‹ Beautés de l' histoire des Espagnes, ou Grandes époques de cette histoire, faits intéressans, usages, moeurs et coutumesChapitre 11 sur 17 · IX® ÉPOQUE · texte numérisé non relu

IX® ÉPOQUE

Décret royal envoyé à la junte.

Tandis que Ferdinand était retenu à Bayonne , M. de Cevallos parvint à faire connaître à la junte la situation où se trouvait le roi , et lui expédia un décret royal ainsi conçu : La junte exécutera ce yu’elle jugera nécessaire pour le service du roi et du royaume , et, pour cet effet, elle a tous les pouvoirs dont Sa Majesté ellemême serait investie si elle était résidente dans le royaume.

Questions de la junte au roi.

La junte députa à Bayonne un homme dont le zèle et la discrétion étaient à l’épreuve , à l’effet de transmettre au roi les questions suivantes :

1° Si Sa Majesté jugeait convenable d’autoriser la junte à nommer un conseil qui piit se transporter partout où besoin serait pour gérer librement les affaires du gouvernement , et , dans ce cas , Sa Majesté était suppliée de désigner ellemême les membres qui composeraient ce conseil j

2 ° Si Sa Majesté désirait que les hostilités commençassent contre l’armée française ^ et , dans ce cas , à quelle époque et comment ce plan serait-il mis à exécution j

3® S’il était pareillement dans l’intention de Sa Majesté qu’on gardât les frontières , pour empêcher qu’il n’entrât en Espagne un plus grand nombre de troupes françaises j

4° Si Sa Majesté jugeait qu’il fût convenable de convoquer les corlès , et , dans ce cas , il était nécessaire que le conseil royal reçût de Sa Majesté un décret ad hoc.

Comme il était possible qu’à l’arrivée de la réponse du roi la junte ne fût pas en liberté d’agir , on demandait si toute espèce de chancellerie ou de cour du royaume ,

Î [ui se trouverait à l’abri de toute inlluence rançaise, pourrait alors exécuter les ordres de Sa Majesté , qui lui seraient transmis par la junte. Enfin , dans le cas où les cortès seraient convoqués , quels étaient les objets qui seraient soumis à leur discussion ?

Pouvoirs donnés par le roi à la junte.

Le roi répondit aux questions de la junte par deux écrits.

Dans le premier , il disait : « Qu’il

» n’était pas en liberté , et ne pouvait

en conséquence prendre aucune mesure

f iour la conservation du souverain et de a monarchie : que d’après ces considérations il donnait à la Junte les pouvoirs les plus illimités. Elle pouvait se transporter partout où elle le jugerait convenable , et exercer , au nom de Sa Majesté , toutes les fonctions de la souveraineté. Les hostilités devaient commencer du moment où le roi serait

33 conduit dans l’intérieur de la France , 3> chose à laquelle il ne conseu lirait ja- >3 mais , à moins d’y être forcé par la yio- 33 lence. Enfin , la junte devait , en cas 33 de guerre , prendre les mesures néces- 33 saires pour garder les frontières , et 33 empêcher qu’il n’entrât de nouvelles 33 troupes françaises dans la péninsule. 33 Le décret adressé au conseil royal portait : et Que les cortès seraient assemblés 33 dans le lieu le plus convenable, qu’ils '33 s’occuperaient d’abord des levées de 33 troupes et de subsides nécessaires pour 33 %• défend du royaume , et que leur 33 session serait permanente pour prendre 33 par la suite les mesures convenables >3 suivant l’occurence des évéuemens. 33

Seconde junte.

Napoléon convoqua à Bayonne une assemblée nationale composée d’environ cent

cinquante Espagnols de diverses classes , potir sanctionner l’élévation de son frère au trône ; quatre-vingt-dix seulement des membres appelés à Bayonne s’y réunirent } mais au lieu de servir les vues de l’empereur , ils se déclarèrent incompétens.

Belle conduite des Espagnols.

