‹ Beautés de l'histoire de la Grèce moderneChapitre 29 sur 42 · AMUSEMENS DES GRECS, JEUX, DANSES · texte numérisé non relu

AMUSEMENS DES GRECS, JEUX, DANSES

La course h pied est le divertissement que les Grecs aiment le plus dans leur adolescence ; elle plait surtout aux jeunes Arcadiens^qui s'y abandonnent pendant les^ beaux jours dëté«

a57 Ijds vieillards ou les papas président quel-' quefoisàce jeu, et délivrent le prix destiné au vainqueur.

La lutte, le dgérid et le disque, jeux aux-* quels les Crées s'exerçaient dans l'antiquité > sont encore en usage. La lutte est à peu prés la même quç celle dont la description des jeuic Olympiques , ou des jeux de Tlsthme , nous i:e trace le tableau.

a Les athlètes qui devaient concourir se tenaient dans un portique voisin; ils furent appelés à midi^ ils étaient au nombre de sept* On jeta autant de bulletins dans une boîte placée devant les présidens des jeux. Deux de ces bulletins étaient marqués de la lettre A > deux autres de la lettre B , deux autres d'un C, et le septième d'un D. On les agita dans la boite ; chaque athlète prit le sien, et l'un des présidens appareilla ceux qui avaient tiré la même lettre» Ainsi il y eut trois couples de lutteurs , et le septième fat réservé pour combattre contre les vainqueurs des autres. Us se dépouillèrent de tout vêtement , et après s'être frottés d'huile ils se roulèrent dans le sable, afin que leurs adversaires eussent moins de prise eu voulant les saisir,

» AussitôtunThébainetun Argien s'avancent dans le stade ; ils s'approchent , se mesurent

ij8 des yeux et s'empoignent par les bras. Tantôt , appuyant leur front Tun dotitré l'autre, ils se poussent avec une action égalé , paraissent immobiles , et s'épuisent éii eflorts superflus ; tantôt ils s'ébranlent par des secousses vio^ lentes, s'entrelacent comme des serpëhs, s'alongent^se raccourcissent, se plient en avant, eii arrière , sur les côtés \ une sueur abondante coule de leurs membres affaiblis ; ils respirent tin moment, se prennent par le milieu dô corps , et après aVoir employé dé nouveau là ruse et la force , le Thébâîn enlèté son adversaire ; mais it plie sôus lé poids : ils tombent j Se roulent dans là poussière> et reprennent tour i tour le dessus* A la fin le Thébain, par iWtrelacement de ses jambes et de ses bras^ Suspend touS les mëuvenieris de sijn adversaire qu'il dent sous lui, le serre h la gorge, et lé force à leVér la main pour marque de sa dé-^ faite, de n'est pas assez néanmoins pour obtenir la courotme : il faut que le vainqueur terrassé au moins deux fois son rital, et communément ils en vietment trois fois aux mains. L'Argîert . eût iWantage danà là seconde action, et le l'hébain réprit le sien dans la troisième.

» Après que lés deux autres couples de lutteurs eurent achevé leurs combats , les vaincus se retirèrent accablés de honte et de dou-*

leur. H restait trois vainqueurs i un Agrîgentîn, nn Ephésîen^ et le Thëbain dont j'ai parlé; il restait aussi un Rhodieti que le sort avait réservé : il avait l'avantage d'entrer tout frais dans la lice; mais il ne pouvait remporter le prix sans livrer plus d'un combats H triompha de T Agrigentin, fut terrassé par TEphésien, qui snccom-s basons le Tbébain: ce dernier obtint la palmeé Ainsi une première victoire doit en amenet d'auties; et dans nn concours de sept athlètes, il peut arriver que le Vainqueur soit obligé delutter contre quatre antagonistes et d'engager avec; chacnn d'euiL jusqu'à trois actions différentes.

» Les athlètes n'ayant qu'un caleçon de peatl pour nniqne vêtement ^ paraissent deux à àeu% l'un en face de l'autre ; un ccrdé immense! de spectateurs les environne* Dès que la musique a donné le signal , ils s'avancent à pad comptés en battant la mesure , et prennent des attitudes semblables à celles des maîtres d'escrime ; ils frappent dans leurs mains , et fredonnent quelques airs pour s'animer. En* suite ils se provoquent et se joignent. Alors ils se portent réciproquement leurs mains sur Té-^ paule^ et les y font peser afin de juger de k vigueur l'un de l'autre ; mais comme deux . chênes robustes, ils demeurent fermes et résistent d'ordihaire à ce premier choc. Bientôt do

leurs bras vigoureux ils s'embrassent le cou ^ et mettent en usage les ressources de leur art ; on les voit emplojer tour à tour la force et l'adresse , s'aider de toutes les ruses , jusqu'au moment où iW des deux tombe renversé sur le dos, et tend la main & son adversaire , en signe de défaite. Le vainqueur reçoit avec orgueil ie prix qui lui était destiné , tandis que le vaincu perce la foule avec précipitation , pour se dérober aux regards de la multitude ^i). » / Les Grecs modernes s^exercent encore au jeu du disque, ou les anciens tirées déplo^raieiit toute ta vigueur de leurs bras. Il consiste & soutenir une pierre du poids de vingt livrés dans la paume de la main, élevée au niveau de la téie ; on part ensuite d'un point donné ^ pour prendre sa course jusqu'à un lieu déterminé. Le prix est décerné à celui qui lance le disque le plus loin.

Ces jeux ne s^exécutent qu^à certaines épo« ques, et à l'occasion de quelques fêtes; le peuple oublie alors son malheur, et &'abandonne à la joie la plus vive. Des chants se font entendre de toutes parts, tandis que des danses graves, légères, terribles, voluptueuses, offrent un contraste piquant.

* ■ ■■ I iM I llii i. ■ m in I Ml II >— 1^— ii^^— Il -Il ■ , m

(i) y Otages du jeune jinacharsis .

> Le chef du chœur ^ c'est-à-dire de la danse ,

chante des strophes que répète la voix des

chœurs qui se confondent avec le son des

lyres, le bruit des tambours de basque, et le

murmure des musettes qui règlent les pas des

danseurs.

Ces strophes réunies forment un hymne très-célèbre chez les Grecs modernes; il est pour eux ce que fut autrefois pour les Suissç3 le rani( des vaches. Signal du plaisir y il }e pro*^ Yoque parmi les habitans les plu^ sauvages des montagnes; le p&tre le redit aux vallons ^ le n^atelot le répète sur les mers : cet hymne enfin rappelle au Grec exilai et les toits pater? nels et sa pauie.

La Candiote est la d^nse qi^e les jeunes filles aiment le mieux. Le caractère de cette danse , sa marche embarrassée^ semblent ofTi ir le tableau d'Ariane lorsqu'elle dessinait à Thér sée les détours du labyrinthe. La Candiote ^ que les jeunes ti^t% grecques ont reçue par tradition, et qui remonte peut-être à la plus haute antiquité , n'est pour celles qui Vexécutent qu'une danse ordinaire.

