‹ Beautés de l'histoire de Russie: contenant tout ce qu'il y a de plus curieux et de plusChapitre 18 sur 19 · IVAN IV (JEAN) ANTONOVITZ · texte numérisé non relu

IVAN IV (JEAN) ANTONOVITZ

Le lendemain de la mort de la tzarine , le sénat » )e clergé et ies grands entendirent la lecture du testament et de l'acte de régenpe. £ir^^ fut re*connu solennellement régent , et le prince Ivan proclamé tzar. L'ambition et la. tyrannie de ce premier ministre s'accrurent avec une nouvelle violence. Gomme le duc Ulric lui faisait obstacle par les prérogatives dont il jouissait , il osa ordonner les arrêts au duc Ulric 9 au père du jeune tzar y avec

(54o) défense de se faite voir eo public II porta même l'insolence au point de dire devant plusieurs personnes qui se trouvaient cbez lui : c Si la princesse Anne me donne trop lieu de me plaindre d'elle , {e la renverrai en Allemagne avec son prince y et ferai venir le duc de Holstein pour le placer sur le trône. » Il aurait sans doute exécuté ce projet , si on lui en eût laissé le temps ; car il avait formé le dessein de marier son fils aîné à la princesse Elisabeth , dont le père était Pierre !.•% et sa fille au duc de Holstein , pour mettre sa postérité sur le trône,

Chute et exil ilc Biren,

> Le maréchal de Munich , autre intrigant de cour , mécontent de n'avoir point obtenu du régent tout ce qu'il en espérait , forma le projet de le supplanter. C'était lui que Biren chargeait toujours des commissions désagréables qu'il faisait faire auprès du-prince et de la princesse de Brunswick, Un jour qu'il était porteur de mauvaises nouvelles , la princesse se plaignit de tous les chagrins qile lui causait le régent. Le maréchal , qui n'attendait que l'occasion de parler avec franchise ^ lui répondît que , quoiqu'elle n'eût rien de bon à attendre de Biren , elle ne devait cependant pas se laisser abattre , et que si elle voulait lui donner sa confiance , il la délivrerait bientôt d'un joug insupportable. La princesse accepta ses offres aveo

( 54i ) empreasemeiit , et lui laissa la direction de cette entreprise hasardeuse. Le 8 novembre ( v. s. ) à deux heures après minuit ^ le maréchal^ le lieute-> nant-colonel Mansteio, son pre^mier aide-de-camp^ montent en carrosse tous les deux^ et se ren« dent au palais impérial , auprès de la duchesse de Mecklenbourg , qui manda aussitôt les officiers de garde. Dès qu^ils furent arrivés ^ elle leur raconta en peu de mots les outrages que le régent lui faisait spuffrir, ainsi qu'à son époux. EHe ajouta que ne pouvant supporter plus long-temps ces indignités, elle é^it. résolu de faire arrêter Biren , et qu'elle espérait que de braves officiers voudraient bien seconder le zèle de leur général , et exécuter les ordres cju'elle venait de leur donner. Tous le lui pro- ' mirent. Le maréchal MuniiÈh descendit avec eux , et fit mettre sous les armes la garde , à laquelle il expliqua le 'motif de cette alerte. Les soldats répondirent qu'ils iraient partout où il les conduirait. Parvenu à la porte du régent, le maréchal dit à Manstein : « Prenez avec vous un officier et vingt soldats , pénétrez dans le palais , arrêtez le duc de Gourlande , et , en cas de résistance, faites-le tuer sans miséricorde. > L'aide-de-camp entre dans le palais, et sa petite troupe le suit de loin , pour ne pas faire de -bruit. Il était connu de tous les soldats ; les sentinelles le laissent passer librement, dans la pensée qu'il avait été envoyé auprès du régent pour quelque affaire inportante. Il

( 54. ) pénètre jùique dann la chambre du duc, coucha avec ta duchesse» et ils dormaient l'un et l'autre' d'un sommeU profond. 11 s'approche du lit eon^gal , ouvre les rideaux , et demande à parler au régent. Les deux époux> réveillés en sursaut, semirent à crier de toutes leurs forces, se doutant biea qu'on ne venait pa^ leur apporter de bonnes nouvelles. Hanstein, se trouvant du c6ié du lit où la duchesse était couchée, vit le régent qui se )«tait à terre, pour se cacher sous le lit. L'officier alors se précipita sur lui , et le tint étroitement dans ses bras , jusqu'à ce que son escorte arriva , et saisit le duc t malgré les efTorts qu'il faisait pour se débarrasser de leurs mains. Les soldatsie maltraitèrent à coups de crosse , lui mirent un mouchoir dans la bouche , lui lièrent les mains derrière le dos avec une écharpe » et le portèrent presque nu devant le coips^de-garde de sa propre maison , où l'ayant couvert d'un manteau , ils le mirent dans le carrosse du maréchal qui l'attendait avec impatience et inquiétude. C'est dans cet état qu'il fut transporté au palais impérial , et renfermé dans une chambre. Tandis que les soldats enlevaient Biren, son épouse, sortie en chemise du palais qu'elle habitait, malgré la rigueur du froid , cou* rait après l'objet de son alTect reconnue , la traîna auprès demanda ce qu'il devait faii L'aide- de-camp lui ordonna

(343) elle ; mais le soldat brutal 9 ne' voulant point s*en donner la peine 9 la jeta dans ta neige^ çt s*eQ alla . Le capitaine de la garde, plus bum^o 9 passe auprès d'elle , la relève 9 lui fait donner des bahits 9 et la reconduit dans Tappartement qu'elle avait abandonné.

Après cette expédition , tons les régimens qui se trouvaient à Pétersbourg et dans les environs $ eurent ordre de prendre les armes et de s'assembler autour du palais. La duchesse de Mecklenbourg se déclara grande duchesse ( grande-princesse ) et régente pendant la minorité de son fils y et on lui prêta le sermen t de fidélité : serment qui ne fut pas plus respecté que les autres. Il n'y eut personne qui ne fit éclater de grandes démonstrar tions de joie d'être délivré de la tyrannie de Bîren. Ce ministre despote et cruel fut condamné à mort ; mais la grande-duchesse commua la peine capitale , et se contenta de l'exiler ; il fut transporté dans le fond de la Sibérie. Le maréchal de Munich traça le dessin de la n^aison qu'il dj^siinait à ce prisonnier 9 et lui-même l'occupa dans la suite : tant U est vrai que l'histoire de Russie présente souvent le récit des plus étonnantes révolutions. La régente fit notifier aux états de Courlande , que leur duc 9 accusé et convaincu de crimes de lèse - majesté , avait été arrêté et condamné à mort 9 et que lui ayant fiiit grâce de la vie 9 il avait été envoyé en Sibérie ^ où il finirait

ses jours. En conséquonoe , elle exhortaitlanobiesse de ce duché à élire un nouveau duc. C*c8t ce que les états firent «n faveur du prince Louis de Bruiis^ vricL , beau-frère de la grande-ducfaesse.

Ambussade fort cxtnwrdinaire.

Une ambassade du roi de Perse est peut r- être la plus extraordinaire qu^on ait jamais vue. Thamas Kouli-Kan ^ après la conquête du Mogol y avait expédié un ambassadeur accompagné de seize mille hommes et de vitigt pièces de canon , pour en porter la nouvelle à la cûur de Russie. Dès que cette cour en ftit informée , elle' crut devoir prendre des précautions pour prévenir les suites d'une démarche qui lui paraissait suspecte ; elle iit marcher des troupes du côté d'Astrakan y qui eurent ordre de former un camp sur les frontières de la Perse. Lorsque les Russes apprirent que Tambassadeur, suivi d'une armée pour escorte » approchait de la rivière de Kizlar, le général-major Âpra&in , qui commandait cinq régimens d'infanterie et six régimens de dragons', lui fit dire que , devant traverser un grand' déserl pour aller d'Astrakan à Moscou y il serait impossible de lui fournir les vivres et les fourrages pour tant d'hommes et d'animaux : qu'ainsi il le priait de ne prendro avec lui que trois mille hommes. Cette représentation arrêta tout- à -coup Tambassadeur ; il eu^

(545) VOya un courrier à Thamas-Kouli-Kân , pour lui demander ses ordres à cet égard ; et Thamas lui ordonna de régler avec les conunissaires russes le pombre de personnes qni l'accompagneraient ^ là cour. Son entrée se fit à cheval : sa suite était de trois- mille hommes , et de quatorze éléphans que le Lan envoyait au tzar avec d'autres présens en pierreries , parmi lesquelles il y avait des diamans d'une grosseur prodigieuse.

Catastrophe du maréchal Munich et du vice^ chancelier (c comte Ostermun.

Le maréchal Munich , devenu chef du conseil et premier ministre , n'était que plus près de sa chute 5 malgré les importans services qu'il avait rendus à la grânde-d^chesse : il s'aliéna tous les esprits par sa hauteur et ses prétentions. D'aiL-, leurs il avait un dangereux rival dans le vice-chancelier ^ comte Osterman , qui , en exagérant ses moindres fautes , saisissait toutes les occasions de lui faire perdre l'estipie et la bienveillance de la grande-duchesse. Il le rendit tellement suspect , que la régente et son époux , remplis dé terreurs paniques , et craignant que le maréchal n'excitdt contre eux une nouvelle révolution , changeaient ~<le chambres à coucher tous les soirs ; on ignorait chaque jour dans quel appartement ils passeraient la nuit ; ils ne se' rassurèrent que lorsque Muaich

(546) alla loger dans «on palais y de Tautre côté de la Neva. Osterman fit si bien , quUi lui enleva la place de ministre des affaires étrangères. Le inariéchal, piqué de cet affront, demanda sa retraite j bien persuadé qu'Mi ne pourrait point se passer de ses services ; mais il eut la douleur d*ètre pris au mot.

Osterman y plus rusé 9 plus impénétrable qiie le maréchal Munich , savait cacher les détours de sa sombre politique* Fils d'un pasteur luthérien de l^estphalie , il se rendit à Pétersbourg , et quoique sans fortune , sans appui , il parvint à se faire employer dans les bureaux du ministère , et s'éleva par degrés aux premières -dignités de Tempire. Mais la fortune , qui le protégea d'abord , se fit un jeu de l'abandonner , lorsqu'il y pensait le moins , et de lui faire éprouver une catastrophe commune avec le maréchal Munich , dont il était si vain d'avoir triomphé. Ce fut au commencement du règne d'Elisabeth , dont nous parlerons à l'instant , qu'arriva ce nouvel exemple des vicissitudes de la grandeur. Accusés l'un et l'autre de crimes imaginaires et absurdes y avec une foule de boïards et d'illustres fonctionnaires , on leur intenta un procès criminel. On reprocha , entre autres, au maréchal Munich , comme un délit très-grave , qu'il était péri un grand nombre de soldats dans les batailles qu'il avait livrées ; c On ne peut travailler le bois > répondit-il > sans

faire beaucoup de copeaux. » Enfin ^ impatienté

des chicanes qu^on lui suscitait , sans qu'on voulût écouter sa justification ^ il dit au procureurgénéral : «Dressez vous-même les réponses que Ton désire 9 et je les signerai. » On eut Tindignité d'acquiescer à cette demande ; et c'est ainsi que json procès fut instruit. On ne cherchait que des coupables. Les deux principaux accises qu'on avait dessein de faire périr, furei^t condamnés au supplice. La sentence portait que Le comte Osterman serait roué vif, et le maréchal Munich écartelé. La tzarlne Elisabeth leur fit grâce de la vie ; ils furent exilés. Ce fut en cette occasion qu'elle déclara que , sous son règne , aucun coupable ne serait condamné à mort, et l'humanité l'engagea à ne jamais oublier cette promesse. Les malfaiteurs étaient condamnés aux mines , aux travaux publics. Osterman n'eut sa grâce que sur réch^a,ud , à l'instant où il mit sa tête sur le billot. Le mare* chai Munich occupa à Pélym , dans le fond de la Sibérie* la maison dont il avait fait le dessin pour le duc de Bîren. Ostè^iuan, en 17479 m,om*ut dans le lieu de son exil % directenpient dans la misérable demeure qu'avait habitée le prince Mentzicof. Après sa mort, sa femme fut rappelée et rentra dans ses biens.