La junte n’avait pas encore reçu les décrets royaux , que toutes les provinces de la monarchie coururent spontanément aux armes pour repousser le souverain qu’on voidait leur tfonner j elles proclamèrent de nouveau Ferdinand roi , et s’avancèrent à la rencontre des phalanges impériales. Rien ne put d’abord résister à l’impétuosité espagnole. Vingt-trois mille hommes, l’élite de l’armée ennemie, commandés par un général habile , mis en déroute dans les plaines de Baylen , furent contraints à se rendre prisonniers. Les murs de Valence soutinrent le choc du général Moncey , qui se vit obligé de fiiir en désordre vers le centre de 1 armée française ,

2 ui SC trouvait à Madrid. Plus loin les atalans organisèrent une insurrection à la vue même des ennemis qui occupaient les forteresses de Figuière et de Barcelonne. Maurclla et Gironne devinrent l’écueil des divisions envoyées de Barcelonne pour les

réduire. Les Aragonais enfin , sans autre force que leur courage, se résolurent à défendre leur capitale , et rappelèrent , dans le siège mémorable qu’il soutinrent , les exploits et l’admirable constance des antiques habitans de Sagonle et de Numance.

Haine des Espagnols contre le roi Joseph.

Un colonel , courtisan et aide-de-camp du roi Joseph , regardait les prisonniers défiler devant le front des régimens; il leur ordonna en espagnol de crier : vive le roi Joseph ! Les prisonniers eurent d’abord l’air de ne pas comprendre , et après un moment de silence ils firent entendre tous ensemble le cri açcouluiué de : vioe Napoléon et ses troupes invincibles ! Ce colonel s’adressa alors en particulier à l’un d’entre ces prisonniers espagnols , en lui répétant avec menace l’ordre qu’il avait déjà donné.

Le prisonnier ayant crié : vive le roi Josephi un officier espagnol qui, suivant l’usage, n’avait pas été désarmé , s’approcha de ce soldat de sa nation , et lui passa son épée au travers du corps. Nos ennemis voulaient bien rendre hommage à la force de nos armes victorieuses , mais non pas reconnaître , même dans leur ahattement , l’autorité d’un maître qui n’était pas de

leur choix. {^Mémoires sur la guerre des Français en. Fspagne, par M. de Rocca. )

Humanité des Français envers les soldats espagnols .

Des prisonniers espagnols disaient dans leur langue, en soupirant profondément, et en montrant dans le lointain un village à un grenadier chargé de les garder et de les conduire : — Seigneur soldat, là est notre village J là sont nos femmes et nos enfuns j . faut-il que nous passions si près d’eux sans jamais les revoir ! Faut-il que nous allions dans cette terre lointaine de France ! —

Le grenadier leur répondait, en affectant de prendre un ton rude : — Si vous cherchez à vous échapper je vous tue , c’est ma consigne ; mais tout ce qui se passe derrière moi je ne le vois pas. — ^11 faisait quelques

I iasen avant, alors les prisonniers gagnaient es champs , et ils retournaient bientôt après aux armées. {^Mémoires sur la guerre d’Fspagnc. )

Mesures cruelles dedonF edko deBarios^

Le maréchal Ney essaya de soumettre la Galice par la terreur des armes. Des mesures violentes, loin d’abattre les hahitans , accrurent leur haine pour les Français, et ce qui arrive toujours dans

tm pays où il y a du patriotisme, des mesures violentes amenèrent des représailles plus violentes encore. Des escadrons, des bataillons entiers furent égorgés par des paysans dans l’espace d’une nuit. Sept cents prisonniers français furent noyés à la fois dans le Miuho, par l’ordre de don Pedro de Barios , gouverneur de la Galice

{ )our la junte , et la fureur des habitans , oin de diminuer , s’augmenta de jour en jour avec la faiblesse croissante de l’armée française. ouvrage.')

Conduite du roi Joseph.

Le roi Joseph commandait en chef depuis le départ de l’empereur j il avait cru <{u’il pourrait en Espagne comme à Naples attacher à son nouveau sceptre , par la douceur connue de son caractère , les peuples que la force de nos armes soumettrait ; et il avait laissé les armées françaises s’avancer de toutes parts dans la péninsule , dans le but seul d’organiser de nouvelles provinces, et de régner sur une plus grande étendue de pays j c’est ainsi qu’il avait compromis la sûreté militaire des armées de Galice et de Portugal , dont on fut cinq mois entiers sans recevoir aucune nouvelle.

Le roi Joseph avait contracté des habitudes apathiques sur le troue paisible de

Naples. Entouré de flatteurs et d'un petit nombre d’Espagnols qui le trompaient , il se laissait aller à de folles espérances. ' Au lieu de suivre les armées il restait dans sa capitale , plongé dans la mol esse , et regrettant les délices de Tltalie. Il voulait dormir et régner à Madrid comme à Naples, avant même que nous lui eussions conquis, si cela était possible , un royaume au prix de notre sang.