La danse connue sous le nom de la Valaque^ plaît extrêmement à la jeunesse , parce qu'elle exige beaucoup de légèreté et de vivacité^ ^

La P^rrhique exige plus de vigueur que de

grâce. Deux hommes armés, de poigaacds, sayancent à pas mesures, ^n agitant leurs armes, qu'ils dirigent chacun contré lui-même^ ea- ' suite contre son compagnon. I)e? sauts et 4^ mouyemens violens caractérisent cette dat^^i^ à leur impétuosité sucfcède une sorte de dé^l ' • et de fureur, . .'^^^a

A ces danses de caractère, les Grecs ^n je^,"*: i gnent d'autres ^ parmi lesquelles on distingq||f^* la Romeikaou Romaine , et la danse des Yoa* ' leurs. Dans la Romeika, un nombre considi» rable de jeunes femmes, mises ayec la^plu^ voluptueuse élégance, se tiennent par la main, se replient sur elles-mêmes^ et s*^nlacent en passant tour à tour sous le bras Tunt del'Autret Leurs. paSj d'abord lents et graves^ s*accélèrent graduellement, et unissent par éblouir le^^ yeux par leur vitesse. Pes cbçints que répèteqt les daiiscurs règlent. la mesure, de concert avec lesinstiumcus. Le. début de cette dansç est à la fois imposant et pleiij de charme , at^ milieu d'un vaste salon, q\j^ sur un plateau émaillé de fleurs. * .

La dansé nommée par les Albanais danse des Folenf's (i), s'exécute souvent ch^z le '' • -■ — : • # V \K- ' ''

( 1} J^ésopUon piurle d'une ^finse des Voleurs à peu près semblable, ^ue les Qrçcs Qélébjr^ren^ i, leur

TTx ■' J'r^Sa

pacha. Les danseurs sont ses soldats. Quelques bougies de çîre jaune, qui Jettent une clarté sépulcrale sur les spectateurs , éclairent seules une salle immense, où le paclia se tient assis flans Tangle d*un sopha. Son air est grave ; à sa ceinture sont a^ttacbés plusieurs poignards et deux pistolets ;, il a une carabine à ses côtés. SacouT; composée de soldats vôtus de capotes groisières, resl,e djeboûjt dans une attitude iBombre ; letpîirreau , par tin privilège particulier, demeure assis en face du vizir, l'œil fixé sur son ohI farouche , et prêt à faiie tomber la tête de celui qp'ua geste du pacha \m désignerait, et a l'apporter hu noblement à ses pieds. Des coryphées ^ le bras passé autour du col l'un dè,rautre , une main dans la ceinture de ïéucs camarades , unis en rond de celte naanîère , §'^éBf anlent en formant un cercle. Leurs pas., d^âbord assez lent^, s'accélèrent par degrés et deviennent d'une rapidité exlraordir naire. Au plus fort de cette rotation fatigante, se font entendre des cris* sauvages, mêles au fracas de la musique 1^ plus barbare; il arrive quelquefois que , pour augmenter l'intérêt de

retour de l'expédition de Perse , lorsqu'ils furent arrivés sur les bords du Pent-Euxin.

i ' ( Xénophpn , retraite des dix nfille» )

a64 cette danse, les acteurs y entremêlent là Pyrrhique, qui, par son caractère, s'j allie parfaitement. On feint ensuite de chercher des Toleurs ; on leur donne la chasse^ et on les ra* mène en triomphe lorsqu'on les a arrêtés*

Les Grecs ne se rcunissent guère sans danser. Cet exercice leur plaît à tous les âge« de la vie. U anime toutes hs fêtes publiques et particulières; et^ dans les jours consacrés au repos par la religion^ la d^nse enchante leurs loisirsr

DES MO]^ASTÈRES m FEMMES.

U existait autrefois beaQcoup de monastères fie fenames, bâtis dans les sjtes les plus agréa** l)les de ccHe province. Mais , Içrs de U der-y nière gperr^, le^ Albanais les o^t incendiés , après çn ayoir ou égorgé ou vendu les reli^ gieuses. Au retour de la paix , il s'en est élevé quelques nouveaux; mais ces ret«raites ne con? tieupen^ maintenant que des personnes d'un 4ge mûr*

Les évêques exercent la surveillance sur tous les couvens de leur diocèse ; les patriarches reçoivent Tinvestiture du suUan , et les évêques des pachas oy des yisirs qui gouvernent les provinces de lempire. Les évêques de ce [pays ^appellent^ par leurs mœurs, par

a65 leurs coutume §f, par la simplicité de leurs ha* bitations , les cvêques des pi'emiers siècles du christianisme. Aucun luxe ne les environne , excepté dans les cérémonies du culte. Ils mènent une conduite exemplaire, et forcent les Turcs qui les détestent à leur accorder de Teslime. Ils travaillent sans cesse à gagner la bienveillance des pachas dont leur voix touchante apaise souvent la colère. Le bâton pastoral à la main^ ils parcourent leur diocèse à pied, ou montés sur un âne , pour veiller aux besoins de leur troupeau. Ils le protègent , interviennent comme, médiateurs dans les discussions qu'il . est essentiel de cacher aux Ottomans , et parviennent assez souvent par leur sainte et douce éloquence à concilier les intérêts les plus opposés. Mais ces ministres de TEvangile sortent bientôt du caractère paisible qui leur attire de justes hommages, quand an évêque voisin empiète sur le plus léger de leurs droits. Alors ils oublient la dignité de leur état et provoquent le scandale.

Leur onction la plus difficile à remplir, c'est de faire observer Tordre et la discipline au clergé inférieur ^dont les membres ignorans et fanatiques déshonorent pour la plupart leur ministère par des mœurs dépravées.

Les papas ^ qu'on peut assimiler à nos curés,

se divisent en deux classes : Içs papas mariés et les papas célibataires. Ceux qui n'ont point contracté les nœuds du mariage avant d'avoir reçu lordination sont forces de garder le célibat j aussi la plupart de ceux qui se destinent à rétat ecclésiastique se marient avant d'entrer dans les ordres, et choisissent leur femme d'une santé robuste. En cas de veuvage, il ne leur est pas permis de contracter de nouveaux nœuds.

Cluuits des Grecs ^ rapsodes, hymne des LaconUns^ proverbes»

On retrouve encore chez les Arcadiens, et parmi les hommes de mer, quelques chants qui appartiennent à l'antiquité. On rencontre des rapsodes qu^environnent des groupes de femmes qui pleurent aux accens plaintifs que leur lyre accompagne. A l'exemple de leurs ancêtres, ils chantent encore les exploits des guerriers , comme autrefois dans la Grèce , on chantait le bouclier d'Achille, sur lequel l'art avait exprimé tant de merveilles. Je rapporterai un hymne funéraire destiné à honorer la mémoire d'un enfant du Taygéte, mort en combattant pour ses foyers.

« Mères, épouses, couronnez son tombeau;

% il s'est fané comme une rose de la Messénie, « que le vent ia midi a desséchée* w

« Son superbe vainqueur a insulté son nom ; « donnez-lui quelques larmes; invoquez le jour a de la vengeance, son heure va sonner. »

En effet, telle était l'opinion générale des Grecs à celte époque , leurs voix retroxivaîent un accent noble pour chanter l'expédition d'Egypte , en face de leurs tyrans qui , interdits et étonnés, n'osaient les frapper. Les vallons de la Laconie répétaient le nom du vainqueur des Pyramides , et ,ses fiers habitans entonnaient librement, du haut de leurs rochers, l'hymne suivant, interprète fidèle des sentimens alors communs à tous les Grecs^

« Où es-tu, redoutable Thésée! la ville « affligée t'appelle :

a Beviens-tu, héros incomparable ! reviens- « tu vainqueur de la Crète , pour voir ton <c pays livré aux tyrans ?

