‹ Beautés de l'histoire de Russie: contenant tout ce qu'il y a de plus curieux et de plusChapitre 4 sur 19 · DIXIEME SIECLE · texte numérisé non relu

DIXIEME SIECLE

Le succès que venait d^avoîr Oleg , enflamma son ambition , et lui fit tourner ses vues du côté de Constantinople , que les Russes appelaient Tzargrad ou vHie des Césars. Mais pour parvenir à cette cité , entourée de fortifications ^ il fallait vaincre des obstacles presque insurmontables. Les Russes n'avaient point de forces navales

suffisantes , et ils ne pouvaient entrer dans le Pont-Euxin que par le Dnieper ou le Boristhëne 9 dont le cours , avant de parvenir à la mer Noire , est souvent embarrassé d'obstacles ^ même d'un lac marécageux ^ et de sept écueils ou cataractes 5 dans un espace de quinze lieues. Sans s'effrayer de toutes ces difficultés , Oleg fait construire deux mille barques plus ou moins grandes. Les soldais qui les montent $ sont exposés jour et nuit à toutes les injures de l'air ; à peine ont-ils assez de place pour se coucher. On s'embarque sans crainte de s'exposer aux extrémités de la faim -et aux mala* dies , ainsi qu'aux attaques des barbares qui bordent ces parages. La flotte descend le Boristliène jusqu'aux cataractes. Alors on est obligé de décharger les barques, et de les pousser ensuite sur les rochers , à force de bras et de leviers.

(7) AprÈs avoir franchi les trois pruniers écueils , ils

portent leurs provisions pendant six mille pas^ au risque d'être dépouillés par des ennemis implacables. Cette audace extraordinaire leur réussit ; ils passent enfin les cataractes et descendent le fleuve qui 9 resserrant son Ut, les rapproche du rivage , et les expose à de nouveaux dangers. Echappés à tous ces périls, ils arrivent à Tembouchure du Danube , et enfln au détroit si désiré. Mais de fortes chaînes ferment l'entrée de ce détroit, sur lequel domine Bysance. Ces obstacles furent impuissans contre les Russes, qu'animait le désir du pillage : ils débarquent, tirent leurs bâtimens à terre, fabriquent des roues qu'ils y adaptent, et, s'il en faut croire les chroniques, font voguer sur la terre ferme , à l'aide de voiles , leurs* barques jusque sous les murs de Constant!nople. Ils s'annoncent bientôt par les plus affreux ravages ; l'incendie et des' torrens de sang marquent la trace de leurs pas.

Léon , surnommé le Philosophe, à cause de son goût pour les lettres, régnait à Constantinople ; ce prince n'ayant point d'armée pour s'opposer à cette irruption imprévue , n'eut d'autre parti à prendre que d'acheter promptement la paix au prix que les barbares voudraient bien y mettre. Il s'obligea de payer une somme d'argent à chaque soldat d'Oleg; de nourrir pendant six mois les marehanda russes qui iraient commercer dans l'empire;

(8) de leur fournir , à leur retour , des provisions de vivres et les choses nécessaires pour le voyage ,' et de n'exiger d'eux aucun droit de douane. Le vainqueur daigaa accorder que ceux qui ne feraient pas le commerce , fussent privés du droit de se faire défrayer par les Grecs. Léon jura cette paix honteuse sur la croix ; les Russes la jurèrent sur leurs épées , et au nom du Dieu de la foudre et des troupeaux. Ce traité , de Tan 904 9 est le premier qui eut lieu entre les Russes et les monarques de Constanlinople. Olég et les principaux chefs de ses troupes ^ en partant de Constant!nople , suspendirent leurs boucliers aux portes de la ville 9 comme s'ils avaient pu se flatter que ce monument de leur victoire subsisterait long-temps. Oleg avait triomphé de plusieurs peuples ; les successeurs der Césars n^avaient repoussé ses attaques que par de riches présens. Un faible reptile le mordit à la |ambe et lui donna la mort , l'an 912, après avoir gouverné trente-trois ans les états dont il n'était chargé que de l'administration. Voici comment cet événement est raconté dans de vieilles chroniques. Oleg avait un cheval qu'il aimait singulièrement y et qu'il se plaisait à monter le plus souvent possible ; mais les devins lui prédirent que ce cheval serait la cause de sa mort : il le fit éloigner de sa personne , et ordonna de le nourrir avec le plus grand soin. Après plusieurs années^ il se ressouvint de cet animal « e^

(9) apprit d^ plus ancien de ses écuyers , qu'il était mort depuis long-temps. Se moquant alors de l'ignorance des devins , il se fit conduire dans la campagne , à l'endroit où étaient les os de cet ani* mal , qu'en lui avait peint si redoutable , et ne put, en les voyant, retenir un éclat de rire. « Voilà donc, dit-il , celui qui devait m'ôter la vie? » en disant ces mots, il donna, par mépris, BB coup de pied au crâne de la tête dépouillée ; mais à l'instant npiéûie û en sortit un serpent qui lui fit une blessure moitelle.

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