Un fait digne de remarque ^ c'e/»t que , dans cette circonstance, les femme;s des exilés voulurent Buivre levtr^ .maris ; quoique la tzarine leur eût

permis d'aller s'établir dans leurs terres. Le reftt* général de celte grâce est un trait d'héroïsme conjugal qui honorera toujours les femmes du dixhuitième siècle ; et ce sexe a donné souveat le même exemple en d'autres contrées.

Le maréchal Munich resta exilé pendant vingt ans à Pélym , petit bourg de la Sibérie. Accoutumé à une vie laborieuse j il dressait des projets relatifs à Tamélioration de la Russie. Il instruisait des cnfaus dans les mathématiques , et il se faisait craindre comme s'il eût été le gouverneur-général. Jl fut rappelé au commencement du règne de Pierre IIL En février 176a , il se mît en route pour retourner à Pétersbourg avec son épouse, qui lui avait tenu fidèle compagnie. En plusieurs endroits de sa route il trouva des généraux , des officiei'S qui avaient servi sous lui , et qui l'arro^ fièrent de leurs larmes. Son fils , sa fille 9 et le baron de Vietenghof , son gendre , vinrent à sa rencontre à trente verstes de Pélersbourjg (environ dix lieues) : alors son cçeur s'épancha au sein de ses proches 9 et dans les tendres embrassemens d'e sa fille , qu'il avait laissée dans l'tinfance. Il était vêtu d'une méchante peau de mouton ; et dans cet équipage 5 il arriva à Pétersbourg au milieu de sa famille. Le tzar l'envoya féliciter sur son retour, et le déclara son feld-maréchal ; mais on ne lui rendit pas ses appoîntemens. La tzarine Catherine ne le crut pas indigne de ses bontés. £Ue le nom-

( 549 ) tua directeur-général des ports de la mer Baltique

et des canaux de Ladoga. Malgré son grand âge il se montra toujours infatigable , et fit consl4*uire nombre d'ouvrages à Nerva et à ReveL Une courte maladie l'enlevale 16 octobre 1767 , à l'âge de quatre-'Vingt-sept ans. La Russie lui doit^ entre autres établissémens > celui du Collège des Cadets 9 composé de trois cents gentilshommes distribués en différentes classes y ou plutôt partagés en plusieurs compagnies. On leur enseigne les langues 9 les fortifications 9 la danse , à monter à cheval^ à faire des armes 9 en un mot^ tous les artsconvena* blés à des militaires.

Révolutiofi qui porte la princesse EiisabetH sur

te tréne de Russie.

La régente 9 très-négligente sur les affaires publiques 9 vivant froidement avec le duc son époux, et presque toujours renfermée dans l'intérieur de ses appartemens ^ veillait fort peu à la gloire de l'empire. Un grand nombre de mécoutens se permettait en secret des murmures, et conspira bientôt pour changer de gouvernement.

La princesse Elisabeth, fdle du Izar Pierre !.•* et de Catherine, vivait à la cour dans un calme apparent. Elle avait rejeté les princes qui avaient brigué sa main , et voyait fréque'taament la régente, cependant avec une sorte de réserve. Son goût

( 55o ) pour le plaisir et la liberté faisait qu^elle était moins observée. Ob sut néanmoins inspirer à la grandeduchesse quelques soupçons. Elisabeth les écarta p2Lr une ingénuité et une bonne foi simulées. £lle briguait le trône , mais c'était avec négligence et surtout avec beaucoup de crainte. Son principal agent était Lestpq , son chirurgien , homme léger et indiscret. Ce favori naquît à Hanovre, en 1693, d'une famille française réfugiée. En 1715, il passa en Russie , et eut le bonheur d'entrer au service de Pierre I.'' La tzarine Catherine le nomma chirurgien de la princesse Elisabeth 9 à qui il se rendit agréable par un dévouement aussi sincère que respectueux 5 et par l'enjouement de son humeur. Lestoq avait associé à son intrigue le marquis de la Chétardie , ambassadeur de France , qui lui fournissait l'argent dont il avait besoin , et qui servit à gagner une trentaine de gardes du régiment de PréobrachinsLî. Mais les imprudence réib^ées de Lestoq faiUirent plusieurs fois découvrir la coospi-ration. Osterman , qui avait d^es espion/s de tous côtés, fut secrètement instruit qu'il se tramait qMesjU que entreprise. Il en avertît 1» régejite^ qui aafwt alarmée 5 et eut à cesujet iine conférence ^vec Elisabeth. La princesse ne se déconcerta point ; .elle nia les faits , et soutijat ^s proteatations par des larmes qui aUendrireot et rassurèrent la arége^te. Ce fut peu de jours avâut que la révcdution éclatât , que la princesse Elisabeth eut Tadres^ de se jusU-

(350 fier^ Le$toq f qui voulait en accélérer le moment ^ se rendit le lendemain matin cbezla princesse» selon sa coutume. Il.Jui présenta un morceau dé carton sur lequel il avait dessiné Elisabeth avec la couronne sur la Aète ; au revers , elle était représentée avec un voile, et entourée de roues «t de gibets, c Choisissez , madame , lui dit-il , ou de nuMSter sur le tréne» ou d*<étre renfermée dans un couvent » et de voir vos fidèles serviteurs dans les supplices. » Dès que Lestoq eut fixé les irrésolutions d*£li^ sabeth 9 tous les coi^urés furent avertis de se tenir prêts pour exécuter 9 dans la nuit «uivante, 4 décembre 1741 9 le complot qui devait placer sur le trône la fille de Pierre I.*'. A minuit , ses espions vinrent lui rapporter que la <xmr était tran quille , et qu*il n^y avait au palais que les sentinelles ordinaires. Elisabeth , avertie qu'il était temps de paraître y manqua de courage, et ce ne fut pas sans peine que Lestoq lui inspira la hardiesse nécessaire pour consommer cette grande entreprise. Après avoir impkiré le secours du ciel » 'devant u^ tableau -de la vierge , elle se décora de l'ordre de Sainte- <!atberîne. Le comte Vérontaof et Lestoq la placèrent dans un traîneau » derrière lequel ils se 'mirent. Les trente f^renadiers qui étaient de son parti eufent ordre de la devancer à la caserne , "d'annonoer son arrivée, et de lui faire des partisans. Ils rassemblèrent fecfilement autour d'eux trois cents hoiiimes > tant sous-effîciers que soldats

( 55a ) Elisabeth arrive ^ ils lui jurent de se sacrifier pôrtr elle. A la tête de son escorte , elle pénétra sans résistance dans le palais impérial. Trente grena^ diers furent choisis pour aller dans les appartemens arrêter la famille ducale. Ils entrèrent tumultueu* sèment dans la chambre où ia régente était couchée avec son époux , et leur ordonnèrent de se lever. La grande-duchesse > épouvantée , prit à la hdte quelques vètemens pour se garantir du froid qui était excessif ^ et elle fit des instances pour qu'on lui permit de parler à Elisabeth sa tante. On ne Técouta pas. Le duc fut aussi arraché de son lit : on TenVeloppa de ses couvertures ^ et on le mit dans un traîneau. D'autres grenadiers entrèrent dans la chambre du jeiuie tzar qui dormait^ et comme ils avaient ordre de ne point réveiller , ils entourèrent son berceau en silence ^jusqu'au moment de son réveil qui arriva au bout d'une heure. Tous à l'envi se disputèrent Thonneur de s'en eniparer. Effrayé à la vue des«olâate, le jeune prince poussait des cris. La nourrice accounil tremblante , et le {>rit dans ses bras, et les grenadiers enlevèrent l'un et l'autre. Ces illustres prisonniers furent conduits dans des traîneaux au palais de la princesse Elisabeth ^ gardés à vue dans àm chambres séparées.

Vers les trois heures du matin 5 Elisabeth rentra triomphante dans son palais. Aloi^s on envoya des détachemens de tous côtés pour arrêter le ma-

( 555 ) réchal Munich ^ le comte Oslerman ^ etc. Nous avons vu plus haut quel fut leur sort. Le même jour , Elisabeth quitta le palais où elle avait toujours demeuré ', et alla occuper celui des tzars* Elle reçut le serment de fidélité des troupes, des grands officiers et du sénat. Après quoi elle publia un manifeste pour déclarer qu'elle était montée sur le trône de ses pères , qui lui appartenait en qualité d'héritière légitime > et qu'en cette qualité elle avait fait arrêter les usurpateurs qui allaient être renvoyés en Allemagne. On fit partir en effet de Pétersbourg, avec leurs domestiques, cespréitendus usurpateurs sous une forte esportè. En arrivant à Riga ; en Livonie , cette famille infortunée fut enfermée dans la citadelle où elle resta un an et demi ; de là elle fut transportée aufort de Dnnamunde. Loin de lui permettre de retourner en Allemagne , on la ramena en Russie, pour la conduire d'abord à Oranien bourg , ville bâtie par le prînce Mentzicof, et enfin à Kodmogri, dans une île de la Dwitia , à quatre-vingts verstes d'Arkangel. La grande - duchesse y mourut en couche au mois de mars 1746. Sou corps fut transféré à Pétersbourg , et inhumé dans le couvent de Saint- Alexandre - Neuskî» Le prince Antoine - Ulrîc de Brunswick, son époux, toujours détenu dans une étroite prison, mourut , en 1780, après trenteneuf ans de détention , et les princesses j ses

{ 354 ) filles , furent enfin rendues à la patrie de leurs ancêtres.

Pour le malheureux Ivan » décoré au berceau du titre de tzar > il fut séparé de ses parens à Oranienbourg , et sans égard pour la tendresse de son âge^ on le renferma dans la forteresse de Schlusselbourg ^ où il languit un grand nombre d'années.

Les infortunes du jeune tzar Ivan et sa fin

tragique.

Nous ajlons tout de suite tracer le tableau doi»loureux des longues infortunes de ce Jeune priqce. Dans les premiers momensde la révolution causée par EUsabetb» les soldats portèrent (e jeune tzar à cette princesse, qni le prit dans ses bras 0t le caressa 9 à peu près comme un tigre joue avec sa proie avant de la dévorer; puis, le voyant sourire au bruit des huzaqpX retentissaient aux portes du palais, elle ne put s'empêcher de dire, en répandant quelques larmes : « Enfant infortuné I tu ne sais pas, hélas ! que ce sopt les cris de joie de ceux qui te précipitent du trône« »

Plus humain que cette femme ambitieuse , un moine qui eut accès dans \^ prison d'Ivan , eu| radresse de l'enlever d'Oranienbourg , dans le dessein de le conduire en Allemagne , mais il fui arrêté à Smolensk. On ignore comment il fut puni. Ivan fut renfermé dans un monastère 4

( 555 ) Âaos rtie de Waldaï ^ peu éloi^é de la toulid qui conduit de Pétersbourg à Moscou. La tzarlae Elisabeth a^^aïUt eu envie de le voir ^ en 1756, le fît ramener à Scbluaselbourg; de là on le conduisit très-secrètement à Pétersbourg;dan9 la maison d'un affîdé, et Elisabeth Tentretint assez long-temps ^ sans se faire connaître . Ivan était alors âgé d'environ seize ans ; il avait une belle taille » une figure intéressante y des cheveux superbes , et la voix de la plus grande douceur. Elisabeth répandit des larmes en lui parlant, mais cet atten* drissement n'empêcha pas que ce Jeune prince ne fût reconduit dans «on sombre cachot. Six ans après , en 176a, Pierre III conçut tout-à-coup un projet très-singuHer. Il résolut d'adopter le prince Ivan y de le déclarer son successeur , etdelui£sûre épouserla jeune princesse de Holstein - Beck y qui était alors à Pétersbourg, et qu'il chérissait comme sa fille. Dans cette intention ^ il se fit conduire à la forteresse de Schlusselbourg , gardant le plus ^vand incognito , afin de juger librement s'il était digne des avantages qu'il lui destinait. Il ne se fit accompagner que de quatre seigneurs de sa cour* Il s'était muni lui - même d'un ordre signé de sa main , lequel enjoignait au commandant de laisser promener ceux qui en étaient porteurs dans toute la forteresse , sans même excepter le lieu où était ^ renfermé le prince Ivan , et de les laisser converser leuls avec ce prince. Le prisonnier , après avoir