« Tu cries d'une voix indignée; tu cries <( aux Grecs de te venger.

« Athéniens, renommés pour votre sagesse « au temps de la république, qu'êtes-vous « devenus?

« Vous vous gouverniez sagement alors , « vous rendiez heureux les enfans d'Athènes;

it et dans les bornes de la prudence , vous « conteniez la philosophie,

« Levez-vous , fils des Grecs ! et , d'une voix (( unanime^ proclamez que laTepublique est « le seul gouvernement qui convienne aux (( hommes, »

Ils appelaient ensuite les bras du peuple entier ; ils montraient à leurs compatriotes la France, son héros , ses guerriers et ses palmes. Un secret orgueil élevait mon âme, et j'étais fier de souffrir, parce que j'étais Français (i).

A ces chants, dictés par l'enthousiasme pour la liberté, succédaient d'autres chants qui exprimaient des sentimens plus doux. Les amans, d'une voix langoureuse, faisaient entendre, dans les hameaux, les strophes suivantes , dont je rapporterai les plus saillantes, laissant à juger de leur mérite , bien inférieur sans doute aux divins accords du vieillard de Téos, Je les ai traduites littéralement.

(0 Voyage de PouqueviUe,

Jamais amour ne fut sans peines ,

Sans tourmens , sans souffrance , sans soupirs j

Jour et nuit , il n'est point possible

Que je ne soupire , que je ne dise : h^as !

Je sens que je dois përir.

Je n'ai point d'ami fidèle pour lui raconter ma douleur. Je ne croyais jamais que les traits de l'amour Fussent si envenimes et si brûlans.

Oiseaux qui jouissez de la liberté, n'entrez point dans la cage ,

Ne TOUS laissez point surprendre par leainsidieuses tromperies de l'amour -y

11 cbercbe à tourmenter, il chercbe à brûler les cœurs^

Cet amour trompeur et traître.

J'étais un oiseau exempt de soucis, Accoutumé aux plaisirs , étranger aux peines j Dans l'espoir de plus grandes jouissances , J'ai été pris dans les filets de l'amour et je brûle cruellement.

Peut-être ne me croiront-ils pas , ceux qui jamais Wont aimé , qui jamais n'ont rien perdu. Je brûle d'amour j à qui dirai-je mon tourment , Puisque les yeux que j'aime sont courroucés contre moi?

Je me flattais de tous posséder ,

Et à présent je ne sais que dire et que penser. '

Je me fane comme une fleur , je fonds comme la cire y Personne n'est en e'tat de connaître ma maladie.

n m'est impossible , ma lumière, de con'nattre hi cause Pour laquelle tu me boudes depuis si lobg-temps. Oiseau d'amour , cher à mon cœur, -Je ne m'attendais point à te voir changer.

Mes yeux, yersez des torfcns dé larmes j

'Y a-t-il dans le monde quelqu'autre plus accabla de

peines que moi?

O mon oiseau , aie pilië de moi et ne me tyrannise pas j Tu guéris ma douleur toutes les fois que tu me parles.

Mon sang se trouble , mon espril sVgare ,

Ma langue ne peut profëk'er un seul mot;

Je souffre cette injustice , je souffre

De Toir qu'un cœur jouit, tandis que Tautre se consume.

Donne-moi du p<MSOB^ je te le dem^aide par charité y Ne crains point, ma lumière, ce n'est pas un meurtre que

tu commets.

Mille fois j'ai regrette' d'être n^, Et de m'être engagé dans yotre amour.

O monim* blessée î ô mon paurre cœur ! O mon corps tyrannisé ! prends patience,* Je sais enfin, et je vois clairement Que la joie ne vient jamais sans le chagrin.

{ f^joyag^ de PowfuepUhf 1 797 ^)

Les Grecs n*ont aucune connaissance des principes de l'art musical et de la poésie , et cependant leurs chansons rappellent souvent le rithme le plus mélodieux; ils empruntent à la vérité un grand nombre de leurs chants aux Ioniens^ que leur commerce avec Tltalie et leurs courses a travers l'Archipel mettent à portée d'en recueillir de charmans airs qu'ils adaptent à leur goût. Cest encore aux Ioniens que les Grecs doivent leurs airs de danses les plus agréables.

Les Grecs reçoivent de la nature et des beaux cieux sous les({uels ils vivent les plus aimables inspirations ; ils improvisent en musique comme en vers. Les jeunes filles se provoquent par des cotsakias ou impromptus , amusement trés-en vogue chez les Grecs moderneSy et dans lequel brillent les beaux esprits. Les cotsakias qui ont réussi dans une réunion particulière , se propagent dans le public et se perpétuent même quelquefois par la tradition. Dans la Morée , les rapsodes s'en emparent et les font circuler avec ceux qu'ils ont composés à loisir ou qu'ils tiennent de leurs aïeux. A certaines époques de Tannée consacrées au plaisir, les Grecs se saluent par des cotsakias. Dans toutes les contrées de la Grèce , les hommes de tous les rangs et de tous les âges

se Ilvreàt au plaisir du chant ; ils s'acconi' pagnent toujours de quelque instrument à cordes. Les proverbes alimentent ainsi que les cotsakias les entreliens de ce peuple ingénieux : en voici quelques-uns que M. de Pouqueville a entendus dans une réunion de Grecs, et qu'il rapporte dans son voyage.

Gardez- vous, disait Tun d'eux, d'exciter le soupçon de nos ennemis ; Une faut pas fouler le serpent qui dort, souffrons patiemment^ qui veut la rose , doit souffrir les épines, et en attendant le jour de la déliv^rance, baisons la main que nous ne pouvons couper, une précis pitation inconsidérée pourrait nous perdre à jamais; et quand le char est brisé on montre le chemin qu'il fallait tenir. Une main lai^ent Vautre, reprenait celui-ci , et toutes deux la^ uent laface* Je connais le monde, je ne puis jamais oublier unhierfaitj le vinaigre donné est plus doux que le miel. Peut-être quelquefois trop defranchise est nuisible; carqui ditlavéri" lé est chassé de lauille; mais on ne jette point de pien^es à l'arbre stérile^ Je fais des vœux pour le bonheur de mon pays , et si parfois je fronde les préjugés qui nous aveuglent, peu m'importent de vaines clameurs ; le chien ahoie et la caravane passe. Je rougis de la plupart de nos maximes, et au lieu de baiser la maia

que nous ne pouvons couper, méritons par des Vertus la fin de nos misères , rendons - nous dignes de nos aïeux, charitables les uns pour les autres ; mais inséparables , mais unis , pre^ lions la main de celui qui cliancèle, et Dieu nous soutiendra.

