi contre TAniérique, ou deslioés contre tel ou tel autre pays qu'il pourrait conveuir à l'Angleterre d'inquiéter ;

Que le roi sachant trop cerlainenieut que les Anglais, sous prétexte de visiter les vaisseaux de commerce de la France et d'examiner ses relations avec le continent d'Amérique, insultent, vexent, touruienlenl les négociants , ses sujets, sans nul respect pour le

pavillon français, ni poorFasile sacré de Talterrage des c6ies françaises; qaUls prennent occasion de leur querelle particulière^ pour exercer une douane injuste et vexatoire sur tous les peuples à qui rOcéan était libre ; que Sa Maiesté voit avec peine, en cet état de souffrance et d'anxiété plus fâcheux pour ses sujets que la guerre ouverte, les négociants français depuis longtemps victimes de ses ménagements pour TAngleterre , et le commerce maritime de ses États languir sous la gène et les prohibitions politiques d'une part, et de l'autre sous la très-dure inquisition des Anglais contre toutes ses entreprises ; que ces mêmes égards pour TAngleterre ayant porté Sa Majesté, malgré son état de puissance neutre, jusqu'à inquiéter les armateurs américains sur la sûreté de leur asile en ses ports, et celle des vaisseaux qu'ils y ont conduits ; cette austérité qui sème la mésintelligence entre des peuples amis a déjà fait naître à quelques corsaires américains le projet de s'emparer de plusieurs vaisseaux français ; que la France a déjà souffert de ces nouvelles entreprises dont les représailles et les ressentiments accumulés peuvent mettre un tel désordre dans les idées qu'on ne pourra bientôt plus distinguer les amis des ennemis, ni savoir quel peuple est en guerre ou en paix avec nous; que d'ailleurs Sa Majesté peut craindre avec raison que la réunion possible, et présumée prochaine, de deux nations aussi belliqueuses, ne tourne contre ses intérêts, purce que les Américains, qui n*ont cessé de solliciter ouvertement les secours et l'alliance de la France, outrée de n'avoir pu les obtenir, peuvent unir ce ressentiment à l'inquiétude naturelle des Anglais, de façon qu'il en résulte une guerre commune de ces deux nations contre la France ; guerre d'autant plus fâcheuse pour cette dernière, que son roi ne la lui aurait attirée que par ses égards constants pour l'Angleterre et son respect religieux pour les traités subsistants \ que dans cet état d'incertitude et d'agitation Sa Majesté, obligée par les circonstances de prendre à l'instant un parti, préférera toujours, au gré de son cœur et de sa dignité, le plus noble et le plus désintéressé de tous;

Qu'ainsi , sans vouloir déclarer la guerre à l'Angleterre, encore moins la lui faire sans la déclarer, comme l'usage s'en est trop odieusement établi dans ce siècle ; sans vouloir même entamer aucun traité préjudiciable aux intérêts de la cour de Londres, mais ayant seulement égard aux souflirances et aux justes représenta* tions de ses fidèles sujets qui font le commerce maritime. Sa Majesté se contente aujourd'hui, par une suite delà neutralité qu'elle atoujours gardée, de déclarer qu'elle tient les Américains pour indépet^ dants, et veut désormais les regarder comme tels reUUivemeiU au commerce d'eux avec la France et de la France avec eux; qu^elle permet indistinctement à tous ses sujets d'aller négocier dans tous les ports de l'Amérique comme ils vont dans ceux de l'Angleterre; d'y échanger les productions des manufactures françaises contre les denrées de ces climats, en concurrence avec tous les négociaiils de

l'Europe qui y portent en foule les productions de leurs pays. Car si Sa Majesté croit devoir des égards à ses voisins eo guerre, elle croit aussi sa justice intéressée à ne pas laisser souffrir plus longtemps, en pleine paix, des privations et des interdictions à ses sujets, qu'aucun souverain de TEurope ne voudrait imposer aux siens.. Qu'en continuant d*ouvrir ses ports aux Américains, comme par le passé. Sa Majesté n'entend pas priver les Anglais du droit de s*y fournir en concurrence de ces mêmes productions françaises dont le commerce est libre h toutes les nations qui ne nous font point la guerre ; que par cette conduite modérée envers tout le monde , Sa Majesté croit rendre à chacun ce qu'on a droit d'espérer de sa justice et de sa générosité; que dans la vue de faire éclater de plus en plus les sentiments désintéressés qui l'animent, Sa Majesté propose aux deux nations belligérantes ses bons offices pour accommoder, s'il se peut, leurs différends.

Déclarant au surplus Sa Majesté, (qu'elle n'entend géuer l'Angleterre ni l'Amérique sur l'acceptation de ses bons ofllices, ni se tenir offensée du refus de l'une ou de l'autre ; mais que si l'une de ces deux nations, enflée par ses succès, ou aigrie par ses pertes, apporte le moindre obstacle au libre commerce avec sa rivale , à la première hostilité contre les vaisseaux de guerre ou marchands français, Sa Majesté se croira dégagée de tous égards envers cette nation injuste, et contractera sans scrupule avec Tautre à de telles conditions, que celie-ci profite exclusivement de tous les avantages de son alliance et de son commerce ; déclare au surplus Sa Majesté, qu'elle se mettra sur-le-champ en devoir de repousser par la force Tinsutte faite à son pavillon. »

Tel est à peu près le manifeste que je propose au conseil du roi. Bien est-il vrai que col écrit ne faisant qu'étendre les droits de la neutralité française cl meliro une égniité parfaite entre les contendants, peut irriter los Anglais sans satisfaire les Américains. S'en tenir à ce point est peut-être laisser encore 5 l'Angleterre le pouvoir de nous prévenir, et d'offrir à l'xXmérique cette même indépendance an prix d'un traité d'union très-offensif contre nous.

Or, dans ce chaos d cvénenienis, dans te clioc universel de tant d'intérêts qui se croisent, les Américains ne préféreront-il> pas» ceux qui leur offrent l'indépendance avec un traité d'union, à ceux qui se contenteront d'avouer qu'ils ont eu le courage et le succès de se rendre libres? J'oserais done, en me rangeant de Tavis de M. le comte de Vergennes, proposer de réunir, au troisième parti, les conditions secrètes du second.

C'est-à-dire, qu'à l'instant où je déclarerais rAmérique imlépendanle, j'entamerais secrèlemenl un traité d'alliance avec elle. Kl eomnie c'est ici l'instant de répondre à rohjeclion de M. le comte de Maurepas, et de le j^uérir de son inquiétude sur la division d'inléréis des dépniés, on le peu de consistance de leurs pouvoirs, pour me procurer toutes les sûretés dont un pareil événement est

susceptible, Je ne conclurais point ce traité en France avec la (léputation ; mais je ferais partir en secret un agent iidèle, qui, sous le prétexte d'aller simplement régler les droits du commerce des deux nations, serait spécialement chargé d^accomplir, avec le congrès, les conditions particulières de ce traité, ^ui ne ferait que s'entamer en Europe et seulement pour contenir la députation. J avoue que pour enchaîner les esprits en Amérique, y bien balancer les efforts de la corruption et de F intrigue anglaise, y stipuler convenablement les intérêts de la France, et consolider au gré de notre administration tous les points capitaux d'un pareil traité. Je dois supposer que, laissant de côté tous les motifs de cour, nos ministres se rendront très-difficiles sur le choix de leur agent. Car il faut que la confiance en son zèle, en sa capacité Gxe seule les bornes de ses pouvoirs, dans un tel éloignement du cabinet, et dans des circonstances aussi difficiles.

Mais cet agent bien choisi, ce voyage promptement fait, ces pouvoirs habilement conûcs, si Ton fait donner par écrit aux députés du congrès en France leur engagement de ne rien entamer avec les Anglais jusqu'aux premières nouvelles de Tagent français en Amérique, on peut compter avoir trouvé le seul topique aux maux que M. de Maurepas appréhende.

A rinsiant donc où je déclarerais Tindépendance, où je me ferais donner rengagement de la députation, où je ferais partir mon agent pour l'Amérique, je commencerais par garnir les côtes de rOcéan de soixante à quatre-vingt mille hommes, et je ferais prendre à ma marine Pair et le ton le plus formidable, alin que les Anglais ne pussent pas douter que c est tout de bon que j'ai pris mon parti.

Pendant ce temps je ferais l'impossible pour arracher le Portugal à l'asservissement des Anglais, quand je devrais l'incorporer au pacte de la maison de Bourbon.

Je ferais exciter en Turquie la guerre avec les Russes, afin d'occuper vers l'Orient ceux que les Anglais voudraient bien attirer ù 1 Occident. Ou si je ne croyais rien pouvoir sur les Turcs, je ferais flatter secrètement l'Empereur i et la Russie de ne pas m'opposer au démembrement de la Turquie, sauf quelques dédommagements vers la Flandre autrichienne : tous moyens étant bons pourvu qu'il en résulte l'isolation des Anglais et l'indifTérence des Russes > pour leurs intérêts.

En6n, si pour conserver l'air du respect des traités, je ne faisais pas rétablir Dunkerque, dont l'état actuel est la honte étemelle de la France^ je ferais commencer au moins un port sur l'Océan ,

1 D'Autriche, sans doute.

s Ceci eBt la partie fantastique du mémoire de Beaumarchais; mais ce passage nous montre combien la situation, en 17T7, t'était différente de celle d'aujourd'hui.

tel et si près des Anglais, cju'ils pussent regarder le projel de les contenir comme un dessein irrévocablement arrêté.

Je cimenterais, sous tontes les formes, aaa liaisoB avec FAbi^ riaue, dont la garantie sujourd^bui peut seule bous conserver oot colonies ; et comme les mti^r^ts de ce peuple nouyeau ne peuveal jamais croiser les nôtres, je ferais autant de fond sur ses envasements que je me défierais de tout engagement forcé de TAngleterre ; et je ne négligerais plus jamab une seule occasion de tenir dans rabaissement ce perfide et fougueui Toisin qui, sprès nons aToir tant outragés, fiit éclater dans sa rage aujoord*hai plus de baine contre nous que de ressentiment contre les Américains, qni lui ont enlevé les trois quarts de son empire.

Mais craignons de passer à délibérer le seul instant qui reste pour agir, el qu*à force d'user le temps à toujours dire : // esl trop tôty nous ne soyons obligés de nous écrier bientôt avec douleur : 0 ciel! il est trop tard ! Ciaoïi MsBiAijmâiauis.

N» 43 (page 168).