( 556 ) Considéré quelques instans les étrangers qui ve^ naieni d^entrer dans sa chambre , se jeta tout^àcoup aux pieds du tzar.. « Vous êtes ici le maître , tzar f -lui dit-fl ; je ne veux pas tous importuner par une longue prière , msâs adoucissez la rigueur de mon sort. Je gémis depuis bien des années dans ce ténébreux cachot. La seule grâce que je yous demande est de mé permettre de respirer de temps en temps un air plus libre. « Pierre fut extrêmement touché de cesparoles. a Levez-vous, prince, dit-il à Ivan , n'ayez aucune inquiétude pour ravenir : j*userai de tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour rendre votre situation plus douce. Mais dites-moi, prince , vous souvenez- vous de tous les malheurs que vous avez éprouvés depuis votre première jeunesse? — Je n'ai presque aucune idée de ceux qui out assailli mon enfance , répondit Ivan ; mais du moment où j'ai commencé à^ sentir mon infortune , je n'ai pas cessé de mêler mes larmes à celles de mon nère et de ma mère , qui n'étaient malheureux qîi'à cause de moi , et ma plus grande peine venait des mauvais traitemens qu'ils souffraient quand on nous transportait d'une forteresse dans l'autre. <— Oh ! d'où provenaient ces mauvais traitemens ? demanda le tzar. — De la part des officiers qui nous conduisaient, répondit Ivan. -— Vous rappelez - vous les noms de ces officiers ? dit Pierre. — Hélas ! reprit le jeune prinj^e i nous nous contentions de rendre graa(^~^

( 55i7 ) au ciel , à genoux 9 lorsque ces monstres étaient re^ levés par des ofïiciers moins féroces. » Le gouver* neur de la forteresse entra dans ce moment. « Je vous ordonne 9 lui dit le tzar, de donner au prince tous les secours quUl vous demandera, et de le laisser en tout temps se promener dans la forteresse. •Je vous enverrai par écrit des ordres plus détaillés j d'après lesquels vous réglerez désormais votre conduite à Tégard de sa personne sacrée. » Le tzar, au bout de quelque temps, fit conduire Ivan dans la forteresse de Kexholm , bâtie sur une petite Ile du lac Ladoga, et beaucoup plus rapprochée de la capitale que Scblusselbourg. Non content de l'avoir, pour ainsi dire , auprès de lui, il le fit transporter dans le plus grand secret à Pétersbourg, dans une maison peu remarquable , où il allait }e visiter pendant la nuit,

La fatalité qui poursuivait Ivan, renversa du trône Timprudent Pierre III, ainsi que nous le dirons ailleurs. Le chancelier Bestuscheff, eh 1765, dressa une requête fort adroite > dans laquelle il conjurait Catherine de donner à Tempire une nouvelle preuve de son amour , en Aaclrifiant sa propre liberté et en prenant un époux : il proposait le prince Ivan pour l'heureux mari de I4 tzarine, bien sûr que tous ceux qui signeraient la requête rejetteraient cet infortuné : ce qui ne manqua pas d'arriver. Catherine , ^e dirigeait le vîefux courtisan , voulant avoir l'air d'appr4>uv(&r cette

( 558 ) proposition , et craignant toujours qu'Ivan ne fût tout-à-coup retiré de sa prison et couronné , le fit transférer du château de Schiusselbourg dans un couvent près d*Arkangél, où, comme si on eût voulu lai faire mieux sentir le malheur qui Tattendait , on le traita d'abord avec les honneurs das à son rang ; mais il fut bientôt ramené très-'Secrète* ment à Schiusselbourg.

Dans ces circonstances, en 17649 un officier du régiment de SmolensLo, en garnison dans la ville de Schiusselbourg, tandis quhine centaine d'hommes gardait la forteresse où était renfermé le prince Ivan , forma le projet de le délivrer. Ce jeune honmie, appelé WassOi Hirovîtz, se berça de Tespoir de faire une fortune considérable. Il ne fut point arrêté par la dificulté que pnésen*^ talent un capitaine et un lieutenantquiconchaieMt dans la chambre du prince Ivan. Ces deux officiers avaient un ordre, »igné de la tsarine, par lequel il leur était enjoint de loer ce malheureux prince, si on faisait la mwndre tentaHve pour le déKvrer. Mirovîtz gagna trois caporaux et deox soldats, qui , séduits par l'appât des réieompenses, firomirent d'exécuter ses t^il^ntés. Le 'j5 juillet (n. s. ), entre une heure etdeuxlieuresdu meHin^dls firent prendre ks armesàun&oinqnaiitirîBeàesoMats qui étaient de garde, et ïls niair<Siè?0»t vers la prison d'Ivan. Ils rencontrèrent >eifi 'chemin le gouver* neur de la forteresse, qu'on avait cru couché de**

( 359 ) puis long-temps, mais qui, ayant eu des soupçons, Venait pour s'opposer à Tentreprise. Le gouverneur ordonna à Hirovitz de déclarer pourquoi il avait fait prendre les armes aux soldats > et en quel endroit il prétendait aller. Mirovitz , sans lui répondre, le frappa du bout de son fusil., et le remettant aux mains de quelques-uns de ses soldats, continua sa marche. Arrivé à la porte du corridor où était la chambre d^Ivan , les sentinelles voulurent s^opposer à son passage. Aussitôt 11 commanda à ses gens de faire feu sur elles ; oe qiEii fut exécuté. Les sentinelles tirèrent à lair tour ; mais iln'y eut persomie de blessé de part ni d'autre. Les scddats de Mirovitz , surpris de la résistance qu41s éprouvaient, voulurent se retirer. Leur chef les retint; mais ils exigèrent qu'il leur ohmitrât Totdre qu'il disait avoir reçu de Pét^^bourg. Il tire aussitôt de sa poche et lit im faux décret du sénat, qui rappeUe au trône le prince Ivan, et en exclut Catherine. Cette soldatesque ignorante et crédule ajoute foi à ce décret, et se dispose de nouveau à obéir. On amène alors à Mirovitz une pièce de canon qu'il pointe lui-même contre la porte du eon'idor ; mais à celte vue la porte fut ouverte , et H eiitra sans obstacle avec toute sa suite. Les deux officiers renfermés avec le prince dans sa chambre , avaient crié aux sentinelles de faire feu; mais lorsqu^ih entendirent Mirovitz ordonner d'enfoncer Ta porte, et qu'ils jugèrent qu'il

( 5Go ) n^y avait pas moyen de résister aux assàillaùs ^ fondirent l*épée à la main sur la malheureuse Tictime qu'on voulait leur enlever. Au bruit des coups de fusil, Ivan s*était réveillé, et entendant les cris et les menaces des gardes , il les avait conjurée d'épargner sa triste vie. Mais quand il vît que les barbares n'avaient aucun égard à ses prières y il trouva des forces dans son désespoir, et quoique nu , il se défendit assez long-temps. Ayant la main droite percée et le corps couvert de blessures. Il fiaisit répée d'un de ces monstres et la brisa ; mais tandis qu'il se débattait pour lui en arracher le tronçon , l'autre le poignarda par derrière et le renversa. Celui dont l'épée était cassée acheva de lui ôter la vie à coups de baïonnette. Alors ils ouvrirent les portes, et montrèrent à la^fbis à Mirovit^ le corps sanglant du prince et l'ordre par lequel Catherine les autorisait à l'égorger, si quelqu'un tentait de le leur enlever. Mirovitz, saisi d'horreur « recule d'abord quelques pas. Puis, il se jette sur le corps du prince en s'écriant : c J'ai manqué mon <:oup ; je n'ai donc plus qu'à mourir. > Mais bientôt il se relève. Loin de chercher à se soustraire au châtiment qu'il devait prévoir, ou à se venger des deux assassins en les massacrant, il retourne à l'endroit où il avait laissé le gouverneur entre les mains des soldats , et lui dît froidement en lui rendant son épée :*« Maintenant c'est moi qui suis i^otre prisonnier^ »

Le lendemain , le cadavre du malheureux Ivan fut exposé devant l'église de Schlusselbourg , revêtu d'un habit de matelot. Un peuple immense y accourut ) et il est impossible de décrire la douleur et l'indignation qu'excitait la vue d'un infortuné qui , après avoir été cruellement précipité du trône» lorsqu'il était encore au berceau, passa ses jours dans un cachot 9 où des scélérats le massa* crërent impitoyablement. Ivan avait six pieds de . haut 9 des traits réguliers et la peau d'une extrême blancheur. Aussi sa beauté , sa jeunesse faisaient encore mieux sentir le malheur de sa destinée et la cruauté de ses bourreaux. Il n'avait pas encore vingt-quatre ans. Son corps fut enveloppé d'une peau de mouton ^ mis dans un cercueil et enterré sans cérémonie.

On avait craint la fureur du peuple pour ses deux assassins 9 qui, dès qu'il eurent commis leur crimC) trouvèrent un vaisseau tout prêt pour se rendre en Danemark où le ministre de Russie s'empressa de les accueillir. Peu de temps après ils rentrèrent en Russie et furent avancés dans le service.

Mirovitz et ^ ses complices furent transférés à

Pétersbourg; une com.mîssion le condamna à. avoir

la tète tranchée (le a6 septembre ) ; il marcha à la

mort avec beaucoup de sang-froid, et la reçut

avec courage. Les soldats 9 qu'il avait engagés à se

joindre à lui, sulÂrent - d'autres peines plus ou

moins sévères.

(56i) Eiitaéah Pétrowna.

Afin de réunU- sous un même point de vue le« infortunes du prince Ivan, nous avons interverti l'ordre de temps; nous allons reprendre û suite des faits. Nous sommes restés au règne d'Elisabeth.

Pour mieux vivre à l'abri de toute dépendancci cette princesse refusa constamment de prendre un époux , avec lequel il lui eùX fallu partager Tempire. Cependant Elisabeth voulant Atcr à la famille d'Anne Ivanovitz l'espoirde remonter sur le trâne, désigna pour lui succéder Charles Pierre Ulric , fils du duc de Holstein-Gotlorp et d'Anne , fille de Pierre-le-Grand ; et sa sœur aînée : l'ayaot appelé à Féterebourg' en 174^) ^'^ 1*^ ^^ abjuret le luthéranisme pour la religion grecque, prendre le nom de Pierre Fëdorovitz , suivant l'usage dei Busses , qui ne permet pas de porter plusieurs Domsdebajitéme j et le déclara grand-ducdeRus- . aie et so^ héritier présomptif. Ce prince n'était alors dgé que de quatorze ans. Trois ans après , en 1^47 1 <"> songea à lui Itdre épouser Sophie - Auguste d'Anbalt-Zerbst, sœur du roi de Suède, née le 35 avril 1739, qui avait environ un an moins que lui, etqul,en embrassant le rit grec, changea son nom en cdui de Catherine , qu'elle a tant illustré depuis. L'hymen fut célébré , le so sep- ~ tembre ( v. s. ) 1744 ' ^vec la plus grande pompe*

(565) De cette union , long-temps stérile 9 naquit 9 le i.* octobre (t. s.) 1754? le grand-duc Paul Pétrovitz, que nous avons vu sur le trône de Russie.

Il est d'usage, dans cet empire , qu*en montant sur le trône 9 le prince rappelle la plupart des exilés sous les règnes précédens. Elisabetk fit revenir de Sibérie un grand nombre de familles qui y avaient été envoyées dès le temps de Catherine ï.'*, et particulièrement sous le règne de la tzarine Anne : on les évaluait au-delà de vingt mille. De ce nombre il y en eut plus de cinq' mille dont on ne put découvrir aucune trace, par la raison que dès qu*on envoie quelqu'un en exil sans une sentence dans laquelle on désigne le lieu de sa détention , on lui donne un autre nom que le sien. La cour elle-même ordonne quelquefois ces changemens de nom , à Finsu de la chancellerie secrète ; c'est ce qui occasionne la difficulté presque insurmontable, de trouver les prisonniers dispersés aux extrémités de l'empire. On rendit à là plupart de ceux qui revinrent les charges qu'ils avaient occupées avant leur proscription.