La musique albanaise semble faite pour exciter à la guerre , au caraage, et pour être répétée par l'écho des cavernes ou des montagnes horribles qu'ils habitent. Ces peuples barbares j joignent des paroles composées dans le siècle glorieux de Scanderberg , et ils les chantent pour insulter à la mollesse des Osmanlis^ dont ils paraissent n'avoir embrassé le culte que par politique , et pour lesquels ils montrent le plus profond mépris.

Les chants religieux des Grecs , à la fois solennels et doux, remplissent l'âme d'émotions pures et célestes ; ils ont de la majesté , de la grâce , et rappellent les sons de la harpe du saint prophète de Dieu.

Ancien système des Grecs sur Vâme ; les Champs-- Élysëes , Janina.

« Selqji les anciens Grecs, Fàme spirituelle , c'est-à-dire, l'esprit ou l'entendement, est enveloppée d une àme sensitive , qui n'est autre chose qu'une matière lumineuse et subtile ,

image fidèle de notre corps, sur lequel elle s'est moulée et dont elle conserve à jamais la ressemblance et les dimensions» Ces deux âmes sont étroitement unies pendant que nous vivons ; la mort les sépare , et tandis que Tàme spirituelle monte dans les cieux ^ Tautre s'envole, sous la conduite de Mercure , aux extrémités de la terre , où sont les enfers , le trône de Pluton et le tribunal de Minos. Abandonnée de tout l'univers, et n'ajant pour elle que ses a^^tious , Tàme comparaît devant ce tribunal redoutable; elle entend son arrêt et se rend dans les Champs-ÉIjsées, ou dans le Tartare.

« Les Grecs, qui n'avaient fondé le bonheur des dieux que sur les plaisirs des sens , ne purent imaginer d'autres avantages pour les Champs - Elysées qu'un climat délicieux et une tranquillité profonde y mais uniforme ; faibles avanuges qui n'empêchaient pas les âmes vertueuses de soupirer après la lumière du jour, et de regretter leurs passions et leurs plaisirs.

« Le Tartare est le séjour des pleurs et du désespoir : les coupables j sont liVi^s à des tourmens époT;ivantableS ; des vautours crurfs leur déchirent les entrailles; de^ tcfms brà^ lames les entra tnent autour de leur axe. C'est

là que Tantale expire à tout moment de faim et de soif au milieu d'une onde pure et sous des arbres chargés de fruits; que les filles de Danaiis sont condamnées à remplir un tonneau d'où Feau s'échappe k l'instant ; et Sisyphe , à fixer sur le haut d'une montagne un rocher qu'il soulève avec effort , et qui , sur le point de parvenir au terme , retombe aussitôt de luimême. Des besoins insupportables et toujours aigris par la présence des objets propres k les satisfaire ; des travaux toujours lés mêmes et éternellement infructueux ? Quels supplices ! l'imagination qui les inventa avait épuisé tous les rafiinemens de la barbarie pour préparer des châtimens au crime; tandis qu'elle n'accordait pour récompense k la vertu , qu'une félicité imparfaite et empoisonnée par des regrets. »

(Voyage du jeune Anachars^s^)

Les Grecs modernes , donnent le nom de Champs-Elysées à la plaine située près la ville de Janina. Un ciel pur , un sol fertile , des paysages romantiques y rappellent les descriptions délicieuses que les poètes antiques en ont faites. L'œil ne peut embrasser une plus vaste perspective , soit qu'il se dirige vers le Pinde, lorsque le soleil s'élevant au-dessus de

ses sommets dore les bocages da vallon, sok qu'il contemple cet astre , lorsqu'à son déclin il se retire au-delà des monts Acrocérauniens. Le doux murmure des ruisseaux , le bruit solennel du Qocyie, Taspect du lac, invitent aux rêveries ; ces lieux pourraient encore inspirer des chants immortels , on pourrait encore y voir une mâle jeunesse descendre des coteaux et renouveler les fêtes antiques, si leurs habitans vivaient sous un gouverneuient ^uste et modéré; mais les éclats du tonnerre, quand il retentit avec force dans les forêts de Dodone ^ ornement de l'horizon des Champs- Eljsces , paraissent moins redoutables aux Grecs àe cette contrée , que les arrêts du pacha auquel ils sont soumis^

Les Champs-Elysées s'étendent l'espace de cinq lieues , du nord-est au sud-ouest , et ont à peu près six mille toises dans leuv diamètre moyen. Leurs limites sont tracées , au nord^ par le mont Tomarus et ses forêts; vers lorient, ils se terminent au bord du lac Achérusie et Avanîna; le mont Cassiopée et le petit Pinde les bornent au jnîdi, et le territoire montueux de l'antique Elée, les termine à l'occident. Quelques sources , une rivière qui se jette au nord du lac et des ruisseaux, les arrdsent et les fertilisent.

Janina ou Jo(tnnina, fondée par MichelLucai Sëbastocrator et par le despote Thomas , est la ville capitale de TEpire et du pachalik, située à rextrémité nordrest des Champs- Elysées, sur la rive occidentale du lac Achérusie ; la vue s'éiend vers les montagnes de Sagori ou monts Liacmons, vers le Pinde , et elle embrasse un horizon aussi riant que ma* }estueux. Le général Amurat-Bey, se rendît maître de cette ville^ au nom du stdtanMurad, en 1424» époque où les Turcs s'étaient déjà emparé de la Thessalie et de la Macédoine ; elle n'éprouva point les horreurs du pillage et conserva sa splendeur. On parviendrait à faire de Janina ^bâtie au bord du lac et sur un terrain inégal , une place d'autant plus redoutable , qu'il serait à peu près impossible d'en former le blocus, à moins de construire une flottille pour lui couper les communications avec le rivage oriental de l'Achérusie.

Cette ville telle qu'elle existe aujourd'hui, peut se diviser en ville haute et ville basse. La ville basse est bornée àVorient, parle lac Achérusie, qui s'étend au nord et se recourbe pour venir la contourner dans cette partie. A l'endroit où il finit de ce cèté , le terrain est montueux, et il y a un ravin fortifié par la tête d'une cîrconvallation , dont le pacha a fait

ceindre sa ville. Dans cette direction , il possède un jardin , et le chemin de la province de Sagori passe à peu de distance. La ville haute est assise sur le versoir orienta! des monticules, qui s'abaissent en se pralongeant au midi; et finissent par disparaître aux environs du chemin qui conduit h. Bomla ; une rue isolée se trouve sur le revers occidental de la ceinture de monticules qui couvrent Janina dans la partie de Fouest. La Kgne de circonvallation placée à quelque distance commence an ravin, et d'espace en espace, on y a construit des épaulemens garnis de canons. Janina ne saurait être défendue sans des forces considérables ; toutefois les assîégeans y perdraient beaucoup de monde avant de l'emporter , surtout si elle était gardée par des Albanais , qui se battent en désespérés, pourvu qu'ils soient couverts.

Les environs de TAchérusie, du côté de l'orient , sont fertiles et contiennent des habitations éparses. Le petit Pinde commence à peu de distance de la montagne Cassiopée, et sa chaîne va d'occident en orient , enVétageant, s'appuyer sur un des contre-forts méridionaux du grand Pinde ou Mezzovo. Il est partout couvert de verdure et de pâturages composés en grande partie d'herbes odorantes, que les^

^79 troupeaux paissent avec avidité ; il parûeîpé de la nature du territoire des Champs-Elysées,

Portrait des femmes de Vile de Tine , richesse de cette île , mœurs de ses habitons.

