JEAN OU IVAN II IVANOVITZ
UsBEK n'existait plus, le trône de Kaptchak était occupé par le fils de ce prince , le kan Djanobeckê Des députés le sollicitent pour plusieurs prétendans : il se décide en faveur d'Ivan , frère de Sixnéon. Son règne ne fut marqué par aucun événement mémorable. Il mourut en- i55i , dans la trente-troisième année de son âge , et après avoir régné six ans.
DÉMITRI III CONSTANTINOVITZ-
Vkimi des fds de Constantin ^ prince de Souzdal , âgé de onz e ans , occupa le trône, au préjudice d'un autre Démitri, fils d'Ivan II, parvenu seulement à sa treizième année. NI l'un ni l'autre , eu égard à leur grande jeunesse , n'auraient autrefois obtenu la souveraineté ; mais à cette époque , temps d'anarchie et de servitude, les lois fondamentales étaient oubliées ou n'avaient plus de force.
Les Tatars eux •• mêmes s'affaiblissaient en divisant leur puissance , et en se faisant des guerres cruelles. Enfin un kan, nommé Amurat, parut acquérir Une certaine prépondérance. Les deux Dé-
(95) mitri lui soumirent leurs droits respectifs au trône
de Moscou. L'arbitre prononça avec beaucoup de sagesse : « le (ils y dit-il , doit posséder Théritage de son père ^ et j'adjuge le trône à Démitri , fils d'Ivan. »
Dépouillé par l'arrêt d'Amurat , le fils de Cons* tantîn sort de Volodunir , où il avait établi sa résidence. Il régna deux ans.
DÉMITRI IV IVANOVITZ , surnommi
DONSKI.
DÉMITRI 5 fils d'Ivan , s'empresse d'aller se faire reconnaître à Moscou. Les peuples auraient pu ne pas respecter sa jeunesse 9 et elle devait exciter l'audace des rivaux jaloux de sa puissance ; mais il fêtait secondé de son oncle ^ prince de Serpoukhof , qui lui servait de tuteur ^ l'aidait de ses conseils et de son courage , et servait d'appui à un prince presque adolescent.
Démitri régnait depuis dix-huit années 9 lorsque Mamaï» kan des Tatar^, forme le projet de renverser du trône le grand-prince de Moscou , et rassemble une armée de six cent mille combattans; il la commande en personne , et passe le Volga. Démitri, à la nouvelle de ces formidables préparatifs, invite tous les princes russes à s'armer pour l'intérêt commun , et à se joindre à lui contre l'ennemi de tous : ils secondent ses intentions ^ et il passe le
Don à la tète de quatre cent mille hommes. Les àeux armées sont en présence 9 l'action s'engage et devient générale. Legrand-prince^ qui combattait avec une massue ^ a deux chevaux tués sous lui , il est blessé , et la victoire paraissait décidée pour les Tatars, lorsque des troupes de réserve sortent tputà-coup d'une forêt voisine , fondent sur les Tatars y et font triompher les armes russes. Mamaï est con* train l de fuir avec un petit nombre de soldats 9 et est long-temps poursuivi. On voyait , sur une étendue de douze à quinze lieux , la campagne jonchée de Tatars morts ou mourans. Les Russes achetèrent bîfen cher ce glorieux avantage : ils perdirent une partie de leur armée. Pendant le carnage, le grand-prince qui avait eu beaucoup de peine à sortir de la mêlée après ses blessures, s'était retiré à l'écart, et ses troupes ignoraient ce qu'il était devenu. On le croyait enseveli sous un tas de morts , lorsque deux cavaliers le trouvèrent dans un bois , étendu sur la terre, presque sans vie. On lui donne des secours , il revient de sa faiblesse ; oti examine ses blesures , aucune n'était mortelle. Cette vie* toire 5 remportée sur les bords du Don , lui mérita le surnom de Donski.
Il régna vingt-sept ans» et mourut à l'âge de quarante ans.
C 97 ) BAZILE II , ov VAZILI DÉMITRIÉVITZ.
QUINZIÈME SIÈC&E.
Il est étonnant qu'après la victoire sig;nalée d& Démitri lY , son successeur se soit cru dans le cas d'avoir besoin de ra|;rément du kan des Tatars qui régnait alors.
La ville de Smolensk et sa principauté avaient toujours dépendu de la Russie ^ et elles étaient gouvernées par des descendais de Rourik. George attaqué par Yitbld, prince de Lithqanie , et beaupère de Bazile , est forcé d'abandonner ses possessions ^ et d'aller chercher un asile à Novogorod. Et depuis cette époque ( i4o4 ) 9 Smolensk , tombé^e au pouvoir des Lithuaniens , fut long -temps sans être comptée au nombre des villes russes.
George fut accueilli avec distinction par les eîtoyens de Novogorod^ qui lui dopuèrent treize villes en apanage ; mais après avoir intéressé . les cœurs sensibles par ses infortunes 5 il se rendit coupable d'un crime atroce et devint pour eux un objet d'horreur. Il avait à son service un prince 9 nommé Yiazemski , dont l'épouse étaît^'une rare beauté. Frappé de tant de Charmes ^ il cîierche tous^Ies moyens de séduire cette princesse , et ses soins sont inutiles. Un jour qu'il manifestait ses coupables intentions 9 cette femme vertueuse le repousse avec courage , lui arrache son épée et le
( 98 ) blesse au bras. L'amour de George se change en fureur ; il tue de sa propre main le malheureux Vlazemski , dont il redoutait les reproches ; fait couper à la princesse les bras et les jambes ^ et on la jette dans le fleuve. Souillé de ce sang qui crie vengeance 9 devenu un objet d'exécration pour ses anciens amis et ses domestiques , obligé de fuir , parce que tout le monde Tévitail; mais ne pouvant se fuir lui-même 5 et trouvant dans son cœur , dévoré de remords y son plus cruel ennemi , ^1 va chez les Tatars , erre de contrées en contrées y de déserts en déserts , et vient terminer enfin ses jours dans une solitude de la principauté de Rézan , entre les bras d'un saint abbé^ qui seul daigna lui don* ner un asile et des consolations.
