‹ Beautés de l' histoire des Espagnes, ou Grandes époques de cette histoire, faits intéressans, usages, moeurs et coutumesChapitre 12 sur 17 · X.e ÉPOQUE · texte numérisé non relu

X.e ÉPOQUE

L’Espagne est délivrée. Ferdinand monte sur le trône de ses pères , et veut rendre ses peuples à des usages , à des coutumes , à des institutions consacrés par les siècles J mais quelques années de troubles devaient nécessairement avoir altéré le respect souvent aveugle dont jadis ces usages , ces institutions se virent l’objet.

L’héroïsme espagnol est toujours le meme , mais les esprits sont changés. Les lumières qui naissent du choc des opinions, du froissement des partis, exigeaient peut* être des modifications dans le rétablisse-^ ment d’un édifice qu’avaient renversé les doubles efforts du patriotisme et de l’usurpation 5 et peut-être l’esprit de conciliation ne paraît-il pas avoir présidé avec assez de

soin aux intérêts divers. L’autorité - c

f )riuce légitime , les prétentions des cortè es insinuations des ministres de l’église les vœux sincères des bons citoyens , le sombres inquiétudes des factieux , offreii à l’avènement du fils de Charles IV ni horizon chargé d’épais nuages , que L temps seul , plus que le génie de la politique peut débrouiller.

Les événemens les plus remarquables qui se sont succédés depuis cette époque n’en doivent pas moins être indiqués dans cet ouvrage , dont ils forment le complément nécessaire.

Le 5 mai i8i4> la ville de Madrid fiit témoin d’une fête funèbre en l’honneur

des héros espagnols victimes de leur dévouement dans la journée dti a mai 1808.

Un concours immense de spectateurs attendris et silencieux , et toute la pompe de la relipou , donnèrent à cette solennité le caractère le plus imposant.

Un décret des cortès, du i4 avril précédent , avait ordonné que le 2 mai frit .pour la nation espagnole un jour de deuil de rigueur.

Un autre décret du ai du même mois

éternise un évènement d’une espèce toute différente. Il ordonna que vis-à-vis du village de Bascara^ sur la rive droite de la

Fluva y un monument consacrât la rentrée de Ferdinand TII sur le territoire espagnol. Ce fut en ce lieu même que ce souverain fut reçu par la première armée nationale.

Un autre décret des cortès ordonna l’érection d’une statue équestre de Ferdinand VII , sur la place de la Constitution , à Madrid. Elle devait être faite avec le bronze des canons , mortiers et obusiers pris sur les ennemis.

Dans une première adresse au roi , les cortès rappelèrent les sermens faits par le peuple espagnol , et la manière glorieuse dont ils avaient été acquittés..

Aux félicitations et aux promesses de dévouement les cortès joignirent l’instante prière que le roi voulût bien accélérer sa marche sur la capitale , et ne pas tarder de prendre les rênes du gouvernement.

L’adresse ût aussi mention de la chute récente de Buouapartc , et exprima des vœux pour le rétalnissement d’une paix si nécessaire.

Une seconde adresse , encore plus pressante malgré ses formes respectueuses , fut accueille par le roi avec un extrême mécontentement.

Un décret de ce prince, rendu à Valence Je 5 mai 1814 > porta que : cc Justement

indigné de l’arrogance atec lacpelle on exigeait de sa part im serment de fidélité sans lui permettre la plus légère observation , il avait repoussé cette violence avec une profonde indignation as.

Ce même décret , en conséquence , prononça : et Que la prétendue enarte constitutionnelle des cortès était annullée ; déclara dignes de mort ceux qui oseraient s’en prévaloir , et menaça de toute sa colère ceux qui persisteraient à vouloir constituer une assemblée de cortès sans le concours de son autorité aa.

Le roi se mit ensuite en route à la tête de son armçe et entouré d’un grand nombre de grands personnages.

Les ministres de la régence furentaussi-tôt arrêtés à Madrid , et le peuple se prononça ouvertement en faveur du roi Ferdinand.

Ce prince exhorta, ]par une proclamation , tous les citoyens a la paix et à l’oubli des torts réciproques. Il promit déplus une charte constitutionnelle devenue nécessaire au peuple espagnol des deux hémisphères.

Un autre décret accorda des privilèges et des honneurs à la ville de Madrid pour la récompenser de sa fidélité.

Une proclamation du i5 mai rappela les principaux évènemens de cette longue

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et sanglante lutte dont on vient de lire l’aperçu. Des passages très-remarc|uables de cette pièce officielle retracèrent 1 installation des cortès , la promesse de fidélité au roi qu’ils lui avaient d’abord faite, et leur conduite subséquente. Les cortès s’emparèrent par le fait du pouvoir suprême , et, dit toujours cette proclamation : « A la faveur de cette usurpation , ils donnèrent à l’Espagne les lois les plus arbitraires.

Le roi se plaignait ensuite que les bases de l’ancienne constitution monarchique étaient renversées , et ajoutait : Cependant

f )Our prévenir ces abus , autant que peut e faire la prudence humaine , en conservant l’honneur de la royauté et ses droits ( car elle en a qui lui appartiennent , comme aussi le peuple a les siens , qui sont également inviolables) , je traiterai avec les députés de l’Espagne et des Indes j et dans des cortès légitimement assemblés , composés des uns et des autres , aussi-tôt que j’aurai pu les réunir, après avoir rétabli l’ordre et les sages coutumes de la nation , établies de son consentement par les rois nos augustes prédécesseurs j on réglera alors solidement et légitimement tout ce qui pourra convenir au bien de mes royaumes, afin que mes sujets vivent heureux et tr^quilles sous la protection réunie

d’une seule religion et d’un seul souverain, seules bases du bonheur d’un roi et d’un royaume qui ont , par excellence , le titre de Catholiques j on s’occupera ensuite des meilleures mesures à prendre pour la réunion des cortès, qui, j’espère, affermiront les fondemens de la prospérité de mes sujets de l’un et l’autre hémisphère.