Les traits les plus réguliers , les plus belies proportions dans les formes, une physionomie pûjuante, distinguent les femmes de l Ue de Tine j leur costume voluptueux ne fait que voiler leurs charmes sans les dérober entièrement aux regards»

L'industrie des habitans de cette île , retendue de leur commerce, répandent parmi eux l'aisance et les fait jouir d'une sorte d'égalité. Les femmes les plus riches et que la plus noble naissance semblerait autoriser à s'abandonner aune vie dissipée, ne dédaignent point de se livrer aux détails du ménage; ellesmettentleur plaisir et leur orgueil à travailler une partie de Li journée aux vêtemen» de leur jeune famille. Aussitôt que le soleil penche vers son déclin, elles s'asseyent devant la porte de leurs Biaison3 pour fîler, ou pour dévider de la soie. D^Àutre^ s'occupent à tricoter ou à préparer les feuilles de mûiievs , tandis que leur aïeule leur fait des contés , que de jeunes filles interrompent souvent p^f des chansons.

A Tine , leô travaux des filles de service se

bornent à filer la soie , ou à prendre soin des insectes qui la produisent; aussi sont-elles re^ marquaWes par une exU'ême propreté ^ par un joli costume et par un certain air de fraîcheur qu'on trouve rarement dans les personnes de la même classe.

L'amour de la patrie vit dans tous les cœurs de ces insulaires. Les filles qui se destinent à rétat de domesticité dans un autre pays , et il en existe un nombre assez considérable^ sont connues dans tout le Levant , par leur costume^ par leur probité , par leur intelligence , et cherchent dans leur économie un moyen de revenir le plus tôt possible habiter leur pays natal.

De toutes les conquêtes des Vénitiens dans l'Archipel, Tine a été celle qu'ils ont conservée le plus long-temps. Ils ne la perdirent qu'en 1 714, par la faiblesse du provéditeur Bernardo Balbi, qui se rendit à la première sommation de l'amiral turc. Le tort de Bernardo doit paraître d'autant plus grave , que la valeur de ses soldats et les bonnes dispositions que montraient les habitans de l'ile le mettaient en situation d'attendre , sans courk aucun péril , lès troupes que lui envoyait la république.

Cette île , une des plus riches et des plas agréables de celles de la Grèce, n'a que douze lieues de circuit ; mais près de vingt mille ha-

bitans peuplent soixante de ses villages ou ha^. meaux , et son terroir est de la plus grande fertilité. Elle produit une immense quantité de soie , cependant telle est l'industrie des naturels de Tine , qu'ils en achètent encore de rile d'Andros , pour en fabriquer des bas 5 ils fournissent de cet objet tout le Levant

Scio y son port , son commerce ; culture et produit des Lenstiques,

Les yeux sont frappés agréablement à Taspect du port de Scio : une jetée à fleur d'eau le ferme du côté du midi , et deux fanaux placés en avant indiquent aux vaisseaux la route qu'ils doivent tenir. Ce port très - fréquenté par tous les bâtîmens qui vont d'Egypte à Constantinople , contient presque en tous temps quelques galères du grand seigneur.

Scio est fort bien bâtie : ses maisons , construites par les Génois et par les Vénitiens , ont beaucoup d'élégance et d'agrémens. Plusieurs chaînes de montagnes fort arides coupent l'île, mais un grand nombre de ruisseaux arrosent des vallons remplis d'orangers , de citronniers , de grenadiers, et les campagnes offrent des tableaux enchanteurs. Les vignes de Scio jadis célèbres forment encore la prin-»

cipale richesse de cette île : ses vins sont délicieux.

On fabrique à Scio beaucoup d'étoffes de soie, d'or et d'argent, mais son commerce le plus productif consiste dans le débit des lentisque qu'on y cultive arec soin : ils jEburnissent la gomme appelée mastic^ objet d'une grande consommation pour les femmes turques et pour les femm«» grecques *, elles mâchent continuellement de celte drogue , qui donne à leur haleine une odeur aromatique , mais qui altère la beauté de leiurs dents.

Les villages, aux environs desquels se trouve le mastic^ sont presque tous au sud de Tile, veiy le cap Mastic , qui prend son nom de cette drogue : les lehtisques son épars çà et là dans la campagne , et appartiennent au grand seigneur. Il a accordé divers privilèges aux habitans de ces villages^ sous la condition d'entcetenir des arbres , et d'en faire la récolte. Ces villageois , quoique chrétiens , portent le turban blanc comme les Turcs : ils ont des cloches dans leurs églises : ils ne paient que des taxes modiques, et ils sont exempts d'impositions et de corvée*. Un aga particulier les gouverne sans qu'ils soient soumis à la juridiction ordinaire de l'île ; le produit de la ré-

a83 coke du mastic monte , année commune , à cent cinq mille livres.

Il existe qaatre sortes de lentisques , les ^<- 7105 , skùios aspros , votomos et pisccui. Le skinos et le skinos^-aspros produisent le plus beau mastic , c^est-à-^dire , le plus transparent et le plus sec : on l'appelle mastic "^âle.

Le votomos a la^euille plus petite^ plus ë« tendue que les autres : il est le seml qui porte des hayes on graines , on en recueille très-peu de mascicy mais il est màle et d'tme bonne quabté : ces graines ne se peuvent ramasser avant le quinze septembre , époque de leur maturité.

TLe piscari, beau et touffu, formé une espèce de buisson qui s'arronditen s'élargissant jusqu'à terre ; sa feuille est plus large que celle des autres lentisques, et il est le plus fécond de tons» Son mastic coule avec tant d'abondance qu^on en ramasse quelquefois des morceaux de la largeurd^une pièce de cinq francs, mais opaque et mou , il se sècbe difficilement , et se ramollit à la plus légère chaleur : il est le moins estimé de tous : on l'appelle mastic femelle.

Les leniisque fleurissent en mars: leur fleur a la forme d'une grappe : on plante ces arbres en janvier , ou par bouture ou par ante , mais les branches du piscari, sont les seules qui puissent servir à cette reproduction.

Femmes de Scio.

Les femmeç de Scio gales , vives et piquantes , joindraient à ces charmes celui de la beauté^ si elles ne gâtaient pas les dons de la nature par une toilette aussi ridicule qu'incommode. Le séjour que beaucoup de Turcs font dans cette ville n'empêclie pas les femmes d'y jouir d'une parfaite liberté ; elles ont l'habitude de s'asseoir à la porte de leurs maisons et d'y travailler en chantant* Elles cherchent à fixer Tattention des étrangers à qui elles prodiguent des sourires caressans , et qu'elles invitent avec grâce à entrer chez elles dans le dessein de leur vendre les ouvrages qu'elles om faits, .

Skyros.

Skyros rappelle les amours d'Achille , son travestissement, l'adresse d'Ulysse pour le découvrir ; et surtout la mort déplorable de Fillustre Thésée qui contraint de sortir de ses états, vint chercher un asile sur le rocher de Skyros , où régnait Lycomède.