Il remplissait les colonnes de ses journaux de décrets qui n’étaient jamais exécutés et à peine lus ; il donnait à telle église les vases sacrés de telle autre , pillée dès long-temps par les Français, ou dépouillée parles Espagnols eux-mêmes. Il prodiguait les décorations de son ordre royal à scs courtisans, qui n’osaient pas les porter bors des lieux occupés par les Français , dans la crainte d’être assassinés par les paysans espagnols. 11 faisait de nombreuses promotions dans ses armées royales , qui n’existaient pas encore j il (fondait des places expectatives de gouverneurs , d’administrateurs et de juges, dans les provinces les plus reculées de ce royaume de l’un et l’autre hémisphère , tandis qu’il n’osait pas coucher dans ses maisons de campagne, à quelques lieues de Madrid.

Croyant plaire au peuple , il cherchait à

( 3yo )

imiter, par tous les moyens possibles , le faste , le cérémonial , et jusmi’à la piété minutieuse des rois Charles iV et Ferdi-

nand VIL U conduisait hii-méme , à pied, les processions dans les mes de Madrid , se faisant suivre par les officiers de son état-major et par les soldats de la gendarmerie française , qui portaient des cierges allumés. Les prétentions à la sainteté , l’affectation de la munificence , les fausses largesses ne firent que lui donner des ridicules , quand après le départ de l’empereur Napoléon , la terreur , qui ennoblit tout, se fut dissipée. {^Mème ouvrage.')

Réticence singulière des Espagnols.

Les Espagnols s’étaient plu à répandre que le roi Joseph aimait à boire , et surtout qu’il était borgne , ce qui frappait vivement l’imagination des habitans des campagnes. Ce fut en vain qu’il essaya de /létruire les impressions produites par ces briîils défavorables , en se montrant souvent en public et en regardant toujours en face les passans ; le peiiple ne cessa point de croire qu’il n’avait qu’im oeil.

Les dévots , qui étaient habitués à mêler dans tous leurs discours celle exclamation :

Jésus ! Marie ! et Joseph ! s’arrêtaient «iourt dès qu’ils avaient prononcé les deux

premiers de ces trois mots , et après une pause ils se servaient de cette périphrase :

Et le père de notre Seigneur, craignant d’attirer une bénédiction sur le roi Joseph, en nommant le saint qui était cen^é être son patron dans le ciel. {Même owrage.')

Siège de Sarragosse*

Le général Castagnes , à la tête de vingtcinq mille hommes de troupes de ligne , venait d’opérer sa jonction avec les Aragonais , qui avaient en moins d’un an levé et équipé une armée de trente-cinq mille hommes sous la conduite du général Palafox. Ces deux armées s’avancèrent jusqu’à Tudela contre le troisième corps des troupes impériales, qui était cantonné en Navarre.

Le duc de Moniehello arrive avec un renfort pour se réunir au troisième corps , fond sur les Aragonais , qui occupaient la forte position de Tudela , s’empare de toute l’artillerie de l’armée aragonaisc , qui fuit avec tant de rapidité sur Sarragosse qu’elle y arrive en neuf heures. Les Aragonais s’occupent soudain d’augmenter les fortifications de leur capitale. Ils apportaient un zèle extrême à leurs travaux j l’espoir des Espagnols résidait dans cette place , tous se rappelaient avec orgueil

qu’elle avait résisté plus de quatre nloî^ contre les Français , et qu’elle avait trompé leurs efforts et leur vaillance ,

Le peu de succès de la première entreprise de l’ennemi , les ouvrages dont ils avaient enceint leur capitale , les ti'oupes nombreuses qu’ils y avaient rassemblées et oi’ganisées, la confiance qu’ils plaçaient dans leurs chefs , tout confirmait les Espagnols dans l’opinion que Sarragossc était; un boulevard contre lequel viendrait se briser l’impétuosité française»

Toute l’armée , commandée par le général Moncey , se trouva en présence de Sarragosse j alors le château dit de Vinquisition, flanqué par quatre tours bastionnées , et entouré d’un bon fossé revêtu , fut mis en état de défense.

Le pont de la Huerba était couvert par une tête de pont en forme de lunette , avec un très - bon fossé , dont la contrescarpe était défendue par des galeries de mines.