Exemptes d'éUvation et de catastrophes sous te

règne d* Elisabeth.

Malgré l'humanité, la vertu principale d'Elisabelh , il y eut quelques bouleversemcns de fortune et de grandeur sous le règne de cette tzarine.

(364) Les pren^îëres faveurs que répandit Elisabeth f om* bèrent sur Rasoumonski , qui fut déclaré chambellaii, ensuite comte 9 grand-veneor et cordon bleu. Ce Rasoumonski est un nouvel exemple des bizarreries du sort. Il était fils d^un paysan de la ville 4'Isum en Ukraine. Il se fit connaître par la beauté de sa voix. Cet avantage lui fut très-utile dans un pays où , suivant la lithurgie , toutes les églises ont des chœurs pour chanter la messe. Un colonel nommé Wischnewski , charmé de la voix et de la belle physionomie de Rasoumonski , le prit à son service , le mena à Pétersbourg , et lui fit obtenir une place de chantre à la chapelle impériale. La princesse Elisabeth , frappée de sa bonne mine, le fit surintendant de ses terres , et bientôt il devint Tofiicier qu'elle chérissait le plus. Lorsqu'elle fut parvenue au trône, elle Téleva aux plus grandes places. On prétend môme qu'elle répousa secrètement.

En 174^9 il y eut une conspiration, heureusement fort mal conduite. Madame Lapoukin , alliée à la famille des tzars ^ Tune des plus beUes femmes -de la cour, voyait avec douleur son frère dans un exil rigoureux , et plusieurs personnes formaient le même sujet de plainte. Elles n'avaient point de plan arrêté, se rassemblaient pour se répandre en imprécations contre la tzarine , et en étaient encore à chercher quelqu'un capable d'en* treprendre une nouvelle révolution. Les conjurée

( 365 ) n'avaient pas moins d'imprudence que d^irré^olu^ tion. Le lieutenant-colonel Lapoukin, étant un jour à table ayec quelques officiers , s'avisa de porter la santé du |eune tzar ( Ivan ), et ne se ménagea pas dans ses propos contre Elisabeth. Cette indiscrétion fut aussitôt rapportée à la souveraine. On ordonna aux dénonciateurs de se lier avec les coupables > et de partager en apparence leurs sentimens pour pénétrer leur secret. Cela ne fut pas difficile: les conjurés ne savaient se défier de personne , et se livrèrent d'eux-mêmes aux premiers qui feignirent de penser comme eux. Lapoukln , sa femme ^ son ûls ^ madame Bestuchef p reçurent le Lnout, eurent le bout de la langue coupé, et furent envoyés en Sibérie. Madame Lapoukin , qui se débattit avec le bourreau qui devait lui couper le bout de la langue , fut plus maltraitée que lés autres. Cependant après son supplice f elle pouvait encore se faire entendre des personnes qui avaient une grande habitude • de vivre avec elle. Elisabeth, en punissant cesx coupables, satisfaisait en même temps sa jalousie. Elle avait la faiblesse de vouloir élre la plus belle femme de l'Europe , et haïssait; dans la belle Lapoukin , ^ une rivale qui méritait de lui enlever des suffrages , et qu'on a vue , sous un autre règne , ^ reparaître encore avec éclat dans un âge avancé, après dix-huit années de souffrances.

Ce fut en 1748 que Lestoq encourut le disgrâce

( 366 ) d*£lisabetb> par les intrigues et la perfldie de Bestochefy chancelier, à qui il avait procuré celte éminente place. Après avoir concetiru à mettire Elisabeth sor le trène , Lestoq supplia cette souveraine de le récompenser c^ argent 5. et de Im permettre de retourner à Hanovre. Elle ne voulut pas y consentir. « Vous m*avez rendu , lui dit-elle^ des services au-dessus de toute récooipense ; ne m^étez pas la satisfaction de vous témoigner ma reconnaissance 9 et de vous élever au rang que je vous destine. — Yottà prédsâaaent ce que je crains, répondît Lestoq; mon élévation m^attîrera de nombreux ennemis; ils ne manqueront pas de me rendre de mauvais offieea auprès de votre majesté, et ils viendront à bout de me faire exiler ». Elisabeth le rassura ; elle était séduisante > il se laissa persuader. Elle le nomma son premier médecin , avec le rang de conseiller-privé actuel, et le titre d^excellence. En 1744» ^ fut fait comte d*empire par l'empereur Charles YII. Bestucbef , qui lui avait tant d'obligations, travailla pendant plusieurs années pour l'éloigner de !U cour, et y réussit enfin, parce que l'ingratitude se trouvait aussi dans le coeur de la souveraine. Le comte Apraxin vint arrêter Lestoq dans son hôtel, le 1 3 novembre 1 ^4^ > ce fut lui-mjême qui présida à la commission nommée pour instruire le procès de ce prétendu criminel d'état , et qui s'enrichit le plus de ses dépouilles. Malgré toutes les peines

( 567-.) qu^on se donna pour le trouver coupable, on ne put y réussir. Lestoq y après avoir été enfermé pendant quatre ans dans la forteresse de Pétersbourg, fut exOé dans le gouvernement d'Arkangel , où son épouse 9 d^une ancienne maison de Livonie, le suivit volontairement. Ce couple, heureux même dans rinfortune, vécut dans Te xii jusqu'à la mort d'Elisabeth; et quoiqu'il eût trois roubles à dépenser par jour, il manquait souvent du nécessaire , parce que cet argent, comme celui des autres prisonniers, était à la disposition de leurs gardes. A son avènement au trône, Pierre III rappela Lestoq, 'et lui rendit ses charges. En vertu du décret de l'empereur , il voulut rentrer dans ses biens , mais il ne put en recouvrer qu'une très-petite partie. De quarante mUle roubles en argent qu'on avait trouvés chez lui, on ne lui en rendit que onze mille. Catherine II lui fit une pension de sept mille roubles, et lui donna en Livonie une très-belle terre .-Lestoq revint de son exil fort incommodé de la pierre. Dans les intervalles de la douleur, il se livrait à sa gaîté ordinaire. Sa conversation était enjouée,' et son caractère n'avait rien perdu de sa vivacité naturelle. Il mourut le J2 juin 1767, après de longues sou[Ii*ances.

Grande victoire que les Russes remportent sur les soldats du roi de Prusse , Frédéric II.

Mort d'Elisabeth. Portrait de cette princesse.

Le 12 août 17599 les russes commandés par le général Soltikof , livrèrent une fameuse bataille près de C unersdorf, et furent vainqueurs, quoiqu'ils eussent affaire àFrédéric-le-Grand, qui était ^en personne à la tète de son armée. Après un combat de huit heures, les Prussiens prirent la fuite 9 en abandonnant vingt-six drapeaux , deux éten* dards 9 et près de deux cents pièces de canon. Plus de cinq mille prisonniers restèrent au pouvoir des Russes 9 qui n'eurent que trois mille hommes de tués j tandis que les Prussiens en eurent près de huit mille.

£n 1761, les Russes, après un siège long et meurtrier, s'emparèrent de Colberg , ville forte et considérable d'Allemagne , située dans la Poméranie, au bord de la mer Baltique. Quand la nouvelle de cet avantage parvint à Pétersbourg , Elisabeth , épuisée par les longues douleurs d'une maladie cruelle , approchait du tombeau. On appela de Paris le célèbre docteur Poissonnier, qui se hâta de partir de France, pour aller lui admi«< nistrer des secours. Mais les palliatifs ne détruisirent pas une maladie incurable. Sentant que sa

(369) " (in ^ était inévitable , elle voulut qu^on remit en liberté tous les malheureux détenus dans les prisons pour contrebande y et que toutes les confiscations faites pour raison de fraudes fussent rendues ; elle diminua un million et demi de roubles sur l'impôt du sel, parce que cette denrée est de première nécessité pour le peuple. Indépendamment de treize mille contrebandiers qu^Elisabeth élargit , elle fit ouvrir les prisons à tous les débiteurs au-dessous de cinq cent roubles; et quoiqu'ils fussent au nombre de vingt-cinq mille ^ elle, ordonna que ces sommes seraient acquittées de ses propres deniers. Après de vives soufifrances, sans doute adoucies par ces bonnes actions, elle mourut le 25 décembre ( v. s. ) 1761. Elle est née y parvînt au trône , et est morte dans le mois de décembre. Son règne fut de vingt ans 9 et elle ter-* mina sa carrière à l'âge de soixante-deux ans ( 1 )• On ne peut douter que cette princesse n'eût Tame très-bienfaisante 9 et qu'elle ne fut digne du surnom de-Ctémente , que la voix de ses peuples

(1) Les aateurs variçiit sur son âge.. Leclerc lui donne soixante - deux ans ; M. Lëvesque y cinquante -deux; et Pauteur du Nouveau Dictionnaire Historique , cinquanteun ans. Que de contruditions dans le récit d'ëvénemens passés sous nos yeux ! Quelle peut être la vente de ceux qui nous sont pàryenus k travers Tobscurité des siècles %

(SjoJ lui donna. Lorsqu'on lui apportait la nourelle de quelque victoire reinportâe par ses années : c £Ii I que m'importe , disait-eUe en soupirant , que m'importe une gloire achetée par le sang de tant de guerriers ? »

Lit fiussie doit à Elisabeth ta réforme de piw sieurs abus. Elle abolit cette loi baibare par laquelle la famille d*un coupable était comprise dans sa punition ; elle mit l'ordre dans la police et la justice , rétablit la subordination parmi les gardes , 6t observer la discipline parmi les troupes. Elle aima les arts, les sciences, et les protégea. Elle fonda l'Université de Hoscon , et l'Acadteiie des beaux - arts de Pétersbourg. Dans ces deux élablisBemens,la>eunesgeegt élevée dans tes lettres ou dans les arts, et Ic^ée, entretenue et nourrie aux frais du gouvernement. Outre la langue russe qu'elle parlait parfaitement , elle avait bien appris le français, l'allemand, le suédois; elle écrivait bien et en beaux caractères : elle aimait la magnificence et l'ordre , et faisait un cas particulier des militaires : c'est pourquoi ses armées combattaient glorieusement et triomphèrent des troupes prussiennes, alors si vantées.

( 571 ) PIERRE III, FÉDOROVITZ.

Le duc de Holstein , neveu d'Elisabeth , fut rer connu tzar aussitôt après la mort de sa tante, sans aucune contradiction , sous le nom de Pierre III. Ce prince avait une bizarrerie de caractère qu*îl serait difficile de définir. Le roi de Prusse , Frédéric II , était le modèle qu'il voulait suivre en tous points. Mais il affectait dHine manière ridicule l'estime dont il était pénétré pour ce grand prince.' Il rappelait ordinairement le roi mon maître. Il co« piait avec une affectation méprisable , Pair , les manières , le ton de ce mondrque. Il faisait porter à un petit corps de troupes rassemblé à Oranienbaum , Tuniforme prussien , et le portait lui-même; il fatiguait ses soldats par des manœuvres et dès exercices inutiles ; puis il passait aux excès de la table ^ et quand sa tète était échauffée par le vin , il annonçait qu'il ferait un jour la conquête du Nord , et qu'il imiterait en tout Frédéric.