» La liberté , la sûreté inaividuelle et royale seront garanties par des lois qui, en assurant l’ordre et la tranquillité publique j laisseront à tous mes sujets la jouissance d’une sage liberté qui distingue un gouvernement modéré d’un gouvernement despotique. Tous auront la faculté de communiquer, par la voie de la presse, leurs idées et leurs pensées , en se renfermant dans les bornes que la saine raison prescrit à tous , afin que cette liberté ne dégénère pas en licence j car on ne doit pas raisonnablement souffrir, dans tout gouvernement civilisé , que l’on manque au respect dii à la religion et au gouvernement , ainsi qu’aux égards que les hommes se doivent entr’eux.

Pour éviter tout soupçon de dissipation dans les revenus de 1 état , la trésorerie séparera les fonds destinés à ma personne et à ma famille de ceux qui seront assignés pour les dépenses de l’administration générale.

» Les lois auxquelles devront obéir dans la suite mes sujets , seront établies du consentement des cor lès.

» Les bases que je viens de poser suffisent pour faire connaître mes royales intentions dans le gouvernement dont je vais me charger ; certes , ce ne sont pas les intentions d’un despote, ni d’un tyran , mais d’un roi et d’un père de ses sujets. .

w D’après ces considérations, et de l’avis unanime de personnes recommandables par leurs connaissances et par leur zèle , ayant égard aux représentations qui me sont parvenues des différentes parties du royaume , sur l’extrême répugnance des Espagnols à accepter la constitution décrétée par les cortès généraux et extraordinaires , ainsi que les autres institutions politiques nouvellement introduites ; voulant éviter les malheurs que ces institutions ont déjà produits, et qui ne pourraient qu’augmenter si je sanctionnais par mon serment cette constitution } me conformant aux démonstrations générales , et que je trouve justes et bien fondées , de la volonté de mes peuples , je déclare que mon intention royale est non seulement de ne point jurer ou accepter celte constitution , ni aucun décret des cortès généraux et extraordinaires f et des ordinaires actuellement

assembles^ et expressément les décrets qui attaquent les droits et prérogatives de ma.

souveraineté , établis par la constilutioix et les lois qui ont gouverné la nation pendant si long-temps j mais de déclarer celle constitution et ces décrets nuis et de nul eflfet pour le présent et pour Tavenir j

3 ue mes sujets , de quelque rang et conition. qu'ils soient , ne sont point tenus de les exécuter , et que tous ceux qui chercheraient à les isoutenir en contredisant mes royales intentions à cet égard soient regardés comme ayant attenté aux prérogatives de ma souveraineté et au bonheur de la nation .

» Je déclare coupable de lèze-ma jesté , et comme tel punissable de la peine de mort , quiconque osera , soit par le fait , soit par écrit , soit par paroles y exciter ou engager qui que ce soit à l'observation ou execution des décrets et constitution.

Le reste de ce décret régla le mode de dissolution des cortès.

Un décret royal du 24 ordonna la restitution aux religieux de leurs couvens et de toutes leurs propriétés.

Un autre décret annonça une prochaine et légitime assemblée des cortès. « Dans cette assemblée , dit-il , sa majesté catholique proposera une charte constitutionnelle

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conforme aux vrais principes de la monarchie , mais d’une monarchie tempérée , telle que l’exigent les lumières du siècle , les mœurs , et le caractère élevé et généreux des Espagnols > 3 .

Le 3i mai, jour de sa fête, le roi Ferdinand donna l’ordre de la Toison d’Or au prince régent d’Angleterre , à l’empereur de Russie , à lord Wellington et au prince de Benevent. Ferdinand, captif eu France , avait habité la terre de Valençay appartenant à ce prince.

Cette circonstance rappelle que Buonaparle , prétendant réunir les droits des empereurs d’Autriche et des rois d’Espagne à cet ordre , en établit un , dit des trois Toisons d’Or. Sa chute ne lui permit pas d’y faire un grand nombre de promotions.

Ferdinand avait conçu de grandes inquiétudes lors de sa rentrée en Espagne.

11 savait que les auteurs de la constitution

P rofiteraient des cii’constances pour essayer e la lui faire adopter j mais il trouva dans les dispositions d’une grande partie du peuple et des troupes , les moyens de triompher aussi de ces ennemis d’une nouvelle espèce , et qui n’étaient pas les moins redoutables.

Voici comment s’effectua ce grand évènement de la chute des constitutionnels :

- « Le roi était arrivé à Gironne le 24 mars 1814, avec son frère l’infant don Antonio et était parti le 28 pour Valence. Il reçut en route une invitation pressante de la part des Aragonais d’honorer leur province de saprésence J ily consentit, et se rendit, dans les premiers jours d’avril , de Reuse à Sarragos^ , ou il fut reçu avec des transports de joie. Pendant les six jours que le roi passa dans cette ville , le peuple et les troupes manifestèrent, de toutes les manières possibles , le plus vif enthousiasme pour sa personne , et le vœu de le voir remonter sur le tronc de ses pères avec toute la plénitude de l’autorité royale.

” Une députation de l’armée de réserve sous les ordres du général O’Donnell , en renouvelant de son propre mouvement le serment prêté au roi en 1808 , et lui offrant ses bras et son sang pour maintenir ses droits , donna une nouvelle force à la voix du peuple j ce fut pour le roi le premier rayon d’esjiérance : l’armée de Catalogne était également, il est vrai, dans de bous senliniens , mais elle ne les avait pas exprimés d’une manière aussi précise aue le général O’DoniiclI.

