‹ Beaumarchais et son tempsChapitre 11 sur 23 · BBAT7MARCHAIS AU FOR-L EVÉQUE · texte numérisé non relu

BBAT7MARCHAIS AU FOR-L EVÉQUE

Voilà donc Beaumarchais enlevé à sa famille, à ses affaires, à son procès, et emprisonné contre toute justice. En d'autres temps, une telle iniquité n'eût point passé inaperçue ; mais le public s'intéressait alors trèspeu à l'homme qui devait bientôt devenir son idole. « Ce particulier, dit à cette époque le recueil de Bachaumont en parlant de l'autour du Barbier de Séville et de l'aventure que nous racontons, ce particulier fort insolent ', qui ne doute de rien, n'est point aimé, et, quoique dans cette rixe il ne paraît pas qu'on ait à lui

' Il est à remarquer que, si les uns reprochaicot i. Beaumarchais d'être trop insolent, d'autres, et notamment Dumouriez, qui était alors en liaison d'amitié avec lui, trouvaient qu'il n'avait pas mis assez de bonne volonté à rencontrer de nouveau le duc de Chaulnes le lendemain de la scène (voir auît pièces justificatives n" 5 une lettre que Dumouriez écrit à Beaumarchais , plusieurs années après , pour reconnaître ses torts et s'excuser T. I. 16

reprocher aucun tort, on le plaint moins qu'un autre des vexations qu'il éprouve. »

La première lettre de Beaumarchais dans sa prison est assez philosophique ; elle est adressée à Gudin :

« En vertu, écrit-il, d'une lettre sans cachet* appelée lettre de cachet, signée Louis, plus bas Phelippeaux, recommandée Sartines, exécutée Buchot et subie Beaumarchais, je suis logé, mon ami, depuis ce matin au For-l'Évêque, dans une chambre non tapissée, à 2,160 livres de loyer, où l'on me fait espérer qu'hors le nécessaire je ne manquerai de rien. Est-ce la famille du duc, à qui j'ai sauvé un procès criminel, qui me fait emprisonner? Est-ce le ministère, dont j'ai constamment suivi ou prévenu les ordres? Sont-ce les ducs et pairs, avec qui je ne puis jamais avoir rien a démêler? Voilà ce que j'ignore j mais le nom sacré du roi est une si belle chose, qu'on ne saurait trop le multiplier et l'employer à propos. C'est ainsi qu'en tout pays bien policé l'on tourmente par autorité ceux qu'on ne peut inculper Avec justice. Qu'y faire? Partout où il y a des hommes, il se passe des choses odieuses, et le grand tort d'avoir raison est toujours un crime aux yeux du pouvoir, qui veut sans cesse punir et ne jamais juger. »

Tandis que les deux rivaux sont sous les verroux, hvrés aux réflexions qu'engendre la solitude et méditant sur

d'avoir mal parlé de lui dans l'affaire de Chaulnes). !3«;aumarchais pouvait répondre à ses détracteurs qu'il y avait pour lui plus d'un péril à passer outre, la famille du duc étant très-puissante. " Cette plaisanterie, que Beaumarchais renouvelle dans ses mémoires contre Goëzman, s'explique par ce fait que l«s lettres de cachet, qui s'appelaient aussi lettres closes, se distinguaient des autres missfves royales en ce qu'elles étaient seulement signées de la main du roi et n'étaient point scellées ^iu grand sceau de l'État.

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les inconvénients des liaisons disproportionnées, occupons-nous un peu de M"= Ménard, En apprenant l'accès de fureur du duc de Chaulnes, cette belle Hélène étail allée se jeter aux pieds de M. de Sartines, en implorant sa protection. Le galant magistrat l'avait rassurée de son mieux ; le lendemain elle lui écrit :

« Monsieur, « Quelque lémoignage de bonté que vous m'ayez fait connaître en me prenant sous voire protection, je ne peux vou& dissimuler mes alarmes et mes craintes ; le caractère de l'homme violent que je fuis m'est trop connu pour no. me pas faire redouter un avenir qui sérail aussi funeste à lui qu'à moi. Pour m'y soustraire el le sauver de son jaloux transport^ je suis absolument résolue de me mettre au couvent. Quel que soit mon asile, j'auiai l'honneur de vous en informer. J'ose vous supplier qu'il soit pour lui inaccessible. Je joindrai cet important bienfait à la reconnaissance dont je suis d'avance pénétiée pour vos offres de services. J'y compte si fort, qu'à l'abri de votre nom et sous votre autoiité j'ai déjà placé ma fille au couvent de la Présentation, où dès ce soir M. l'abbé Dugué m'a fait le plaisir de la conduire. Daignez,, Monsieur, proléger également la mère et l'enfant, qui, après Dieu, mettent toute leur confiance en vous, confiance qui n'a d'égale que les sentiments respectueux avec lesquels j'ai riionneup d'être. Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,

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