Lettre d'Honoré Ganteaitme, depuis amiral, à Beaumarchais,

MONSIBURf

Trop jaloux d*étre li votre service et résolu d*étre entièrement soumis à vos volontés, je n'ai pas osé me refuser aux ordres que m*a donnés M. de Montieu, les regardant comme venir de votre part, d'embarquer sur le Fier Rodrigue^ malgré que mon pressentiment m'y annonçât tous les désagréments possibles. Je ne vous cacherai pas cependant que j'ai laissé entrevoir une grande répugnance à cela à M. de Montieu, mais il ôlatt trop prévenu déjà contre moi sans doute par M. Montant i pour daigner écouter el se prêter à mes raisons C'est pourquoi je n'oserais ht^siter un seul instant à venir vous prévenir là-dessus et à vous exposer Tinfortune que j'éprouve. Je l'appelle infortune, attendu que je me vois ravir, pr la politique de M. Montant, les occasions de vous prouver mon zèle et ma reconnaissance. Il vient de me donner le posle le plus inactif qu*il y ait dans un navire, il m'a fait chef de prise, et non content encore de me mettre par ce moyen dans l'impossibilité de me faire valoir, il me prive encore de toutes les prérogatives attachées au grade qu'il m'a donné. Je suis ici entièrement surnuméraire, ou pour mieux dire, à charge. J'ai eu ce posle parce qu'il m'en fallait un,

1 Le capitaine du vaisseau de Beaumarchais.

mais sans autre égard el même moins de relief que si j*eusse été patron de canot, comme j*étais du principe, et cela sans doute parce que vous avez paru vouloir ra*bonorer de votre protection. D'ailleurs M. Montaut se rappelle toujours que jVi ùté matelot sous lui, et malgré que je Taie satisfait dans le voyage en cet état, comme j*ai écrit contre sa sévérité au retour, cela m*attire son ressentiment

Cependant , malgré toutes les préventions que peut avoir Bi . Montaut contre moi, j^ose espérer forcer son équité k me rendre justice au retour de ce voyage. Guidé par le désir de vous prouver mon zèle et mon dévouement, je me propose de vaincre toutes difficultés. J'espère que vous voudrez bien au retour me faire l'honneur de demander des informations de ma conduite ^ M. Montaut, et ridée qu'il vous en fera d'avantageuses me soutient et me tient aujourd^liui lieu de bonheur.

J'ai l'honneur d'être avec un très-profond respect et une reconnaissance des plus vives,

Monsieur, ^otre, etc., H. Ganteauhe.

En rade de Brest, le 3 avril 1779.

No 14 (page 180).

• Philadelphie, 3 septembre 1778.

ChIR MONSIEUB,

J'ai si fort oublié le français depuis mon arrivée ici, quoique je n'aie pas oublié de même mes amis français, que je n'o&e pas vous écrire dans cette langue.

Je vous ai écrit deux fois dernièrement au sujet de vos affaires ; de sorte que j'ai le plaisir de vous répéter que le congrès commence à sentir son manque d'attention h votre éganl, et avec qaelle facile crédulité il a reçu les insinuations basses et malintentionnées des autres; lesauelles, je le crois réellement, n'auraient jamais eu aucun poids si Ducoudray n'avait pas d'abord répandu des notions toutes h votre préjudice. Je ne puis vous dire si ce malheureux pa^s sera en état pour le moment de satisfaire à vos justes réclamations, mais je suis sûr qu'il adoptera quelque plan pour arranger cette affaire, de façon qu'il puisse trouver les moyens d'acquitter par la suite ce que son impuissance actuelle peut l'empêcher de faire aujourd'hui ; et sur ces entrefaites le congrès, ainsi que je l'espère et le crois, exprimera publiquement ses sentiments de reconnaissance pour votre généreuse conduite.

Jo me suis appliqué de tout mon pouvoir à con?aincre mes coinpalri(»tes de Tinjuslicc et de Tingralitude avec lesquelles vous avez été trailé, avant Tarrivée de M. Deane, et je me flatte de quelque succès; ses efforts ont été les mêmes, en sorte que la iuslîce, quoique lente, doit reprendre sa place; je voudrais pour V honneur de mes compatriotes que nous n'eussions jamais trouvé aucune occaion de leur faire nos représentations.

M. de Francy est en Virginie, et agit pour vos intérêts sincèrement et infatigablement; je Tattends bientôt dans cette ville. Votre neveu a passé avec moi quelques semaines, mais il est commandé avec son général pour joindre Tarmée sous les ordres du général Sullivan. C'est un brave qui, auand on le connaît, se fait eaucoup aimer ; il a toute la vivacité ae son âge et désire se distinguer. Le général Couway m'a assuré qu'u s'était comporté comme un petit héros à la bataille de Brandvwine ; je prends la liberté d'entrer dans ces détails, parce que je sais qu'ils feront plaisir à sa maman, car la bravoure fut toujours une puissante recommandation auprès du beau sexe, et elle ((oit être charmée d'en trouver autant dans son fils.

Nos arrangements pour les affaires étrangères ne sont pas encore arrêtés ; ainsi j'ignore si je serai continué dans ma place actuelle de secrétaire d'ambassade à votre cour, étant à trois mille milles de distance d'elle, ou bien si je serai employé dans quelque nouveau département.

Le docteur Franklin sera certainement continué à la cour de Versailles, et il y aura un coup porté très-certainement aussi ponr faire retomber tranquillement les Lee dans l'obscurité d'où ils cherchaient à s'élever; mais si cela sera effectué ou non, c'est ce qui n'est pas tout à fait assuré. Nous avons autant d'intrigues et de cabales ici, que vous et nos amis en souffrez sur Tautre continent; eli î pour(|uoi u'en aurions-nous pas, en considérant que nous sommes Ktais souverains et que nous sommes encore amis et alliés (le Louis XVI.

Notre machine de gouvernement n'étant que telle qu'elle a été inventée, nous avons quelques petits degrés de perfection à lui donner et quelques roues à y ajouter avant qu'elle puisse marcher uniment et avec succès comme nous le souhaiterions. En attendant nous avançons lentement et quelquefois nous roulons sur les pierres assez rudement, Dieu le sait.

Je vous prie de me croire pour jamais Votre

W. Carmichael.

No 13 (page 213).

Beaumarchais financier. ' — Une note de lui mr la caisse d'escompte.

Mon avis.

Si j*entends bien la question soumise à la délibération des commissaires, il s'agit de proposer à M. le contrôleur général, la meilleure règle pour établir une juste proportion entre le taux de chaque dividende et la somme des fonds réservés. Mon avis est qu'en toute affaire par action, toute augmentation saccadée dans la valeur du dividende est un mal, parce qu*un grand mouvement en avant en pronostique un en arrière. On sait en général que la masse des altaires sur laquelle se forme l'escompte, à Pans, ne peut augmenter ti'un semestre à Tautre, de façon à porter le dividende de 130 liv.à2121iv., àmoins de quelque opération forcée, et que, s'il s'est fait dans un semesire un mouvement d^escompte aussi extraordinaire, il ne peut être que momentané, parce qu'il ne porte, comme celui du dernier semesire de 1784, que sur des ventes et reventes subites d'actions qui n'auront plus lieu dès que l'espoir d'un fort gain d'agiotage sur elles aura cessé. Depuis l'établissement de la crusse d'escompte, on doit remarquer que le dividende n'a jamais rétrogradé, par Taltention qu*on a (ffie de ne Faugmenter que graduellement, en préférant toujours l'accroissement des fonds réservés à celui du dividende. Au premier semestre 4783, le dividende ne fut porté qu'à 1301iv., ouoique la masse de l'escompte fût au moins aussi forte que celle du dernier semestre de 4784, et la catastrophe du deuxième semestre de 1783 ne montre que trop combien on avait eu raison de ne pas forcer momentanément le dividende.

Il n'y a donc pas de ijtigles de proportion plus sûre selon moi que celle portée à 1 article 3 de TaiTét du conseil du 12 janvier 1783. Un fonds de réserve de 2 millions 500 mille livres y est recommandé. Ce fonds doit être avant tout complété, puis augmenté si l'on peut, mais augmenté sans cesse de tout ce dont l'escompte aura pu s'accroître dans chaque semestre, moins les sommes employées en augmentation graduelle et modérée du dividende, de façon que s'il arrivait quelques pertes ou une diminution momentanée dans les affaires de la caisse, on ne fût pas obligé de diminuer le dividende prochain, mais qu'on pût au contraire le soutenir, en reprenant sur la réserve tout ce qu'on pourrait en ôter sans entamer le fonds de 2 millions 500 mille livres, qui doit être la plus basse somme constante des fonds réservés pour assurer la solidité des actions. Leur agiotage momentané peut perdre un peu de sa vigueur à cet arrangement, mais la contiance établie par cette méthode en soutiendra toujours la haute valeur.

N* i6 (page 23Î.)

Dénonciation au Parlement de la sotucripUon pour les ceuvret

de Voltaire,

Ululate et clamate. Jér., cap. 34.

YoiU, Messieurs, ce que crient k tous les hommes Tertoeax, k patrie, la religion, les mœurs. J*ose être aujourd'hui leur interprète, et dénoncer à toute la magistrature Tentreprise la plus révoltante. Si ses auteurs téméraires n*ont pas craint de souIeTO' toute Ame honnête ; sMIs ont pu se persuader que tout ne s'armerait pas contre cette entreprise, et qu'ils réussiraient dans leur projet, il fout qu'ils aient compté sur la dépravation la plus universelle ; qu'ils aient cru le corps entier de la nation si ^ngrené, les esprits si corrompus, les cœurs si flétris, qu'on pouvait maintenaoi tout oser, tout entreprendre, tout exécuter.

On publie hautement, et avec la plus crande ostentation, ime sotiscnption pour les œuvres eutiëres de Voltaire : et dans cette édition on se propose de réunir et les ouvrages qu'il a donnés en les avouant, et ceux qu'il a furtivement répandus en niant c[u'U en fût l'auteur, et ceux que Teffroi qu'ils lui inspiraient & lui-même a tenus 0en fermés dans son portefeuille. C'est cette collection d'impiétés, d'infamies, d'ordures, qu'on invile TEurope entière k sa procurer, en la parant de tout le luxe des caractères, de toute Pélê» gance du burin, de toute la magnificence typographique.

Ainsi on va rassembler en un seul corps tous ces membres épars, afin que tout le poison soit réuni, et que rien n'échappe à la contagion : pour que Timpiélé y trouve des armes dans les traits lancés contre la religion ; le libertinage, des attraits dans les

Seintures les plus obscènes; IVsprit d^indépcndance, un appui ans les maximes les plus propres h soulever contre Tautorité. On savait assez Tabus affreux que Voltaire avait fait de ses talents, et on ne connaissait que trop les impiétés de sa prose et le scandale de ses poésies. Mais, comme si les attaques livrées à tous les vrais principes n'eussent pas été assez puissantes étant séparées, on veut qu'elles se réunissent toutes, pour renverser tout à la fois et culte, et mœurs, et société; pour couper tous les liens qui attachent les hommes à la Divinité, à leurs supérieurs, à leurs épaux.