» Le 16 Ferdinand VII fit son entrée solennelle a Valence. L’allégresse ne fut pas moms vive qu’à Sarrâgossc j ce prince

ftit reçu dans la première de ces deux 'villes par le général Elio , chef de la deuxième armée , avec son état-major et un grand nombre d’officiers et de soldats. Des témoinsoculaires ont peint cette scène comme ayant été infiniment touchante. Dégénérai dit entr’autres choses au roi : « La brave armée que je commande , après avoir versé pendant des années son sang pour l’indépendance de la patrie , se voit aujourd’hui négligée , en proie à la disette , et humiliée ; elle attend un meilleur sort de la justice de votre majesté. » Les officiers de tout grade prêtèrent ensuite serment de fidélité; tous se pressèrent autour du roi pour lui baiser la main. Ils répétèrent mille fois le vœu de maintenir le trône et ses droits dans toute leur intégrité, et à leur sortie du palais on entendit retentir dans toutes les rues les cris de ; vit^e le roi / et périsse quiconque pense autrement !

sî Le duc de Saint - Lorenzo , au nom de la troisième armée , et le brigadier don Alexandre Ora , au nom de Vannée de réserve d’Andalousie , firent le même serment.

Sur ces entrefaites le cardinal de Bourbon , chef de la régence (cousin du roi et beau-frère du prince de la Paix ) , arriva à Yaleuce avec le secrétaire d’état

Luyaudo y pour communiquer au roi les arrêtés descortès, et nommément le décret du 2 février , d’après lequel on ne devait point lui obéir avant qu’d n’eût prêté serment d’adhésion à la constitution dans le sein des cortès. Ils lui demandèrent, le lendemain de son arrivée, quand il se proposait de se rendre à Madrid , et de se conformer au décret j le roi répondit qu’il n’avait point encore pris de résolution à cet égard . Depuis ce moment , quoique ces deux membres des cortès restassent à Yalence, on ne les vit plus paraître chez le roi.

35 Ce monarque tint fréquemment conseil avec les grands du royaume et les généraux qui s’étaient rassemblés peu à peu autour de lui , et délibéra sur les mesures à prendre dans la situation critique où il se trouvait.' On recevait tous les jours des provinces les nouvelles les plus favorables. On n’avait plus, depuis long -temps, aucun doute sur les dispositions qui régnaient dans la Navarre , la Biscaye , la Catalogne et l’Aragon. On apprit alors que les cortès avaient également perdu leur crédit dans la Galice , une grande partie de la Castille et de l’Andalousie , à Valladolid , Tolède , Séville, Cordoue , etc. ; et que le vœu de voirie roi revêtu de toute la puissance dont

il ëtait investi par les anciennes lois se •prononçait toujours plus ouvertement.

A Madrid et à Cadix même , les deux villes où le parti des cortès passait pour être le plus fort et le plus nombreux , tous les militaires et un nombre considérable d’individus des autres états étaient pour le roi. Dès le 20 avril un corps de vingt-cinq à trente mille homme se mit en marche des royaumes d’Aragon et de Valence pour la capitale. Le roi continua de rester à Valence , où le ministre d’Angleterre , les chargés d’affaires d’Autriche et de Portugal s’étaient aussi rendus , et oli l’on reçut aussi ÿ le 28 avril, la nouvelle de la dernière victoire de lord Wellington près de Toulouse , et quelques heures apres celle de la déposition de Napoléon.

35 Le général Castanos et l’ex- ministre Cevallos paraissent du moins dans le 'principe avoir penché pour les voies de fa douceur ; et peut-être leur opinion aurait-elle prévalu , si les cortès et leurs adhérons à Madrid fi’eussent, par une fierté mal entendue , fait évanouir toute perspective de rapprochement , et donné , par leurs discours et leurs actions, le signal des hostilités. Les adresses par lesquelles ils invitaient le roi à accélérer son voyage de Madrid, quoique assez pressantes et

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même accompagnées de quelques menaces^ conservaient cependant encore Tupparenc»

du respect; mais dans les séances des cortès^ dans les journaux et dans les pamphlets de leur parti on parlait dans les termes les plus offensans de ceux qui ne voulaient point recevoir la constitution sans réserve et avec une espèce de vénération j eu même temps les armées et leurs che& n’étaient point ménagés ; on n’épargnait

f ws même la personne du roi , ni ceux qui 'entouraient immédiatement. On le me-

naçait de procès criminel , de prison ^ d’échafaud. Les cortès, et les membres de la régence tpii leur étaient dévoués , s’occupaient de l’organisation d’une garde nationale ; ils préparaient un somèvement général qui eût entraîné la guerre civile la plus sanglante. S’ils s’y étaient pris plus tôt , ils n’auraient peut-être pas manqué de moyens de défense ; mais leurs démarches taroives et faibles ne firent alors qu’accélérer leur chûte.

» Dans ces conjoncéures le roi prit , le 4 mai , la résolution de signer ce manifeste remarquable par lequel il déclarait nuis et non avenus la constitution et tous les

décrets des cortès qui y avaient rapport.