Le port de Skyros , aujourd'hui la grande Plage , n'est plus d'aucune milité aux insulaires. Leur marine consiste seulement en quelques bateaux, qui trouvent facilement un abri

entre les écueils , ou qu'on amène à terre > quand la mer. est trop grosse. Réfugiés vers la pointe septentrionale de l^le , le prei^ier soin des Skyriens vise à se garantir de Tavarice de leurs maîtres , et de la piraterie des Grecs, Le village de Saint-George , bâti sur un pic très-élevé, leur offre un asile : ils ont construit leurs habitations sur le penchant de la montagne, et jusqu'au rivage; néanmoins chacun d'eux a dans la partie supérieure une seconde maison ^ qui renferme ce qu'ils possèdent de plus précieux. , et où ils se retirent en cas de danger.

Modérés dans leurs désirs , ces insulaires ne connaissent de jouissance que celle de la propriété : ils se bornent à cultiver les objets de première nécessité, en proportion de leurs besoins : leur commerce consiste dans les vins et dans les fromages qu'ils portent à Smyrne et à Salonique.

^ Les habitans de Skyros sont encore plus livrés à la superstition que les autres Grecs de r Archipel; le couvent de Saint -George qui est une colonie de la république religieuse du mont Athos , en reçoit un supérieur; ce moine commande despoiiquement dans l'île , il impose ses lois au nom de Saint -George, dont l'image miraculeuse foudroie ceux qui n'em*

a86 ploient pas en offrandes la plus grande portion de leurs revenus y ou du produit de leurs tra* vaux. ^

Crdîa, jilessio, les Cimariotes ou Chimariotes.

A neuf lieues de Durazzo , on trouve le petit village de Croïa , seul reste de l'ancienne ville, de ce nom^ qui fut long-temps la capitale de rAIbanie : son territoire , théâtre des exploits de Scanderberg , n'offre plus que des petits hameaux habités par des hommes à demi bar« bares et condamnés à la' misère.

La mer commence à s'enfoncer au-delà de Croïa , et elle forme un golfe très-creux , au fond duquel sont les bouches duDrin, ou Drino, et la ville d'Àlessio.

Âlessio est bâtie sur une espèce de falaise , dont leDrin a rongé la base ; cette ville renferme deux mille habitans, ils professent pour la plupart la religion chrétienne des rites latin et grec : ils selivrent au commerce et àla pêche.

Les Cimariotes ou Chimariotes habitent les monts Acrocérauniens , appelés aujourd'hui montagnes de la Chimère. Ces peuples à qui la nécessité fait une loi du eoiu*age, obtinrent de grands succès dans les armes du temps de Scanderberg, et forment une espèce de république isolée. A la fois pasteurs , brigands

et soldats , ils vivent indépendans dans les retraites inaccessibles de leurs montagnes. Souvent en guerre contre leurs voisins , et quelquefois entre eux : ils ne connaissent d^autre vertu que l'audace ; les actions les plus périlleuses ne leur coûtent rien à entreprendre: avides de butin ils tournent sans cesse leurs regards vers la mer pour profiter des dépouilles du navigateur ^ qui fait naufrage sur leur côte, et ils se saisissent à Timproviste des voyageurs malheureux qui tombent dans leurs embuscades, pour les vendre, ou pour les livrer à de pénibles travaux , loin de tous les lieux connus. Les Cbimariotes^ voisins de Porto-Palermo , où se fait un commerce de denrées tenritoriales, sont les seu^s , parmi lesquels on trouve un peu de civilisation.

Les productions de Chimara consistent en huiles^ en vallonée et en laines: ils font passer ces objets àla Vallona, et reçoivent en échange des fusils et des pistolets de Bressia^ des chapeaux de la Calabre , quelques draps grossiers et quelquefois un peu d'argent.

Cérémonies funèbres dans la Grèce antique', funérailles de Télaire.

« Quand elle eut rendu les derniers soupirs , toute la maison retentit de cris et de sanglots. Le corps fut lavé, parfumé d'essences, et revêtu d'une robe précieuse. On mit sur sa tête , couverte d'un voile , une couronne de fleurs ] dans ses mains ^ un gâteau de farine et de miel, pour apaiser Cerbère ; ex dans sa bouche une pièce d'argent d'une ou deux oboles , qu'il faut payer à Caron : en cet état elle fut exposée pendant tout un jour dans le vestibule. A la porte était un vase de cette eau lustrale destinée à purifier ceux qui ont touché un cadavre. Cette exposition est nécessaire pour s'assurer que la personne est véritablement morte , et quelle l'est de mort naturelle. Elle dure quelquefois jusqu'au troisième jour. »

Le convoi fut indiqué. Il fallait s'y rendre avant le lever du soleil. Les lois défendent de cboisir une autre heure ; elles n'ont pas voulu qu'une cérémonie si triste dégénérât en un spectacle d'ostentation. Les parens et les amis furent invités. Nous trouvâmes auprès du corps, des femmes qui poussaient de longs gémissemens; quelques-unes coupaient des

2t89 boucles de leurs cheveuic , et les déposaient ^ côté de Télaire, comme un gage dç leur tendresse et de leur douleur. On la plaça sur un chariot, dans un cercueil de cyprès. Les hommes marchaient avant ^ les femmes après; quelques-ouns la tête rasée , tous baissant les yeux, vêtus de noir, précédés d'un chœur de musiciens qui faisaient entendre des chants lugubres. Nous nous rendîmes à une maison qu'avait Pyrrhus auprès de Phalère. Cest là qu'étaient les tombeaux de ses pères*

« L'usage d'inhumer les corps fut autrefois commun parmi les nations ; celui de les brûler prévalut dans la suite chez les Grecs; aujourd'hui il parait indiiTérent de rendre à la terre , ou de livrer aux flammes les restes de nous>mèmes« Quand le corps de Télaire eut été consunrë, les plus proches parens en recueillirent les cendres, et l'urne qui les ren-» fermait fut ensevelie dans la terre.

jK Pendant la cérémonie on fit ^es libations de vin; on jeta dans le feu quelques-unes des robes de Télaire; on l'appelait à haute voix, et cet adieu éternel redoublait les larmes qui n'avaient cessé de couler de tous les yeux.

« De là nous fûmes appelés au repas funèbre, où la conversation ne roula c(Ue sur les vertus I* i3

de Télaire. Le neuvième elle treniiéme jour, ses païens ^ habillés de blanc et couronnés de fleurs, se réunirent encore pour rendre de nouveaux honneurs à ses mânes; et il fut réglé que, rassemblés tous les ans le jour de sa naissance , ils s'occuperaient de sa perte , comme si elle était encore récente. Cet engagement si beau se perpétue souvent dans une famille , dans une société d'amis , parmi les disciples d'im philosophe. Les regrets qu'ils laissent éclater dans ces circonstances, se renouvellent dans la fête générale des morts qu'on célèbre au mois anthestérion. Enfin ^ j'ai vu plus dune fois des particuliers s'appre-r cher d'un tombeau , j déposer une partie de leurs cheveux^ et faire tout autour des libations d'eau, de vin , de lait et de mieU

« Moins attentif à l'origine de ces rits qu'au sentiment qui les maintient, j'admirais la sagesse des anciens législateurs qui imprimèrent un caractère de sainteté à la sépulture et aux cérémonies qui raccompagnent. Ils favorisèrent cette ancienne opinion, que l'âme, dépouillée du corps qui lui sert d'enveloppe, est arrêtée sturles rivages du Stjx, tourmentée du désir de se rendre à sa destination , apparaissant en songe à ceux qui doivent s'intéresser à son sort , jusqu'à ce qu'ils aient spustraît:

ses dépouilles mortelles aux regards du soleil el aux injures de Tair,

ce De là cet empressement à lui procurer le repos qu'elle désire; l'injonction faite au voyageur de couvrir de terre un cadavre qu'il trouve sur son ckemin ; cette vénération profonde pour les tombeaux , el les lois sévères contre ceux qui le^ violent.