Les premiers jours du règne de ce prince furent marqués par plusieurs traits de bienfaisance , qui jetèrent dans l'étonnement tous ceux qui le connaissaient et qui ne croyaient qu'à ses vices. La métamorphose parut complette et soudaine ; la douceur remplaça la violence. Le grand-duc avait été inconséquent 9 fougueux, bizarre : Pierre III se montrait juste, patient , éclairé. Mais son ca-

raçtère variait si souvent que- du matin au boît il n*était pas reconnaissable. Aussi fut-il très-facile de le décrier dans Tesprit du peuple. D^ailleurs, il se laissa aller à des imprudences' qui achevèrent de le perdre. On l'accusait d'être luthérien dans le cœur, et d'affecter un profond mépris pour les usages 9 les cérémonies et la religion du culte grec. On prétendait qu'il ne parlait jamais qu'avec dédain de la nation russe y et qu'avec respect des Allemands. Ces propos , semés par des émissaires de Catherine 9 aliénèrent bientôt de ce prince les cœurs que les premiers jours de son règne lui avaient gagnés.

Les imprudences du tzar ranimaient chaque jour l'espoir de Catherine , épouse délaissée , et les desseins qu'il avait formés contre elle et dont une partie n'était que trop connue (il voulait la faire renfermer dans un couvent ), l'enhardissaient à risquer tout pour les prévenir. Reléguée à Pétershof , à huit lieues de la capitale 9 et logée dans l'un des appartemens les plus écartés et les moins apparens du château , elle passait ses journées à. méditer le projet de précipiter son époux du trône , afin de s'y placer. £lle était puissamment secondée paria princesse Daschkof 9 jeune femme âgée de vingt

ans 9 mais d'une activité et d'une intelligence fort

au-dessus de son âge. Les conjurés 9 qui avaient d'abord résola d'arrêter le tzar quand il reparaîtrait |iPétersbourg 9 pensèrent 9 après une nouvelle

délibération, qu^il serait trop dangereux d*attendre ce moment , et qu'il valait mieux exécuter leur dessein dès que ce prince se rendrait à Pétershof. Pour que l'exécution fût moins incertaine, on crut devoir s'envelopper des ombres de la i^uit.

Sous prétexte de laisser les appartemens libres pour la fête qu'on devait célébrer dans le château de Pétershof ( la fête du tzar) , et pour pouvoir en effet être plus à portée de s'évadet, Catherine s'était logée dans un pavillon recula , au pied duquel passe un canal qui communique à la Neva, et où elle avait fait mettre , comme sans dessein , un canot , pour se sauver en Suède si la conjuration était découverte. Grégoire Orlof , chef des conjurés, ayant donné à son frère Alexis, alors simple soldat dans les gardes, une clef du pavillon , Tinstruisit de la nqiaBiëre dont il fallait s'y prendre, pour y arriver ; et la princesse Daschkof lui remit un billet pour engager la tzarine à venir sur - lechamp. Il était deux heures après minuit, le 9 juillet 1762. La tzarine n'attendant plus personne, s'était couchée , et dormait profondément quand elle se sentit réveUler, et vit debout, à côté de son lit , un soldat qu'elle ne connaissait pas. Sans lui remettre le billet de la princesse de Daschkof, ce soldat dit à Catherine : « Votre majesté n'a pas un instant à perdre ; qu'elle se prépare à me sui- ' vre. • Et aussitôt il disparut. Catherine étonnée , éperdue ^ appela une de ses femmes. Elles s'ha-

( 574 ) billèreDl précipitamment et se déguisèrent de manière à n'être pas reconnues des sentinelles qui gardaient le château. A peine sont - elles prêtes , que le soldat rentre et dit à la tzarine qu'une voiture Tattend à la porte du jardin. C'était un carrosse que» sous prétexte d'avoir des relais pour se promener dans la campagne , la princesse Dasch* cof faisait tenir depuis quelques jours dans une ferme à deux ou trois milles de Pétershof ^ elqu'Ao lexîs Orlof avait envoyé chercher par un de ses camarades. La tzarine se rendit sans obstacle jusqu'à cette voiture. Elle y entra. Alexis Orlof prit les rênes et partit. La voiture courait avec la phis grande vitesse; maistont»à-ooup les chevaux s*arrêtèrent et tombèrent de lassitude. On fut obligé de descendre. Alexis Orlof et son camarade firent de vains efforts pour ranimer les chevaux. On était encore fort éloigné de Pétersbourg , au milieu de la nuit, dans le plus grand embarras 5 et le danger devenait plus pressant de moment en moment. ; enfin , on résolut d'achever le reste du chemin à pied. Heureusement qu'après avoir commencé cette espèce de pèlerinage , on rencontra une charrette de paysan. Alexis Orlof l'arrête y la tzarine y monte , et l'on se remet ù courir. Bientôt on en-> . tend^ le bruit d'une autre voiture qui venait avec une rapidité extraordinaire. C'était Grégoire Orlof qui y calculant tous les momens, s'alarmait de ne pa's voir encore paraître la tzarine. Il la reconnaît ^

( 375 ) lui crie qu^on n^attead plus qu'elle; et sans attendre sa réponse , reprend les devans pour la recevoir à Pétersbourg;. Enfin Catherine , accablée de fatigue et d'inquiétude 9 mais assez maîtresse d'elle-même pour prendre un air tranquille et serein f arriva dans cette capitale à sept heures du matin. £ile se r^adit aussitôt au quartier des gardes d'Ismaïbof , dont trois compagnies étaient gagnées ; mais que les conjurés n'avaient pas voulu laisser sortir de leurs casernes avant que Catherine parût ^ de peur de manquer leur coup par trop de précipitation. Au bruit de l'arrivée de la tzarine , une trentaine de soldats à moitié nus accourent et la reçoivent avec de grands cris de joie. Surprise et alarmée de voir un si petit nomlnre de soldats f elle garda un moment le silence ; puis elle leur dit d'une voix altérée : « Que son danger la forçait de venir leur demander du secours ; que le tzar voulait cette même nuit la faire tuer, ainsi que son fils ; qu'elle n'avait pu se dérober à la mort que ptf la fuite f etqu'elle comptait assez sur leurs dupositions pour se remettre entre leurs mains. » Tous ceux qui l'écoutaient frémirent d'indigqatîon y et jurèrent de mourir pour sa d éfense. Leur exemple^ et l'hetman ( chef des Kosaques ) Razumo fbki » leur colonel^ qui ne tarda pas à paraître 9 entraînèrent bientôt les autres soldats que la curiosité attirait en foule autour de Catherine. On fit venir aussitôt l'aumônier du régiment d'Is-

mailof , et ce prêtre reçut, sor un cnicifix, le ment des troapes. Tant d^avanta^es n'avaient pas coûté deux heores à la tzarine; elle se voyait déjà entourée de deux mille guerriers et d'une grande partie des habitans de Pélersbourg , qui suivaient machinalement les mouvemens des soldats y ^ s'empressaient de les applaudir. Alors on lui conseilla de se rendre à l'église de Kasan , où tont était préparé pour la recevoir. Elle en prit le chemin avec son nombreux cortège. Les fenêtres , les portes de toutes les maistms, étaient couvertes de spectateurs qui mêlaient leurs acclamations aux cris des soldats. L'archevêque de Novogorod qui , revêm de ses habits sacerdotaux et environné d'-un grand nombre de prêtres , à quileurs longues barbes et leurs cheveux blancs donnaient un air vénérable 9 Tattendait à Tautel y lui mît la couronne impériale sur la tète, la proclama à haute voix souveraine de toutes les Russies, sous le nom de Catherine II 9 et déclara en même temps le jeune grand-duc 9 Paul Pétrovitz , son successeur. Ensuite on chanta un Te Deutn , accompagné des huza de la multitude. Avant la fin du jour, Catherine avait déjà quinze mille hommes d^élite. La ville était danç un état de défense formidable. Un ordre sévère y régnait , et , par le plus grand bonheur^ il n'y eut pas upe goutte de sang i^épandu.

Tout semblait d*accord pour favoriser la çons-

( 577 ) pîratîon. Le tzar n'en apprit que très-tard l'étonnante nouvelle y et perdit aussitôt la tète. Il lui eût été facile de gagner promptement le Holstein , où il avait un corps d'antiée assez considérable; mais il n'osait point prendre ce parti ^ et encore moins se metlre à la tête de ses gardes Holsteinois, troupes sur la fidélité desquelles il pouvait compter.' Cependant Catherine 9 à la tête des conjurés 9 s'a* vançait pour le combattre. Il en est informé, et se décide enfin à se retirer àCronstadt, ville fortifiée 9 qui renfermait une garnison nombreuse 9 et où se tenait une flotte formidable. Deux yachts sont préparés, Pierre s'y embarque, et arrive au mo7 ment où le gouverneur avait déjà fait ses disposi-^ tionspour l'empêcher de descendre. Une partie de la garnison sous les armes borde le rivage. Les ca* nous sont braqués , les mèches- allumées, et à l'ins* tant où le premier yacht jette' l'ancre, la sentinelle demande : « qui vive? — Le tzar, répond-on du yacht. — Il n'y a plus de tzar , réplique la sentinelle. > Pierre se lève , et entr'ouvrant son mân* teau pour faire voir le cordon de son ordre , il dit .: « Quoi ! vous ne me connaissez pas ! — Non , s'écrient mille voix à la fois , nous ne connaissons plus de tzar. Vive la tzarine ! » Alors le gouver-s. neur menace de faire couler le yacht à fond, s'il ne s'éloigne. Le tzar, consterné, se recule, mais son aide -de -camp l'arrête, et saisissant une de$ balustrades qui entourent le port ; « Mettez votr«

( 378 ) , main à côté de la mienne , lui dit-il y et sautons à terre : personne n*osera faire feu sur vous , et Cronstadt sera e&core à votre majesté.*» Dans soo épouvante » Pierre III ne veut plus que fuir y et court se eaeher dans la chambre du vacht. au mi* lieu des femmes éperdues. On ne put lui rendre le courage nécessaire ; il donna ordre au pilote de le reconduire à Oranîeabaum. On y arriva à quatre heures du matin; à dix heures, il- se montra avec un air assez calme : ses gardes Holsteinois accoururent et Tentourèrent avec des larmes de joie et d'attendrissement; ils baisaient ses mkains, ils embrassaient ses genoux 5 ils le pressaient de les faire marcher contre Parmée de la tzarine , et lui juraient qu'ils sacrifieraient tous leur vie pour défendre ia sienne. Les oiTres généreuses de 4>es braves gess ne purent réveiller son ame engourdie. Il se décida à écrire à Catherine la lettre la plus basse et la plus humiliante , par laquelle il lui disait qu'il reconnaissait ses torts ^ et lui proposait de partager l'autorité souveraiite. Maïs Catherine ne lui fit aucune réponse , retînt le messager, et se remit en marche avec toutes ses troupes. Le tzar , apprenant que Catherine s'approchait, fit seller un de ses chevaux, dans le dessein de se sauver seul et déguisé vers les frontières de la Pologne. Mais toujours timide et irrésolu, il écrivit une seconde lettre à Catherine , en implorant sa miséricorde et lui demandant pardon de la manière la plus humide ; il

(379) rassura en même temps qu*il lui cédait la couronne de Russie, et la ]^la de lui accorder une, pension avec la liberté de s'en retourner dans le Holstein. Catherine ne daigna paf plus répondre à cette lettre qu'à la première^et engageant dans ses intérêts le chanal>elian qui la lui avait portée , elle le renvoya au tzar pour le déterminer à se soumettre à ses volontés, et lui recommanda d'assurer le prince qu'il serait très-bien accueilli , et qu'il obtiendrait tout ce qu'il soobaîtait. Pierre hésita quelques instans, mais lechambellan lui ayant dit que s'il ne prenait pas promptement son parti, sa vie était en danger ^ Il suivit les conseils de ce perfide ; il se hâta de monter dans une voiture avec son aide-de-rcamp, et ils prirent le chemin de Pé* tershof* L'infortuné tzar croyait que tant de résignation pourrait toucher Catherine : il fut bientôt détrompé. Quand la voiture où il était passa au milieu de l'armée, les Kesaques , que le tzar ren-^ contra les premiers > gardèrent un triste silence ; il éprouva lui-même une vive émotion ; ensuite les cris répétés de vive Catherine , que faisait entendre le reste des troupes, le plongèrent dans le désespoir. Lorsqu'il descendit de voiture, on ne lui témoigna nul égard, nulle apparence de respect. Son aide-de-camp-général fut insulté; mais cet officier garda le plus grand sang>froid, et reprocha fièrement aux rebelles leur insolence et leur trahison. On fit monter le tzar au haut du grand esca«

( S8o ) lier. Là) on lui arracbales marques de son ordre , on lui ôta ses habits qu'on fouilla , et oa trouva dans ses poches beaucoup de diamans et d'autres pierreries. Après qu'il eut resté quelque temps en chemise ^ nu-pieds y en butte aux outrages de la soldatesque j on l'enyeloppa d'une mauvaise robe de chambre , et on le renferma seul avec une garde à sa porte. Le comte Panin j premier ministre de la tzarine > vint trouver ce prince , et eut avec lui un long entretien. Il le persuada que là tzarine ne le tiendrait que peu de temps aux arrêts , et qu'elle le renverrait dans le Holstein, comme il le désirait. Enfin , ce perfide ministre lui fit écrire et signer une renonciation formelle à la couronne de Russie , dont il se déclarait indigne.