Le 5 il quitta Yalence , après avoir nommé le duc de Saint-Charles ministre des affaires

C 4oi )

étrangères , don Pedro de Macanez ministre de la justice , le général Freyre ministre de la guerre , M. Saini-Lazar ministre des finances, et M.Lardizabal ministre des Indes J les deux premiers et le conseiller d’état Labrador étaient ses plus intimes conseillers.

x> Les troupes qui se trouvaient à Madrid étaient sous les ordres du général Villa-Campa. Comme on ne eroyait pas pouvoir compter sur lui , le roi donna le commandement général de la Nouvelle- Castille et de la capitale au général Eguiaj et la garnison de Madrid , quoique choisie par la régence elle - même , obéit sur-lechamp aux ordres du roi , et se soumit au nouveau gouverneur. Cette circonstance fut décisive pour le succès.

» Le lo le décret du roi fut publié à Madrid j ou fit occuper par des troupes les salles des cortès et de la régence , et l’on déclam ces deux corps dissous. Ou emprisonna environ quarante membres ou principaux agens des cortès ; les ministres de la justice et de l’intérieur eurent le même sort j on se contenta de donner aux autres leur démission . Le secrétaire d’état

Luyando fut obligé de se rendre à Cartbagène , ainsi que Ciscar , un des membres de la régence j mais son collègue Agar lut exilé à Saint- Jacques eu Galice. Le

cardinal président de la régence, qui s*eti particulièrement attiré le méconten terne de la cour , fut envoyé provisoirement Tolède pour y attendre la décision ult< rieure de son sort.

Il ne resta rien de l’édifice auquel I parti républicain travaillait sans relâctu depuis un an. L’ouvrage , les principaux ouvriers , les aides disparurent en un instant et sans éprouver aucune résistance.

Pas un bras ne se leva, et personne n’ouvrit la bouche en faveur de ceux qui , quelques jours auparavant, environnés de toute la pompe de la souveraineté du peuple , et revêtus même du titre de majestés, avaient prescrit des lois au roi et à la nation. Le décret royal fut reçu à Madrid comme une décision du ciel , et mis à exécution avec les démonstrations de la joie la plus vive et la plus générale.

Toutes les rues retentissaient du cri ; qu*on chasse les libéraux ! c’était le nom que l’on donnait aux partisans delà constitution .

Parmi les sujets d’espérance que fît naître cette révolution nouvelle , on compta qu’elle aurait une heureuse influence sur les colonies d’Amérique et qu’elle contribuerait à opérer leur réconciliation avec la mère patrie j mais jusqu’à ce jour cet espoir est lom de se réaliser.

Plusieurs décrets royaux d’une importance plus ou moins grande furent ensuite rendus. Par l’un d’eux le roi fit reden»ander au gouverneur français les papiers , tableaux y objets d’arts et d’bistoire naturelle , enlevés par ordre de Buonaparte ou de son frère Joseph , dans diverses villes ou résidences royales. M. Labrador fut chargé de faire cette réclamation dont l’exécution n’éprouva aucune difficulté.

Un autre décret , récompensant le zèle du clergé , exempta ses biens et dîmes des impositions auxquelles des décrets des cortès les avaient assujétis.

Un autre décret expiima l’horreur qu’avait inspiré au roi une tentative d’assassinat sur la personne du général Elio. Ils avaient ' feint qu’un ordre royal exigeait l’arrestation de cet officier. Les mêmes manœuvres avaient été employées à Séville contre le comte de Labisoal , et à Cadix contre Maria de Villavicencio.

Rétabli dans l’exercice de ses droits en

Espagne y le chapitre de l’ordre de Malte , représenté dans ce pays par un petit nombre de dignitaires, joignit à ses actions de grâces la prière que Ferdinand le protégeât toujours , et afin qu’il pût renaître de ses cendres , et reprendre son ancienne gloire. 3>

L’inquisition , sur laquelle on a tant écrit , avait été supprimée en Espagne lors de l’invasion de Buonaparte. Le roi Ferdinand crut devoir la rétablir. Voici le texte du décret rendu à ce sujet. Il a paru trop important pour n’êti

cc Le glorieux titre de nous distingue parmi tous chrétiens , est dû à la persévérance des rois d’Espagne, qui ne tolèrent dans leurs états aucune autre religion que la catholique , apostolique et romaine j ce titre m’impose le devoir de m’en rendre digne par tous les moyens que le ciel à mis eu ma puissance.

Les derniers troubles, et la guerre qui a désolé pendant six ans toutes les provincesdu royaume j .le séjour qu’y ont fait les troupes étrangères de différentes sectes , presque toutes infectées de sen timens de haine contre notre religion ; le désordre qui en est l’infaillible résultat, et le peu de soin qu’on a mis à s’occuper pendant ces temps malheureux des choses de cette religion sainte , tous ces motifs réunis ont laissé le champ libre aux méchans ; des opinions dangereuses se sont introduites et enracinées dans nos états , par les mêmes moyens qu’elles se sont répandues dans d’autres pays.

» Voulant donc remédier à un mal aussi grave , et conseirver parmi nos sujet» la

e qu analyse.

Catholique, qui les autres princes

sainte religion de J. C. , qu'ils ont toujours aimée , et dans laquelle ils ont vécu et veulent toujours vivre , soit à cause de l’obligation personnelle de n’en avoir pas ' d’autre , imposée aux princes qui doivent régner sur eux par les lois fondamentales que j’ai promis et jure d’observer ; soit parce que cette religion est le moyen le plus convenable pour épargner à mes peuples les dissentions intestines , et leur conserver la tranquillité dont ils ont besoin, j’ai cru nécessaire, dans les circonstances actuelles , que le tribunal du saint-ofïice reprît l’exercice de sa juridiction.