Le couvent de Sancta-Engracia était armé de batteries nombreuses qui en faisaient une espèce de citadelle.

Sur la rive gauche l’accès du faubouig était défendu par plusieurs redoutes armées de canons.

Les maisons , les arbres , les jardins , tout était rasé autour de la place; afin g

fl

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que les attaques des troupes impériales ne irassent favorisées par aucun couvert j mais quelques fussent leurs travaux extérieurs , les Aragonais mettaient leur principale espérance dans la défense que leur offraient leurs maisons et les nombreux couvens que renferme Sarragosse. Chacun de ces couvens se trouvait transformé en citadelle ou place d’armes. Chaque maison , préparée d’avance avec des créneaux à l’extérieur et des communications dans l’intérieur pour la prompte circulation des défenseurs, était changée en une espèce de petit fort susceptible de résister a un coup de main. 11 fallait assiéger les maisons les unes après les autres.

L’armée des Aragonais se composait de trente-cinq mille hommes , dont huit à dix mille d’anciens régimens , et deux mille de cavalerie. A ce nombre on doit joindre quinze mille paysans qui concouraient encore avec plus d’ardeur à la défense de la place que les troupes de ligne.

Palafox leur général se trouvait investi d’une haute réputation et de la confiance publique.

Le maréchal Moncey donna Tordre de commencer les travaux dans la nuit du 29 au 3 o décembre 1808. Le duc de Montcbello arriva aussi avec un renfort

considérable j on poursuivit avec acharne

ment les travaux et les opérations du siéee 111 - • ‘ ® les habitans montraient une opiniatreii

inconcevable. Les mines ne produisaien

£ as sur eux l’effet qu’on en avait espéré déterminés à s’ensevelir sous les décembre

de leurs maisons , ces enthousiastes ne S( laissaient pas effrayer par le jeu des four neaux , et n’abandonnaient pas les édifice, déchirés par les explosions.

Les Espagnols battaient en brèche la fac(

{ ;auche des Capucins ; le feu des Françaij es ayant empêché d’aborder la brècht qu’ils avaient faite , ils se portèrent er foule à la porte de l’église du couvent , qu’ils brisèrent à coup de hache. Un religieux, tenant d’une main un crucifix, de l’autre un sabre , marchait à leur tête et les animait au combat. Des femmes circulaient au milieu d’une grêle de balles et de grenades , et distribuaient des cartouches aux guerriers.

L’énergie des assiégés était portée au plus haut point. Les assiégeans se voyaient obligés de livrer uu assaut à chaque maison , et les Espagnols , enflammés par le double enthousiasme de la religion et de la liberté , se défendaient non seulement de maison en maison , mais encore d’étage en étage et de chambre en chambre. Ils

se confiaient dans les miracles de la sainte Vierge del Pilar , pour laquelle on a dans P Aragon une dévotion particulière. Leurs prêtres parcouraient les rues , la robe ceinte d’un sabre , encourageant les uns à résister aux ennemis , forçant les autres au travail des batteries et des fortifications j promettant à tous la victoire. Les femmes ellesmêmes ne demeurèrent pas étrangères à cette lutte terrible j plusieurs d’elles obtinrent des récompenses militaires j l’on voyait une foule de femmes élégantes charger leurs faibles bras d’un lourd fusil , marier au combat , et doubler l’ardeur guerrière des officiers par l’exemple qu’elles leur donnaient d’un comage vraiment martial.

Lorsque les Espagnols se trouvaient contraints d’abandonner des maisons ils y mettaient le feu , afin que l’incendie élevât une barrière entre eux et les Français , tandis qu’ils établissaient plus loin leurs moyens de défense.

Cependant les Espagnols paraissaient ébranlés sous une grêle ^ouvantable de

Ï ^rojeclilcs , le duc de Montebello saisit 'instant favorable et fait attaquer.

Une division française se loge d’abord dans les maisons voisines du couvent de Saint Lazare , et pénètre ensuite dans ce

couvent , que les Espagnols sont forcés « quitter. Coupés dans leur retraite , c braves et malheureux citoyens se retire:

du faubourg, se réunissent en troupe et r montent la rive gauche de l’Ebre. Les Frai çais se rendirent successivement maîtr de l’ile entière. La junte deSarragosse ei voyaune députation au duc de MontebeL pour traiter de la capitulation j le dt exigea que la ville se rendît à discrétion .