Est-il en effet un seul objet si sacré, si respectable qu'il soit, qu'il n'ait, comme ces Harpies de la fable, souillé p.ir son attouchement? Dans la religion, il n*esl rien que ses blasphèmes n'aient profané. Livres saints, dogmes, morale, ministère, rien n'a été épargné. Patriarches, prophètes, martyrs, les thaumaturges des deux Testaments, les grands hommes de tous les siècles, les actes les plus authentiques, tout dans la religion jusqu'à son fondateur,

en passant par le pinceau de ce malheureux peintre, a reçu les couleurs les plus capables d*en inspirer le mépris, en sorte qu^elle n*a Jamais eu d*ennemi plus acharné, et en même temps plus dangereux.

Les autres écrivains c(ui ont attaqué la révélation, qui ont touIq établir le matérialisme, anéantir la spiritualité, Timmoruilité de Pâme, ont employé des raisonnements métaphysiques et subtils, peu capables cle 4ire impression sur la multitude : Voltaire a pris une autre voie. Sachant combien Tanne du ridicule est puissante» il n*a employé que celle-là , parce qu*elle ne demande aucun examen, qu*eile subjugue tous les esprits superficiels. Peu lui importe que ses assertions soient absurdes, ses sophismes puérils, ses raisonnements contradictoires ; il sait que le grand nombre des lecteurs n'examine rien, ne discute rien ; que tout ce ^i débarrasse des terreurs d'une rel^n gênante pour les passions, est reçu avec avidité, entraîne les applaudissements et multiplie les pros é-

Ïtes. Et voilà le but où il tendait, et la marche qu'il a suivie. Insi s'il Tomit des blasphèmes, ils sont tournés en raillerie ; s'il débite des impiétés, elles sont aiguisées par la pointe de la satire ; s'il veut renverser les dogmes les plus certains, c'est en les travestissant sous l'enveloppe du ridicule ; s^il anéantit tout, âmes, esprits, peines, récompenses futures, ce n'est pas en discutant leur existence, c'est en accumulant le sarcasme et l'ironie ; enfin, s'il attaque mœurs, doctrine. Écritures, il n'a garde d'employer des raisons, on en sentirait le faible; mais il persiffle, il fait rire; et cette sÀluction platt, parce qu'elle amuse, et qu'il est plus aisé pour des hommes voluptueux de mépriser une religion qui les incommode, que d'examiner si elle est fondée dans ses préceptes et ses menaces.

Et tout cela est revêtu du coloris le plus enchanteur : ses blasphèmes ne paraissent plus atroces, parce qu'ils sont brillants : il ne saisit en tout que l'écorce des objets, mais il les peint du pinceau le plus gracieux ; et ce projet extravagant, aue lui-même ne dissimulait pas, d'être le rival du iondateur du christianisme; ce projet fastueux, qui flattait son orgueil, dont il avait essayé l'ébauche dès sa jeunesse et dans ses premières productions, il l'a continué de la même manière et par les mêmes moyens. Il a bien senti que l'édifice de la religion était bâti sur le roc, que depuis près de deux mille ans il avait résisté aux chocs les plus violents : que des attaques sérieuses de sa part seraient les efforts d'un pygmée ;

Su a-t-il fait? Il s'est attaché à lancer des sarcasmes, à plaisanter nement en prose, à blasphémer en jolis vers, et il a réussi .auprès des gens légers et frivoles, des petits-mattres à qui ce clinquant suffit, des femmes à prétention qui ont cru avoir de l'esprit en frondant ce qu'on avait toujours respecté, auprès d'une jeunesse évaporée, livrée au plaisir , à qui ii épargnait les remords. El cette jeunesse aura bientôt formé la génération présente, qui sera

57i PIECES JUSTIFICATIVES.

remplacée par une autre encore |>his dépravée, si on u*opnose pas promplement à ce torrenl une digue puissante et redoutable.

On comprend aisément qu*en insultant à la religion, Voluire n*a pas plus respecté les mœurs : ce n^est même que pour rompre les barrières qui les défendent, qu*il a voulu renverser uoe relîgioD qui en est la sauve-garde la plus sûre. Si elle D*eût proposé que des dogmes spéculatifs à croire, des mystères inconipréhensibles à la raison, et non pas des maximes austères qui foudroieDl la volupté, cet impie n'eût jamais pensé à lui contester sa divinité.. Mais en lui ôtant ce sceau sacré, il voulait débarrasser du frein incommode de ses menaces et de ses supplices, exempter de crainte des hommes licencieux, et faire recevoir avec avidité ses productions infâmes, où le libertinage de Tesprit et la corruption du cœur semblent s'être concertés pour y rassembler les maximesles plus obscènes, les peintures les plus sales, et tout ce que la lubricité la plus outrée a jamais pu imaginer de plus révoltant.

Il fallait bien que ses poésies fussent de nature à soulever ce qui pouvait encore rester d honnêteté, de pudeur, puisque dans un siècle où on ose tout, on n'a jamais osé les produire que dans les ténèbres, que Fauteur lui-même s'est toujours hâté de les désavouer dès qu'on les lui attribuait. Sans doute, personne n'a été dupe de ces mensonges de convenance, mais c'était au moins un témoignage non suspect, qui annonçait l'horreur que devaient inspirer de pareilles productions.

Et cependant ce sont ces ouvrages affreux, qu'on propose avec une publiciié scandaleuse : ce sont les lecteurs de touies les classes qu'on veut infecter de ce poison préparé à l'imprudence avide, et â la curiosité téméraire de louie une jeunesse déjà si portée à l'avaler. Il n'est point parmi vous de père" de famille qui n'arrachât des mains de ses enfanls ces aboniiuablos poésies : comment donc soulîririez-vous qu'elles fussent mises en honneur, que l'appareil fastueux qui va les décorer devînt une amorce enchanteresse pour ceux que ces pièces furiives et isolées n'ont pas encore perverlis ?

Une expérience déjà trop longue et trop funeste ne doit-elle pas sullire pour que vous vous liàliez de proscrire, avec la plus inllexiule sévérité, et celle inipudenle souscription, et les suites qu'on voudrait y donner? Faudra-t-il attendre que tout soit perdu , que l'édifice entier des mœurs soit renversé, pour essayer de le relever? Déjà les plaintes reteIlti^sent partout que noire jeunesse, ennemie de la gcuc et de la contrainte, déleste tout travail sérieux ; que dans les conditions les plus dévouées à la réserve et à la sévérité des mœurs, elle ne connaît presque plus de règle, que Tauloriié paternelle elle-même est impuissanle pour la réprimer; que ce qui n'élaii jadis que dissipation et légèreté, est devenu libertinage et dépravation entière; que le sexe même, chez qui la modestie et la pudeur étaient destinées à embellir les dons de la iialure, affecte

PIFX'ES JUSTIFICATIVES. 573

un ton de liberté qui va presque jusqu'à la licence et à reffronierie. Or demandez-en la cause à ceux qui sont le plus répandus dans les sociétés, ils vous diront que les ouvrages seuls de Voltaire ont creusé cet abtme; que la séduction du style et Tamorce de la volupté les ont fait filtrer partout ; que c'est par eux seuls que les femmes se sont initiées à ces connaissances d impiété et de libertinage, en sacrifiant à ces lectures le temps destiné à de bonnes œuvres; qu*ils ont pénétré jusque dans les ateliers des artisans et sous la chaumière du laboureur, et que bientôt rien n*échappera à ce torrent, qui dévaste tout sur son passage, aux ravages de ce fléau, destructeur de tous principes vrais et de tous seniimens honnêtes.

Si, à des intérêts si grands^ si augustes, je voulais mêler ceux de la magistrature outragée et avilie dans les écrits de Voltaire, ce motif seul sufBrailjiOÎlr arrêter le cours d'une édition qui va transmettre ces insultés à la postérité la plus reculée. Sous prétexte de discuter les arrêts des cours souveraines, d'en examiner la justice, cet auteur, qui n'avait pas même les notions indispensables pour cette discussion, se permet, avec une légèreté inouïe, les censures les moins fondées : ce n'est pas tout, il en prend ocoasion d'att^uer les magistrats , de calomnier leurs motifs et, en suivant sa marche ordinaire, de répandre le vernis du ridicule sur ceux qu'il veut rendre méprisables. Que doit-il arriver de là ? C'est que les contestations qui ont servi de prétexte à ses sarcasmes s'oublieront ; on perdra bientôt de vue et les faits et les intérêts peu importants des particuliers, mais l'impression demeurera; le respect dû aux tribunaux, qui seul maintient celui qui est dû ù leurs décisions, disparaîtra; chaque citoyen se croira en droit, à l'exemple de ce téméraire satirique, de vous citer à son tribunal domestique, d'y casser vos arrêts ; et de cette censure privée se formera une opinion publique de mépris, c'est-à-dire, ce qu'il peut y avoir de plus funeste pour l'ordre public et la tranquillité particulière.

Ledirai-je, Messieurs? vous n'avez point été assez effrayés des événements tragiques qu'on savait avoir été occasionnés par les ouvrages impies et licencieux de Voltaire. Ce jeune homme d'Âbbeville, que ses blasphèmes et ses attentats firent condamner au dernier supplice, avoua que la lecture seule de Voltaire l'avail conduit à l'échafaud. Ces jeunes militaires, qui se portèrent de sang-froid, il y a quelques années, au plus affreux suicide, attestèrent dans letirs testaments de mort que cette fureur tranquille leur avait été inspirée par les écrits de Voltaire. Quelles conséquences n'eussioz-vous pas dû tirer de ces aveux? Quelles mesures promptes, efficaces, fortes, n'auriez-vous pas dû prendre pour étouffer des ouvrages qiii avaient pu enfanter de pareils monstres? Eli ! ne voyez-vous pas aujourd'hui combien ont été impuissantes les précautions faibles que vous aviez employées pour arrêter des

574 PIÈCES JUSTIFICATIVBS.

ravaffes doDl on ne connaît même que b plus petite oartie (parce que les autres sont renfermées dans le sein des famillet», réduites k en gémir dans le siience) ? Plusieurs de ces écrits de Voltaire ont été flétris par ?os arrêts ; quelques-uns même ont été eoo* damnés aux flammes ; et cependant, au mépris de cette réprobation judiciaire et publique, on les a reprooiiits : on les annonce comme devant entrer dans cette collection générale. Et vous verriei tranquillement qu*on afliche» avec celte audacieuse osleota* tion, le peu de cas qu on fait de vos arrêts, de la décence publique, de Timprobation de la plus saine partie de la natioq! Vo«s soaffri* ries que sous vos yeux des hommes méprisables, qui n^osent pas même se montrer, prennent des mesures aussi efficaces pour conserver les plus petits lambeaux échappés du portefeuille de leur héros, pour que rien ne se perde des impiétés dégoûtantes, des ordures obscènes dont il a souillé sa plume ! Vous le savez, liessieurs, semblable à ces fleuves rapides, qui, roulant avec eux les matières étrangères et impures qui s*y sont mêlées, les déposent çà et ]k sur le rivage, et ne portent à la mer que le tribut de leurs eaux, cet art admirable, inventé pour éterniser les productions de Fesprit humain, après s*étre chargé, comme en passant, d'ouvrages inutiles, frivoles, les abandonne ordinairement dans sa course, ne pense plus à les reproduire, et ne transmet constamment à la postérité que les ouvrages utiles au progrès des sciences et des arts. Mais comme si les entrepreneurs de la collection que nous dénonçons craignaient cette marche naturelle de Timprimerie, ils se bâtent de réunir tout ce qui peut assurer la perpétuité de tous les ouvrages infects qu'ils ont rassemblés; ils accumulent toutes les précautions, qui, leur donnant une valeur sans bornes^ les rendront précieux, et ménageront leur conservation.

