LA TRAGÉDIE DE LA VIE
£t tes cotillons, et tes lits de roses, Tes souliers mignons, tes apothéoses, Pourris dans le vrai, de faux viciés.
Se fanent bientôt, sont vite oubliés.
£t For de tes blés, ta belle ceinture, Et tes boucles d*or, et ton émaillure.
Tous ces plaisirs là sur moi n^ont pas cours Four aller vers toi comme tes amours,
A quoi bon berger parler friandises,
Et de plats d'argent ? ... ce sont des bêtises ;
Cela seul est bon que le Créateur
A su nous donner pour notre labeur.
Si pouvait toujours durer la jeunesse.
Si Tamour jamais n'avait de vieillesse, Je pourrais, berger, consacrer mes jours A vivre avec toi comme tes amours!
La Tragédie de la Vie.
De chaque homme la vie est une tragédie.
De sa mère le sein est le commun foyer.
Le monde est le théâtre où sa tête étudie,
La scène est le pays oti grouille son fumier.
Les rudes passions, la folie et le vice Sont les acteurs de ce drame-immondice.
Le prologue est un cri qui n'a rien de charmant. Le premier acte assurément N'est qu'une froide pantomime.
Ou passablement mal il mime ;
Au second acte il pousse, et devient plus parfait, Au troisième acte il est homme, de fait, Joue au péché, parfois au crime ;
Dans le quatrième acte il penche vers l'abîme :
LE GAHiliEON. 239
Au cinquième il est impuissant, Hargneux, malade, languissant, Puis la mort est son épilogue, Il finit par un cri, tout comme à son prologue.
BAMSAY (ALLAN), Né en 1686— Mort en 1757.
Le Caméléon.
Deux voyageurs qui cheminaient
Sur le Caméléon causaient.
(Il est parmi nous bien des hommes
Prétendant au nom de Prud'hommes
Qui s'imaginent qu'avoir vu
Est un brevet pour être cru) ;
" C'est bien un animal étrange"
Dit l'un, " et qui n'a rien d'un ange,
Petit corps, tête de poisson,
Quatre pattes et longue queue,
Marchant moins bien qu'un limaçon,
Et puis en sus de couleur bleue."
— " De couleur bleue? . . oh que non ça,"
Dit l'autre, " sa couleur est verte,
Je l'ai vu de mes yeux, oui-dà,
Et je puis bien l'affirmer certe,
n se prélassait au soleil
Et dînait d'air et de sommeil."
— " Faites excuse, mon compère,
Dans l'ombre je l'ai vu naguère.
Et je le répète. ..il est bleu."
— " Il est vert, j'en suis sûr, morbleu I "
— " Vous en avez menti, canaille l "
— " TaiS'toi, fils d'une rien qui vaille.! "