‹ Beaumarchais et son tempsChapitre 20 sur 23 · SUR LE PROCÈS DE BBAUHARCHAIS CONTRE GOEZÏÏAS · texte numérisé non relu

SUR LE PROCÈS DE BBAUHARCHAIS CONTRE GOEZÏÏAS

Sur l'air Des bourgeois de Chartres.

D'une vierge féconde L'eufautemenl, dil-ou, Attira bien du monde A Jésus, h l'ânon.

— Noys élouiïons ici, dit l'enfant à sa mère; Renvoyez-moi ce parlement.

— Non , dit Maupeou tout doucement,

A l'àne il pourra plaire.

— Oh! dit l'âne, j'en doute, Je renonce aux procès ; Voulez-vous qu'il m'en coûte Autant qu'à Beaumarchais?

Pour moi je ne prétends faire aucun sacrifice.

— Mais, dit La Blaclie, il le faut bien ; Croyez-vous qu'il n'en coûte rien

Pour gagner la justice ?

— Nous avons peu de gages, Répond l'auguste'corps.

Et pour DOS équipages

Il en faut de très-forts.

Nous pouvons exiger ces petits sacrifices ;

Au plus offrant nous accordons

Ce qu'à d'autres nous refusons :

Cela tient lieu d'épices.

— G ciel ! quelle impudence !

Dit Goëzman l'imposteur ; J'en demande vengeance.

Je suis le rapporteur.

Parbleu ! je ne prends rien, ma femme peut le dire. A ces mots, le bœuf et l'ânon Lurent l'interrogation

En éclatant de rire.

PIECES JUSTIFICATIVES. 51TJ

La dame, tm peu féroce,

D'abord avec esprit

Répond que c'est atroce

A tout ce que l'on dit ; Hais bienlôl, se coupant dans sa vive n^plique, Dit, à sa conlronlalion, Que la perle de sa raison

Vient d'un étal critique.

Lejay contre la porte Restait comme un nigaud :

— Qu'est-ce donc qu'il apporte?

Dit le bœuf un peu haut.

Goëzman lors répondit : — Cesl un point qu'on discute Pour ma justification ; C'est une déclaration

Dont j'ai fait la minute.

Avec son humeur noire Baculard approcha Présentant un mémoire Que l'àne fort glosa :

— Adieu, mes compagnons, j'ai peur de la gourmade.

J'aime mieux ne jamais parler Que d'être le sot conseiller D'une telle ambassade'.

D'un grand air d'importance Certain homme arriva.

Disant : — Ma bienfaisance Jusqu'à vous s'étendra.

— Quèsaco ? dit Jésus, quel est ce genlilhamàiie

On répond : — C'est un roturier, Fripier d'écrits, vil usurier, Une bête de somme.

— J'apporte ma gazette, Dit Marin hautement.

— Ah ! bon Dieu ! qu'elle est bête !

1 D'Ârnaud-Baculard prenait dans soq mémoire le titre de conseiller d'uo»bassade de la cour de Saxe.

Dit Josepli en bâillant.

Non, jamais je n'ai vu platitude pareille ; Qu'il retourne à La Ciolat, Sur l'orgue avec l'âne il pourra Concerter à merveille.

— Pour le coup, j'en appelle, Cria le Grand-Cousin 1;

En haut de mon libelle Je vous parle latin.

— Sors, s'écria Jésus, au diable ta personne !

Laridon et le Sacristain Ont un goût si fort de Maria Que l'odeur m'empoisonne.

Pour assoupir l'affaire, DonGoëzman, poliment.

Vient offrir à la mère De tenir son enfant.

— Serait-ce sur les fonts ? ciel ! quelle audace extrême !

Fi ! Monsieur, vous changez de nom ; J'aimerais mieux que le poupon Se passât de baptême *.

Le président suprême ^, Avec ses yeux de bœuf Et son esprit de même, Porte un édit tout neuf.

—~ Donnez-le, dit l'ânon, j'en veux un exemplaire; Il suffit qu'il n'ait pas de sens.

Je le lirai de temps en temps Pour m'exciter à braire.

Le Sauveur d;ins la presse Beaumarchais reconnut.

— Cet homme m'intéresse,

' Bertrand d'AiroUes.

2 Allusion à la fausse signature apposée par le conseiller Goezman au bas d'un acte de baptême.

3 Berihier de S.iuvigiiy, premier président du parlement Maupt'ou-

Dit-il, dès qu'il parut. En vain Cliâleaugiron contre lui se rebecque';. Qu'il prenne place près de moi ; Ses Mémoires seront, ma foi, Dans ma bibliotiièque.

Certain cx-mililaire ^

Dont on sait la valeur,

De Goëznian le faussaire

Digne solliciteur, Voyant près du Sauveur Beaumarcbais à sa place, Dit en jurant comme un païen :

— Gens du guet, prenez ce coquin ;

Il me fait la grimace.

Jésus s'écrie : — Arrête!

Modère ton ardeur.

Capitaine Tempête,

Surtout, de la douceur ; Pour les concitoyens sois aussi débonnaire, Aussi doux sur les fleurs de lis Qu'on le vit pour les ennemis

Quand tli fus militaire.

Joseph avec colère Dit à lous de sortir.

Et qu'après celte affaire L'enfant voulait dormir.

— Ah ! c'est donc sur ce ton qu'on nous met à la porte ! Quoi! Beaumarchais seul restera!

Mais son mémoire on brûlera.

L'auteur dit : — Peu m'importe.

0 troupe incorruptible, Retournez à Paris ; Ce coup sera sensible A tous les bons esprits.

« Un des conseillers du parlement Maupooules plus hostiles à Beaumarchais. - Le président de Nicolaï, ennemi déclaré de Beaumarchais et ancien colonel de cavalerie.