Muni de cet acte fatal, Panin se retira. Pierre parut dès-lors plus tranquille , et vit sans peine un ofiieier avec une forte escorte s'emparer de sa personne, et le conduire dans un petit château , à vingt verstes de Pétersbourg. Ne croyant rester que peu de jours en prison avant d'être renvoyé en Allemagne , il fit demander à Catherine le nègre qui l'amusait quelquefois, un chien qu'il aimait beaucoup , son violon , une bible et des romans , et lui fit dire que , rebuté par la méchanceté des hommes, il voulait désormais ne vivre qu'en philosophe. Rien ne lui fut accordé , et on se moqua de ses projets de sagesse. Il était depuis six jours étroitement détenu , sans que d'autres personnes

<58. ) que les chefs desxoDJurés et les soldats qui le gardaient connussent sa prison , lorsqu'on apprit à Pétersbourg que le tzar Pierre III venait de mourir tout d'un coup d'une colique hémorrhoîdale 9 le 1 7 juillet 1762.

Le corps du malheureux tzar fut porté dans la capitale, et exposé pendant trois jours dans l'église de Sain t- Alexandre- Neuskî. On avait eu soin de le revêtir de son uniforme prussien , et les personnes de tout rang et de tout état eurent la liberté de lui rendre les derniers devoirs , qui consistent en Russie à baiser les mains ou la bouche du mort.

Ce prince, qui termina sa carrière à pi-^ine âgé de trente-quatre ans , aurait pu régner d'ulie manière glorieuse , si Tâge et la raison avaient eu le temps d'éclairer sa conduite. Il s'annonça par des ré-* formes et par des lois aussi sages qu'utiles. Il sup« prima la chancellerie secrète , cette inquisition d'état , dont le nom seul faisait trembler les citoyens; il rendit la liberté à la noblesse, toujours plusliamiliée, plus asservie depuis le règne d'Ivan Yassiliévitz. Le gentilhomme russe put -à son gré embrasser la profession qui lui convient le mieux 9 . soit militaire , soit civile 5 sortir ou rester dans sa patrie ; enfin, il réunit tous les revenus du clergé russe au domaine de la couronne , et assigna de simples pensions aux ecclésiastiques; des prélats jouissent encore d'une fortuiie considérable pour

(>83) des hcfimnes sans naiwance et firés de Tétat menastique ; la pension des arcbeTéqnes est fixée à cinq mille roubles , cdtte des érêques à trois naiDe , celle des aUés-moines (ardmiMradiiles) à prop<Hrf ion de leur dignité ; le revenn de l'archeréqne de NoTOgorod y prélat qui est à la fêle do clergé f KMmte à près de cent mille francs.

CATHERINE II ALEXIETNA.

Poniatawski , froUgé par 4es armes de Ca* therine, parvient au trâne de 4a Potogtie, Partage de ce royaume.

Voviàxemwsj avantageusement eonnu deCadierîne , auprès de laquée il avait été envoyé en qualité d'ambassadeur de Pologne , fut déttgné par elle pour occuper le trtae de Pok^e après la mort d'Auguste III 9 en 1 764. I^s Polonais furent extrêmement surpris d'un pareil choix , à l'égard d'un feune homme de trente-deux ans , d'une naissance peu illustre en comparaison de 'ses coiicurrens» et qui n'était encore point connu par de brillantes actions. Mais il était d'une taille avantageuse , doué d'une figure noble 9 imposante ; il parlait et écrivait les sept principales langues dé l'Europe avec beaucoup de facilité et de grâce. Lorsque la diète

( 583 ) de convocation se rassembla 5 les troupes russes entrèrent dans Varsovie , sous prétexte d'y maintenir Tordre et la liberté. La diète d'élection se tint suivant Tusage dans la plaine de VIoIsl 9 distante d'environ trois milles de Varsovie. Cette diète com-' mença par une messe solennelle et par un sermon* Xes palatins étant tons rassemblés et rangés en ordre autour de la Szopa 9 grand bâtiment T)uvert de tous c6tés , dans lequel se tieiinent le sénat et Tordre équestre 9 le primat leur demanda à haute voix, et par trois fois différentes, qui ils voulaient pour roi? Tous répondirent unanimement : nj^t comte Poniatowski. » Le lendemain 7 septembre 17649 il .fut proclamé roi de Pologne sous le nom , de Stanislas-Auguste.

L'influence de Catherine sur la Pologne hii fit naître Tidée du démembrement de ce royaume, en partageant plusieurs provinces avec la Prusse et ^Autriche, et même d'anéantir ce royaume par un plus grand envahissement , quoiqu'elle lui eût donné un roi. Ce fut en 1766 qu'il commença d*étre question de ce partage entre les trois cours coalisées.. Comme des troupes russes inondaient la Pologne, Catherine crut pouvoir faire enlever, en 1767, Tévéqae de Cracovie et celui de Kiovie, ainsi que plusieurs seigneurs qui défendaient fortement les droit» de leur patrie. Le i5 oetobre au soir, au moment où le premier de ces évéques était à t^ble ehez le comte de Miniszeck, un simple

C 384 ) colonel 9 stÛTi d^un détachement de soldats 9 Tînt au nom de la tzaiine enlever ce prâat ^ sans qoe personne osât faire la moindre résistance. Le roi fit vainement prier le prince Repnin de relâcher cet illustre prisonnier. R«pnln le refusa avec hauteur, et il le fit conduire au fond de la Kussie, d'où il ne revint <{u 'après un exil de six ans ( au commencenient de 1775.)

Les nobles catholiques firent entendre leurs plaintes à Toccasion des lois |Hronuilguées en faveur des dissidens (les partisans du culte luthérien, etc.), et formèrent de nouvelles confédérations pour la défense de la religion romaine. Les confédérés .avaient des étendards sur lesquels étaient peints la Vierge et PEnfant-Jésus ; ils portaient , comme les croisés du douzième siècle , des croix brodées sur leurs haSits , et ce qu'il y a de plus bizarre, ils s'étaient mis sous la protection des Turcs, et les enfans de Mahomet se préparaient à combattre pour une cause qu'on disait être celle du Christ.

Stanislas-Auguste ne pouvant ni inspirer de la confiance à ses sujets , ni recouvrer l'amitié des Russes , était aussi accusé par tou$ les partis , et vivait dans sa capitale plutôt en prisonnier qu^en roi. Le prince Repnin commandait en despote dans Varsovie. Nous citerons un seul fait qui prouve combien peu d'égards l'ambassadeur russe avait pour le monarque, polonais. Dn jour quje le roi était à

la comédie , l'ambassadeur tarda beaucoup à s*y rendre. Voyant quUl ne venait pas, on leva la toile et on commença : on en était déjà au second acte 9 lorsque Renpin entre dans sa loge, et piqué de ce qu'on ne Ta pas attendu , il fait interrompre le spectacle et. recommencer la pièce.

Ce fut en 1794 ^I^^ ^ consonmia le démembrement et la ruine de la Pologne y malgré les efforts héroïques des patriotes^ La perte d'une bataille sanglante , le a novembre 9 força tous ceux qui purent échapper aux fers des vainqueurs à se renfermer dans les murs de Prague , faubourg ou plutôt petite ville à côté de Varsovie ; ils y furent poursuivis par le général Souwarof. Le siège de Prague ue fut pas long. Dès le lendemain de son arrivée^ l'ardent Souwarof donna Tassaut, et s'étant rendu maître de la place 9 fit passer au fil de répée^ non seulement les soldats, mais encore les habitans sans distinction de sexe ni d'âge. Vingt mille innocens furent victimes de la fureur du général russe. Couvert du sang de ces infortunés, le barbare entra en triomphe dans Varsovie. Les cours de Pétersbourg et de Berlin partagèrent à leur gré les restes de la malheureuse Pologne , et plusieurs courtisans de la tzarine se partagèrent les biens d'un grand nombre de proscrits. Stanislas- Auguste fat rjelé^é à Grodno, où il fut condamné à vivre obscurément d'une pension que lui accorda la tzarine 9 taudis que Repnîn^ nommé gouverneur

( 386 ) général des pronnces envahies , y étalait le faste d'im souverain. Non content de s'être déjà emparé des provinces de la Pologne, les trois cour^ co^partageantcs demandèrent qu'une diète leur fit solennellement la cession de ces provinces , et il fallut en passer par là.

Voyagù du prince Henri kte Pmsse à

Pétersùaurff.

Long-temps avant qu'il fût question de ce fa* meux partage , le roi de Prusse et Catherine sen-* tirent la nécessité d'en conférer ; tnals 9 dans la crainte que leur entrevue ttinspiràt de rombrage aux autres puissances , et q\i*elles ne panrvinssent à en découvrir le motif, Frédéric donna ses instructions au prince Henri son frère, en 1769, qu'8 chargea de passer en Russie , eùiinhe s'il se proposait simplement de salfefâire sa cuîtîosî^. Ce prince s'emhfarqua à Stockholm eut une galère qui le transporta jusqu'à Abo, capitale delà Finlande; de là il se rendît à Pétetfebourg. Un chambeHan àt la tzarine vînt an-derant de lui ^tm fronlïèi^ies de la Russie. Le prince entra dans Fétersbotwg au bruit de l'artillerie , et partottt îï reçut fês ttrèitici honneurs qu'on rend aux sotivéràfns. *Lè lendemain il se retidlt à là cour stVèc ttm faymbi-éte conftége, et dîna en public avec la tzârîhe. Ttfat ^é ifîl ce jour-là avec la plus rîgouretrge céf émônfe ; mais

ensuite on bannit rétiqu€tte > et la tzarine et le prince purent se voir et s'entretenir sans la moindre géue. Chaque jour ftit marqué par quelque fête ou quelque spectacle nouveau. Nous ne décrirons que la fête qui fut donnée àTzarsko - Zélo. A l'entréie de la nuit ^ la tzarine ^ le grand -duc , le prince Henri , et diverses personnes de la cour , au nombre de seize 9 se placèrent dans un immense traîneavt attelé de seize chevaux , couvert et entouré de doubles glaces qui reproduisaient les images sans nombre de tous les objets au-dedans et au-dehors. Ce traîneau , suivi de plus de deux mille autres , partit dé Fétersbourg : tout le monde était masqué et en domino. Quand les traîneaux furent à un mille de la capitale y ils passèrent sous un arc de triomphe très-élêvé et sttperbemeut éclairé. On trouvait ensuite à tîhaque mille une grande pyramide illuminée avec art , et vi$> - à - vis de .laquelle était placée une guinguette où dansaient des paysans et des paysaneA : chaque guinguette offrait une nation différente^ que son costume , ses danses et sa musique faisaient aisément reconnaître. A une demi - lieue du chdteau de TzarskT) - Zélo s^élevait une haute montagne reptéjBentânt le Vésuve lorsqu'il lance des tori-ens de flammes. Cette éruption artificielle dura peiï-

danttoût le têiât>s que les trahieaux défilèrent à la irue de la montagne. L'intérieur du château de Tzarsko-Zélo était éclairé par un nombre infini de

( 588 ) bougies. On y dansa deux heures dans différentes salles. Tout-à-coap le canon se fit entendre , le bal cessa , les bougies furent éteintes , tout le monde se plaça aux fenêtres^ et Ton jouit du spectacle d'un très-beau feu d'artifice ; ensuite le canon donna le «gnal de rallumer les bougies. On avait déjà servi un souper splendide. Quand on sortit de table , on dansa jusqu'au matin.