La garnison défila hors de la place , d< posa les armes devant l’armée française et la vit s’emparer du reste de la vil h Tel fut le sort de Sarragosse , après u siège de cinquante-deux jours de tranche ouverte , dont vin"t-neuf jours pour entre dans la place, et vingt-trois jours de guéri de maisons.

Les habitans avaient encore du blé mais , privés de moulins , ils étaient re diiits à écraser le grain avec des pierre pour en faire de la farine.

Sarragosse présentait un spectacle el froyable ; plusieurs quartiers, bouleversé par les mines , n’oflVaient plus que de ruines parsemées de membres mutilés j le maisons mêmes que les explosions et le incendies avaient épargnées étaient dé gradées par les bombes et par les obus l’intérieur des maisons était percé d

communications j les murs étaient crénelés , les portes et les fenêtres barricadées 5 les rues encombrées de traverses nombreuses. La malpropreté, le mauvais air, la misère , le rassemblement de cent mille âmes dans une ville qui n’en contient ordinairement que quarante mille j les piivations inséparables d’un long siège, tous ces fléaux réunis engendrèrent une épidémie affreuse qui consumait ce qu avait épargné la guerre.

Au milieu des ruines et des cadavres dont les rues étaient jonchées , on voyait errer quelques habitans pales , maigres , décharnés , qui semblaient devoir bientôt stiivre dans la tombe les cadavres qu’ils n’avaient plus la force d’ensevelir. Il périt à Sarragosse , dans l’espace de cinquantedeux jours , cinquante -quatre mille personnes de tout sexe et de tout âge.

Constance des Espagnols.

A mesure' que les armées espagnoles avaient été détruites , les juntes provinciales ne pouvant plus communiquer avec la junte centrale , avaient employé toutes leurs ressources à la défense locale des pays qu’elles administraient ; ceux des habitans qui avaient jusqu’alors souffert avec patience , attendant de jour en jour

leur délivrance du succès des bataill rangées , ne cherchèrent plus qu’en eu mêmes les moyens de secouer le joug q les opprimait. Chaque bourg, cliaque pi viuce, chaque individu sentait plus viv ment chaque jour la nécessité de repousî l’ennemi commun. La haine nationale q existait généralement contre les Franc; avait mis une sorte d’unité dans les effo

non dirigés des peuples , et l’on vit su céder à la guerre régulière un système guerre en détail , une espèce de désord organisé qui convenait parfaitement génie indomptable de la nation espagnol et aux circonstances malheureuses da

lesquelles elle se trouvait. ( Mémoire j la guerre d’Espagne , par M. de Rocca

Ruse et fureur des Espagnols.

Les peuples de l’Espagne ne se laissait

E )int décourager par la durée de la guéri ans quelques provinces les paysans étaie toujours armés , les laboureurs tenait d’une main la corne de la charrue , et l’autre une arme toujours prête , qu’ils t terraient à l’approche des Français s’ils se croyaient pas assez forts pour se réunit les combattre. Leur animosité s’accroiss de toutes les vexations que les Français It Élisaient éprouver. Les mallieurs auxqu

les autres nations se soumettent en les regardant comme les suites inévitables des maux de la guerre , étaient pour les Espagnols de nouveaux sujets d’irritation et de naine j ils employaient , pour satisfaire leurs resseniimcns passionnés, tour- à- tour la plus grande énergie , ou la dissimulation la jilus rusée lorsfju’ils se sentaient les plus faibles. Comme des vautours vengeurs attachés à leur proie , ils suivaient de loin les colonnes françaises pour égorger ceux de leurs soldats qui , fatigués ou hlessés , restaient en arrière pendant les marches ; quelquefois aussi ils fêtaient* les soldats français lors de leur arrivée, et ils tachaient de les enivrer , aliu de les plonger dans une sécurité mille fois plus dangereuse que les hasards du combat ; ils appelaient alors les partisans , et ils leur indiquaient pendant la nuit les maisons où nos soldats s’étaient imprudemment dispersés. Quand d’autres Français allaient ensuite venger la monde leurs camarades, les habitans s’enfuyaient, et ils ne trouvaient dans ces villages que des maisons désertes , sur lesquelles ils ne

Î )Ouvaient exercer que des vengeances qui eur nuisaient à eux - mêmes , car ils ne

pouvaient détruire des habitations même ■vides sans anéantir leurs propres ressources pour l’avenir.

