‹ Beautés de l'histoire de Russie: contenant tout ce qu'il y a de plus curieux et de plusChapitre 11 sur 19 · LE MENAÇANT · texte numérisé non relu

LE MENAÇANT

A peine âgé de vingt ^ trois ans , lorsqu'il prit possession du trône , il résolut de faire ses efforts pour délivrer la Russie du joug des Tatars , et il forma en même temps la résolution de faire régner une exacte discipline parmi les troupes et Tobservation des lois dans toutes les classes ^de citoyens» Il ne pouvait mieux se montrer digne du trôna qu'il occupait. Il avait battu , à TAgede vingt ans, le Lan de la grande borde. Celui - ci 9 voulant abaisser un ennemi trop puissant , fond sur la Russie avec toutes ses forces 9 et déjà il s'était avancé sur les rives du Don , lorsqu'il fut attaqué par le Lan de Crimée , et que son armée fut presque entièrement détruite.

Abaissem^ent des Tatwts.

Ivan ne profita pas tout de suite de l'avantage

( io3 ) que lui procurait la désunion des Tatars , acharnés à se détruire eux-mjèmes; ce ne fut qu'en 1470 que son armée vint former le siège de Kasan. Les assiégés furent bientôt réduits aux dernières extrémités. Ils demandèrent la paix 9 et ils Tobtinrent sous la condition que le kan qui régnait dans la \ille se reconnaîtrait vassal et tributaire d*Ivan. Ainsi les Tatars finirent par éprouver à leur tour rhumiliatîon dont ils avaient autrefois couvert les Russes.

Peu efirayé de la prise de Kasau, le prince des Tatars de la horde dorée ^ Tune des principales , envoie à Ivan 5 Tan 147^9 àeê députés avec un éasma , ou ordre scellé du grand sceau 9 par lequel il ordonnait au grand-prince de Russie de payer le tribut auquel ses prédécesseur avaient été soumis. Ivan prend le ifasma, cra^ che dessus, suivant la manière dont les Russes témoignent ordinairement leur indignation , le foule aux pieds, et fait mourir les députés ^ à la réserve d'un seul , qu'il renvoie à son maître, pour lui annoiicer le mépris que la Russie fait de ses ordres.

Le kan furieux assemble toutes ses forces ; Ivan s'avance au-devant de lui, sur les bords de l'Ougra , le harcèle et l'empêche de traverser la rivière. Cependant Ivan est informé qu'à la horde il n'était resté personne en état de porter les armes : il y envoie un corps d'armée. Les Russes ne trou-

Tent qoe des vieillards, des enfans, des femmes $ ils tuent sans pitié ces faibles victimes, persuadés que la guerre autorise ces horreurs. Toutes les -'habitations sont livrées aux flammes ; les trou* peaux et les autres richesses des Tatars sont enlevés. Akmet , qui était toujours sur les bords de rOugra, apprend que sa horde est en pro.ie aux ennemis , il court la secourir. Mais , tandis qu'il «'avance contre les Russes, et que ceux-ci re-viennent par une route différente , chargés de bu* tin 9 les Nogais entrent dans la horde, détruisent, massacrent, prennent ce qui avait pu échapper aux Russes, s'emparent des femmes du Lan , con* tinuent leur marche , passent le Volga , rencontrent Âkmet lui-même^ xui livrt..: bataille, et^ après un combat long et meurtrier , ils le défont entièrement : Akmet resta sur le champ de bataille. Ainsi périt la horde dorée , nommée de la sorte sans doute à cause de ses richesses, et fondée par Batou Sagin en 1257.

Pendant quelques années , jusqu'à ce que Ka* san fût tout-à-faii; réunie à la Russie , cette ville et la principauté furent gouvernées par un kan de Tatars , qui était à la nomiiiatîon d'Ivan , et dont les ambassadeurs venaient solliciter hxunblement la protection du grand-prince ; directement avec la même soumission , à laquelle , durant plusieurs siècles, avaient été réduits les princes russes.