Mariage du grai\d-duc Paul Pétrovitz.

Quand la tzarine s'occupa du choix de réponse qu'elle devait donner au grand - duc , elle eut d'abord quelque peine à se décider. Elle arrêta ses regards sur les filles du landgrave de Hesse- Darmstadt. Cesprincesses étaient trois sœurs. Catherine invita leur mère à les mener à sa cour« Quelque contraire i l'usage que fût cette proportion f la landgrave de Hesse ^ Darmstadt l'accepta. Elle n'écouta que l'espoir de placer une de ses filles sur letrônede Russie. La tzarine la reçut avec magnificence , et la combla de présens. Après avoir eu le temps de connaître les jeunes princesses 9 Catherine choisit pour l'épouse du grand-* duc la princesse Wilhelmine» qui embrassa le rît grec 9 et fut unie à l'héritier des tzars en 1774* Mais au bout de deux ans, en içy6 , la grande-' duchesse termina ss^ carrière 9 sans la^er s^uçup fruit de son union.

Peu de jours avant la mort de cette princesse ^ le frère de Frédéric II revint pour la seconde fois à Pélersbourg , conduit par les mêmes motifs qu'il avait eus lors de son premier voyage. On rendit au prince Henr^ les mêmes honneurs que la première fois qu'il était venu en Russie. Il proposa , dit-on , le partage du reste de la Pologne. ,

A peine les funérailles de la grande - duchesse étaient-elles achevées , que la tzarine songea à donner une seconde épouse à son fils. Elle jeta les yeux sur. la princesse de "Wurtembcfrg , nièce du prince Henri ^ qui ne manqua pas d'approuver le projet de celte alliance ^ et expédia un courrier pour en faire part au roi son frère. Frédéric, ne balança pas à l'approuver. Il en instruisit le prince Henri, et lui manda que les parens de la princesse de Wurtemberg ne s'opposeraient pas à l'élévation de leur fille. Il invtfa en même temps le grand-duc à venir à Berlin , parce qu'il désirait qu'avant de rien conclure , ce prince vît la nouvelle épouse qu'on lui destinait. Il était lui-même bien aise de saisir cette occasion pour connaître personnellement le grand-duc. La tzarine ^ satisfaite de tous ces arrangemens 9 fit faire des préparatifs considérables pour que son fils accompagnât le prince Henri. Elle assigna quarante mille roubles pour le voyage de la princesse de Wurtemberg. Elle appela à Pétersbourg le maréchal de

( ûcp )

Romanzof , qui avait souvent vaincu les Turcs , et qui résidait dans son gouvernement dX'kraîne : elle le chaîna de suivre le grand - duc à Beriia. « €e n*est, dît-elle , qu'àTamitié du prince Henii et au cèle du plus illustre appui de mon trône , que je peux me résoudre à confier mon fils. » Le grand-duc partit le premier de TzarsLo - Zélo , accompagné de quatre principaux seigneurs. Le lendemain y le prince Henri {wit congé de la tzariae ; après avoir séjourné vingt-quatre heures à Riga t et avoir vu manœuvrer plusieurs régiaiens campés à quelque distance de la ville, les deux princes se rendirent à Mittau » où ite fm^nt açovi^Ulîs par le duc de Courlande. Le duc était fils du fameux Biren , qui venait d'achever avec tranquillité sa longue et orageuse carrière. Le grand-duc reçut à Berlin les honneurs dus k rhéritier du tr^ne de Russie. Le prince Henri le présenta au roi , qui était venu au - devant de lui jusqu'à rentrée de son appartement. Le grand-duc lui dit en Tabordant ; « Sire, les motifs qui m'amènent des extrémités du Nord jusque dans ces heureuses contrées , sont le désir de vous assurer de Tamitié qui doit à jamais unir la Russie et la Prusse > et l'empressément de voir une princesse destinée à monter sur le trône des Russes. En la recevant de vos mains , j'ose vous promettre que cette princesse en sera plus chère et à moi et à la nation sur laquelle elle régnera. Enfin j'obtiens ce que je souhaitais depuis

( 39' ) long- temps ; je puis contempler le plus grand des *

héros 5 Tadmiration de notre âge, et Tétonnement de la postérité. » Frédéric se hâta de lui répondre : « Je ne mérite point tant d'éloges , prince. Vous kie voyez eu mo^ qu'un pauvre valétudinaire à cheveux blancs. Mais croyez que je me regarde comme très-hçureux de recevoir dans ces murs le digne héritier d'un puissant empire , le fils unique^ de ma meilleure amie , de la grande Catherine. « Le monarque prussien se tourna alors vers le maréchal de Eomanzof , et ajouta : « Vainqueur de$ pttQmans , soyez le bien venu. Je trouve beau* ^up de ressemblance entre vous et mon général 1?Vinterfcld. — Sire, répartit le maréchal, je serais flatté de ressembler , même imparfaitement^ à un général qui s'est si glorieusement distingué au service de Frédéric. — Ah î répliqua le roi , vous devez bien plutôt vous enorgueillir des victoires qui feront passer votre nom jusqu'à la postérité la plus reculée. » Après une demi-heure d'entretien avec Frédéric , le grand duc se rendit chez la reine, où toute la cour était rassemblée. Il y vit la princesse de Wurtemberg. Leur mariage fut aussitôt décidé. Les fêtes «e multiplièrent dans plusieurs maisons royales. Mais celle qui dut être la plus agréable au maréchal de Romanzof , fut le spectacle des exercices de la garnison de Postdam. Frédéric lit manœuvrer ses troupes par bataillons quarrés, à Timitation de la sanglante bataille de

Kayal^où les Rosses avaient complètemenr vainca les Ottomans. Le prince Henri mena ensuite le firand-ducàftheinsberç , où il hii donna une fête qui dura quatre jours , et dans laquelle il étala non moins de goût que de magnificence.

En quittant Rhèinsberg, Paul Pétrovitz retourna à Pétersbourg. La princesse de Wurtembei^ ne tarda pas à s*y rendre. Elle embrassa la religion grecque , et fut unie au grand-duc. De ce mariage sont nés trois princes el cinq princesses. L'un de ces princes est Alexandre Paulôvitz, né le la dé* cembre ( n. s. ) 1 777 , tzar de toutes les Rnssies le 24 mars 1800. Le second prince , Constantin Paulovitz , grand-duc , né le 8 mai ( n. s. ) 1 779.

Guerres contre tes Turcs. Bataiiies navaies

ménnoraites.

On a vu 5 dès le commencement de la Russie , que les princes de cette contrée portèrent la guerre devant les murs de Conslantinople. Ce fut toujours la même politique qui anima la plupart de leurs successeurs 9 et ils ne doutèrent pas que Tempire dn Croissant ne fût détruit par le leur. Ce fut aussi Tespoir de Catherine II. Durant presque tout son règne 9 la guerre contre les Turcs ne cessa que par intervalles, et les Russes s'y couvrirent de gloire. Leur flotte, ea 1770, était commandée par Tamiral Spiridof. Celle du capitaa-*

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pâcIia^ le fameux Hassan 9 lui était opposée; homme d'une intrépidité extraordinaire, il força d'abord les Russes de s'éloigner de Lemnoâ« Ensuite les deux flottes se rencontrèrent, le 5 juillet, dans le canal qui sépare File de Scio de la Natolîe. Les vaisseaux turcs étaient en plus grand nombre, et se trouvaient comme retranchés der* rière de petites lies et des rochers à fleur d'eauw Cependant les Russes ne craignirent pas de les at* taquer. Le capitan-pacha , qui montait ia Sultane de quatre-vingt-dix canons , fit tête à l'amiral Spiridof. Les vaisseaux s'accrochèrent. Les efforts de courage furent terribles de part et d'autre» Des nuées de balles et les grenades se croisaient avec rapidité sur le pont des deux amiraux. Le feu prit au vaisseau du capitan^pacha ; celui des Russes ne put s'en détacher. Ils sautèrent ensemble avec un bruit effroyable , et la mer fut couverte de leurs débris. Les commandans et quelques autres officiers échappèrent seuls à ce désastre. Pendant la durée de l'incendie , les autres vaisseaux , frappés de terreur, avaient cessé de combattre. Bientôt ils se rapprochèrent et s'attaquèrent avec une nouvelle fureur; mais la nuit vint les séparer. Les Turs eurent alors l'imprudence d'entrer dans la baie de Tschesmé, où quelques-uns de leurs vaisseaux échouèrent, et où lés autres se trouvèrent si pressés, qu'il ne leur était plus possible d'agir. Le lendemain (6 juillet), le contre-amii^

( 394 ) ElphîDgsloo se plaça à rentrée de la baie povir em* pêcher les Turcs d'en sortir , et, vers minait , les envoya incendier par cpiatre brûlots. Les vaisseaux turcs étaient si rapprochés les uns jdes autres qu'ils devinrent tous en un instant la proie des flammes* Le soleil en se levant ne revit pas leu rs pavillons.

En 1771 9 la tzariae avait chargé Alexis Orlof de lui faire faire en Italie quatre tableaux qui représentassent les combats de sa flotte 9 et Tinccndie de celle des Turcs. Orlof crut devoir s'adresser à un peintre célèbre 9 nonuné Hackert. Cet artiste lui ayant dit qu'il n'avait jamais vu sauter un vaisseau, le général russe n'hésîta pas à lui en donner le spectacle , et risqua d'incendier la. rade de Livoume pour fournir au peintre le moyeu de rendre le désastre du capitan-pacha et de l'amiral Siridof.

La guerre se ralluma, en 1788 , entre la Porte Ottomane et la Russie. Le prince Nassau-Siégen , commandant la flotte à rames de cette dernière puissance sur la mer Noire, attaqua l'escadre turque, lui brûla trois vaisseaux et lui en prit quelques autres. On vit alors ce que peut inspirer l'orgueil national , nuéme à des esclaves. Lorsque le feu prit au vaisseau du capitan-pacha ,. un matelot turc courut à travers les flammes pour sauver le pavillon ; et tandis qu'il le détachait , un Russe, non moins intrépide , s'élança dans un canot ,

(395) monte à bord du vaisseau prêt à sauter , enlève

le pavillon et emmêlée (e Turc prisonnier.

Protection que Catherine II accpràe Q/ux sden» ces et aux lettres. Son estime particuiière pour de savans auteurs français^

Dès que cette princesse fut sur le trône 9 elle manifesta son goût pour la littérature et les arts français. £Ue avait beaucoup d'estime pour les écrivains de cette nation , amsi que pour les poètes tragiques et les philosophes. Cette princesse entretint avec Voltaire un conjimerce de lettres trèsassidu , écrites )e plus souvent de sa propre main, ïllle fit offrir à d'Alembert la place de gouverneur du grand- duc Paul Pél^ ov>tf > avec cliquante mille livres de pension et la facilité d'achever l'Encyclopédie à Pétersbourg. D'Alembert eut le noble courage de refpsier. Instruite que Diderot était sans fortune et désirait de vendre sa t^bUothèque poi^r doter sa fiUe uniqu/e ^ die acheta CiCtte bibliothèque , lui j^n laissa la |ovis^ajace , et y joignit des ^ppointemens de biblpLothécaîre. Diderot se rendit aux instances de la tzaripie ;, jl vint à Pétersbourg. Catherine le combla de bontés et de louanges. Pendant tout le tenoyps qu'il fut à la cour, elle l'entretint .chaque jour à rj99ue de son dtner» et le f^i^t fisseoir à c^té d'elle. La phUo- Sophie 9 lalégii^ation^ lapolitiqi^e.ét^îe^it ordinal-

(396) rement Tobjet de ces eniretiens, qoi Élisaient autant d^honneurà la soureraine qa^au phikMopiie frauçais. Après la mort de Voltaire > elle fit aossi racqiiisition de la InbliothèqQe deee grand hommes et demanda le plan en relief do château de Fer* ney» ainsi que de ses jardins et de ses areniiesj parce qu^elle se proposait d*en faire bâtir un paleil dans le parc de Tzarsko-2^1o.