Lorsque nos détachemens arrivaient en force dans les bourgs insurgés de la Biscaye ou de la Navarre , les alcades , les femmes et les eufans venaient ati- devant de nous comme si nous avions été au' milieu d’une paix profonde j on n’entendait que le bruit des marteaux des forgerons ; mais aussitôt après notre départ les travaux cessaient et les babitans reprenaient les armes pour venir harceler nos détachemens dans les rochers, et attaquer nos arrièregardes. Cette guerre, où il n’y avait aucun objet fixe sur lequel l’imagination pùt se reposer, émoussait l’ardeur du soldat et lassait sa patience.

Les Français ne pouvaient se maintenir en Espagne que par la terreur j ils étaient sans cesse dans la nécessité de punir l’innocent avec le coupable ; de se venger du puissant sur le faible ; le pillage leur était devenu indispensable pour exister. Ces brigandages , suite de l’inimitié des peuples et de l’injustice de la cause pour laquelle les Français se battaient, portaient atteinte au moral de leur armée , et sapaient jusque dans ses fondemens les plus intimes la discipline militaire , sans laquelle les troupes réglées n’ont ni force ni puissance. {Même ouvrage. )

La folle de Soto.

La ville de Soto avait été abandonnée par ses habitans j l’air retentit bientôt des cris sourds des soldats qui parcouraient les rues étroites , et qui enfonçaient à coups redoublés les portes des maisons pour se

S rocurer des vivres et se loger. Au milieu e tous ces bruits confus, que multipliaient à l’infiui les échos des montagnes voisines, on entendait les cris d’une femme en délire , qui , avec une voix plus qu’humaine, ne cessa pendant toute la nuit d’appeler au secours, ayant été laissée dans l’hôpital de la ville lors du départ dos habitans ; elle avait été vivement frappée du mouvement , nouveau pour elle , qu’elle observait dans les rues au travers des barreaux de la chambre où elle était enfermée : cette voix s’élevait au milieu de ce tumulte , comme si elle avait été l’organe de toute la pojmlation qui avait fui la veille. Un incendie éclata bientôt sur la hauteur ; nous entendîmes des murailles s’écrouler avec fracas, et peu de temps après une explosion , et nous vîmes les débris enflammés d’un édifice sauter en l’air : le feu venait de prendre à des caisses de carton cbes que les ennemis avaient cachées dans de la paille , ne pouvant les emporter. {^Mcme ouvrage. )

Contrebandiers de Honda.

La ville de Ronda est située au mil des hautes montagnes qu’on traverse p< aller à Gibraltar , et qui sont généralemi comprises sous le nom de Sierra Ronda : leurs cimes sont dénuées de to végétation , et leurs flancs recouverts rocs écailleux , qu’on croirait avoir noircis et calcinés à la surface depuis < siècles , par l’ardeur du soleil ; ce n’ qu’au fond des vallées et au bord des n seaux seulement qu’on voit des vergers des prairiesj plus près de la mer, des vigi rampent sur la terre presque sans cultuj c’est de là que viennent les vins les p recherchés de l’Espagne.

Accoutumés à lutter sans cesse avec diflicultés d’une nature sauvage , les ha tans de ces montagnes arides sont sobn persévérans et indomptables j la religi est leur seul lien social , et presque le s< frein puissant qui les contienne. L’anci gouvernement de l’Espagne n’a jamais les assujétir à observer strictement les 1 pendant la paix, ni à servir dans lesarnié< ils désertent tous dès qu’on les cond loin de chez eux.

Les habitans de chaque village élise leurs alcades pour deux ans ; mais <

magistrats n’osent que rarement user de leur autorité , dans la crainte de se faire des ennemis et de s’exposer à des vengeances qui sont toujours implacables. Si la justice du roi voulait user de la force pour faire cesser une querelle , on verrait en un instant les poignards se tourner contre les juges j mais lorsqu’un des assistans commence une prière , il est rare que les combattans ne déposent leur fureur pour y répondre unanimement. Dans les disputes les plus acharnées , l’arrivée du saint sacrement rétablit toujours l’ordre.

11 ne se donne pas, ni’a-t-on dit, une bonne fête dans la Sierra sans que deux ou trois individus ne soient poignardés j la jalousie est chez ces hommes une fureur que la vue du sang peut seule appaiser 5 le coup mortel suit presque toujours de près le regard de la colère.