Rendez donc inutile cette conjuration funeste k la religion et à la société : montrez la même s<.)llicilude, la même rigueur pour étouffer ces poisons des esprits, que vous avez montrée pour arrêter le cours de cette contagion, qui menaçait nos fortunes et nos vies. Des hommes, plutôt avides que méchants, avaient découvert dans une plante presque ignorée, une vertu funeste, d'autant plus dangereuse que l'usage en était plus lacile, pour endormir et dépouiller les citoyens. Vous avez senti les suites terrible de cette espèce de brigandage, qui n'ayant rien de violent, ne laissait presque aucunes traces ; vous avez cru devoir en punir les premiers essais par des châtiments si rigoureux, qu'ils fussent capables d'inspirer une terreur salutaire. Tout le monde a compris combien cette sévérité, qui d'abord eût pu paraître excessive, avait été nécessaire. Servezvous à vous-mêmes de modèles ; ne vous bornez pas à empêcher l'effet de cette criminelle souscription : trouvez dans votre sagesse les moyens nécessaires pour étoutter, s'il est possible, ces germes de corruption, qui empoisonnent les cœurs, pour empêcher Tactivité de ce levain qui fermente depuis trop longtemps, et qui est

prêt de gangrener la masse entière de la nation, pour ftûre rentrer peu à peu dans les ténèbres de i*oubli des ouvrages qui nVussent jamais dû en sortir.

Nous ne vous proposons pas pour remède la juste sévérité de vos prédécesseurs. Dans un siècle ridiculement philosophe, ob Ton ne conoatt de vertu au*uoe cruelle tolérance, cette sévérité serait regardée comme barbare : mais au moins est>il permis de vous la remettre sous les yeux. Des auteurs impies et licencieux avaient composé des vers conire l'honneur de Dieu et l'honnêteté publique * : la cour les condamna au dernier supplice comme criminels de lèse-majesté divine, et comme étant, par leur système plus Tunestes à Tordre social que les empoisonneurs et les incendiaires. Elle étendit la peine prononcée contre les auteurs sur ceux mêmes

3ui s*en trouveraient saisis, et les libraires furent décrétés de prise e corps, et poursuivis suivant la rigueur des ordonnances. Puisse au moins cet exemple vous convaincre qu'il est des cas où les cours doivent, pour arrêter la communication d'une épidémie meurtrière, déployer toute la rigueur de la puissance que le prince leur a confiée; et que la ri»ligion, les mœurs, l'intérêt politique luimême l'exigent quelquefois des magistrats, qui savent qu'en sapant les fondements de la religion, on bannit toute les vertus, 3u'on établit le règne des vices, qu'on anéantit les motifs de la épendance la plus nécessaire, et qu'on rompt tous les liens de la société !

Ce 10 mars 1781.

Note envoyée par Beaumarchais aux gazettes étrangères, en réponse au précédent factum,

S9 avril 1781.

MoifSlIVR ,

On a imprimé dans plusieurs gazettes étrangères que M. Caron de Beaumarchais, comme correspondant à Paris de la Société littéraire et typographique, qui imprime en Allemagne les œuvres de VoUatre, avait été dénoncé par un magistrat au paiement. Vous êtes instamment prié de vouloir bien désabuser le public sur la fausseté de cette annonce en imprimant ma lettre.

Voici ce qui peut avoir fourni le prétexte d'un aussi plat mensonge aux bulletinistes parisiens. Je ne sais quel aboyeur obscur a fait clandestinement imprimer le plus sot écrit, sous le titre de Dénonciation au Parlement de la souscription de Voltaire, ayant pour épigraphe Ululnte et damate. Hurlez et aboyez, dans lequel il travers mille aboiements on lit que Jf . de Voltaire a peint des

' Théophile, Berthelot, en lôSS*

atrocités du pinceau le plus gracieux, gu'U a plaisanté finement en prose et blasphémé en jolis vers, qu'il a réussi auprès des petitsmaîtres et des femmes à prétentions qui ont cru avoir de l'esprit,,., que dans ce siècle ridiculement philosophe on ne conoaît de venu qu'une cruelle tolérance (au Irès-grand regrel de Tauteur), etc.

Celle sorlie d*un cuistre iuconnu contre une Société étrangère occupée d*un[superbe ouvrage, a été reçue, comme elie le méritait, avec le plus profond mùoris. El la cruelle tolérance de ce siècle ridiculement philosophe -est le seul moiil qui ait empêché M. de Beaumarchais de rechercher el de poursuivre les pauvres auleurs de la ridicule et fausse annonce des gazettes, parce aue sans doute on leur a donné quelque argent pour vivre^ à condition de Tinsérer dans leurs bulletins.

N^ 17 (page 249).

A Monsieur le comte de Maurepas.

Ce S7 novembre 1778.

Monsieur le Comte,

L'aiïaire de mon malheureux ami P... me serrait si fort le cœur et occupait tant ma tête Tautre soir, que j'oubliai totalement de vous dire ce aue j'ai Thonneur de vous écrire : vous en ferez Tusage que vous voudrez.

Si le roi, par hasard, n'avait pas encore fait son choix sur le cadeau qu'il veut faire à la reine pour sou heureux accouchement, j'ai sous la main quelaue chose qui a le triple mérite d'être tellemcnl un pnHent royal que cela ne peut convenir qu'à la reine, d'ôire parfaileinenl inconnu el de pouvoir s'acquérir par une rente et sans bourse délier dans ce moment-ci. Ces trois qualités m'ont paru propres à mériler la préférence à ce cadeau s'il eu est encore temps. C'est une garniture de cheminée en cristal de roche, garnie, ornée et semée de toutes les pierreries du monde.

La pièce du milieu est un j^rund poisson de cristal caparaçonné en diamants el portant un vase de cristal tout enrichi de pierreries qui contient une pendule, laquelle corresj^ond à un carillon dans le corps du j)oisson ; le tout est porié par des dauphins <le cristal et posé sur une terrasse chargée de coraux auxquels sont suspendus des diamants en poires de toutes les couleurs, ainsi que des pierres de choix bien mélangées, comme rubis, saphirs, éuiéraudes, etc., dont la terrasse est semée ; ainsi que de grosses perles qui servent de coquilles à des tortues d'émail. Tn socle de marbre blanc est le soutien du tout, et tout cela est de la plus grande richesse el surtout du plus i^rand goûl. Deux vases de cristal lie roche très richement ornés de diamanls et de guirlandes de pierre-

ries sont les deux pièces de côté ; enfin deux flambeaux aussi de cristal de roche et tout aussi somptueusement enrichis que le reste» achèvent cette garniture de cheminée composée de cinq pièces.

Si cette légère esquisse d*une très-belle chose, absolument unique en son genre, pouvait exciter la galanterie, le désir, ou seulement la curiosité du roi, on porterait cela chez vous, Monsieur le comte, bien en cachette : le roi pourrait le voir aussi mystérieusement, et dans le ras où cela agréerait à Sa Majesté, le tout serait un beau jour sur la cheminée de la reine avant qu*aucun ne s*en doutât : et vous savez de quel assaisonnement Tignorance et la surprise sont en pareil cas. Maintenant vous croyez peut-être à ma description qu'une

Pareille garniture doit coûter la rançon de François I«r; mais homme qui s'est échauffé la tète sur cette superbe composition, qu'il a réellement osé destiner à la reine, pour son accouchement, est un joaillier diamantaire qui veut se retirer des affaires. Voilà pourquoi une rente lui convient. 11 estime sa garniture plus de 200,000 livres, et la donnera pour moins de 1 60. Il consent même, après le cadeau consommé, si Testimation de son chef-d'œuvre ne va pas plus haut que sa vente, de subir la perte qu'on voudrait, tant il est sûr d'avoir fait la plus belle collection de pierreries avec la plus grande économie.

J'ai tout dit. Rejetez ou admettez mon idée ; mais faites-moi la justice d'en regarder l'offre et l'annonce comme une suite du trèsrespectueux dévouement avec lequel je suis, etc.

. Caron de Bbauharchais.

N« 18 (page 250).

A Momieur Necker,

Parin, se octobre 1781.

Monsieur,

Si vous étiez encore chargé du poids énorme des finances du royaume, je me garderais bien, et pour vous et pour moi, de traiter devant vous la frivole question d'une justification littéraire, et ma fierté vous garantirait de mon importunité ; mais vous êtes rentré dans l'ordre civil, et c'est surtout maintenant que je ne puis souffrir une imputation de lâcheté qui me fait rougir jusqu'au fond de l'âme.

On m'accuse devant vous, je le sais, de m'être permis, dans un ouvrage léger que je destine au théâtre, dos plaisanteries ou des sarcasmes qui portent sur vous.

Recevez, Monsieur, la déclaration d'un homme d'honneur qui n'a jamais trahi la vérité, qu*en aucun temps, pendant votre administration^ je n'ai écrit un mot ni contribué à l'impression de rien

TOMF II. 37

67d PIÈC£â iUSTIFlCATIVKsk

qm vous fût défagréable. Si je n*» pat iNgoan

et turtout k forme des moyeiu (TéooMMrîe ^m

moins ftî-je onverteoieDi et eoMtammeai admiiéb Ibiree ctle

rage d*eiprit oui f ous menaient anx plus grandes choses» et je

pas pins alors dissimnlé detant tos amis mon ntféloyi qam met

seratkmscritiqnes. Imenogetlà-dcansM. MaimoMd, U^mm

»' > snis sincère; intervogsi même «om méamiR lera qn*en tonte occasion, à comniwiwr par^fi oli je crois bien que tous aviei tort* jnsqn^anx olijeind*^ tîon sur lesquels le hasard mla mis en eannxMiîon nvee mon caractère ferme et vrai ne s'est jamais déaMMî; mum il j n bien loin de cette conduite ùrancbe et lojale I la lâdtfié de harceler sourdement nn grand administratenr pnbiîc, ei. sartiwl i Todienz, à rinllme procédé de tous attaquer anjoanTU et de troubler nn repos d^uUnt plus respectable à mes jenx, q«*il «t STCC Testime publique la seule recompenie de nm iaui traYani.