» Sur ce , des prélats doctes et vertueux, beaucoup de corporations respectables , et de CTaves ^rson nages ecclésiastiques et séculiers m’ont exposé que l’Espagne doit à ce tribunal le bonheur de n avoir pas été souillée dans le seizième siècle par les erreurs qui ont causé tant de maux parmi d’autres nations , et qu’au contraire , à cette même époque , la nôtre a cultivé les sciences avec éclat , et produit une foule de grands hommes distingués par leur savoir et leur

f éété. 11 m’a été en outre représenté que 'oppresseur de l’Europe n’a point néglmé d’employer , comme une mesure jLrès-emcace pour introduire la corruption et la discorde qui servaient si bien ses projets ,

la suppression de ce tribunal , sous le vain prétexte que les lumières du siècle s’opposaient à ce qu’il existât plus long-temps, et que les soi-disant cortès généraux et extraordinaires , sous le même prétexte , et à la faveur de la constitution qu’ils décrétèrent tumultueusement , abolirent ensuite le saint - office , au grand regret de toute la nation.

A ces causes , on m’a instamment supplié de le rétablir dans l’exercice de ses fonctions j et cédant à de si justes considérations y ainsi qu’au vœu manifesté par mes peuples , dont le zèle pour la religion de nos pères a prévenu mes ordres en s’empressant de rappeler spontanément les inquisiteurs subalternes de quelques provinces j

5î J’ai résolu que , pour le moment , le conseil suprême de l’inquisition , et les autres tribunaux du saint- office rentrent dans leurs attributions , conformément à la concession qui leur en a été faite par les prélats des diocèses , et par les rois qui leur en ont assuré le plein exercice , en observant , dans cette double juridiction ecclésiastique et civile , les ordonnances en vigueur en l’année 1808 , et les lois qui en diverses occasions ont été faites pour obvier à certains abus $ mais comme

indépendamment de ces lois anciennes U pourrait convenir d’en ajouter de nouvelles sur cette matière , et mon intention étant de perfectionner cet établissement , de manière à le rendre éminemment utile à mes sujets , je veux qu’aussitôt que ledit conseil suprême de l’inquisition sera rassemblé , deux des membres qui le com-

S osent, réunis à deux membres du conseil e Castille , les uns et les autres désignés par moi , exainment la méthode et la manière de procéder du saint-office , dans les procédures, et relativement à la censure et prohibition des livres j et s’ils trouvent que l’intérêt de mes sujets ou les droits de la saine justice exigent quelque réforme ou changement, ils m’en feront un rapport, appuyé de leurs observations , afin que je prenne les résolutions convenables. a>

Le 21 juillet 18x4.

Signé , Moi, XE B.01.

XJn décret royal du 27 août 1814 > récompensa les serviteurs zélés qui avaient

f iartagé la captivité du roi et de ses frères, 1 établit un ordre sous le nom de la Fidélité à Falença^f cc pour transmettre à la postérité un événement si inoui. y»

L’ordre était exclusivement réservé à ceux des sujets espagnols qui avaient donné

cette preuve spéciale de dévouement. I donc ceci de singulier, qu’au lieu <le perpétuer comme les autres ordres j; l’admission de nouveaux chevaliei s , cessera d’exister à la mort du dernier di membres pour lesquels il a été établi.

Ce même marquis de Villavicencio contre lequel on s’était prononcé dan Cadix dut déployer de la sévérité pou maintenir dans cette ville l’autorité du ro. contre les partisans des cortès.

Les branches française et espagnole de la maison de Bourbon ayant remonté sur les trônes des deux nations , la paix devenait certaine. La gazette de Madrid , du septembre 1814, publia ofliciellement le traité définitif s^ne à Paris le 20 juillet précédent. Cette piece historique était ainsi conçue :

Au nom de la très -sainte et indivisible Trinité , sa majesté le roi d’Espagne et des Indes et ses alliés d’une part ; et sa majesté le roi de France et de Navarre , d’autre part j étant animés d’un égal désir de mettre fin aux longues agitations de l’Europe , et aux malheurs des peuples par une paix solide , fondée sur une répartition de forces entre les puissances, et

S ortant dans ses stipulations la garantie e sa durée 5

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Sa Majesté le roi d’Espagne et des Indes et ses alliés, ne voulant plus, aujourd’hui que la France s’est replacée sous le gouvernement paternel de ses rois , et qu’elle offre ainsi à l’Europe un gage de sécurité et de stabilité , exiger d’elle des conditions et des garanties qu’ils lui avaient à regret demandées sous son dernier gouveniement; leursdites majestés ont nommé pour discuter , arrêter et signer un traité de paix et d’amitié des plénipotentiaires respectifs j savoir :

Sa majesté le roi d’Espagne et des Indes, don Pedro Gomes Labrador , chevalier «le l’ordre roval d’Espagne , de Charles III, son conseiller d’état, etc. ; et sa majesté le roi de France et de Navarre, M. Charles- ' Maurice Talleyrand - Périgord , princ.e de Bénévent, grand-aigle de la Légion-d 'Honneur , chevalier de l’ordre de la Toisond’Or, etc. ; lesquels , après avoir échangé, leurs pleins pouvoirs , trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivans :

Art. A compter de ce jour il y aura

f >aix et amitié perpétuelle entre sa majesté e roi d’Espagne et des Indes et ses alliés, d’une part ; et sa majesté le roi de France , et de Navarre , de l’autre part; leurs héritiers et successeurs , leurs états et sujets

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respectifs ; les hautes parties contractantes apporteront tous leurs soins à maintenir ' non seulement entr’elles , mais encore autant qu’il dépend d’elles , entre tous les états de l’Europe , la bonne harmonie et intelligence si nécessaires à son repos.

(Suivent les articles contenus dansle traité conclu le 3o mai, entre la France et les puissances alliées.)

Articles additionnels.