Ces montagnards étaient presque uniquement occupés à faire la contrebande j ils se réunissaient quelquefois en assez grand nombre de divers villages , sous les plus renommés de leurs chefs , et ils descendaient dans les plaines , où ils se dispersaient pour vendre leurs marchandises j ils résistaient souveut aux troupes qu’on envoyait à leur poursuite. Ces contrebandiers ont toujours été renommés pour leur

adresse et pour rhabileié avec laquellt savent tromper la surveillance des m breux employés des douanes de la c ronne. Parcourant leurs montagnes j et nuit , ils en connaissent les cavernes plus recvdées , tous les défilés , et jusqu’; moindres sentiers.

Pendant que les hommes font C( espèce de guerre continuelle pour la C( trebande , leurs fenimes restent dans les ’ lages de la montagne, et elles ne craigrn pas de s’occuper des travaux les plus j nibles j elles transportent avec facilité lourds fardeaux , se glorifiant de l’esp( de supériorité de force qu’elles ont î quises par l’habitude j on en a vu luii enlr’clles, et se défier à qui soulèverait!

pierres les plus pesantes. Lorsqu’elles d< cendaient à Ronda , on les reconnaiss; aisément à leur taille gigantesque, à lei membres robustes et à leurs regards to à la fois étonnés et menaçans. Elles aimaie à se parer , pour venir à la ville , de voil et d’étoftes recberchées qu’elles tenaie de la contrebande , et qui faisaient coi iraste avec leur teint noir et brûlé , et rudesse de leurs traits. ouvrage.

Feinte louah le du marquis de laRoMJN.

Avant les débats surventis entre la f; mille royale d’Espagne , Napoléon ava

obtenu de la cour de Madrid un cor[5S d’armée de vingt -cinq mille Espagnols, qu’il avait envoyé comme armée d’observation sur les bords de la mer Baltique , vers le Holstein. Lorque le marquis de la Romana , qui commandait cette armée , apprit l’enlèvement de Charles lY, celui de Ferdinand , et l’élévation de Joseph Napoléon au trône de la péninsule , placé à une si grande distance de sa patrie^ entouré de nombreuses armées françaises, il ne trouva qu’un seul moyen pour sauver ses compagnons d’armes, celui de feindre.

En conséquence il envoya son acte d’adhésion au changement de dynastie. Peu de jours après il saisit l’occasion de vaisseaux anglais qui se présentèrent sur la côte pour transporter son armée en Espagne et pour fortifier le parti royal. Une mort prématurée a ravi le marquis de la Romana à ses concitoyens , et l’a privé du bonheur de voir le triomphe d’une cause qu’il avait servie avec tant d’intrépidité, de constance et de gloire.

Triomphe des Espagnols.

Cettb guerre, une des plus sanglantes ' de toutes celles qu’offrent les annales de l’histoire , apporta un nouvel exemple de* miracles dus a l’amour de l’indépendance.

Victorieuses depuis vingt ans , les armées françaises , malgré leur haute vaillance ^ ne

S arvinrent pas a subjuguer les Espagnols.

oseph Napoléon fut deux fois repoussé de la ville de Madrid , qui deux fois était tombée en ses mains j et pendant l’intervalle que dura son gouvernement en Espagne , il ne réunit pas sous son autorité la moitié de la péninsule.

Ferdinand VU recoupre sa liberté.

Lorsque Napoléon, vaincu par les forces combinées de l’Europe entière , vit de toutes parts la France envahie , il résolut de retirer ses troupes d’Espagne , afin d’opposer une plus grande résistance aux confédérés. En conséquence il renonça à la couronne d’Espagne pour son frère , conclut un traité de paix avec Ferdinand VII, le 11 décembre i8i3, et lui rendit la liberté.

Etat de V Espagne à cette neuvième époque .

Deux gouvernemens distincts, qui, sans avoir aucune force réelle , pesaient cependant chacun despotiquement sur l’Espagne, et la déchiraient en tous sens j les villes incendiées , les champs déserts , chaque citoyen devenu soldat , oubliant l’intérêt de sa fortune , celui de sa fiimille et le soia

de sa propre existence pour défendre le territoire sacré de la patrie et le trône de de son prince légitime j partout la guerre, le pillage , la famine et la mort , voilà le tableau que présente la péninsule durant le cours de cette épouvantable époque , où l’héroïsme des Espagnols égala, s’il n’a pas meme surpassé , celui de leurs intrépides aïeux.

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