La bêlise chez vous a passé la mesure. Peut-êire que cet accident Nous rendra Tancien parlement ; On dit la chose sifre.

No 8 (page 427).

Je, soussigné, reconnais que M. de Beaumarchais m'a remis pour le Roi tous les papiers contenus dans les deux inventaires qui y sont joints et sont relatés dans la transaction du 5 octobre dernier, passée entre mondit sieur de Beaumarchais et la demoiselle d'Éon de Beaumont ; desquels inventaires je lui ferai donner un double pour servir à sa décharge; déclarant que le Roi a été irès-salisfait du zèle qu'il a marqué dans cette occasion, ainsi que de l'intelligence et de la dextérité avec lesquelles il s'est acquitté de la commission que Sa Majesté lui avait confiée : de quoi elle m'a ordonné de lui délivrer la présente attestation pour lui servir en tout temps el partout où elle pourra lui être nécessaire.

Fait à Versailles, le 18 décembre 1775.

Signé : Gravier de Vergexnes.

N° 9 (page 43G).

Lettre inédite de Beaumarchais au chevalier d'Éon, qu'il prend pour une femme.

Paris, ce 18 août 1776.

Je voudrais, ma chère d'Éon, n'avoir jamais eu que des choses agréables à vous écrire. En ce moment même, oubliant tout ce que Votre conduite a d'injuste etd'oulrageant pourmoi, je voudrais que

M. le comle de Vergennes eût choisi, pour vous répondre, quelqu'un dont le ministère vous fût moins odieux ; je voudrais, surtout, avoir emporté sur ce ministre les points auxquels vous paraissez tant attachée ; mais, indépendamment du poids que son caractère imprime à ses raisons, elles me paraissent en elles-mêmes inexpugnables et sans réplique.

«Le roi de France, me dit ce ministre, peut-il accorder àunelilie un sauf-cunduil qui se rapporte à l'état d'un officier ? Qui donc a servi le roi? est-ce M"^ ou M. d'Éon? Si Sa Majesté, apprenant après coup la faute que ses parents ont commise en sa personne contre la décence des mœurs et le respect des lois, veut bien l'oublier et ne pas lui imputer comme un tort celle de l'avoir continuée sur elle-même en connaissance de cause; faut-il que l'indulgence du roi pour elle aille jusqu'à charger le feu roi du ridicule de son indé cent travestissement, en employant celte phrase du modèle qu'elle a l'assurance de nous envoyer elle-même : Ordre... de ne plus quitter les habits de son sexe, comme l'a ci-devant exigé le service du feu roi mon a'ieul, etc., etc ? Jamais, Monsieur, le service du roi n'a exigé qu'une tille usurpât le nom dhomme et l'habit d'officier ou l'état d'Envoyé. C'est en multipliant ainsi ses prétentions téméraires que celte femme est parvenue à lasser la patience du roi, la mienne, et la bonne volonté de tous ses partisans. Qu'elle reste en Angleterre ou qu'elle aille ailleurs, vous savez bien que nous ne mettons pas à cela le moindre intérêt. Sur son extrême désir de repasser en France, je lui ai fait dire, par vous, que l'intention du roi était qu'elle n'y rentrât que sous les habits de son sexe, et qu'elle y menât la vie silencieuse , modeste et réservée qu'elle n'eût jamais dû abandonner. Je n'ajouterai pas un mot à cela. »

De ma part, ma chère, j'y ai bien réfléchi. D'honneur, je ne conçois pas plus que le ministre de quelle utilité peut vous être le nouvel essai que vous tentez sur sa complaisance.

Si votre retour en France vous est indifférent, que ne vivez-vous tranquille où vous êtes, avec ce que le roi vous a donné, sans revenir incessamment sur des choses faites et sans renouveler toujours des demandes inaccordobles ?

Si votre dessein est réellement d'y rentrer, que veut dire tout ce pointillage? Espérez-vous un temps plus convenable, un roi plus magnanime, un ministre plus équitable, un solliciteur plus enipressô, des conditions meilleures? La vie s'use, et vous languissez expatriée.

Ma chère amie, je vous le dis à regret : j'ai bien travaillé, tenté

bien des choses, el je n'espère plus rien obtenir pour vous à litre d'une justice dont on croit avoir de beaucoup passé la borne avec vous. Quant aux grâces, vous sentez comme moi qu'une conduite entièrement opposée à la vôtre peut seule vous les mériter.

Croyez-en un homme qui, malgré vos loris affreux envers lui, vous a servie, vous sert et vous servira de (ont son cœur, si v( usnième n'y mettez pas des obstacles éternels. Votre ton décidé, ti anchant même, indispose le ministre. « 11 semble voir, me dit-il, non une fille modeste et malheureuse qui demande des grâces, mais un le potentat cjui traite avec son éi^al pour les intérêts du monde. Si le désir de lui faire du bien , Monsieur, vous fait oublier combien cela est ridicule et déplacé, je dois m'en souvenir, moi. » Voilà ses phrases.

Pensez-y bien, ma chère d"Éon : sans revêtir ici d'autre caractère que celui d'un homme qui vous veut du bien, je me hâte de vous en prévenir, si vous voulez que mon amitié ne vous soit pas absolument inutile, adoucissez votre ton, el surloul prenez une résolution sage.

M. votre beau-frère peut vous certifier que cet avis est le plus important que je puisse vous donner. Je compte fiiire un tour à Londres pendant les vacances du parlement de Paris ; je vous y verrai de tout mon cœur et m'estimerai fort heureux si je puis encore contribuer à votre bonheur futur.

Bonjour, ma chère. Signé : Beaumarchais.

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