Vous m*aTei bal, persécuté même» je Fai sn : et moi je «"ai

de TOUS rendre tonte la justice oui tous est due, et de toos regarder comme le premier eiemple aun grand mérite à sa Traie pinoe. M. le comte de Maurepas n a point oublié qu*aprèa TOtre bmmmnaiion, mon premier mot fui de lui dire : Au moms «oâà le règme deê pUUi proufféi fNftH^; k vrai wèérUe emfn fûtdes ndminiam» leurs.

Je ne puis donc supporter, Monsieur, que tous et H^ Necàcr me regardîet comme un mécliani homme cjne je ne snis point» et je soumets sans résenre k celui de tos amis que Tons enoôircs, la comédie de moi qui ts paraître, et si Ton j trooTe nn seul mot qui puisse SToir le plus faible rapport k tous, je consens que TouTrage soit è rinstant jeté au feD.

Une légère critique de quelques traters des hommes en général, semée dans des (luts de gaieté, doit trouver grâce devant tous les bons espriu; : cVst, je crois, le but de la comédie, mais le théâtre u*est pas fait pour dégénérer en satire personnelle, et je me croirais doublement punissable si j*en donnais Todieux exemple aux dépens d'un grami homme.

Je devais cette justification à la véritable estime et à la respectueuse considération avec lesquelles j'ai toujours été et m'honore d'élrr plus que jamais, Monsieur,

Votre très-humble, etc. Signé : Caro!< de Beadhakchais.

Je prends la liberté de présenter mon respectueux homma"e à M** Necker. Je ne me rappelle pas sans un extrême attendrissenient comment elle a usé de voire pouvoir en faveur de rhuroanité bouflraiite.

N« 19 (page 252).

A Monseigneur le garde des sceaux.

Paris, ce 1er juin 1780.

MoifSEIGlOSUR ,

Je ne puis résister au mouvement qui me porte à vous importuner; mais j*ai la tète et le cœur pleins de la bonne action que vous venez de faire, il faut que je cède et que je vous remercie, comme on remercie Dieu, d'avoir rendu la vie au plus honnête, au plus vertueux des hommes de mérite, le pauvre, Taimabie, le digne Dupaty. Ses autres amis et moi, nous ne savions plus qu'en faire; il est sûr qu'il serait mort sous peu de temps. Votre courte lettre, mais pleine de franche bienveillance , vient de Tarracher au plus affreux état.

Puissiez-vousdans vos afflictions, Monseigneur, rencontrer autant de consolations que vous venez d'en procurer à tous ses amis, et ils sont nombreux, parce qu'on rencontre peu d'hommes qui réunissent comme lui les vertus de l'état le p^is austère aux qualités brillantes de l'esprit le plus orné.

Personne ne sait plus que moi combien la persécution qu*jl souffre est odieuse; j'ai passé quaire mois l'année dernière à Bordeaux, dans le foyer des absurdes ressentiments qui lui préparaient dès lors les violents chagrins auxquels votre équité va le soustraire.

Mettez fin k ce digne ouvrage et recevez d'avance les actions de grâce d'une foule de gens sensibles, au nom desquels je suis avec la plus respectueuse reconnaissance, Monseigneur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur. Signé : C. os Bbaomarchais.

N« 20 (page 260).

Lettre de la comtesse Fanny de Beauhamais à Beaumarchais.

Quoique je n'aie pas l'avantage d'être connue de vous. Mousieur, une âme telle que la vôtre a trop de droits à l'estime, pour que ma conliance puisse vous étonner. L'énergie qui vous caractérise honore votre siècle, autant qu\>Ile justifie la démarche que je fais; et, croyez* moi, dans ce siècle d'égoïsmc et de pusillanimité, vous seul. Monsieur, pouviez me rendre Tespoir. Un uni souffrant, malheureux, digne d'un sort contraire; un ami que le chagrin accable (puisse l'amitié le sauver!), est l'objet de ma lettre. Et ne pensez pas surtout qu'il ait des torts, sa position n'en aurait

que plus d'amertume, mon zèle n*eD serait pas moins actif : je lui connais assez de vertus pour racheter bien des fautes : mais il est, ce zèle, il est de ma part un devoir, et non un procédé. M. Dont, je ne crains point de vous nommer un de vos admirateurs les plus sincères et un des hommes du monde qui méritent le plus dlntérét, sans avoir à se reprocher rien, victime respectable d'un revers cruel, d'un de ces événements qu'on ne peut prévoir, d*une banqueroute de libraire, dont sa délicatesse a voulu porter seul les embarras, après avoir satisfait h tout, se trouvç aujourd'hui dans une gène si affreuse et d^ns de telles inquiétudes, que sa santé s'altère, que la douleur le consume, et qu^une amie tremblante, même pour ses jours, ose, Monsieur, sans vous connaître, confier à votre honnêteté ses vives alarmes. Non, non, vous ne trouverez jamais plus de reconnaissance, ni une plus belle occasion d'exercer la noblesse et la générosité de vos sentiments ; mais, hélas! Monsieur, il n'y a qu'une somme de vingt mille francs qui puisse le tirer de cette crise. Il les payerait en six ans, trois mille et quelques cents livres chaque année. Sa probité vous répond de son exactitude. L'honneur, et tout ce qui est sacré a un cœur sensible, n'ont pas besoin d'autres garants. Mais je le ferais, s'il le fallait .. Mon Dieu, il n'y a rien que je ne signasse pour constater l'acte du service le plus important que vous puissiez jamais avoir rendu. Et, s'il vous était impossible de prêter cette somme, en cas que vous voulussiez bien en être la caution, je me chargerais. Monsieur, de la lui faire avoir. Ah ! comment vous dire quelle joie je ressentirais en apprenant A M. Dorât que ses peines sont finies! Le calme, la sécurité, le sentiment si doux de la reconnaissance succéderaient, dans son Âme, aux plus douloureuses agitations. Je vous conjure du moins, si une fatalité inouïe s'opposait à ce que je ne peux attendre que du cœur le plus rare, d'y renfermer le secret et les malheurs d'un ami bien précieux. Je vous avoue, Monsieur, qu'un refus, dans des circonstances aussi pressantes, me ferait tant d'impression, aue pour l'adoucir, s'il est possible, il vaudrait mieux que vous renaissiez la réponse à ma lettre à un de vos amis et des miens, qui doit vous en parler. Cet ami est bien aimable, et il vous apprécie. J'ai Thonneiir d'être. Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,

Iva C"« DE Beavharnais.

No 21 (page 360).

Li'llrc du président Diipaty à Beaitmarctuiis. Vous êtes bien aimable de m'avoir envoyé un billet de loge, mais

je doule fort que je puisse en faire usage, attendu que je dois aller à votre Figaro anee des personnes sitspwtes, qui ont leurs raisons pour ne pas se montrer en public; c'est-à-dire, car avec vous il faut s'expliquer sur ce chapitre , avec une mère et ses filles. Si donc la loge n'est pa« une de celles du rez-de-chaussée où l'on n'est pas vu, votre billet ne pourra me servir. Vous pourriez cepeudanl dans ce cas-là réchanger contre un billet de loge du rez-de-chaussée ; il ne manque pas de gens qui ne demandent pas mieux que de se montrer. Enfin, je vous renvoie ce billet el vous prie de me faire le Ï>laisir el le très-grand plaisir d* arranger toutes choses à la satis« action de ces dames.

Recevez, je vous prie, toutes mes amitiés.

Réponse de Beaumarchais à Dupaty,

Je n*ai nulle considération, Monsieur le Président^ pour des femmes qui se permettent de voir un spectacle qu'elles jugent malhonnête, pourvu qu'elles le voient en secret. Je ne me prête

Ïioint à de pareilles fantaisies. J'ai donné ma pièce au public, pour 'amuser et pour l'instruire, non pour offrir à des bégueules miti- §ées le plaisir d'en aller penser du bien en petite loge, à condition 'en dire du mal en société. Les plaisirs du vice et les honneurs de la vertu, telle est la pruderie du siècle.

Ma pièce n'est point un ouvrage équivoque ; il faut Tavouer ou le fuir.

Je vous salue et je garde ma loge. Signé : Beacmahchais.

Ce 10 mars 1784.

No 22 (page 360).

Lettres de Diderot à mademoiselle Vokmd, tome II, p. 444,

Je dis à M"*» Legendre, que ceux qui ne connaissaient M"^ d'Holbach que sur la parole de M. Suard, ne la connaissaient point, parce que M. Suard n'était pas payé pour en dire du bien ; je vis et je crois que je vis bieu, que M. Suard avait eu la malhouuéteté de décrier la baronne dans l'esprit de son ami... Voilà donc ce qu'on appelle des honnêtes gens. Ils sont admis dans une maison, le maître de la maison les comble d*honnétetés, de bons offices, les prend en estime, en amitié, et leur en donne toutes les marques

Il» PIÈCES JUSTIFICATIVES;

iBM§iiiablef; poor Tai rôooBMMer on SMi loiril^ «iMome poar corronpra m lenime, et quaM oo ii*y a ptt réiiÉ^ oo dh pii que pendre de celle fenme.

JlAm mmmgê, tome u, p. 413*

■ Tii proiié de rooeeMon qae j^aftie d*éenre I Siiard poor loi kver 11 tête d*importeiice. Voos nva oo foos oe nvei pas qoll avait eo rindiscrétion de in*envojer, loiit iroe eofeloppe volante, wi livre anglais rempli de ligiirei iallBiiea. J*ai tàcbé de Ivi faire eomprendre les saites possibles de soo action: la eormption de ma Aile et mon étemelle haine. Voilà nos gens qni portent dans leor poche la toise dont ils mesurent si strictement les ouvrages des antres et leurs procédés, et •voilà un d*eotre enz qui s*ezpose à foire sécher son ami de douleur et qui foit ce qu*nn firduqael de gninse ans» qui aurait eu à envoyer un pareil ouvrafe, rue Froidmànteaui à une c...., n*aurait pas bit par respect pour Ini-iiiénie,

N* 2S hù (page 364).

LkUrt de Feydd à Bêamiarehaii,

Paris, oe 11 ao&t 1784.

Monsieur,

Il j a quelques jours que, ne sachant où donner de la léte, je ro*avisai d écrire à un académicieD philosophe pour le conjurer de me procurer une place de biblioihécaire, de secrétaire, ou de précepteur, après quMI m'aurait examiné. 11 me répondit qu*il était obligé de placer plusieurs jeunes gens qui lui avaient été recommandés par des personnes de distinction.