Bazile II mourut en 14^5 , âgé de cinquantequatre ans , après en avoir régne vingt-cinq.
Epoque où Voni commence à frapper des mon-»
naies en Russie 9 et ce qW elles avaient éti jusqu^àiors*
Ce fut sous le règne de ce prince que Ton commença à frapper en Russie de l'argent monnayé. Il est souvent parlé auparavant de grivnesy et ensuite de roubles ; mais il faut alors entendre par ces mots un certain poids effectif d'argent. Le commerce avec les étrangers se faisait par échange contre d'autres marchandises, ou contre de l'ot
(99) ou dé Pargent pris au poids. Quant aux usages
communs de la vie , on avait .pour monnaie courante des morceaux de peaux de martres^ qu'on appelait morki; et pour les petits détails , des fronts d'écureuils ou petits-gris , et même des demi - oreilles qui n'avaient que la valeur de notre iiard.
VAZILI ov BAZILE III VAZILIÉVITZ , sur^ nommé gLÉPOI ou L'AVEUGLE , LE TÉNÉ- BREUX.
Geoi^ge^ prince de Calitch j oncle du jeune Ta« ziii , prétendait à la succession de son frère : il se fondait sur l'incapacité du mineur , et sur les an- <iens usages de la nation. Les deux prétendans , plutôt que de se concilier à l'amiable, préfèrent dé compromettre leur dignité, en se rendant à la cour du kan des Tatars, et de le faire l'arbitre de leurs droits. Bazile obtint la faveur d'Oulou Mahmet, et même il sut tellement gagner les bonnes grâces du Lan, qu'en lui adjugeant le trône, il l'exempta de tout tribut, et lui dit ces paroles remarquables : « Je préfère un ami à un vassal, i Voulant ensuite abaisser l'orgueil de George , il lui ordonna de conduire par la bride le cheval de son neveu , devenu son spuverain ; mais Vazili exempta son oncle de cette bumilTation.
mà:
Ingratitude de VazUi , et trait magnanime du
kan des Tatars,
Il est fâcheux , pour la mémoire de ce prince «9 qu'il ne paya son bienfaiteur cpe d^une noire ingratitude. Un prince tatar sort des déserts du Jaïk, vers le mont Caucase, vient brusquement attaquer Mahniet , et s'empare de sa domination. Mahmet, obligé de fuir, passe le Volga ; fait demander à Yazili la permission d'entrer en Russie f et d'y séjourner jusqu'à ce qu'il ait pu rassembler des troupes pour faire face à son ennemi. Tazili feint d'être touché de son sort , et lui permet de camper sur les bords de l'Oka , dans le district de Biélef , à cinquante lieues de Moscou. A peine le prince fugitif s'était*il rendu dans le lieu désigné , que Bazile fait marcher contre lui une armée de quarante mille hommes. Mahmet s'étonne et s'indigne de sa perfidie. Il n'avait avec lui que quatre mille hommes Tatars, dont le tiers était armé. Réduit au désespoir, il dit à sa petite troupe : t La mort nous entoure de toutes parts ; il faut vaincre ou mourir ; mais ne mourons pas sans vengeance. » Les Russes attaquent, et trouvent une résistance à laquelle ils ne s'attendaient pas ; leurs généraux prirent la fuite avec cinq vévodes ( grands-seigneurs ) et une partie 4e Tar^
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mée; le reste fut tué ou fait prisonnier. C'est ainsi que fut punie la perfidie de Bazile.
Elle le fut encore bien davantage quelque temps après 9 lorsque Mahmet , ayant repassé le Volga ^ eut été s'établir à Kasan. Il fondit tout-à-coup sur Moscou 9 «t cette ville 9 qui commençait à devenir considérable , fut la proie des flammes. Bazile s'a* vança contre les Tatars5 leur livra bataille^ et fut fait prisonnier. Mabmet ne démentit point la no«( blesse de son caractère dans cettecirconstance délicate ^ qui le rendait maître d'un ennemi ingrat et perfide ; loin de songer à s'en venger , il lui pardonna généreusement, etle renvoya dans ses états » sans exiger d'autre rançon que la promesse de s^aoqi^er envers lui d'une manière conforme à ses moyens.
Pendant que ' Alabmei donnait un exemple de générosité aux princes russes , Un d'entr'eux en donnait un tout opposé. Il fit répandre'le bruit que Bazile , pour se racheter , avait vendu la na* tion aux Tatars^ et cédé plusieurs principautés. €e fourbe , dans l'espoir de se rendre maître de Moscou , fit engager Bazile d'aller directement au monastère de la Trinité 9 pour y remercier Dieu de sa délivrance. Le grand - prince suivit ce conseil. Alors le scélérat surprend Moscou , dont la corruption lui ^cilite l'entrée. Il arrête les princesses et les boïards qu'il n'avait pu séduire ;^t court arracher de l'église du monastère de la Tri*
nité le confiant Bazîle , auquel il fait crever kv yeux , et que cette action atroce a fait surnommer 4e Ténéireui» ou V Aveugle.
Il vécut encoie long-temps dans oe trisKe état 9 et ne gouverna pas moins ses sujets, quoique privé de la vue. Il mourut en 1461» y âgé de 47 ^ns , et «Q régna trente-«iept.
IVAN III ( JEAN ) VAZILÏÉVITZ, surnommé