‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 108 sur 162 · LE CAMÉLÉON · texte numérisé non relu

LE CAMÉLÉON

Des paroles nos deux vilains

Etaient prêts d'en venir aux mains,

N'était que dans la conjoncture

Un tiers arriva d'aventure,

Qui les hélant d'un : " Hé là bas !

Cessez donc cette kyrielle,

Animaux ne vous cognez pas

Avant que de votre querelle

Je puisse apprendre le motif. "^

— " Par ma foi, je vais vous le dire."

Dit l'un, "je ne suis pas fautif,

Je prétends, voyez vous, Messire,

Que le Caméléon est bleu.

Et lui veut qu'il soit couleur verte,

Tant est que pour ce désaveu

Entre nous la guerre est ouverte.

Et maintenant que dites- vous ?

Lequel a raison ? jugez-nous."

— " Vous juger ! " répondit l'arbitre,

" A moins d'être sot comme une huitre

La chose est facile — Il est noir !

Hier, moi je l'ai vu le soir

Et fort bien je me le rappelle,

A la clarté d'une chandelle,

Ainsi vous avez tort tous deux.

Ne craignez anguille sous roche,

Vous dirai -je, ici dans ma poche

J'en possède un, c'est curieux.

Alors vous en croirez vos yeux ?"

— " Ah bah ! je refuse d'y croire,

Tout cela n'est que du grimoire,"

Dit le second des disputeurs,

** Allez chercher dupes ailleurs ;

Moi je gagerais mes oreilles

Qu'il est vert, et vert de bouteilles."

— " Et moi, mon âme pour enjeu

Que le Caméléon est bleu ! "

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