Le lendemain j'écrivis h un académicien dévot. Il me répondit que rien n'était plus aisé que de me jeter dans les bras de la Providence. Le lendemain, un financier me tint quatre heures à jaser dans une baraque du Louvre, où nous étions allés, lui, pour acheter des livres, moi pour en vendre. Je m'informai de son nom, je lui écrivis. Il m'envoya un écu pour me prouver, disait-il dans sa réponse, combien il s intéressait à l'honnêteté souffrante.

Le lendemain je reportai cet écu chez son maître avec une lettre où je le remerciais de mon mieux, et j'allai à la halle vendre une chemise. Le lendemain j'écrivis à un homme en place à qui le hasard m'avait procuré autrefois roccasion d'être utile. Je le priai

PIÈCES îTUSTIFICATIVES. ' 583

de me faire petit commis dans un petit bureau. 11 m'envova par un laquais une réponse très-polie où il ro^invilait ^ passer clïei lui le lendemain.

Le lendemain j*allai chez lui. Sa réception fut aussi gracieuse que sa lettre, mais une visite quMl reçut au bout de quelques minutes me força de me retirer et lui fit oublier sans doute les raisons pourquoi j'étais \h.

Le lendemain je m'acheminai par la rue Saint-Jacques, dans le dessein de chercher une place de correcteur d'imprimerie. Je parcourus vingt fois cette rue et les rues voisines, mais je n'eus pas assez de force pour vaincre ma timidité, et je m'en retournai sans avoir parlé à personne.

Hier j'allai me présenter chez le concierge des Saints-Innocents, et je le priai de me louer une échoppe qui est sous la porte des charniers, en entrant par la rue aux Fers. 11 me répondit; que ces échoppes ne se louaient pas, et que M. (e recteur les donnait aux écrivains qui avaient de bonnes protections.

Je songeais ce matin à faire mes préparatifs pour l'antre monde, lorsque ie me suis souvenu qu'il y avait près de ^eux mois que je n'avais lu les papiers publics. J ai porté mes quatre sous sur le pont Notre-Dame, j'ai lu dans le Journal de Paris, du 4 août, une lettre signée Caron de Beaumarchais, et j'ai senti mes yeux se mouiller.

Aujourd'hui, Monsieur, j'ai l'honneur de vous écrire : ce n'est pas de l'argent que je vous demande, c'est de l'occupation, une occupation quelconque. Si vous exigez de moi des témoignages d'honnêteté, je peux vous en produire de non équivoques.

Supposé que vous ne souscriviez pas à ma demande, je vous prie de me renvover ma lettre sous enveloppe, pour toute réponse ; mais je vous prie aussi d'y joindre un billet d'entrée pour le Mariage de Figaro, afin que j'aie au moins la satisfaction de rire encore une bonne fois avant de faire le saut du Pont Royal.

J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, Feydel, écuyer, chez Jf. Chagot, limonadier, me de la Vannerie, quartier de la Grève,

No 23 (page 371).

Au sieur Caron de Beaumarchais,

800,000 Ut. Exercice 1786. F© 707

11 est ordonné au garde de mon trésor royal, M. Charles-Pierre- Paul Savalete de Langes, de payer comptant au sieur Caron de Beaumarchais la somme de huit cent mille livres, que Je lui ai

accordée par ma décision du 5 février présent mois, pour indemnité et pour solde de tout compte, relativement aux pertes que les changements de destination ont occasionnées à la flotte marchande et au commerce du sieur de Beaumarchais, pendant Tannée 1778, et les premiers mois de 4779. La présente avec quittance dudit sieur de Beaumarchais, portant renonciation à toute demande ultérieure de ladite somme de 800,000 liv., sera employée au premier acquit du comptant, oui sera expédié par certiGcation ik la décharge dudit sieur Savalete de Langes. Fail à Versailles le 42 février 1786.

Comptant au trésor royal.

BON Signé : Louis.

• No 24 (page 433).

A Monsieur de Crosne, lieutenant de police.

Paris, le 13 mal 1789.

Monsieur ,

Vous m*avez invité à vous écrire ce que j*eus Fhonneur de vous dire hier matin. Le souvenir récent d'un mal affreux et public rend Tinquiélude excusable quand le danger menace encore ; punir le crime et les excès commis est TofBce de la loi et des magisirais de la loi; les prévenir esl celui de Taulorilé surveillanle, et Ton ne pense pas sans douleur qu'une maison gardée par qualre cents baïonnclies a été brûlée en plein jour.

Ce problènic reslaut à résoudre, rend plus vives les inquiétudes de quelques citoyens menacés; je suis du nombre et voici ce que j'aperçois.

Tous les ouvriers de bâtiments s'assemblent certains jours à des heures fixes : quand on les voit se pelotonner le soir en des endroits inusités, il se prépare quelque chose. Voilà plusieurs soirées que je fais cette remarque; j'ai entendu dans l'un de ces pelotons CCS mots : // y en aura bien d'à ulrca tnès avant lu semaine prochaine ; un homme de mes amis a entendu sortir d'un autre ces uiots :

C'est la nuit qu'il faut travailler.

Les poissardes du cimetière Sainl-Jean parlaient tout haut en plein marché, il y a peu de jours, de mes nuiisons comme de /iVtur dévoués.

Un infâme sujet, jadis mon portier, nommé Michelin, loge sur ce

marché au coin de la rue de la Verrerie, chez un potier de terre au second.

Ol homme, oui a joué le rôle d*un faux témoin dans mon dernier procès, salarié par mes ennemis et justement soupçonné d*avoir placardé mes portes et cassé mes bas-reliefs, est un de eeui qui soulèvent la canaille contre moi. Ces instruments aveugles des vengeances secrètes, une fois mis en mouvement, vont sans Dul examen oii la méchanceté les conduit.

J*ai eu rhonneur d'ajouter, Monsieur, eu rous parlant, que si la surveillauce ne se ralentissait pas dans ces apparences de repos, mon avis devenait inutile, mais que si la sécurité rendait les soins moins attentifs, on courrait peut être le risque d'être surpris par de nouveaux attentats.

Recevez avec bonté ces avis dictés par mon zèle et aussi par ma sollicitude et faites-moi la justice de me croire avec un dévouement très-respectueux, Monsieur,

Votre très-humble, etc. Signé, Caron db Bbaumabchais.

N" 25 (page 457).

Aux Acteurs de l'Opéra, assemblés.

Ce 3 avril 1793.

Mes frères et s(curs, ou plutôt, c*est mieux dit, mes sœurs et frères — honneur au beau sexe,

C*est un très-bon projet que le mélange des deux genres, pour accumuler des recettes : celui du grand opéra, et celui de Vopéra parlé et chanté.

Avec les superbes accessoires de votre spectacle, aucun autre ne pourra soutenir votre concurrence.

Mais c*est un nouveau genre de talent que vous devez perfectionner en vous. L'habitude du chant continuel nuit au débit de la comédie, et la longueur en tue Teflet, surtout dans la comédie gaie.

L*uniqne désir d'être utile à votre spectacle m'a fait vaincre la répugnance que j'ai de m'occuper d'autre chose que d'étriller tous les chiens qui m'aboient. J'ai été voir à muche-pot la deuxième représentation du Mariage. Et voici mes observations. Il faut à votre théâtre plus de mouvement et de variété. Jetant par la fenêtre Tamour-proprc d'auteur, j'ai réuni le troisième avec le quatrième acte, il y aura moins de comédie et le chant sera rapproché, la pièce deviendra plus courte; et un beau ballet pour la noce terminera bien le Mariage. Le genre de la pièce indique assez de quelle dégaine ce ballet doit trotter. Ce sont moins des danses

françaises que le genre vif et grenadin des Maures, dont les Espagnoles ont conservé les goûts, une noce de Gamache à peu près. Vous privez votre spectacle d'un de ses plus grands attraits, si vous faites scission entre le chant, la parole et la danse ; ne négligez pas cet avis.

J*ai trouvé vos autres actes vides. Gomme tous les actes commencent par des paroles, il n*j a rien de si ^acé que d^entrer sur la scène pour parler pendant que le public sVnnuie. Il faut de grands et beaux morceaux d*orenestre pour remplir ces longs intervalles et mettre de la variété; cette remarque est essentielle.

Je désirerais entre le premier et le deuxième acte la répétition désordonnée d'un ballet vif quelconque, et qui ressemblerait aux répétitions du foyer. Des mutineries d*actrices, la colère do maître de ballet, les rires de quelques jeunes danseurs, des morceaux entamés, point finis et une impatience générale qui «menât une espèce de farandole, etc. , etc. Cette façon de traiter un ballet appartiendrait à cette folle journée, et aurait Tair de préparer la fête que Figaro a imaginée.

Si vous ne faites pas un effort pour réchauffer cette pièce il vaudrait mieux l'abandonner.

Être piquant ou nul , c'est là votre devise.

Quant aux scènes parlées, je demande ^ Bartholo, qui a bien la prestance et le jeu de son rôle, de s*appesantir moins sur le débit, île fouetter davantage sa première scène avec Marceline, avec la brusquerie d*un vieillard toujours en colère.

Je demande à ma Spinette, qui joue Suzanue très-gaiement, de contraster avec Phumeur de Marceline, dans la scène de leur débat au premier acte, par une ironie légère ei tine. "Une des grâces de celle scène est que l'une rit pendant que l'autre se fâche. Laissons l'aigreur :'i la vieillesse, puisque c'est l'âge des regrets.

J'ai trouvé le petit pyge un peu dégingandé ; c'est ou naïf, ou polisson qu'il doit être, cela esi très-aisé à réparer.

Le coinie Almaviva jouera fort bien la comédie, je le prie seulement de distinguer la noblesse du caractère qu'il représente de V('ch(tssure qui gourme un peu l'acteur, et son débit y gagnera de la vivacité, car ce qu'on désire le plus c'est que la pièce marche; du reste son rôle est fort bien.

Il n'y a dans celui de Figaro que quelques changements de position à faire à la .scène, qui lui donneront plus de finesse, c'est l'alfaire d'un instant h la répétition. Je le prie de réfléchir, en homme d'esprit qu'il est, qu'un degré même léger de charge peut faire une farce de cette pièce, car Figaro est un mauvais sujet, mais fin, rusé, éduqué et non pas farceur. Du reste rien à dire sur la vivacité du débit.

Je prie Basile de débiter et non d'appuyer sur toutes ses syllabes comme s* il chantait des vers. Il fait beaucoup languir cette scène

PIÈCES JUSTIFICATIVES. TiSTÎ

du petit page dans le fauteuil; la comédie ne marche pas ainsi. Oubliez le théâtre, la scène se passe dans une chambre.

Si vous adoptez ces idées, la pièce reprendra vigueur et vous encouragerez par là quelques hommes de mérite à travailler pour TOUS. Je ferais alors l'impossible pour aller à huis clos vous entendre répéter tous avec le vif désir de contribuer, si je le puis, à multiplier les succès du premier théâtre du monde.