Art. 1 ®’’ Les propriétés , de quelque nature qu’elles soient , que les Espagnols possèdent en France et les Français en Espagne, leur seront respectivement rendues dans l’état où elles se trouvaient au moment du séquestre ou de la confiscation j la levée du séquestre s’étendra à toutes les

quelle que soit l’époque à laquelle elles ayent été séquestrées. Les discussions d’intérêt existantes jusqu’à ce jour , ou qui pourront exister par la suite entre des Espagnols et des Français , soit qu’elle»

ayent commencé avant la guerre , soit qu’elles ayent eu lieu depuis, seront terminées par une commission mixte ; et si ces discussions sont du ressort exclusif des

tribunaux , on recommandera des deux côtés aux tribunaux respectifs défaire bonne et prompte justice. .

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Art. 2. Il sera conclu le plutôt qu’il sera possible entre les deux puissances , un traité de commerce j et jusqu’à ce que ce traité puisse avoir son effet , les relations commerciales entre les deux peuples seront rétablies sur le même pied où elles étaient en 1792-

Les présens articles additionnels auront la meme force et vigueur que s’ils étaient insérés mot à mot dans le traité de ce jour.

Ils seront ratifiés , et leurs ratifications échangées en même temps. En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs les ont signés , et ont apposé le sceau de leurs armes.

Fait à Paris, le 20 juillet, l’an de grâce

Signé, D. Pedro Gomes Labrador.’ Le prince de Bénévent.

La ratification du traité des articles additionnels fut faite à Madrid le 2 août, et à Paris le 9 du même mois. L’échange des ratifications eut lieu à Paris dans les formes accoutumées, le 8 août.

Depuis cette époque , la bonne harmonie entre les deux souverains s’est manifestée dans les circonstances les plus remarquables , et notamment lorsque l’ennemi commun reparut en France, au printemps de i 8 i 5 . S 2

La principale cause des maux afifrei que causa la guerre d’Espagne fut l’obs nalion de Buonaparte à méconnaître caractèi’e de la nalion qu’il attaquait. < caractère se trouve très-bien indiqué da la pièce suivante :

Madrid} 6 septembre i8i4»

Extrait d*ime lettre de M. le duc de Sait.

Simon, grand d* Espagne , à J\I. de La iras, vice-amiral, commandeur de Vord royal et militaire de Saint-Louis.

M. le duc de Saint-Simon, après ave parlé de l’accueil flatteur que lui et sa fil ont reçu du roi d’Espagne et des princes « la famille royale , continue ainsi : « Not bonheur est encore augmenté par celui t public et par le spectacle que nous donne' chaque jour l’amour et l’entliousiasme <î Espagnols pour Ferdinand VII. La pl grande et la plus douce tranquillité reg; dans cette capitale et dans toute l’E pagne ; ne croyez pas aux contes que l’( fait à Paris , dont quelques-uns nous r viennent.

«c Ce pays-ci marche à grands f

et à pas assuré vers la plus grande prosj rité , et il est dès ce moment très-heureù le pillage et la dévastation , auxquels i!

été en proie pendant quelques année peuvent sur quelques points retarder

félicité publique , mais rien ne peut l’empècher J tous les obstacles seront surmontés par les verUis de Ferdinand , et par le caractère j)lein d’énergie de la nation espagnole ; elle est toujours restée elle-même j il est impossible de voir dans les mœurs , dans les eoutumes et dans les usages de ïa vie la plus petite trace du séjour des étrangers ; rien d’Anglais ; rien d’Allemand ; rien de Français : les Espagnols sont ce qu’ils étaient il y a vingt ans , il y a cent ans ; jamais la gravite espagnole n a ete plus digne ni plus fitîre : c’est une superbe et admirable nation. >>

A un décret qui accordait grâce pour tous les délits militaires en succéda , vers le même temps , un autre par lequel le roi , voulant donner une preuve de sa reconnaissance aux vaillaus défenseurs de Sarragossc , permit à tous les généraux , chefs et officiers qui s’étaient trouvés au second siège de cette ville , de porter une marque de distinction ; elle consiste eu une croix de forme ovale , portant l’effigie de Notre- Dame de Pilar , entourée d’une branche de laurier , avec l’inscription : Le roi aux défenseurs de Sarragosse. D. Joseph Palafox , capitaine général du royaume d’Aragon, réclama lamême faveur pour les soldats qui avaient assisté à ce siège mémorable.

Le ministre de la guerre, par sa répons du 12 septembre , autorisa , au nom du roi ce général à conférer la décoration , noi:

seulement aux soldats, mais encore aux particuliers qui auraient été blessés , ou qui s’en seraient rendus dignes par quelque action d’éclat.

Plusieurs décorations ou titres honorables de la même espèce furent accordés depuis cette époque a d’autres défenseurs du trône et de la patrie.

Le retour de Buonaparte en France , au mois de mars i8i5, ne pouvait que troubler la bonne harmonie qui se rétablissait entre deux nations , dont les dissentions précédentes avaient eu pour seul principe son ambitieuse et funeste politique. L’Espagne arma , tant pour défendre les droits des Bourbons de France que pour se mettre en mesure contre un pays qui semblait redevenu son ennemi. Quand Buoua-

Î )ar te eut été forcé d’abdiquer pour la seconde bis , par suite de sa défaite à Waterloo , la paix ne se rétablit pas tout à coup , et on négocia en gardant, de part et d’autre, une attitude hostile. Enfin, ces différends furent arrangés pour le plus grand avantage des deux nations et le bien de l’humanité. Des traités séparés ont réglé la manière dont les réclamations des sujets des

deux puissances devraient avoir lieu , relativement aux biens confisqués.