« De là encore Tusage pratiqué à l'égard de ceux que les flots ont engloutis^ ou qui meurent en pays étranger, sans qu'on ait pu retrouver leurs corps. Leurs compagnons , avant de partir, les appellent trois fois à haute voix; et à la faveur des sacrifices et des libations , ils se flattent de ramener leurs mânes , auxquels on élève quelquefois des cénotaphes, espèce de monumens funèbres presque aussi respectés que les tombeaux,

c< Parmi les citoyens qui out joui pendant leur vie dune fortune aisée, les uns, conformiément à l'ancien usage , n'ont au-dessus de leurs cendres qu'une petite colonne, oh leur nom eéi inscrit; les autres , au mépris des lois qui condamnent le faste et les prétentions dune douleur simulée, sont pressés sous des édifices élégans et magnifiques , ornés de sutues et embellis par les arts. J'ai vu un sim-

agi pie afiranchi Repenser deux talens pour le tombeau de sa femme.

« Entre les routes dans lesquelles on s'égare par l'excès ou le défaut de sentiment^ les lois ont tracé un sentier dont il n'est pas permis de s'écarter. Elles défendent d'élever aux premières magistratures le fils ingrat qui^ à la mort des auteurs de ses jours, a négligé les devoirs de la nature et de la religion. Elles ordonnent à ceux qui assistent au convoi , de respecter la décence jusque dans lecu* désespoir 5 qu'ils ne jettent point la terreur dans rame des spectateurs par des cris perçans et des lamentations eflrayantes ; que les femmes surtout ne se déchirent pas le visage , comme elles faisaient autrefois. Qui croirait qu'on eût jamais dû leur prescrire de veiller à 1«| coi;'? servation de leur beauté? »

( Voyage du jeune Anacharsis. )

Cérémonies funèbres dans la Grèce moderne^

Aussitôt qu un Grec a rendu le dernier soupir, on court chercher des femmes nommées pleureuses publiques, et dont l'emploi est de présider aux funérailles; on les conduit dans la chambre d^ mort d'où Sa fa mille s'est retirée. Un domestîr[ue leur verse plusieurs verres de

i93 YÎn , et règle avec elles le prix qu'elles recevront pour leur fonction. Cet objet arrêté, les pleureuses s'informent des noms, des prénoms , des vertus et des bonnes actions de celui dont elles doivent honorer les restes; ensuite on les laisse ensemble afin qu'elles se consultent sur la manière dont elles rempliront leur emploi.

Pendant que ces femmes s'étudient à pleurer et à sanglotter, On prépare une litière élégante et parée de fleurs, potir y placer les dépouilles du mort , et Ton, tresse une couronne pour ceindre sa léie, les Grecs regardant la mort comme la couronne des peines de la vie.

Les pleureuses groupées autour du cercueil commencent par faire entendre un murmure sourd, auquel succèdent des sanglots et des cris concentrés et pleins comme si elles cherchaient à prolonger leur durée ; enfin elles élèvent insensiblement la voix, s'animent^ s'électrîsent , se frappent la poitrine , s'ensanglantent la figure en la déchirant avec leurs ongles, s'arrachent les cheveux, se roulent par terre avec fureur, répandent d'abondantes larmes. Un chant lugubre ajoute à la tristesse de ce tableau. Une de ces femmes , d'une voix rauque et gémissante, psalmodie des noms

^94 cotons de saints, de patrons^ et se tait tout à coup comme si elle tombait en extase^ pour laisser la pai^e à ceUe de ses compagnea qui est chargée de prononcer Toraison fonèbreé Le mort, revêtu de ses habits nuptiaux^ le front omé.d'une couronne et le yisage découvert , est exposé aux regards des fidèles ; les pleureuses redisent son éloge à tous ceux* qui viennent lui donner le salut de paix< ''

Au moment où Ton enlève le corps pour le conduire au lieu de repos ^ les pleureusea redoublent leurs gémissemens et leurs cris ; elles ne cessent de les faire entendre pendant tout le chemin* Arrivé h l'endroit où la fosse est préparée, leurs pleurs semblent eucore plus amers , et se méient aux chants du clergé.

La tombe refermée , le cortège retourne à la maison du mort. Ses plus proches parens ou ses plus chers amis soutiennent y pendant la route, sa veuve désolée, et les pleureuses saluent par de nouveaux cris le séjour qu'il habitait.

Un grand festin est préparé pour la famille : elle s'y réunit; tous les signes de douleur disparaissent , et souvent même Ik gaîté s'assied à table avec les convives.

Les simples artisans^ hors d'état de suffire aux dépenses de ces cérémonies, invitent des

^arens et des amis à remplir les fonctions des pleureuses. Les voisines se rendent mutuellement ce service*, quelques-unes £ormentcomme une compagnie d'assurance pour être bien pleurées^ elles et leurs faviiUes, etscirendent gratuitement aux enterremens des peraonnet de leur connaissance i

Dans les vallons de TArcadie y la aolennitédes obsèques est plus simple, et l'expression de la douleur plus vraie. Le lieu de repos destiné aux fîdèles est placé dans un site riant hors des villes et des villnges, et rarement autour des églises. On n'aborde qu'avec un saint re-* (cueillement cet asile qu'embellissent des ber^ ceaux d arbustes odoraiis, de hauts cyprès^ et des platanes sous lesquels les oiseaux font en^ tcmdre leurs chants. On rend un culte parti*^ culier aux tombeaux à des jours fixés par la religion. Les papas vont alors les visiter revêtus dé leur grand costume; ils y récitent des prières , et brûlent Teucens sur les pierres funèbresv Les pareils des morts y allument des flambeaux, y déposent du colyva, et la messe se célèbre sur un autel de gazon* Les femm^ mangent le coly va béni dont les papas prélèvent un portion , et elles adressent des vcsux au ciel pour le salut de leurs parens^

Jeûnes , catémes ^ quinzaine de Pdqûei.

Les Grecs comptent cent trente jours d'abs-* tînences et de jeûnes pendant Tatinée , ils ont de plus un grand nombre de vigiles et quatre carêmes qui précèdent Pâques, la fête des apô-^ très ) TAssomption et Noël. Us font maigre le mercredi en expiation du crime de Judas qui reçut un mercredi de l'argent des juifs pour trabir Jésus^Cbrist , et le rendredi en mémoire de sa passion.