EtaMissemens pour répandre (a lumière des sciences et des beaux arts.

Vers 176S, la tzarine avait formé l'utile projet de faire voyager plusieurs savans dans rintérieur de ses vastes états 9 afin qu'ils pussent déterminer la position géographique des principaux lieux 5 en observer la température et examiner la pâture du sol , ses productions y ses richesses 9 ainsi que les mœurs et le caractère des divers peufdes qui Thabitent.

Catherine encouragea avec zèle les littérateurs et les artistes russes. £lle accorda de nouveaux privilèges à l'Académie des Sciences de Pétersbourg 9 et l'invita à joindre aux noms qui l'illustraient déjà 9 les noms de plusieurs, étrangers célèbres. Elle augmenta aussi le nombre des élèves de l'Académie des Arts, fondée sous le règne d'Elisabeth; elle porta ce nombre à 250, et elle y établit un ordre plus propre à atteindre le but

âe son institution. Les élèves ne purent plud J être admis après l'âge de six ans , pour que les vices d'une mauvaise'éducation n'eussent pas encore eu le temps de corrompre leur esprit ou leur caractère. Soignés trois ans par des femmes, ils sont ensuite confiés à des instituteurs , et ils se vouent à Târt pour lequel ils se sentent le plus d'inclination. Ils peuvent devenir peintres, sculpteuré , architectes , horlogers , ou apprendre l'art de fondre les -métaux y et de faire des instrumens de physique et de mathématiques. Pendant tout le temps qu'ils restent à l'Académie , il ne leur est pem^is de rien recevoir de leurs parens. Ils sont vêtus et nourris aux frais de l'état. Au bout de quinze ans ils sortent de l'Académie. Us sont libres de s'établir où ils veulent , et si leur conduite répond aux soins qu'on a pris de leur éducation , on leur accorde des lettres de noblesse. Indépendamment de ces avantages , ceux des élèves qui ont remporté les premiers prix , reçoivent pendant trois ans une pensitlïi^pour voyager en Europe.

Nous ne pouvons dire qu'un mot de la maison consacrée à l'éducation de deux cents demoiselles nobles. La supérieure de cette. communauté doit

être .veuve d'un officier -général. La plupart des gouvernantes sont des dames étrangères. Les demoiselled qui se distinguent le plus par leur conduite et par leurs progrès dans les études , reçoivent en sortant le chiffre en or de la souveraine ; mar-

(4ôo)

assDra aux juges la moitié de leuts appointeitietis» pour- le temips où Tâge et les infirmitéâ les force-^ raient de quitter leurs emplois.

Les juges avaient des pouvoirs sans bornes 9, qui furent sagement restreints. Le moindre petit magistrat 9 qui souvent ne savait pas lire 9 faisait arbitrairement donner la question et condamnait un homme au Lnout ou à être exilé en Sibérie. \ Un bienfait tout aussi grand, fut celui de supprimer lés tortures de la question en matière criminelle.

Voyage ilans ia Krix^ée» Faveurs inouïes dont fut eomhU ie prince Potetnkin, H meurt sur le hord d'un grand chemin. '

Les Turcs avaient été forcés d'abandonner à la Russie la Tauride ou la Krimée y pays qui renferme ces nuées de cavalerie tatar qui , bien diri^ gées 9 peuvent être d'une si grande utilité. Catherine fut curieuse de parcourir cette importante province ajoutée à ses immenses possessions. Le prijûce Potemkin , qu'elle avait comblé des bienfaits les plus étonnans , les plus accumulés, se chargea de la recevoir , dans ces régions éloignées, comme devait Tétre la nouvelle maîtresse de la Tauride et la puissante souveraine de ^toutes les Russies. Il fit faire des préparatifs qui tenaient de l'enchantement encore plus que de l'adulation. Il

( 4oi )

fit construire , à grands frais , des villages , des villes , des maisons superbes , pour les haltes et les logemens de toute la cour , et où Catherine trouvait des bains de la dernière élégance et du luxe le plus recherché.

Cette princesse partît de Moscou , le 18 janvier 1787, accompagnée de ses dames d'honneur, d^une foule de courtisans , et des ambassadeurs de France , d*Autriche ,^ d'Angleterre. Les traîneaux allaient la nuit comme le joui*. On avait^assemblé un grand nombre de chevaux à chaque station f de grands feux étaient allumés de trente toises en trente toises 9 et un grand nombre de curieux bordaitla route. Cinquante galèresmagnifiquesavaient été disposées sur le Dnieper pour recevoir la tzarine. Cette princesse s'y embarqua le 6 mai , avec son nombreux cortège. Le lendemain elle eut une entrevue avec le roi de Pologne. Quelques jours après f elle fut logée dans une maison ornée avec toutes les recherches du luxe ; elle trouva aux^environs une armée de douze mille hommes habillés à neuf, qui lui présentèrent une image de la guerre , en manœuvrant sur quatre colonnes , avec un bataillon carré de Kosaques. La route par eau fut encore plus agréable. Les bords du Dnieper étaient couverts de villages factices , de paysans élégamment vêtus 9 et de nombreux troupeaux qui se rendaient par des chemins de traverse dans les endroits où la flotte longeait la côte, et se reprodui-

(4oa ) salent sans cesse sous les yeux des voyageurs. La beauté de la saison ajoutait encore à la mag^e du spectacle 9 et tout faisait de ce pays presque désert un pays délicieux. L'empereur Joseph II , sous le nom de comte de Falkenstein j avait précédé à Kerson l'arrivée de la tzarine. Kerson , capitale de la Krimée, était déjà une ville opulente ; elle avait un port rempli de navires et de chantiers bien pourvus : on y lança à Peau ^ en présence de la tzarine , un vaisseau de soixante-six canons et une frégate de quarante. En parcourant Fenceiii^e de la ville , cette princesse lut sur la porte ^u côté de rOrient 9 une inscription grecque qui signifiait : C*est ici qu'il faut passer pour aUer à Bizatut^ Allusion au désir qu'avait Cfitherine de fa»e U conquête de Constantinople. A son retour, de nouvelles fêtes charmèrent la longueur du voyage, qui dura six mois et quatre jours.

Disons maintenant un mot du prince Potemkin, ce puissant favori qui réunissait tous les titres , toutes les grandeurs. Il avait plusieurs gouver* nemens de provinces aussi grandes que la France, il était feld-maréchaly prince de Tempire, hetmau des Kosaques du Don , aide-de-camp-général de la tzarine 9 président du conseil de guerre, généralissime des armées , amiral de la mer Noire , et chevalier de dix ordres , etc. Il avait le privilège d'avoir huit chevaux attelés à son carrosse, comme la tzarine et le grand doc.

Les victoires qu'il remporta sur les Turcs , en 1 790 , et particulièrement la prise d'assaut d'Isniaïl^ auraient augmenté son. orgueil et sa puissance j si la chose avait été possible. Il se hdta de venir à . Pétersbourg jouir de ses triomphes. La tzarine lui prodigua les fêtes et les présens ; elle lui donna un palais estimé six cent mille roubles , €t un babit brodé en diamaus , qui en coûtait deux cent mille. Il, redoubla ses dépenses prodigieuses ) qui paraissaient excessives dans la cour la plus fastueuse de l'Europe. Sa table lui coûtait, les jours ordinaires, au moins huit cents roubles ; elle était couverte des mets les plus délicats, et des fruits les plus rares; il faisait acheter des cerises au cœur de l'hiver, et les payait jusqu'à un rouUe chacune. Par une bizarerle singulière , cet homme magnifique payait très-rarement ses dettes. Lorsqu'on se présentait chez lui pour demander de l'argent , il disait à Popof , son secrétaire intime : « Pourquoi ne payes-tu pas cet homme ? • et il lui faisait, par un signe, entendre la manière dont lé créancier devait être traité. S'il fermait la main , Propof donnait de l'argent ; s'il l'ouvrait , le créancier était envoyé en Sibérie

Ce colosse de puissance , si fier de ses richesses, et qui se faisait un jeu d'être injuste et méchant , fut tout d'un coup renversé. Il s'était rendu au congrès de Yassi, pour conclure, la paix avec la Aussie et la Porte Ottomane ; mais bientôt attaqua

Ac la fièvre épidémique qui y régnait, il ne put s'occuper que fort peu^des négociations. Dès que la tzarine apprit qu'il était malade ^ elle lui en* voya les deux meilleurs médecins de Pétersbourg. Il dédaigna leurs consieils , et ne voulut suivre aucun régime. Intempérant à Texcès 9 il mangeait à son déjeuner une oie entière , un aloyau ou un jambon , buvait une prodigieuse quantité de vin et de liqueurs de Dantzick, et dînait ensuite avec la même voracité. Voyant que sa maladie faisait des progrès 9 il crut qu'il guérirait en s'é* loignant d'Yassi , et résolut de se rendre à Nico* laeff^ ville qu'il avait fondée au confluent de l*Ingoul et du Bogh. Il partit. A pein« avaitril fait trois lieues 9 qu'il se trouva plus mal; îl descendît de voiture au milieu du grand chemin , et mourut sous un arbre, auprès d'un fossé, le i5 octobre 1 792, âgé de cinquante-deux ans. Eut-il le temps, à £on heure dernière, de se repentir de, n'a voir pas fait un 'meilleur usage de son immense for-^ tuneP

Mort de Catherine IL Son portrait.

La tzarine ne survécut qtTe de quatre ans l'homme dont elle aurait rendu la fortune un objet digne d'envie , si le .bonheur était le partage d'une immense richesse. Catherine se flattait devoir encore agrandir ses vastes états , mais la mort trompa

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{ '4o5 ) ses espéranees. Dans la matinée du 9 novembre 1 796 , elle fut assez gaie 9 et prit du café se\on sa coutume. Quelques instans après , elle entra dans son cabinet* Au bout d'une demi-heure^ les femmes qui la servaient 9 voyant qu'elle n'en sortait points eurent de l'inquiétude; elles entrèrent ^ et la trouvèrent étendue sur le parquet. On fit appeler son premier médecin qui 9 jugeant que c'était une at* taque d'apoplexie , la fit saigner deux.foiSt La tzarine parut d'abord un peu soulagée, mais il lui fut impossible de prononcer une seule parole , et à dix heures du soir elle expira 9 âgée de soixante-neuf ans etsixmois; et son règne fut d'un peu plus de trentequatre ans.

On était allé avertir le grand-duc du danger de )a princesse sa mère ; il se rendit promptement^ auprès d'elle ^ et à l'instant où elle cessa de vivre , llfttt proclamé tzar sous le nom de Paul I.*'

Catlicirine II avait été belle dans sa jeunesse ; elle consepf^t dans les derniers temps de sa vie, de la grâce et 4$ la majesté ; elle était d'une taille médiocre 9 mais bl^n proportionnée ; et comme elle portait la tète fort ^vée , elle paraissait presque grande : son front éti^t ouvert , son nez aquilih , sa bouche agréable ^ fon menton un peu long, mais point difforme ; s^s cheveux étaient châtainbruns, ses sourcils n(^rs et bien garnis, et ses yeux* bleus ^ souvent rempUs de douceur, quelquefois de

( 4o6 ) fierté : sa physiouomie avait foute l^expresion qui lui était nécessaire.

Catherine était ordinairement vêtue à la manière russe ; elle portait une robe verte ( couleur favprite en Russie ) 9 assez courte 9 qui formaitpardevant une espèce de veste , et dont les manches étroites descendaient jusqu'au poignet : Sed cheveux , légèrement poudrés 9 flottaient sur ses épaules et étaient surmontés d*un petit bonnet ôouvert de diamans. Dans ses dernières années , elle mettait beaucoup de rouge. Dans tous les temps , elle vivait avec sobriété; elle ne faisait qu'un léger déjeuner p mangeait très-modérément à dhier > et ne soupait jamais.

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