Un point très -important était le mode à suivre conceruant les partisans de Joseph Buonaparte, réfugiés en France à diverses reprises. On parut croire que le roi Ferdinand lenr permettrait de revenir en Espagne. Leur retour n’a cependant pas eu lieu. Le roi de France continue de fournir à leur subsistance j et il y a eu à ce sujet , dans les chambres , des débats intércssans.

Leur absence de l’Espagne n’a pas entièrement rendu à ce pays sa tranquillité intérieure. Les cortès y ont trouvé à diverses reprises des partisans , même parmi les anciens défenseurs de la patrie. A leur tête on peut placer Mina , fameux chef de bandes dans la guerre contre Buonaparte ; et le général Lascy. Ce dernier vient d’clre récemment mis à mort dans l’ile de Mayorque , par suite d’un jugement solennel.

La nécessité d’assurer la succession au trône ayant déterminé le roi Ferdinand à se marier j lui et l’infant don Carlos son frère épousèrent les deux sœurs , princesses de Portugal , et qui venaient du Brésil pour cette cérémonie. Quelques temps après, l’occupation de Monte-Video par les troupes portugaises fit croire , en Europe , que la

cour (le Rio -Janeiro agissait de conceî avec l’Espagne contre les insurgeas Amei| cains. Les dispositions menaçantes d^ forces espagnoles , en Europe, contre l( Portugal detrompeirent le public et don lièrent une autre direction auxsp<;culatiorl des politiques. Pendant quelque temps oi crut que malgré les liens de celte doubl alliance et leurs interets bien reconnus' les deux puissances allaient se combattr en Eurojie et en Amérique. Ces différend s’arrangèrent, et tout annonce mainlenan une union stable entr’elles.

Après avoir été ravagée , épuisé' d’hommes et d’argent pendant une s cruelle guerre , l’Espagne marchait cbaqui jour vers un état plus prospère j mais b plus grande de scs plaies était loin de si fermer j on peut même dire qu’elle s’aug mentait de jour en jour. Cette plaie étai la révolution propagée sur presque tou les points de ses possessions dans les deu:

Amériques. Il convient d’en parler dan un chapitre à part qui terminera cet aperçi de l’état où se trouvent aujourd’hui le possessions du monarque espagnol.

Coup d’œil sur les résolutions de VAmériqu espagnole.

II. ne s’agit ici de rien moins que d seize cents lieues de pays , ravagées , noi

pas comme en Europe, par des armée* immenses ; mais où de petits corps disséminés çà et là se livrent, depuis un trop grand nombre d’années, des combats mortels.

Traçons d’abord la carte de ces pays.

L’Espagne y avait ou y a encore , du moins en partie , les^ vice-royautés du Mexique , de la Nouvelle - Grenade , capitale Santa- Fé de Bogota , Buenos-Ayres ou Rio de la Plata , et du Pérou , dont Lima est la ca-

avait de plus , sous le titre de capitaineries générales, Guatimala, Venezuela et le Chili. Tous ces chefs , avant 1810 , étaient nommés par le roi d’Espagne , et indépendans les uns des autres } ce qui n’a pas dû peu contribuer à l’émancipation du pays.

Dès le dernier siècle , diverses parties de l’Amérique espagnole cherchèrent à secouer le joug de la métropole, séparée d’elles par un si long espace. Il n’avaitpas été dilïicLle au gouvernement de réprimer ces niouvemens insurrectionnels, alors encore il était dans toute sa force . Le bouleversement de l’Amérique espagnole commença d’avoir lieu lorsque Buonaparte tenta de conquérir la mère patrie.

U serait superflu, et la nature de cet ouvrage ne le comporte pas , de rapporter

même les priucipales circonstances de c< déchiremens. Cnaque contrée s’armait chaque contrée ne savait trop ni ce qu’ell voulait , ni ce qu’elle avait à craindre d< provinces voisines ou de l’autorité royah Voici l’aperçu général de ces épouvanlabl»

meurtres qui font sourire les prétendusindi pendans et gémir les amis de l’humaniu

Le Mexique , ancien empire du faih Montezuma et de ce généreux Gualimozii dont l’univers entier connaît le mot si hlime , le Mexique eut pour chef d’insui reclion un prêtre. Il ne manquait p; d’adresse. Aux couleurs blanche et blet des anciens empereurs ou souverains , ajoutait une petite figure de Nuestra Don de Guadalu^y très-vénérée par les peupfi convertis. Oet homme s’appelait Hidalgt Le vice-roi du Mexique Venégas le con battit avec une partie de ses propres arme Il le fit excommunier par l’urchévêqui Après des succès balancés pendant pb d’un an , Hidalgo fut pris et mis à mo avec dix de ses officiers.

Il eut des successeurs qui , tel que M relos et Rayon combattirent pendant ass long-temps encore les troupes royales. 1 premier fut pris et périt j mais le secot se défendit dans des contrées montagneus où il parait qu’il n’a pas encore pu et forcé.

L*un des plus grands dangers du gouvernement royal du Mexique vint des dispositions plus que suspectes du gouvernement des Etals-Unis. Autorisation à des

corsaires de porter des secours aux insurgés , asyles accordés aux transfuges , propagation des principes révolntionnaires :

ce gouvernement permit tout , encouragea tout, fit tout. Ce n’est sans doute pas encore une preuve équivoque de ses intentions que l’hospitalité accordée par lui aux agens de Joseph Buonaparte et à cet aventurier lui-même. Toutefois le vice-roi ac-

tuel du Mexique , don Apodaca , est parvenu à réprimer les efforts des insurgés , par un heureux mélange de douceur et de sévérité , de sorte que , sans aucune comparaison , cette partie si importante des colonies espagnoles est celle qui se trouve dans l’étal le plus satisfaisant , quoique la paix soit loin d’y être rétablie.