Pendant le carême d'aVànt Pâques^ la nourriture des Grecs se compose seulement de lima-^ çons que ramassent leurs femmes et d'herbes de mille espèces différentes , cueillies sur leâ tôliers les plus escarpés, ou sur le terrain le moins productif. Aussi le proverbe dit que les Grecs vivaient où les ânes mourraient de faim.

L^austérité du carême ne peut être adoucie en faveur des malades ; les femmes en couches ne prendraient point alors un seul bouillon , ni même une tasse de tisanne, quand elles se* raient en péril de la vie.

La quinzaine de Pâques commence au dimanche des Rameaux ; la veille de ce jour oh ferme les boutiques. Les Grecs portent le lendemain des branches de laurier, des palmes.

^97 des rameaux d'oliviers. Us en parent 1 église et couronnent les autels. Les fidèles recourent les jours suivant à la confession; les papas vendent au rabais leurs absolutions^ qui ont une sorte de cours^ ainsi que nos effets publics : un homme du peuple rachète le blasphème moyennant un ou deux parats ; l'homme riche paye en proportion de sa fortune ; on s'en rapporte l&plus souvent à sa générosité. Il existe un tarif pour le rachat de tous les péchés ; comme les contributions y il est plus ou moins élevé selon la fortune des fidèles.

Suite de îa quinzaine de Pdques,

Les Grecs de tous les rangs et de tous les âges communient sous les deux espèces le matin du jeudi de la semaine sainte ; le soir de ce même jour ils font la cène dans l'église, où ils passent ensuite la nuit en prières. Les femmes s'identifient à la passion du Sauveur , et racontent , le visage baigné de larmes , les tourmens qu*il a soufferts.

Le. lendemain ils s'abstiennent de toute nourriture jusqu'au coucher du soleil^ ou ils mangent un peu de pain et boivent quelques verres d'eau \ ils veillent encore cette nuit , pour courir dans les rues ^ et pour faire des

contes pour s'amuser ; mais ils ont soin de ne blesser d'aucune façon la décence.

Le samedi un doux espoir se peint sur tou^ les les figures; une foule de bras sont en acti^ vite pour faire cuire des gâteaux et des œufs qu'on peint de diverses couleurs* De toutes parts se fait entendre le bêlement des agneaux qu'on porte à Téglise pour qu'ils y soient bénis ; quelques-uns ont les cornes dorées, et sont ornés de bandelettes. A midi les éclats d'une joie bruyante retentissent au loin -, la lyre demeurée long-temps muette prélude à de nouveaux accords ; le tambour de basque^ relégué dans un coin pendant les jours de pénitence > bat de tous les côtés ; chacun retire des vieux cofires d'osier ses habits nuptiaux chargés de galons d'or, et chamarrés de grandes fleurs; les femmes nettoient la maison , et font couler des torrens d'eau sur le parquet ; enfin à un signal convenu on jette pêle-mêle par les fenêtres , pour les briser , les vieux pots de cuisine dont on s'est servi pendant le carême : cette cérémonie s'appelle jeter le carême par les fenêtres. Le soir, les Grecs vont solliciter du pacha la permission de se livrer à des réjouissances; le présent dont ils accompagnent leur demande la fait toujours accueillir favorablement.

Pendant cette seaiaine, lt$ Ottomans montrent de là tolérance et même une sorte de respect aux clirétiens ; mais ils se dédommagent de cette bonté précaire en exerçant sur les juifs toutes sortes de vexations^ Lesenfans turcs poursuivent alors les Israélites dans les rues en criant au juif ( tchtf'out )•

On passe dans l'église la nuit du samedi qui précède le jour de Pâques, et dès que l'aurore se 1ère , une multitude de voix entonne Talléluia et le fait retentir jusqu'aux cieux ; le sanctuaire s'ouvre, Tévêque en sort, se présente aux fidèles , leur annonce Févénement miraculeux de la ré^rrection; les Grecs s'embrassent et se dirent les un3 aax autres ; Jésus^ Christ est ressuscité^ Alors des coups de fusil , des applaudissemeus mille et mille fois répétés , des cris de joie annoncent la Pàque des chrétiens»

On célèbre aussitôt la liturgie ou sous une ruine , reste de moaumiens détruits per la fureur dos ÂlbftAdij», ou sur le penchât d'un coteau qi)e le soleil naiaaaxu sfdue de ses premiers ray^ms, X^a^sembliée se sépace ensuite pour aller rompre le jeûne.

Les agnem:^ bénis la veillé. sont mis à la broche enduits dé graisse et fro^# d'origan ; ils sont servis sur des tables dressées en plein

3oo air ; le vin coule à grands flots ^ et la plus vive gaité anime le repas.

* Les villes^ les hameaux , les vallons, les coteaux offrent pendant ce jour les tableaux les plus agréables ; partout on ne voit que des festins y des jeux et des danses.

Ces plaisirs durent une semaine entière et finissent souvent par blesser la religion et les mœurs; souvent aussi dans Vexcès de l'ivresse ils insultent à leurs oppresseurs et s^attirent de trop cruelles représailles.

La sanctification de l'eau, les bénédictions , les excommunications , les exorcismes et la vente des amulettes forment le casuel du clergé^, il retire encore un produit assez considérable des sacremens pour lequel il existe un tarif qui ne varie jamais. Les papas purifient le lit nuptial, aspergent les maisons, les rues, les tombeaux : ils bénissent même la mer en jetant des croix dans ses flots , et reçoivent de l'argent pour ces diverses cérémonies 5 le\droil perçu pour les excommunications est réservé aux évéques , et compose un revenu extraord inaire. Il n'est pas un Grec qui ne tremble au £seul nom d'excommunication; car , une fois frappé d'anaihéme, sa famille l'abandonne et ait peser son dédain sur lui , les chrétiens le fuyent , et il se voit réduit à se tenir en tous

3oî temps aui portes de lëglise : aussi paye-t-il là somme qu'exigent les prélats pour suspendre les foudres^ ou pour se réconcilier avec eux quand elles ont été lancées sur lui. Toutefois les nombreuses apostasies dont la rigueur des prélats fut cause y les a rendus moins prodigues d^excommunications.

Le divorce , source de scandale et de corruption lorsqu'il n'est pas assis sur des lois sages et justes , est placé entré la main des prêtres. Il faut l'avouer, l'intérêt ne les porte que trop souvent à l'accorder à des époux que le caprice désunit y et que le temps et la caison eussent ramenés au devoir.

. L'exorcisme a quelque ressemblance avec les évocations de l'antiquité. Quand un Grec a souffert du dommage dans ses biens ou dans ses maisons, les papas exorcisent tout ce qu'on soupçonne avoir été ensorcelé : ils emploient ce moyen pour guérir l'hypocondriaque , le frénétique^ le fou ; on conduit ces infortunés au pied des autels , on les laisse étendus sur le pavé , afin que le démon qui rôde aux environs de l'église s'éloigne et perde la trace de l'homme qu il tourmentait.

L'église des Saints Anges à Tripolitza est en grande renommée pour les exorcismes. On applique des versets de l'Evangile enfermés

dans de petits sachets, sur le sein des femmes attaquées de maladies de nerfs , et que ce remède rend plus calmes* On débite un nombre considérable de ces sachets dans les campagnes pour guérir les maladies des bestiaux et conserrer les vers à soie.

Page 1