Signé : Beaumarchais.

Je n*ai rien dit de la comtesse, qui a la décence de son rôle; on désirerait quelquefois un jeu un peu plus animé.

No 26 (page 49^).

Note médite de Beaumarchais sur Jean^Jacques Rousseau.

Moi, qui ne suis point hypocrite, je me suis longtemps inquiété, pour savoir au vrai si Jean -Jacques était devenu enthousiaste de la yertu ou 8*il n'était qu'un forfantier. Ses grands ouvrages ne m'ont instruit de rien. J'ai relu bien des fois ses Confessions^ très-faiblement, très-inégalement écrites, et je crois fort bien le connaître; il ne m'est resté qu'un scrupule c'est de savoir s'il aurait eu le courage de s'accuser fièrement, comme il l'a fait de beaucoup de bassesses et même pis, telles que l'abandon de ses enfants, l'accusation calomnieuse d'une pauvre servante sur un vol qu'il avait commis lui-même, l'abandon de son maître de musique au milieu d*une rue de Lyon, en accident d'épilepsie, et plusieurs autres Uchetés. La question que je veux résoudre en puisast dans ses aveux mêmes, est de savoir si avec un degré de vertu égal à celui qu'il se donne et que je lui accorde, il eût eu celle de s'accuser publiquement s'il ne se fût cm à couvert par sa haute réputation; si, en un mot, dans le cas ou il n'eût été jugé qu'un écrivain commun, il eût eu le courage de s'accuser de ses bassesses. Cette question vaut la peine d'être traitée à fond. Je le ferai impartialement. Je me suis fait une objection que je ne veux pas oublier. Y a-t-il une seule des actions de la vie de Jean-Jacques qui puisse servir de modèle de conduite et de jugement à un homme bien sensé? Pour moi, je l'avouerai, jo me serais cru au-dessous de la plus lourde médiocrité, si je m'élais conduit comme lui dans ce qu il rapporte de lui, toutes les données étant égales. C'était un pauvre diable qui avait du génie ou plutôt un génie, mais qui n'avait ni conduite ni caractère : toute sa vie en est une preuve pour moi.

N» 27 (iMige 509).

A CoUin d'HariewUe, qui m*a donné un exemf^ire de «m pohne allégorique $ur Melpomène et sur Thalie.

Parit oe U Tentôie an tu. (4 oian 1799.]

Poar lire un joli poème, s*amiiser d*un charmant ouvrage, U faut, mon cher Citoyen, avoir le coeur serein, U tète libre ; et bien peu de ces doux moments sont réservés a la vieillesse ! Autrefois j*écrivais pour alimenter le plaisir; et maintenant, après cinquante ans de travaux, j* écris pour disputer mon pain à ceux qui r ont volé è ma famille.

Que ttescêUentt chevaux j« «ow mourir auxfioeriM !

Mais j*avoue que je suis un peu comme la Claire de Jean4acques, ^ qui, même au travers des larmes, le rire échappait quelquefois. Je sais qu'il faut du relâche à Tesprit; et je m*eu suis donné un très-agréable, en lisant vos deux manières de traiter k vie, les courses présumées de Melpomène et de Thalie,

La première chose qui m*a frappé , après les gr&ces de votre style, est la bonté de votre naturel. Tel autre n*eAt vu dans ce cadre qu*un moyen d^exercer son talent satirique ; les deux muses du thâtre en offraient un fier canevas! Vous, rendant à chacim ce qui lui était dû, n*avez dit que ce qu*il fallait pour n*irriter ni les vivants, ni la mémoire des morts, en nous faisant aimer Técrivain qui nous instruit en badinant.

Les courses des deux sœurs sont pleines de vers heureux. Ceux cil vous faites descendre Eschyle dans Farène [lour combattre Sophocle sont beaux.

Il est vaincu.

Malheureux !... D'an seul jour il avait trop vécu. [Yen parfait.) U fuit ; la jeune élève, eicasable peut-^tre. Préfera pour époiu son amant à son moitre.

Les deux premiers tragiques sont classés. Je saisis au hasard plusieurs vers dans la foule de ceux qui m^ont le plus frappé ; sur Thonuis Corneille, par exemple :

Faible émule sans doute et rival téméraire , Mais qui serait fameux s'il n'eût pas eu de frère.

C'est le traiter bien favorablement.

Et, sur ce frère si justement célèbre...

Ces Romains, ces héros qu'il aime à rappeler ,

Sont plus grands, plus Romains, quand il lex fnit parler >

Et Racine,,.. Racine! avec quelle perfection de style décourageante....

C'est l'àme à' Euripide et !a ?oix de Virgile.

Et la mort de Voltaire qui disait dans sa loge, le jour de son couronnement : Vous voulez donc me faire mourir!

Si son &me s'exhale en ces touchants adieux ,

Plus encor que les ans, sa joie en est la cause.

C« n'ett point une mort, (feti une apothéote. (Bmo vert.)

Le ton vif de Thalie contraste heureusement avec le ton majestueux de sa sœur. Vos vers courts et serrés lui donnent bien sa véritable allure.

Sur le Festin de Pierre, si sottement nommé ainsi par les Français, «pour traduire il œnvivo di Pietra {sic), le convive de Pierre, qui en est le vrai titre, les deux vers suivants....

D'un homme on peut prendre l'habit; Mais lui yole-t-on sa manière ?

ne sont point gâtés par ceux-ci de Voltaire, dans ses Etrennes aux

acno»

Le lourd Crévier, pédant, crasseux et ?ain, Prend hardiment la place de Rollin:

Je dis de vous :

7/ ett beau d'être bon, à côté d'un tel homme I

Et ce bon La Fontaine mis auprès de Molière, avec une distinction aussi fine que juste : Comme un valet prend Thabit de son inattre>

D'analyser le cœur humain , Entre eux se partageaient la pomme; Mais l'inimitable bon homme Ârait prit un autre chemin.

Cest bien, c*est bien.

Dans le préambule d'un conte, où j'avais, comme de raison, mis les fables au premier rang de ses ouvrages, je m'étais permis de dire :

Mais garda-t-il son mérite infini, Quand il mêla, dans un conte erotique, Les vers du siècle au jargon marotique ? Mélange ingrat qui le rend inégal, Et singulier, bien plus qu'original, etc., etc.

Pois étonné du blasphème qui m* échappait, je reviens à moi et

lui dis...

Malt, ^ mon maître ! excuse un badinage. De ton disciple accepte un pur hommage. Nul plus que moi n'a senti tes beautés ; Têi vert naXft et jamais imités ^ etc.

5yo PIECES JUSTIFICATIVES.

Je nriiouore d'avoir défini eomme vous, cd mmÛMe boti^ homme. . .

Vous avez beaucoup honoré Destouches, le froid Destouches ; pour le Dommer après Molière, il n*y avait guère à en dire que cela....

Céuit une large' manière.

Un air digne, on noble regard

Et de Boissy?...

Et l'enjoAment du Babillard La diTcrtit sant la lédulre

.... est très-joli. Jamais d^amertume : c*est bien. Ce que vous dites sur les comiques d* Angleterre est fort juste...

Ces Anglais ont, dans lenr gaité, Et surtout dans la raillerie, Un fiel mordant, une dcreté Insupportable, en rérité I Quand des Français on a goûté Le sel et la plaiMnterie

Lu critique eût été parfaite, approuvée de tous, si vous eussiez dit : qu*à travers ces défauts, et en abusant^ ils nous ont appris à oser, à sortir du sentier battu de nos monotonies françaises, où trop souvent la pi:emière scène nous fait deviner la dernière.

Mais, ce qui m'a le plus touché, c'est qu'ayant eu à vous pbindre si gravement de Fabre, vous ayez rendu hautement justice à la plus belle de ses pièces, le Philinte!,., Quand il m'en fit une lecture chez moi, je lui dis avec une naïve colère : Comment pouvezvous réclamer votre tour pour d'autres ouvrages, ayant eu le bonheur de faire celui-ci ? Il me répondit : Mais il les tuera ! — Hé bien! Monsieur, ce n'est qu'un suicide; un n'est point pendu pour cela !

Adieu — Je veux pourtant finir par une observation dont je ne fais quartier à nulle personne que j'eslinie. J'en ai le droit , moi, typognijthc de \oUnir(' ! Après ce qu'il enseigne, croyez-vous donc ()u')l soit permis de laisser imprimer rimparfait de nos verbes, par un oi? Voyez la mine que fait un étranger quand on lui du que le mol connoissois doit se prononcer connaisêtiis ! que Fratvçois et Anglais riment avec l*ortugais, et non avec Suédois, Angoumois, Artois, etc. Ces barbarismes de nos imprimeurs welches ne doivent plus èire soufferts : les auteurs vivants ont seuls droit de s'y opposer ; car les morts ne réclament point contre ceux qui les réimpriment.

Adieu. Je ne fais aucun doute que vous ne soyez octroyé sur l'indulgence demandée aux deux Muses en ces vers :

Muses , du moins je réclame la. vôtre : Heureux surtout, trop heureux si, pour prix Du Krain d'encens qu'à toutes deux j'oflRris • L'une de vous me recommande à l'autre !

PIECES JU.STll'ICATn ES. 5yi

Et pourquoi pas, bon homme? les femmes ne re rusent jamais ce qu*on demande si joliment, k moins, pouriant, qu'on ne soit de ceux-là qui signent comme moi, le vieux bon homme,

Caron de Beaumabchais.

Réponse inédite de CoUin d'Harleville.

Paris, S5 octobre.

Ce n'est qu'avant hier, cher et respectable confrère, que votre lettre m'a été remise par Taimable Demouslier. J'arrivais de la campagne r»ii j'ai passé dix jours, galopant (non sur Pégase) des rives de l'Oise au riant vallon d'Emile. La lecture de votre gentille et intéressante épftre m'a tout de suite délassé. J'ai pourtant été un peu trombe dans mon attente. Une lettre de quatre pages me promettait plus de critiques, et voyant des vers entremêlés avec la prose, j'espérais en trouver un plus grand nombre des vôtres. Encore les premiers sont bien sévères pour notre bon homme, mais la tin a tout réparé. Le moyen d'en vouloir longtemps au bon La Fontaine? Je vous pardonnerais encore plus aisément votre rigueur même pour les contes que votre excessive indulgence pour mon petit poème; je ne presserai pas trop cette corde cependant. 11 est si doux d'être loué par ses maîtres. Le style de Melpomène ne m'est point familier et cela doit me faire trouver grâce aux yeux des censeurs, seulement j'ai cru ou ftlutôt j'ai senti que l'on ne pouvait aimer l'une des deux Muses, sans s'intéresser tendrement à l'autre ; si j'osais me servir d'une comparaison qui paraîtrait trop familière, je dirais que l'autre est comme une belle-sœur. Voyez d'ailleurs comme l'auteur du Misanthrope se rapproche du style et du ton de Corneille, interdum attoUit comœdia vocem, et le bon Corneille, dans ses plus beaux passages, est souvent naturel et naïf comme Molière. Puisque j'ai nommé Conieille, je ferai un aveu : c*est que je ne suis pas content de ce que j'ai dit de ce grand |>oëte, •*était peut-être le cas de dire simplement :

Mais elle a mis ailleurs son amour et sa gloire , Corneille est k ses pieds.

et de s'en tenir U.