Le kan des Tatars, en iSji , fit une incursion

( io5 ) en Russie, péfiétra jusqu'à Moscou, mit le feu aux faubourgs. Les flammes gagnèrent le magasin . à poudre. L'explosion fit sauter un grand nombre d'édifices; une partie de la ville fut réduite en cendres, et plus de cent mille honunes périrent , par les flammes et par le fer des Tatars. De retour dans ses états , le kan , fier de sa victoire, envoya au tzar une ambassade , composée de trois cents . hommes , pour lui demander un tribut. Ivan IV ne les entendit qu'avec indignation ; peu s'en fallut qu'il ne fit trancher la tète aux trois cents députés, mais sa fureur se borna à faire couper le nez et les oreilles à quelques-uns des principaux Tatàrs, qu'il renvoya à leur mattre : il les chargea de lui présenter une hache , comme le seul tribut qu'il eût à lui offrir.

Les RtMses pénètrent dan9 ia Sibérie septcii'^

trionale*

La satisfaction qu'éprouvait Ivan d'avoir hu«mUié pour jamais l'orgueil et la puissance des Tatars, l'engagea, daos les dernières années de sa vie, à faire sentir son joug aux nations qui habitent le long de la mer Glaciale , et qui se permettaient de faire des incursions au-delà de leurs frontières. Les principaux de ces peuples se nommaient Vogoules, et avaient jadis été très -puis- •ans. L'armée des Eusses , forte de plu^ de quatre

( .06 ) mîUe hommes , pénétra vers le 65"* degré de latitude ) et le ^S""* de longitude. Les généraux du grand-prince ne perdirent-presque personne dans leur expédition. Comment les nations de ces contrées de la Sibérie auraient-elles ppi résister aux Russes , qui les attaquaient avec des arn^es dont l'u^ge leur était inconnu ? Les cahuttes qui corn- , posaient ce qu^on appelait les villes des Vogoules y furent détruites; la plupart de ces malheureux 'furent massacrés ; quelques-uns <M)nduits à Moscou f y périrent bientôt ^ ne pouvant soutenir un genre de vie auquel ils n^étaient point accoutumés» Les Russes j parvenus à huit journées de chemin au-delà des monts Ougoriques, aperçurent des chefs de la nation traînés par des rennes. Ils venaient sans doute leur rendre hommage , et payer tribut > car il ne se fit aucune hostilité. L^armée russe continua de parcourir le pays. Les généraux se faisaient traîner par des rennes , et les oUiciers inférieurs par des chiens. Dans cet équipage 9 si nouveau pour des Européens , ils prirent trente-trois villages des Yogoulès et des Ostiaks» Ce fut la première fois que les Russes mirent le pied dans la Sibérie septentrionale.

Ivan triomphe des PaUmais.

La fortune seconda partout les armes d7van.

Il triompha des armées polonaise et lithuanienne ^

( «^7 ) et fit repentir ies habitans de Novogorod d'avoir

osé se révolter contre lui. Ils avaient été soulevés par Casimir IV , roi de Pologne. Bans l'espoir d'être secourus 9 ils livrèrent bataille aux troupes d'Ivan ;. douze mille de ces révoltés restèrent sur la place 5 et deux mille furent faits -prisonniers. En dépouillant les vaincus, on trouva une copie de Tacte par lequel les rebelles offraient de se mettre sous la protection de Casimir. En punition de cet arrangement criminel 9 les vévodes d'Ivan for-cèrent les prisonniers de se couper mutuellement le nez 9 les lèvres 9 les oreilles, et les renvoyaient à Novogorod : punition qui aurait pu être moins barbare.

Casimir ne pouvant vaincre son ennemi par la force des armes , crut qu'il lui était permis de recourir à la trahison. En conséquence , il s'adressa à un prince Loukomski, l'engagea de se rendre à Moskou 9 d'y^mettre tout en usage pour gagnei* la confiance du prince, et de lui donner la mort après l'avoir obtenue. Le complice de Casimir , qu'on était^loin de soupçonner 9 fut bien reçu à la cour d'Ivan ; mais son dessein fut découvert au moment oùU allait commettre le crime. Il fut condamné à être brûlé vif datas une cage dé fer. Cet attentat fut suivi d'une guerre contre la Pologne , qui dura pendant dix ans 9 et ne se termina que sous le règne d'Albert , fils de Casimir.

( >«8 ) Mort d'Ivan lit.

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