La Nouvelle-Grenade , dont la capitale et Santa -Fé de Bogota fit , dès l’origine , cause commune (autant que les distances pouvaient le permettre) avec la province de Venezuela. C’est là que se trouve celte autre Carlhagène qui soutint avec, tant d’énergie un siège contre les troupes royales commandées par Morillo. Ce général s’empara aussi de la capitale } mais une dépêche

très-importante , adressée par lui au gou vernenient espagnol prouva , il y a quelqu' temps que , dans celte guerre d’extermi nation , il devenait à peu près impossibL de compter sur des succès durables.

Yenezuela qui a pour capitale Caraccas a été , plus qu’aucune autre proviiicp d< l’Amérique espagnole, le théâtre d’affrein niassacres. Elle se déclara indépendanu au printemps de i8io j et peu de temp après se montra le trop fameux Miranda Cet homme , né au Pérou , d’un moine e d’une religieuse, avait préludé aux révo lutions à l’époque où Dumouriez conqui et perdit la Belgique. Battu à Nerwinde Miranda fut jugé , et ce qu’il y a d’étonnant, acquitté par le tribunal révolution naire de Paris. Son triomphe scandaleux ne le replaça cependant pas au rang d< ceux qui , à cette époque , dominaient sui la malheureuse France. Il voulut vainement se liguer avec les vainqueurs du i; vendémiaire , et finit par recevoir de Buonapar le, premier consul, l’ordre de quittei le territoire français. Il revint sur le so américain et se vit à la tète d’une armée mais son sort était de se faire battre partout , quoique cette fois on ne pùll’accuseï de trahison. Le général royaliste Monteverde le força de capituler , et il mourut er piison.

Du nombre de ses compagnons de rébellion et d’infortune était le fameux Simon Bolivar qui , parvenu à s’échapper , joue aujourd’hui le premier rôle dans ces contrées. La guerre d’extermination eut surtout lieu lorsqu’il se vit à la tête de forces imposantes.

Entré victorieux à Caraccas , il organisa une constitution , et Monteverde pour lui résister n’eut d’autres ressomrces c^ue d’appeler à son secours jusqu’aux negres esclaves auxquels il promettait la liberté.

Depuis cette époque, Bolivar, tantôt victorieux tantôt battu , a eu pour auxiliaires Arismendi , Brion qui s’intitule amiral des insurgés , et l’écossais Georges Mac- Gregor. Les généraux royalistes Morillo et Morales se sont opposés de tout leur pouvoir à leurs progrès j mais rien, sur ce point, n’annonce que la cause royale doive finir par triompher. Dans l’immense province a qui le fleuve dit Hio de la P lata donne son nom , les villes de Montevideo et de Buenos-Ayres tiennent le premier rang.

Celte dernière a comme concentré en elle la plupart des désastres et des évènemens extraordinaires survenus en Amérique depuis la rébellion. Arligas , traître à la cause royale , servit avec succès celle des insurgés au milieu même de l’anarchie élevée

entr’eux , et dont il serait impossible d'assigner le terme, lors même qu’ils finiraient par triompher. Un grand pas fait par eux pendant 1 été de l’année 1816, fut la proclamation de l’indépendance des provinces de Rio de la Plata. Six mois plus tard, les troupes du roi de Portugal et du Brésil

f (rirent Montevideo sur celles d’Artigas j et ’on crut dans le temps que ce prince était d’accord avec l’Espagne. Les évènemens prouvèrent que cette conjecture était peu fondée; mais l’insurrection de Fernambouo ne permit pas aux portugais de pousser plus loin leurs avantages.

Pour terminer la longue et funeste liste de tant d’insurrections , il reste à parler du Pérou et du Chili. Dans ces deux contrées les royalistes , après des succès dont plusieurs avaient même eu une certaine importance , paraissent avoir dù céder aux insurgés. Nous disons paraissent, car rien n’est plus contradictoire que les nouvelles les plus récentes parvenues de ces pays lointains. Chaque parti déguise ses défaites, exagère ses victoires. On présente même sous les aspects les plus contradictoires uiïe même affaire. Telle a été par exemple la bataille de Chacobuco dans le Chili. Le général insurgé Saint -Martin prétendit y avoir obtenu un triomphe complet ; maintenant les royalistes prétendent qu’il

y a été à peu près buttu , et que du moins il n’a pu en tirer aucun avantage.

Lestaits les plus constans , ceux qu’il est impossible de révoquer en doute, sont ceux-ci :

1° Le feu de l’insurrection, loin de se calmer n’a fait que s’étendre depuis l’origine j

2® Celte guerre , comme on l’a dit , porte tous les caractères d’atrocité qui a toujours distingué les dissentions civiles.

3 ® Les insurgés ont armé une foule de bàtimens qui , rappelant l’audace des anciens flibustiers , s’habituent comme eux à piller assez indistinctement tous les vaisseaux qui ne peuvent leur résister. On parle de mesures a prendre par les puissances européennes pour remettre l’ordre , tant sur terre que sur mer , dans ces malheureux climats; mais les secours sont éloignés et le mal présent j mais il n’est pas assuré que le concours des potentats européens soit général j mais enfin chaque jour le mal augmente , et les remèdes projetés semblent déjà tardifs.

Tel est l’aperçu que l’on peut donner de cette révolution dont les suites paraissent devoir être incalculables , lorsque l’on veut conserver un esprit d’impartialité rigoureux , et ne pas trop écouter , ni des espérances coupables , ni des craintes ^ans doute exagérées, FIN,

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