Je conviens que j'ai un peu trop bien traité son frère, et même Destouches; pour Racine, j'en ai parlé avec amour, c'est tout dire. Je suis parfaitement de votre avis sur la justice que je devais rendre aux hardiesses dramatiques des Anglais, je suis d'autant plus inexcusable que J'étais plein de leur théâtre. Depuis quelques années, Yoong, Pope, Shakspeare, et surtout Sterne sont près-

oue ma de vif eomka meDoer, ^

dios et lêi boit. Delille n*y a pas mb ôo jardinier, an cullivaiênr, c*est dommage ; je Ty mettrais bien, et oe aenit mon père, on moi qui habile huit moia de l*année la campagne, qnilia et relis sans cesse les Géorffiqmê de Virgile et Gesaner; mais je ne pals, je n*ose écrire après eux. Nousaatrea auteurs dramatiques, quand nous sTons passé nos plus belles années I fhire des scènes, novs ne pouvons plus bire aulre chose; moi sortoat, je n*étab poêle (et tout au pluf) qu'autant oull le fiiUait pour faire parler met «tirera personnages, et je m'aNilaudisBais de cela même comme d*ane heoreuse impuissance de flaire dea tirades, des portraila et de faire songer à moi : tout cela était bien en comédie, encore n*éuit-ce que pour des comédies gradeusea etdoncea, mais ce ne serait pas aaseï pour décrire les beautés de la nature, il (aat donc ae borner à les sentir.

Voilà que je m'égare, et w sais bien loin de Mtijfomèm et de Thaii9, ceci est un petit malbear; mais la recomtaiiaaace ei le plaisir me ramènent I vous, cher confrère. Tout ce que voos me dites d'obligeant, fos aimaUes citations menouebent cnooie plus qu'elles ue me flattent, et cependant il j aurait bien de qooi con* oevoir de ramonr-prme ai je prenan à la lettre tout oek. J'y reconnais Totre favoraUe prérention pour moi, et cela fini toijoars

3ue je goûte un plaiair bien par et bien râicère à me rapprocher *an homme qui a tant et ai bien aenri ma Muse chérie; si je vo«laismevengrreidter àaMM tour loatce qn me plaît et me charme dans ses oavragea, favraia bean jeo, vudt je cnNa bien le joger en éiant persuadé qu'A sera plus soisible I fassurance de ma nauie estime et de mon infariable déTouement.

GOLLm HiaLSTlLLB.

P. S. Je passe condamnation sur les ots, etc. , mais je n'ai pu faire entendre raison à mon imprimeur, fort galant homme d'ailleurs, heureux s'il n'y avait pas (Vautres fautes dans mon ouvrage.

Oserai-je vous prier de présenter mes respects à !!■>• de Beaumarchais ? Daignez-lui inspirer en ma faveur un peu d^indulgenoe; je crains bien ((ue ma sauvagerie ne lui ait déplu : il y aurait de quoi me désoler pour longtemps, ou^ ce qui vaudrait mieux, de quoi me guérir de ce maudit spleen.

pièces; justificatives. ôoj

No 28 (page 521).

An citoyen François de Neiifchâleau, minisire de l'intérieur.

Paris, le l«r fructidor as n.

Citoyen Ministre,

Parmi les améliorations que nous avons droit d*espérer de votre rentrée au ministère de Fintérieur, il existe une découverte sur laquelle j'invoque votre sérieuse attention. Une des plus majestueuses idées dans les sciences qui ait honoré notre siècle et la France, est certainement l'ascension des corps graves dans le fluide léger de Vair ; mais notre nation, qui n'a au'un moment d'engouement pour les plus belles nouveautés, n a bientôt fait au'un jeu d*enfauts d'une découverte propre à changer la face du globe plus que n'a fait celle de la boussole, si Ton se fût occupé sérieusement d'élever cette idée Jusqu'à la navigation aérienne.

L'expérience manquée à Sainl-Cloud, de l'ascension dans un ballon, du duc de Chartres avec les physiciens Robert, celle plus laalheureuse encore du jeune Pilâtre des Rosiers, dans un autre ballon, reculèrent l'art de vingt ans. Je disais : des ballons! et toujours des ballons! dirige-t-ou des corps sphériques? .Un penseur éclairé me communiqua une idée qu'il avait conçue pour diriger dans l'atmosphère des navires sans pesanteur, mais sous la forme allongée des poissons, auxquels l'aérostat doit être assimilé. Des physiciens contestaient la possibilité de cette direction, sous l'objection irréfléchie qu'il n'y a pas de point d'appui dans Pair; quoique chacun voie s'élever, se soutenir, se diriger les oiseaux de toute grosseur, qui le parcourent en tous sens en dépit de leur pesanteur, et dont le plus léger est plus lourd qu'un vaisseau aérien de cent pieds de longueur, puisqu'on parvient à mettre celui-ci en équilibre avec l'air qu'il aéplace.

Ce raisonnement de mousquetaire m'irritait contre nos savants, mais pendant qu'ils décourageaient l'aéronaute M. Scott, je l'eucouraseai, moi, en faisant imprimer ce qu'il avait écrit là-dessus,

Eour lui assurer tout au moins l'honneur de sa belle inveution, par \ piiblicité de la date qu'il en prenait.

La révolution est venue; j'ai |)erdu M. Scott de vue et l'ai cru enslouti par elle; moi-même proscrit, quatre années, j'abandonnai l'idée de naviguer dans l'air, forcé de me traîner dans les routes fangeuses du nord de la haute Allemagne.

Enfin, rappelé à mon poste par la justice du gouvernement, le hasard m'a fait retrouver mon navigateur aérien. J'ai ranimé son courage abattu par des infortunes sans nombre, quoique les miennes ne soient pas moindres! Ses idées, bien mûries par des années de réflexions, m'ont paru dignes d'être offertes aux pre*

TOMR II. 38

SOJ PIECES JUSTIFICATIVE!).

■n'tëres auturitéi^. Je l'ai presque forcé de refaire nn doutmû mémoire, de l'adreswr uns protcGimr m directoire eiècntif ; sAr que, si le mémoire tous était renTOjé, ilirouTerait en Tons le pro- (ecieur de km idée.

Ah! citojea, ne Uiuoai |mi tonjours perfectionner par des Anglais usurpaieim les idées qui genDent cbei nooi; utitiwns MHiS'méine* celle -<à ! Qu'elle hràore Toire minialère ; son auteur, par sa modestie digne de votre bienTeilbnee, sollicite des c :__..___ Jonnei-ïes loi de votre choix. Le d "■ ■ ■■

belle découTCTte ; ptusieiiTs bons phpieient sont de noire ans Iftdessus. Obliendrii-je de vont, ministre, que TOtu jeliei un coup d'œîl appréciateur sut le mémoire plus étendu que le citoyen Scnll acIiÈTe, BTiDl de le renfnjer t personne? C'est un bel encouragement k lui donner. 11 aura l'honneur de tous le présenter avec on autre mot de moi r trop modeste pour que j'ose le diarser d'être le porteur d'une lettre uti je tous ilis ce bien de lui. Je rovn adresse en droiture celle-ci, flatté d'une occasion de rappeler i Totre souvenir ne homme qui a tonjours fait le {dus grand cas de Tos talents, qui honore *otre personne et espère en tor sages Tues dans le poste im[>ortant oh notre bonheur tous ramène. Silut et respect, Signé : Cmoi^ REAi'xiRcnAis.

L* miniulre de l'ialérieur, ou cîloyvn Carou Bdiumaixluiis. Pipii, le 4 fructidor *D ti.

I^itote:<, je suis très-reconnaissant de tout ce que vous voulei bicu me dire d'obligeant et Je vous prie d'en recevoir ma romorclnicnts. J'ai toujours été surpris que les stiTanis ne se fusisent pas appliqués i tirer des aérostats un parti plus utile ï l'humanité, qu une si belle découverte fût si longtemps restée au berceau et

S je nous enssioQ»!, ptmr ainsi dire, aliandonné aux étrangers la „oirc de pcrrectiunncr une invfntioii qui nous était duc. Il i">t vrai que jusqu'à présent les Icnialives n'ont pas été eneDurageaotr". Je d<yre que le citoyen S<»tL soit plus heureux ; le portrait que vous faites de ce savant augmente le dé»ir ijue j'ni de voir le mémoire tyte tous ui'aauunuex; vouk pouvei être assuré que je le lirai avec intérêt.

Salut et rrateraité, François di Niitciutui-.

Au citoyen François de Netifchàteau, ministre de l'intérieur.

Paris, ce 4 fructidor an vi.

CiTOTEM Ml!fISTBE,

Ce mot vous est remis par le citoyen Scott, inventeur de la seule direction qui me semble possible pour les navires aéro-ambulants dont on a nommé les premiers essais, aérostats, par une singularité propre à notre nation seule, de toujours appliquer légèrement des noms aux nouveautés, contraires à ce qu*elles présentent, n'y ayant rien de moins statique que ce que Tair fait voyager aussi vague* ment que lui-même.

Je ne vous sollicite point de protéger la personne du citoyen Scott, mais d'assurer le succès de ses vues, si vous jugez ainsi (}uc moi de leur utilité.

Ah! que vous feriez, Citoyen, une chose digne de votre sagesse, si vous vous opposiez à ce qu'un homme à cheval cherche à prostituer, avec un grand danger, la découverte des narelles aériennes pour amuser stupidement les oisifs de cette cité ! Qu'un accident arrive à l'écuyer, ou au cheval, ou à tous deux, ainsi qu'à ceux que leur chute peut écraser; l'horreur universelle éloignera de cinquante ans ce que l'on projette aujourd'hui : la navigation aérienne. Nul capitaliste ne voudra joindre ses fonds au génie de son inventeur ; et les nations rivales diront, nous regardant avec mépris : ils ne savent qu'abuser de tout ce qu'on imagine chez eux !

Le seul homme, Ministre, qui ne soit point un charlatan de folles expériences, est le citoyen Scott, ancien officier estimé, qui vous remet un fort mémoire sur son utile découverte.

Je vous salue, vous honore, et vous aime.

Garon Beaumarchais.

FIN Dr DEUXIEME ET DERNIER VOLUME.

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